Anciens Cols Bleus et Pompons Rouges

Bonjour !

Alors comme ça tu viens visiter le navire ? Même si tu n’as fait que ton service militaire dans la marine, tu peux « embarquer » sur ce forum.

Si tu n'es pas inscrit, tu n’en vois qu'une petite partie.

Si tu es ancien marin et que tu as porté le bachi, viens nous rejoindre : toutes les coursives te seront alors ouvertes. Il te suffit, pour cela, de cliquer sur « S'enregistrer ».
Les renseignements demandés (en particulier ton matricule) devront être correctement complétés ; ils permettront de prévenir quelque intrusion pouvant nuire au bon fonctionnement du forum.
Découvres-tu ainsi un forum ? Crains-tu de ne pas savoir y vivre, t’y retrouver, échanger ?
Tout y est expliqué, commenté, illustré sobrement pour s'y sentir à l'aise. Et de plus tous, à bord, sont ici pour t’aider qu’ils soient copains anciens ou neuves connaissances.

Si tu es déjà membre, il te suffit de cliquer sur « Connexion ».
Amicalement,
Fanch 56
Anciens Cols Bleus et Pompons Rouges

Forum de discussions pour les anciens de la Marine Nationale

Du haut de son sémaphore il veille !

RESTRICTION D’ACCÈS

Toute personne demandant son inscription sur le forum, et n'étant pas ancien de la Marine Nationale, se verra refuser l'accès, mais pourra contacter le forum. Les matricules devront être correctement inscrits pour ceux qui réunissent les conditions, ceci afin de pouvoir vérifier leur authenticité, et de protéger le forum de toutes intrusions pouvant nuire au bon fonctionnement. Les membres de la famille d'un marin ou les visiteurs intéressés pourront poster leurs questions dans le forum, visiteurs en cliquant sur le lien dudit forum.

Statistiques

Nos membres ont posté un total de 646287 messages dans 13454 sujets

Nous avons 15709 membres enregistrés

L'utilisateur enregistré le plus récent est AlexL

La page Facebook de secours d’A.C.B.

LIVRE D’OR


JE VOUS DEMANDE D'AVOIR LA GENTILLESSE DE NE PAS CRÉER DE DISCUSSIONS SUR LE LIVRE D'OR - MERCI

Derniers sujets

» [Campagne C.E.P.] CENTRE DE REPOS DE MATAEIA
par L.P.(Pedro)Rodriguez Aujourd'hui à 22:13

» CHELIFF (LST)
par Roger Tanguy Aujourd'hui à 22:12

» [Autre sujet Marine Nationale] Démantèlement, déconstruction des navires - TOME 2
par LEMONNIER Aujourd'hui à 20:58

» CDT BOURDAIS (AE)
par marsouin Aujourd'hui à 19:32

» LA SPÉCIALITÉ DE TRANSMETTEUR
par boboss Aujourd'hui à 19:26

» [ Recherches de camarades ] BDC/PH BLAVET période de Juillet 1973 à Février 1975.
par Socrate Aujourd'hui à 19:08

» [Marine à voile] L'Hermione
par COLLEMANT Dominique Aujourd'hui à 18:52

» SÉMAPHORE - PENMARC'H (FINISTÈRE)
par Joël Chandelier Aujourd'hui à 17:57

» DU CHAYLA (EE)
par dansie Aujourd'hui à 17:48

» [ Associations anciens Marins ] Journées d'entraide A.D.O.S.M
par Jean-Marie41 Aujourd'hui à 17:13

» [Divers les classiques] La vie à bord d'un sous-marin classique (Sujet unique)
par DALIOLI Aujourd'hui à 17:12

» [Opérations de guerre] INDOCHINE - TOME 8
par coutil Aujourd'hui à 16:48

» CFM HOURTIN. VOLUME 4
par Papynano Aujourd'hui à 16:29

» PERTUISANE (PR)
par Franjo Aujourd'hui à 13:23

» PRIMAUGUET (FRÉGATE)
par Charly Aujourd'hui à 12:33

» FRANCIS GARNIER (AVISO)
par GYURISS Aujourd'hui à 10:28

» [Logos-Tapes-Insignes] ECUSSONS
par majorasfoy Aujourd'hui à 8:04

» LE NORMAND (ER)
par corre claude Hier à 19:59

» PREMIER MAÎTRE L'HER (AVISO)
par facilelavie Hier à 18:43

» [ Histoire et histoires ] Le Programme Sawari 1
par jobic Hier à 16:03

» [Histoires et Histoire] Monuments aux morts originaux Français
par Jean-Marie41 Ven 17 Nov 2017 - 21:08

» LES FREGATES FRANCAISES DE TYPE RIVER
par Roli64 Ven 17 Nov 2017 - 18:47

» DOUDART DE LAGREE (AE)
par COLLEMANT Dominique Ven 17 Nov 2017 - 16:29

» Document d'époque
par MILLET Jean Claude Ven 17 Nov 2017 - 12:38

» DORIS (SM)
par BECAUD Ven 17 Nov 2017 - 11:08

» JEANNE D'ARC (PH) - VOLUME 4
par loulou06000 Ven 17 Nov 2017 - 7:03

» [Opérations de guerre] GUERRE DE CORÉE - Tome 2
par COLLEMANT Dominique Jeu 16 Nov 2017 - 23:03

» [ Blog visiteurs ] cadeau souvenir
par Invité Jeu 16 Nov 2017 - 19:50

» [ Histoire et histoires ] Cérémonie du 11 novembre (Sujet unique)
par Jean-Marie41 Jeu 16 Nov 2017 - 19:39

» [Histoire et histoires] [Sujet unique] Le Centenaire de la Grande Guerre
par montroulez Jeu 16 Nov 2017 - 17:42

» BSM LORIENT - KEROMAN
par smmorse Jeu 16 Nov 2017 - 9:46

» CASSARD (EE)
par noriga Jeu 16 Nov 2017 - 9:20

» FLOTTILLE 6 F
par kerneve Jeu 16 Nov 2017 - 9:07

» LES INSIGNES DE L'AÉRONAUTIQUE NAVALE...
par timoniersoum Jeu 16 Nov 2017 - 8:19

» [ Porte-Avions Nucléaire ] Charles De Gaulle Tome 3
par COLLEMANT Dominique Mer 15 Nov 2017 - 23:45

