par Jean-Paul PEREA le Mer 14 Mai 2008 - 10:20
J'ai débarqué pour la première fois à Tontouta en mars 1959.
J'étais parti de Paris trois jours plus tôt à bord d'un DC7C de la TAI, un quadrimoteur, avec des hélices partout, car les premiers quadriréacteurs, les 707 et DC8, n'ont été mis en service sur les lignes internationales que l'année suivante.
Moyennant quoi, nous sommes passés par Le Caire, Karachi, Saïgon et Port Darwin.
Nous avions sauté les escales de Colombo et Djakarta.
J'ai cru un instant que ma dernière heure était arrivée lorsque nous avons atterri à Tontouta dans un fracassant bruit de ferraille, un vacarme épouvantable digne d'un crash.
Alors que nous nous étions posé très normalement.
J'ai compris en sortant de l'avion.
La piste était encore couverte de ces plaques de tôle alvéolée largement utilisées par les américains lors de la guerre du Pacifique. Rapidement et facilement remplacées après un bombardement, elles permettaient de remettre en situation opérationnelle en un temps record une piste qui venait d'être attaquée et endommagée.
En guise d'aérogare il n'y avait que quelques baraques en tôle ondulée, à demi cylindriques, héritées de l'US Army.
Une piste étroite et poussiéreuse, sinueuse et chaotique au dernier degré reliait Tontouta à Nouméa.
Je l'ai dévalée à bord d'une fourgonnette conduite à tombeau ouvert par un mélanésien hilare.
Il m'a dit être originaire de Mare et se prénommer Anselme.
Mais, a-t-il précisé, tout le monde l'appelait par son surnom : TROMPE LA MORT !
Je n'ai pas osé lui demander pour quelle raison, craignant d'être frappé par un mauvais sort.
Le fait est qu'il a traversé Nouméa champignon au plancher et qu'il m'a transporté jusqu'à la coupée de "La Confiance".
Sain et sauf...