» LIVRE D'OR (Discussions non autorisées)
par Cham Mer 15 Nov 2017 - 19:33

» [B.A.N.] MAUPERTUS
par COLLEMANT Dominique Mer 15 Nov 2017 - 17:45

» COMMANDANT DUCUING (AVISO)
par Charly Mer 15 Nov 2017 - 17:35

» LIEUTENANT DE VAISSEAU LAVALLÉE (AVISO)
par marsouin Mar 14 Nov 2017 - 19:45

» VAR (BCR)
par COLLEMANT Dominique Mar 14 Nov 2017 - 19:45

» QUELQUES BATEAUX DE PÊCHE (sur nos côtes Françaises)
par COLLEMANT Dominique Mar 14 Nov 2017 - 19:43

» AMYOT D'INVILLE [AVISO]
par Christian DIGUE Mar 14 Nov 2017 - 16:26

» SÉMAPHORE - BEG MEIL (FINISTÈRE)
par timoniersoum Mar 14 Nov 2017 - 16:18

» [Les traditions dans la Marine] Tenue dans la Marine- Tome 02
par Kohler Jean Marie(Hans) Mar 14 Nov 2017 - 13:39

» ASTROLABE (Patrouilleur et Navire Logistique Polaire)
par Charly Mar 14 Nov 2017 - 3:58

» [Associations anciens marins] FNOM
par Bureaumachine busset Lun 13 Nov 2017 - 22:29

» [Aéronavale divers] La Marine et l'Aéronavale Française d'hier et d'aujourd'hui
par Serge BAVOUX Lun 13 Nov 2017 - 18:13

» FLOTTILLE 33 F
par papyserge Lun 13 Nov 2017 - 17:02

» VIEUX ET TRÈS VIEUX BÂTIMENTS
par Noël Gauquelin Lun 13 Nov 2017 - 14:34

» [Vie des ports] LE PORT DE DOUARNENEZ
par VENDEEN69 Lun 13 Nov 2017 - 8:49

» [Bâtiments de ligne] RICHELIEU et JEAN BART
par COLLEMANT Dominique Dim 12 Nov 2017 - 23:27

» École de Gendarmerie Maritime Toulon.
par Pétunia Dim 12 Nov 2017 - 22:38

» LANVÉOC POULMIC (B.A.N.)
par byu30 Dim 12 Nov 2017 - 21:56

» GIBOULEE (NAVIRE CITERNE)
par boboss Dim 12 Nov 2017 - 19:29

» [ Associations anciens Marins ] ADOSM Toulon 2015
par Jean-Marie41 Dim 12 Nov 2017 - 19:06

» L'ÉTOILE ET LA BELLE-POULE (BE)
par Jean-Marie41 Dim 12 Nov 2017 - 19:04

» [ Divers frégates ] FREMM Bretagne
par Jean-Marie41 Dim 12 Nov 2017 - 18:53

» [Traditions] LES RUBANS LÉGENDÉS
par douzef Dim 12 Nov 2017 - 14:25

» [Vieilles paperasses] Vieilles photos de marins
par larcher Dim 12 Nov 2017 - 10:55

» [ Blog visiteurs ] A la recherche les vieilles photos sauge Aviso-Escorteur Balny 1
par Fred1961 Dim 12 Nov 2017 - 10:39

» DIVES (BDC)
par Basc Dim 12 Nov 2017 - 7:54

» VENDEMIAIRE Sous-Marin
par COLLEMANT Dominique Sam 11 Nov 2017 - 23:10

» GSM Cherbourg
par COLLEMANT Dominique Sam 11 Nov 2017 - 17:58

» SNSM BEG MEIL
par Jean-Marie41 Sam 11 Nov 2017 - 17:39

» [Activité des ports hors Marine] LE PORT DE CHERBOURG - VOLUME 001
par Louis BOUZELOC Sam 11 Nov 2017 - 16:37

» [ École des Mousses ] Promotion 60/61 1ère Compagnie
par jacques95 Sam 11 Nov 2017 - 16:00

» [Vie des ports] BREST Ports et rade - Volume 001
par JACQUES SOUVAY ou BILL Sam 11 Nov 2017 - 14:24

» Beautemps-Beaupré BHO - A 758
par Bureaumachine busset Sam 11 Nov 2017 - 14:17

» BOIS BELLEAU (PA) [Tome 2]
par loulou06000 Sam 11 Nov 2017 - 14:16

» BALNY (AE)
par Fred1961 Sam 11 Nov 2017 - 9:23

» LE BOURGUIGNON (ER)
par VENDEEN69 Sam 11 Nov 2017 - 6:52

» BRIGANTINE - P798
par Xav-Bzh Ven 10 Nov 2017 - 15:48

» VICTOR SCHOELCHER (AE)
par Charly Ven 10 Nov 2017 - 10:44

» AMIRAL CHARNER (AE)
par Charly Ven 10 Nov 2017 - 10:31

» [ Blog visiteurs ] Recherche informations - Système de radio-communication utilisé à la BSM de Bordeaux durant la guerre
par Charly Ven 10 Nov 2017 - 9:53

» SCORPION (GABARE)
par Charly Ven 10 Nov 2017 - 9:47

» [Associations] Anciens Marins de Réserve de la Polynésie française
par Charly Ven 10 Nov 2017 - 9:41

» [Vie des ports] LE PORT DE CONCARNEAU - Volume 006
par Charly Ven 10 Nov 2017 - 9:32

» [ Blog visiteurs ] Recherche Informations QM Mécanicien Robert Priol (mon grand-père)
par J-C Laffrat Jeu 9 Nov 2017 - 23:57

» L' ALSACIEN (ER)
par Charly Jeu 9 Nov 2017 - 23:07

» DAPHNÉ (SM)
par COLLEMANT Dominique Jeu 9 Nov 2017 - 18:28

» [ Les Musées en rapport avec la Marine ] Musée de l'Aeronautique Navale de Rochefort
par J-C Laffrat Mer 8 Nov 2017 - 18:09

» BSM TOULON
par JONCQUET Mer 8 Nov 2017 - 17:42

» [ Recherches de camarades ] Bosco Georges Fallon - Tansporteur Hanap (A 740)
par COLLEMANT Dominique Mer 8 Nov 2017 - 17:34

» [Divers sous-marins classiques] Le sous-marin mouilleur de mines FNFL
par GAUDIN Bernard Mer 8 Nov 2017 - 16:31

» [ Blog visiteurs ] recherche infos sur mon grand-père Sidy FALL
par J.Revert Mer 8 Nov 2017 - 15:02

» LA CHARENTE (PRE)
par Pytheas Mar 7 Nov 2017 - 16:40

» ÉCOLE DES DÉTECTEURS - ST MANDRIER
par DQN78 Mar 7 Nov 2017 - 14:44

» [ Les sémaphores - divers ] Sémaphore de l'île Ste Margueritte Cannes
par Charly Mar 7 Nov 2017 - 10:07

» [Vieilles paperasses] CARTES POSTALES
par VENDEEN69 Mar 7 Nov 2017 - 5:52

» [ Marine à voile ] Le Mir
par COLLEMANT Dominique Lun 6 Nov 2017 - 22:33

» [Histoire et histoires] Les Anglais gagnent la bataille de l'Atlantique à Saint Nazaire
par COLLEMANT Dominique Lun 6 Nov 2017 - 21:47

» [Divers les Nuc] Le BARRACUDA
par centime44 Lun 6 Nov 2017 - 20:26

» ASTROLABE (BH)
par Charly Lun 6 Nov 2017 - 19:44

» LARTIGUE (ALGÉRIE)
par richardconstant Lun 6 Nov 2017 - 18:32

» STATION RADIO SUPER MAHINA "FUM"
par marsouin Lun 6 Nov 2017 - 14:29

» D.E.T. PORQUEROLLES
par DQN78 Lun 6 Nov 2017 - 8:52

» ARGENS (BDC)
par Charly Dim 5 Nov 2017 - 20:42

» ESCADRILLE 55 S
par J-C Laffrat Dim 5 Nov 2017 - 20:27

DERNIERS SUJETS


Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Partagez
avatar
BONNERUE Daniel
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
SECOND MAITRE 1ère CLASSE

Age : 81
NON

Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par BONNERUE Daniel le Sam 5 Juil 2008 - 21:49

Ayant évoqué la présence de l'Officier des Équipages Principal (OEP) fusilier-commando Alexandre LOFI au titre d'officier des sports au sein de l'EAMF en 1954-55, il m'a semblé que les plus jeunes d'entre-nous seraient intéressés de savoir qui était cet homme. C'était un des 177 Français ayant débarqué à Ouistreham le 6 juin 1944, puis combattu en Normandie avant d'aller libérer la Hollande.

Je crois que les textes qui vont suivre compléteront le superbe reportage photographique de notre camarade Loïc PAIREL concernant le D-Day.

Tout d'abord une rapide biographie d'Alexandre LOFI trouvée sur le site de l'Ordre de la Libération dont il fut un des quatre titulaires parmi les officiers des commandos de Philippe KIEFFER formés en Angleterre :

Alexandre Lofi est né le 21 février 1917 à Dudweiler, en Allemagne, dans la Sarre, où son père est mineur.

Il entre à l'Ecole des Pupilles de la Marine en 1930 puis s'engage dans la Marine le 1er avril 1933. Après divers embarquements, il est affecté aux fusiliers marins.

Quartier-maître fusilier en octobre 1935, il est instructeur militaire et moniteur d'éducation physique à l'Ecole Navale de Brest au moment de la guerre.

Refusant l'Armistice, le second-maître fusilier Lofi gagne l'Angleterre et s'engage dans les Forces Françaises Libres le 27 juin 1940 à l'Olympia à Londres.

Affecté au 1er Bataillon de Fusiliers Marins (1er BFM) puis, lors de sa création, au 2ème BFM, il quitte l'Angleterre pour le Cameroun avec son unité en octobre 1940.

Jusqu'en octobre 1941, il participe à la défense des côtes du Cameroun. Promu officier des équipages, il prend part, de novembre 1941 à décembre 1942, à la défense des côtes du Liban avec le 2ème BFM.

Volontaire en juin 1943 pour servir au 1er Bataillon de Fusiliers Marins Commandos (1er BFMC) du commandant Philippe Kieffer, il le rejoint en Grande-Bretagne et entraîne, en Ecosse, la section puis la compagnie qui lui sont confiées. L'ensemble des commandos français est affecté au N° 4 Commando britannique sous les ordres du colonel Dawson.
Le 6 juin 1944, Alexandre Lofi, à la tête de la 8ème Cie du Bataillon, débarque en Normandie et attaque son objectif, le casino de Ouistreham, avec succès. Il fait de nombreux prisonniers et fait preuve d'un bel esprit d'initiative. Le commandant étant blessé, il prend le commandement du bataillon et démontre des qualités exceptionnelles de sang-froid et un jugement sans défaillance. Il dirige le Bataillon les semaines suivantes lors de la défense des ponts de l'Orne.

Le 20 août 1944, dans le secteur de l'Epine, au cours d'une attaque de nuit, il prépare et dirige sa compagnie dans l'assaut d'une très forte position de mortiers ennemis et est blessé par éclats de grenade au cours de l'opération. La ligne de défense de l'adversaire est désorganisée, et sous son commandement, tous les mortiers et de nombreux prisonniers sont capturés.

Alexandre Lofi se distingue également en Hollande où, lors de l'attaque alliée, le 1er novembre 1944, sur la ville de Flessingue, il mène sa compagnie à l'attaque de la redoute ennemie de Walcheren, position clef dont il s'empare en dépit de la supériorité de l'adversaire, faisant une centaine de prisonniers, dont le commandant. Il ouvre ainsi la voie à l'arrivée de renforts alliés.

Alexandre Lofi poursuit la campagne de Hollande jusqu'au 8 mai 1945, et termine la guerre avec le grade d'officier des Equipages de 1ère Classe.

Après la guerre, Alexandre Lofi est successivement, directeur du cours des commandos de Marine à Alger, directeur du centre d'éducation physique de la Marine (1948-1952) puis chef du Quartier Général de la Préfecture Maritime de Toulon.

En 1960, il est nommé conseiller technique et officier des sports auprès du chef d'Etat-major de la Marine à Paris avant de retourner en poste à Toulon.

Il termine sa carrière en 1970 avec le grade d'officier en chef des équipages.

Alexandre Lofi est décédé le 7 mars 1992 à Cuers dans le Var où il est inhumé.

• Officier de la Légion d'Honneur
• Compagnon de la Libération - décret du 17 novembre 1945
• Commandeur de l'Ordre National du Mérite
• Croix de Guerre 39/45 (3 citations)
• Médaille d'Or de l'Education Physique
• Military Cross




avatar
BONNERUE Daniel
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
SECOND MAITRE 1ère CLASSE

Age : 81
NON

Re: Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par BONNERUE Daniel le Sam 5 Juil 2008 - 22:06

Au départ je pensais n'évoquer que les combats sur le sol normand, mais il m'a semblé plus respectueux pour nos glorieux aînés qui ont participé à la libération de la France, de rappeler ce qu'ils ont fait et enduré lors du débarquement sur les plages du Calvados. Les textes qui vont suivre sont extraits de l'ouvrage de René BAIL "COMMANDOS MARINE AU COMBAT" paru en 2003 aux éditions GRANCHER :

Spoiler:
Le débarquement en Normandie.

Tandis que les bâtiments naviguent lentement dans la nuit, le commandant Kieffer rejoint ses hommes dans le poste et leur fait distribuer les cartes réelles du secteur de leur mission. Les Français débarqueront à H + 20 = 7 heures 30, le 6 juin à l'ouest de Ouistreham. Pour la première fois, en voyant les noms véritables, ils ont le sentiment d'entrer enfin dans le concret. Durant douze jours au camp de Fareham, ils se sont penchés sur des maquettes, des photos aériennes, des plans, mais tout restait anonyme, les routes, les maisons… Maintenant, tout devient vrai !

Ils reçoivent également la copie de l'ordre du jour de l'Etat-Major Suprême des Forces Alliées, signé David Dwight Eisenhower, ainsi que celle du message du Commandant en Chef, signé Bernard Montgomery. Pour finir, on leur remet aussi des sacs en papier. Etant donné l'état de la mer, certains pourraient être malades.

La mer s'est en effet creusée et les L.C.I. (S) bougent plus que les L.C.I. utilisés par les commandos lors des exercices. Ce comportement signifie que ces embarcations ne calent(1) pas trop, ce qui leur permettra de s'avancer au plus près de la terre ferme pour “beacher”(2), mais en attendant, les gars étalent difficilement. Ce sera dur demain après une telle nuit.

Ceux qui ont le cœur à manger, ouvrent des boîtes de conserves, car les cuisines du bord n'ont pas les moyens d'assurer la subsistance des passagers.

Maurice Chauvet parle de cette nuit : “Je suis dans le poste n° 1, à l'avant. C'est une pièce de cinq mètres sur six environ, deux larges échelles permettent d'en sortir rapidement. Quand les panneaux étanches donnant sur le pont sont fermés, une lampe électrique jette une lumière chiche sur les quatre bancs de bois qui tiennent tout l'emplacement disponible. On dirait des banquettes de gare, mais plus longues. Que vingt-cinq hommes et tout leur matériel puissent s'y entasser est un miracle. Les radios et leurs appareils tiennent une place considérable. Quatre tubes d'acier soutiennent le pont. Les parois sont une curieuse combinaison de tôle de fer et de contre-plaqué, mais tout est peint en blanc et, seule une petite étagère, faite d'une caisse dans laquelle sont rangés les ustensiles de cuisine de l'équipage forme une nature morte, rompt une impression pénible de clinique. La lumière vient du plafond trop bas et toutes les faces semblent dures et vieilles. Ce sont pourtant les figures de mes camarades de chaque jour, faces familières, mais dont je ne connais pas le vrai visage.

A la France Libre, on sait rarement à qui on a affaire, beaucoup ont changé de nom et surtout au commando, nous vivons au jour le jour, sans passé et sans avenir, comme des enfants. La vie de chacun de nous a été une aventure dont l'aboutissement est dans ce carré de L.C.I. (S).

Avant guerre, nous étions des garçons sans mystère, mais aujourd'hui ?… La moitié de l'unité a été recrutée parmi les gars de la pêche et du commerce ; ce sont des Bretons, arrivés pour la plupart par la mer. Ils ont vécu en Angleterre comme ils l'auraient fait chez eux, venus au commando par instinct plus que pour des tirades patriotiques qu'ils débitent de temps en temps, mais c'est là qu'ils deviennent différents et très touchants. Pour eux, la France n'est pas un drapeau, mais une maison, une lande, la mère, la fiancée… ou la barque dans un monde en paix. Ils sont très proches du biffin anglais qui se bat pour que cesse le “black-out” et les “ration-cards”(3).

Les autres, je les connais pour la plupart depuis trois ans ; venus par l'Espagne, ce sont de vieux camarades de prison, de camp de concentration. Nous avons vécu ensemble des heures noires et des heures roses. Nous savons, les uns les autres, ce que nous valons en valeur vraie. Dans un camp, on connaît vite la valeur humaine de ses camarades, ce n'est pas très beau bien souvent, et rien n'est plus trompeur sur la situation d'origine. Ce qui a jeté tous ces hommes pêle-mêle, ce qui les a conduits, le ressort caché de leur vie est un mystère insondable.

Je ne sais pourquoi deux figures me hantent, deux hommes qui devraient être au milieu de nous, disparus lors d'un raid en décembre dernier, fondus dans la nuit. Cabanella m'avait fait de longues confidences, un soir d'entraînement où une simple ampoule au talon le mettait en infériorité physique, démoralisé ; se raconter l'aidait à tuer son cafard.

Marchand de primeurs dans le civil, engagé dans la Marine en 1940, il s'était trouvé bloqué à la Martinique sur les bateaux de l'escadre de Vichy. Il voulait continuer la guerre et déserta. Repris, il fit deux ans de prison dans les pires conditions. Evadé à nouveau, il gagna en barque les Etats-Unis ; de là, le Canada et Londres. Engagé à la France Libre, il vient par dégoût au commando pour mourir une nuit, durant un raid de reconnaissance dont personne, bientôt, ne se souviendra. Il a disparu avec Trepel, notre capitaine, celui qui nous avait formés et dont la figure s'impose ce soir ; un homme très mystérieux, lui aussi. Trepel est sorti d'Espagne, comme beaucoup d'entre nous. Qu'était-il avant ?… Quel idéal le conduisait ?… Il était dur jusqu'à devenir inhumain, sujet à de violentes colères, mais tous ceux qui ont été sous ses ordres l'adoraient. Il a formé sa Troop et tous nous avons assimilé une parcelle de son entêtement contagieux ; c'est le seul chef-né que j'aie vu dans cette guerre, avec un complexe de dictature latent en lui, partir et mourir avec lui a été considéré comme un honneur insigne, et ce soir… une parcelle de son esprit mène ses hommes et il vit au travers de nous l'invasion…


Un déclic… la lumière du carré s'éteint, un homme est monté sur le pont, l'ouverture du panneau a coupé automatiquement la lumière. Personne ne bronche, c'est un détail !

Sur le pont, quelques gars sont couchés, enroulés dans une couverture. Ils ont préféré avoir un peu froid plutôt que rester dans les postes où règne une atmosphère désagréable pour des estomacs sensibles, mélange de chaleur et d'odeurs de carburants.

Le ciel semble bourdonner continuellement. Des centaines d'avions gros porteurs survolent les convois, beaucoup traînent deux gliders(4). La 6ème Airborne (Aéroportée), six mille hommes seront largués sur la France dans peu de temps. Les commandos devront les rejoindre en renfort en fin de matinée, sinon, ils risqueraient d'être perdus, coupés de tout.

Quelques groupes discutent dans l'obscurité. Il y a le docteur Lion, entouré de ses infirmiers, qui commente les dernières nouvelles entendues à la radio. Pierre Bourdan qui a annoncé la prise de Rome, terminait son message en disant : “Aujourd'hui comme chaque jour, notre cœur et nos regards se tournent vers une autre capitale, vers Paris !…

Le docteur Lion est un cas. Psychiatre de spécialité, résistant de vocation et arrêté sur dénonciation d'un collaborateur comme communiste, alors qu'il était profondément anarchiste. Interné depuis le début dans un bagne d'Afrique du Nord, il en sortait dès le débarquement américain, après vingt-et-un mois de “séjour”. Normalement il aurait dû y laisser sa peau, mais sa volonté était si forte qu'il avait tenu bon. Ayant rallié l'Angleterre pour s'engager dans les Forces Françaises Libres, quel ne fut pas son étonnement d'y retrouver son dénonciateur, officier à Londres depuis un an ! Ecœuré, il chercha autre chose et vint au commando. C'est comme cela que, cette nuit, il se trouve à bord du L.C.I.

Les hommes ont appris à aimer ce médecin, qui a trouvé dans le cadre du commando, une manière de poursuivre son rêve de bonté universelle, donnant à chacun, suivant les circonstances, soins ou conseils. Qui pourrait oublier la silhouette du “Toubib”, avec ses lunettes de clinicien fixées au front au moyen d'un élastique ?… Certainement pas Chauvet, dont il se préoccupa, s'inquiéta même, au point de le psychanalyser pour lui faire oublier la prison.

Et “la Boulange” ?… Celui qui portait un tel surnom, avait, avant de venir au commando, passé plus de temps en “tôle” qu'ailleurs? Un de ses séjours avait été concrétisé par un remarquable tatouage du plus beau bleu, sur le front. Une légende en caractères d'imprimerie annonçait : “Pas de chance”… Il n'en eut guère par la suite. Chaque inspection entraînait quasi inévitablement des sanctions disciplinaires. Sa venue au commando et la rencontre du docteur Lion améliora pas mal de choses pour lui. Le médecin-conseil se changea en chirurgien. Il fallut trois heures d'opération pour décoller le tatouage et greffer à sa place une bande de peau toute neuve. Le “Toubib” et son assistant, Gwenn-Aël Bolloré, en furent satisfaits et… épuisés. Quelques semaines plus tard, “la Boulange” put exhiber un front anormalement lisse. Seule une petite cicatrice demeurera comme une preuve, pour la petite histoire.




avatar
BONNERUE Daniel
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
SECOND MAITRE 1ère CLASSE

Age : 81
NON

Re: Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par BONNERUE Daniel le Sam 5 Juil 2008 - 22:07

...(Suite)

Au cours de cette “…énième nuit de lutte du peuple français pour sa libération…” comme l'affirmait la radio de Londres, des milliers de bateaux naviguent silencieusement tous feux éteints. Chaque bâtiment progresse à une vitesse imposée, en fonction de la mission qui l'attend. Les L.C.I. (S) qui sont assez rapides, dépassent les L.S.T.(5), partis avant eux, car ces derniers sont plus lourds et plus lents. Les troops britanniques du 4-Cdo sont également devant, embarquées sur un L.S.D.(6), grand bâtiment gigogne à tirant d'eau variable, comportant des ballasts et un grand bassin (radier) muni d'une large porte escamotable placée côté poupe et qui se remplira d'eau le moment voulu, pour mettre à flot les L.C.A.(7) chargés de transporter à terre les camarades anglais. Tout a été prévu pour que Français et Anglais se trouvent à débarquer au même moment.

Spoiler:
Dans le poste, Chauvet regarde autour de lui. Dans l'obscurité il arrive à distinguer nettement ses camarades. Le panneau étanche est resté ouvert afin de renouveler l'air chargé d'odeurs sui generis. Il revit ces instants inoubliables : “Dans un coin, je devine la silhouette de L…, un type très jeune, qui ne s'est fait remarquer que depuis peu.
Quelques jours avant d'entrer au camp de Fareham, il a posé une demande pour se marier ; sa petite amie allait être mère. La voie hiérarchique lui a répondu : "Trop tard, on va partir !" Alors il est allé trouver le colonel et lui a expliqué, avec la persuasion des simples, qu'il savait qu'il serait tué le premier jour et que son fils devait avoir un père. Les Anglais se sont débrouillés avec l'Intelligence Service, et il s'est marié la veille d'entrer au camp…(8)
Il est certain qu'il mourra à l'aube, il le sait, je me demande si, dans d'autres guerres, des soldats ont su comme cela qu'ils allaient mourir et s'ils y sont allés pour ne pas lâcher leur unité…

A côté de lui, souriant presque, Reiffers le Luxembourgeois(9) se tient immobile comme une statue, perdu dans ses pensées ; comme avant guerre lorsqu'il était à l'affût du gros gibier en Afrique. Peut-être songe-t-il à l'ironie de se retrouver en ligne de mire, comme un gibier, après avoir été chasseur.

Une conversation a lieu derrière moi. A mi-voix, un grand type, sergent à la Troop 7, que je reconnais son intonation, donne l'adresse de sa femme pour "prévenir en cas d'accident". Le camarade sollicité demande où il l'a connue et, pour meubler, l'autre lui raconte toute son histoire. Il s'est marié en 1943, en Afrique du Nord. En 1940, il était matelot-léger, débarqué en Australie, il s'est engagé dans les "Marines" australiens, a embarqué pour l'Angleterre et, après des aventures sur lesquelles il passe rapidement, s'est retrouvé un an plus tard propriétaire d'un "Fish and Chips" au Cap. Récupéré par la France Libre, il s'est marié à Casablanca et de là est venu au commando. Son interlocuteur donne l'impression de découvrir la vie aisée et tranquille qu'il ignorait. C'est un jeune dur de 19 ans, arrivé au commando depuis la prison maritime de Dundee, entre deux gardiens et les menottes aux mains. Je l'ai souvent entendu raconter complaisamment l'histoire, mais aujourd'hui, il ne plastronne plus. Peut-être a-t-il des regrets, et pourtant il risque de mourir pour la société, son véritable ennemi…


Tandis que Chauvet s'abandonne à ses pensées, d'autres font peut être comme lui, ou bien prient en silence. Se souviennent-ils seulement des prières qu'enfants, ils ont appris ? Qu'importe, d'ailleurs ! Ils ont, en agissant ainsi, l'espoir de se dédouaner un petit peu de leurs “fautes”, dans le cas où, demain, ils devraient remonter à… la “grande base arrière” !
Le temps passe et l'échéance du destin va bientôt se présenter. A l'horizon, sur bâbord, une zone claire commence à pointer malgré la grisaille du ciel. Il est déjà possible de distinguer les bateaux les plus proches. Quand il fera jour, cela fera beaucoup de monde à voir, plus qu'il n'en faudrait d'ailleurs, si on y ajoute les Allemands à l'arrivée. A l'aube du 6 juin, l'histoire va tourner plusieurs pages d'un seul coup.

Devant, la visibilité est limitée par un écran de brume et, de temps en temps, des éclairs zèbrent le ciel, tandis que des roulements sourds d'explosions se font entendre dans le lointain.

Il est 6 heures, beaucoup d'hommes sont montés sur le pont. La mer est mauvaise et ne leur accorde guère de repos. Des bateaux sont là, tout autour, placés comme des pions sur un gigantesque damier invisible. Chacun regarde en s'imprégnant de cet impressionnant spectacle lorsque, brusquement, l'enfer se déchaîne ; les hommes sont saisis de stupeur. Sur un ordre du commandement, tous les bâtiments de soutien se mettent à tirer vers la terre. Dans un tonnerre assourdissant, des bouches à feu sortent des flammes et, des traces lumineuses strient le ciel avant de le maculer de sombres panaches de fumée. Derrière les bâtiments d'assaut, les “gros culs”(10), H.M.S. Nelson et Warspite crachent de toutes leurs pièces de 16 pouces. Cela doit faire mal à l'arrivée, des “pénauds”(11) pareils.

Puis ce sont les bâtiments lance-roquettes (Landing Craft Rockets) qui attirent l'attention, lorsque de leurs ponts partent, sans discontinuer, à une cadence infernale dans un bruit indéfinissable et crispant, des projectiles dont les trajectoires sont matérialisées par des traits multiples de feu qui rayent la nuit. Ce sont tout d'abord des sifflements très forts, suivis aussitôt de ronflements de plus en plus graves, comme des à-coups de lampes à souder, mais en plus intense.

Avant de grimper sur le pont, quelques hommes se sont laissé tenter par des boissons chaudes, mais les estomacs fatigués par une nuit pendant laquelle ils ont été mis à rude épreuve, les obligent à “arroser le jardin du commandant en second”(12).

Les ordres arrivent : “- Les hommes à aligner leurs sacs sur le pont”, puis “- Parés à s'équiper”. Chacun s'exécute. L'un vérifie une sangle, l'autre soupèse son sac qui fait quand même trente-cinq kilos. Les plus prévoyants glissent les cigarettes dans les poches supérieures, une précaution utile pour augmenter les chances de les garder au sec. Enfin tous ces “trucs” qui ont l'avantage de vous absorber les pensées, afin d'éviter de réfléchir à tout ce qui va suivre !

Les ordres se transmettent par des gestes, ou de bouche à oreille, car les canons tirent sans discontinuer et ce n'est pas de sitôt qu'ils s'arrêteront.

Il est maintenant 7 heures, de temps à autre, à travers quelques déchirures de brume, la terre apparaît. Sur bâbord, dépassant les vagues successives d'engins de débarquement, un contre-torpilleur lancé à toute vitesse, en direction de la côte, vire à angle droit “à gauche toute”, puis lâche un épais rideau de fumée destiné à masquer la visibilité aux batteries allemandes de la Baie de Seine.

7 heures 30… La terre est maintenant proche. Des gerbes d'eau s'élèvent de la mer, l'artillerie côtière est entrée en action. Les L.C.I. (S) qui jusque là naviguaient au ralenti, remettent “la gomme”. Les Français aperçoivent, juste à quelques encablures derrière eux, les L.C.A. qui transportent leurs camarades des troops britanniques.

Kieffer semble inquiet. Est-ce que les L.C.I. (S) toucheront terre au bon endroit ? La moindre déviation à droite ou à gauche les exposerait directement aux tirs des blockhaus que l'on a repérés.

Soudain sur bâbord, en contraste avec le mouvement général, un torpilleur norvégien(13) paraît se figer dans le paysage, puis il sombre lentement. Peut-être une mine ? L'explosion n'aura même pas attiré l'attention dans ce fracas d'apocalypse.

La brume s'étant estompée, comme un rideau qu'on aurait tiré brusquement, devant, on voit distinctement la terre. Les tirs allemands se font plus précis et les obus encadrent les premières barges d'assaut. Sur le rivage, se dresse une multitude d'obstacles : “Asperges de Rommel”, chevaux de frise, trépieds en ciment munis de mines, reliés entre eux par d'innombrables fils.

Sur les L.C.I. (S), les Français sont accroupis sur le pont, tendus mais parés. Ils voient déjà ce qui se passe à terre, des L.C.T. ont débarqué des chars démineurs qui sont sérieusement pris à partie ; ils n'auront d'ailleurs guère de chances de s'en tirer.

Le bon vieux Pinelli est à l'avant du L.C.I. 527, les yeux braqués cherchant à situer exactement l'objectif, mais il y a tellement de feu, de fumée et ce bruit infernal qui l'empêche de se concentrer… “Oui, voilà, elles sont là !”, crie Pinelli. En effet, leur premier objectif, les baraques de l'ancienne colonie de vacances sont juste devant. Kieffer est satisfait, les gens de la Navy les ont menés sur l'objectif.

7 heures 55… Un choc ! Les L.C.I. (S) stoppent net ; ils viennent de talonner. Les marins font glisser rapidement sur l'avant les deux coupées parallèles. Blessé, l'un d'eux s'écroule sur place puis se traîne de côté afin de ne pas gêner la manœuvre. Le tir de l'ennemi se concentre, plus précis et meurtrier. La grève se trouve à une centaine de mètres. Pinelli se laisse dégringoler, emporté par le poids de son sac. L'eau lui arrive à la poitrine et, pourtant, il est grand ! La poisse et la tasse pour les plus petits ! Les commandos glissent, sautent, surnagent et foncent vers la plage.

Tout un groupe est déjà descendu lorsqu'un projectile fauche une coupée projetant les hommes à la mer. Le “Pacha” hurle des ordres, mais dans le vacarme, les hommes obéissent plus au geste qu'à la voix.

Il y a déjà beaucoup de corps qui flottent, inertes, d'autres se débattent encore ; un dernier sursaut pour vivre. Mais nul n'a le droit de s'arrêter, tels sont les ordres. Il faut d'abord s'assurer des positions de combat dans un minimum de temps.

Un des L.C.I. (S) a perdu ses deux coupées, mais, aidé par le courant, il a réussi à se mettre à couple de l'autre, permettant ainsi de débarquer ses troupes.

Malgré les rafales d'armes automatiques qui se croisent parmi eux, les commandos qui ont eu de la chance, parviennent sur la plage. C'est dur dans tous les sens du terme. D'abord, la mitraille ou les salves d'obus, puis les battle-dress mouillés qui sont lourds à porter et les bretelles des sacs qui compriment la poitrine, coupant la respiration. Qu'importe ! Les hommes ne prennent pas le temps de réfléchir. Ils foncent, axés sur la seule idée de parvenir jusqu'aux baraques, là-bas à cent cinquante mètres.

Le blockhaus de gauche change soudain d'objectif et “balance la sauce” en enfilade sur la plage, juste au moment où les premiers éléments de la Troop 7 arrivent sur le sable. Un obus de mortier fauche un groupe d'hommes. Ceux qui ne sont pas atteints continuent, pour les blessés on verra plus tard. Il y a aussi plusieurs mourants…

Blessés, le capitaine Vourch, le lieutenant Pinelli, Flesch, un grand Alsacien dont le frère, un “malgré nous”, combat peut être en face, Casalonga qui vient d'avoir vingt ans ce matin même. Il y a aussi le petit Rousseau, Bobby Piaugé et puis, blessé plus gravement, mortellement même, le second-maître “Pépé” Dumanoir. Il mettra vingt minutes pour quitter à nouveau sa terre de France.

Pinelli, touché aux jambes et à la main, rampe jusqu'à “Pépé” et l'entend dire des mots qu'il ne pourra jamais oublier : “Je suis foutu… Hein ?… Mais c'était quand même beau !…” Pinelli a envie de gueuler, de pleurer de rage devant la mort de ce vieux “Pépé”, un des plus anciens… Il n'y a pas de bon Dieu ! Et le sort injuste qui l'accable, c'est tout de même lui qui a passé trois ans à faire de ces garçons des “racers” et c'est lui encore qui reste sur cette plage, alors qu'il aurait tant voulu continuer avec eux.

D'autres encore gisent sur le sable : Laventure, Lahouze, Léostic, Cabellan, Beux et Bucher. Les infirmiers et le “Toubib” auront du boulot.

Ayant eu plus de chance, la Troop 8 se présente la première devant les rouleaux de barbelés. Derrière, il y a un champ de mines. L'officier des équipages “Alex” Lofi, d'un geste rapide ordonne à Thubé d'ouvrir le passage dans le réseau. Pour les mines ?… on verra bien. De toutes façons, s'ils ne franchissent pas rapidement le champ de mines parce qu'ils hésitent, c'est un obus qui va leur tomber dessus.
Le “Pacha” est là aussi, allongé et blessé, observant la progression de Thubé. Gwenn-Aël Bolloré, l'infirmier, découpe la jambe du pantalon ; c'est un éclat à la cuisse. Soins rapides, pansement et morphine. Il pourra continuer.
Le passage ouvert, les gars foncent dans les dunes et parviennent jusqu'aux murs de la colonie de vacances, sans que personne n’ait sauté. Maintenant ils sont hors d'atteinte des pièces de la plage. Les hommes valides ou légèrement blessés sont presque tous arrivés et chacun pose son sac le long des baraques. Un détail attire leur attention ; celles-ci n'ont plus de toit. Cela doit dater de peu, car sur les plus récentes photos aériennes examinées lors des briefings à Fareham, les baraques les avaient encore.

Sur la plage, malgré les salves qui pleuvent, le mouvement de débarquement est continu. Les barges vomissent les hommes, puis reprennent aussitôt la mer pour aller en chercher d'autres. Un char D.D.(14) du 2ème bataillon du East Yorkshire Pionneer est en train de flamber, des hommes, transformés en torches humaines, ont essayé de “gicler”, mais en vain…

Le “Pacha” demande à ses gradés de lui rendre compte de la situation et de l'état des effectifs encore valides. La deuxième phase de l'assaut va commencer.

Du côté des commandos anglais, on déplore également de la casse. Le colonel Dawson, grièvement blessé, n'en dirige pas moins ses hommes.

Chez les Français, le bilan est sévère ; à la Troop 7 particulièrement, on compte 5 tués et 23 blessés dont plusieurs graves. En ce qui concerne la Troop 8 et la section K-Guns, rien de bien sérieux pour le moment. Comme le dernier officier de la Troop 7, le lieutenant Mazéas, vient de se faire blesser au bras, Kieffer décide de partir à l'assaut avec cette unité. Le maître-principal Faure ayant comme une sorte de dépression, le commandement échoit au second-maître Lanternier.




avatar
BONNERUE Daniel
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
SECOND MAITRE 1ère CLASSE

Age : 81
NON

Re: Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par BONNERUE Daniel le Sam 5 Juil 2008 - 22:17

...(Suite)

A l'assaut

Les objectifs désignés sont situés de telle manière que les Troops attaqueront les unes à côté des autres, à partir d'un axe formé par la route principale allant de Ouistreham à Lion-sur-Mer. La Troop 8, constituée en élément d'assaut avec la section K-Guns comme base de feu, attaquera un blockhaus situé à la limite ouest de Riva Bella. La 7 se chargera du Casino, un gros morceau, tandis que les Britanniques du 4-Cdo attaqueront la ville et le port de Ouistreham. Tout doit, impérativement, être terminé pour midi.

Spoiler:
Les hommes ont profité des quelques instants de répit pour nettoyer leurs armes. Quelques-uns ont eu le temps de fumer une cigarette que Lofi, prévoyant, avait emporté dans une boîte ronde, les protégeant de l'humidité. Maintenant, il est temps de se préparer à l'assaut.

Les bateaux continuent à canonner, mais en allongeant le tir. Vers 8 heures 30, la Troop 8 part au pas de course, empruntant la route principale, suivie du lieutenant Amaury et de sa section K-Guns. Elles déboîtent ensuite à gauche, faisant face à la mer et à leurs objectifs. La progression n'échappe pas aux Allemands qui leur envoient quelques obus de mortiers. L'itinéraire passe par une zone dénudée et un champ de mines. Le tout est rapidement franchi sans perte.

En premier, la Troop 8 s'attaque à une propriété dans laquelle se trouve une sorte de château. A l'entrée, il y a un trou d'homme et dedans, un soldat allemand affaissé, mort. Le sort de l'objectif est vite réglé, si rapidement d'ailleurs, que les bateaux anglais, qui ignorent le degré de progression des commandos, prennent le château pour cible. Le lieutenant Begot, qui est à l'intérieur, se met à hurler. Lofi inquiêt, le voit sortir chancelant et couvert de poussière blanche, après l'avalanche de plâtras qu'il vient de recevoir ; cependant il est indemne. Les jurons qui suivent prouvent également qu'il n'est pas aphone.

Mais il faut continuer, Lofi a envoyé Hulot et ses hommes pour réduire tout un dispositif défensif situé le long de la plage, en direction du blockhaus. De son côté, le lieutenant Amaury fait progresser le groupe Saerens jusqu'à un cratère de bombe, situé à environ 150 mètres de ce blockhaus. Toutefois l'accès n'est pas direct, quelques villas partiellement détruites s'élèvent encore sur le parcours. Elles pourront éventuellement servir de position au groupe Coste qui ira les occuper sous la protection des pièces de Saerens.

Ce dernier, suivi de son groupe, amorce la manœuvre sans déclencher de riposte de la part de l'ennemi. Saerens dispose rapidement ses hommes, puis il fait signe au groupe Coste de le rejoindre. En quelques bonds, celui-ci parvient au cratère, puis, après avoir attendu quelques instants une réaction adverse qui ne vient pas, il continue le parcours jusqu'à la première villa. Le lieutenant Hubert dirige la progression et d'un signe, ordonne au groupe Coste de pousser encore plus loin, lorsque des coups de feu partent d'une butte qui se trouve sur leur gauche. Néanmoins, le groupe Coste, en bloc, fonce d'un seul trait et parvient à la position désignée, cette fois sous les rafales d'armes automatiques qui viennent d'entrer en action.

Les commandos se mettent rapidement en batterie et ripostent, pendant un temps très court, car les deux pièces dont ils disposent s'enrayent. D'autre part, Monceau, un tireur de Coste, vient d'être tué. Le lieutenant Hubert, n'ayant plus aucune arme automatique disponible, se soulève pour faire signe à Saerens de le rejoindre. Ce dernier voit le lieutenant sursauter et s'effondrer ; il vient d'être touché.

Ayant laissé une pièce avec Piriou pour couvrir sa progression, Saerens fonce à son tour, suivi de Cartier avec la pièce 2. Arrivés en position, ils ouvrent le feu. Comble de malchance, la pièce 1 de Piriou, n'ayant tiré qu'une seule rafale, s'est enrayée également. Laissant Cartier sur place, Saerens retourne par bonds auprès de Piriou. Il fait démonter l'arme, pendant que les autres hommes tirent au fusil. Là-bas, Cartier continue également le tir. Peu après, une autre K-Gun s'engage également dans l'action. Dès que la pièce 1 est remontée, Saerens repart en emmenant le groupe Piriou et ils arrivent sains et saufs à la hauteur de Coste.

Entre-temps, un commando s'est approché du jardinet où se trouvait Hubert. Il le voit étendu, la tempe trouée. Monceau est à côté de lui. Ils ont dû être abattus depuis la butte qui se trouve face au jardinet.

Maintenant, les quatre pièces K-Guns tirent sans discontinuer, mais la riposte venant du blockhaus est efficace. La position de la section va vite devenir intenable. Demonet, un autre tireur du groupe Saerens, est blessé au nez. Il leur faudrait absolument prendre contact avec la troop de Lofi qui se trouve à leur hauteur, mais il n'y a aucune liaison radio. Saerens a été désigné pour rechercher la liaison.

Du côté de la Troop 8, Lofi voit bien les difficultés de la section K-Guns. En outre, il craint autre chose et fait venir Begot :
- Begot, dit-il, les K-Guns sont en mauvaise posture et je crains qu'il y ait déjà des dégâts chez eux. Cela ne m'étonnerait pas que les Boches profitent de leur multiples réseaux de tranchées pour les prendre à revers.
- J'en ai vu quelques-uns dans les tranchées, dit Begot,
- Il ne faut pas traîner, reprend Lofi, prends tes hommes et va me dégager Amaury…

Saerens parti peu avant, fait la jonction avec le groupe Begot. Après avoir été dégagées, les K-Guns reçoivent l'ordre de décrocher et de rester en appui direct de la Troop 8.
Depuis ce moment, la Troop 8 a enregistré des blessés. Il y a l'ordonnance de Lofi et un des tireurs au Bren, Le Chaponnier, qui a reçu une rafale dans le dos, alors qu'il visait une meurtrière du blockhaus. Ce grand gaillard de Chaponnier, allongé sur le côté, tente de remédier à sa douleur, en buvant une grande rasade de “gnôle” grâce à une gourde que lui a tendu Roelandt… Tout à coup, la voix inquiète de Boulanger (“la Boulange”) se fait entendre : “Dis, Henri… tu ne vas pas tout boire quand même ?…”

Les tirs semblent se concentrer dangereusement sur eux et Lofi décide d'entrer dans une villa, avec quelques uns de ses hommes, afin de mieux dominer la situation. Soudain Messanot appelle son chef. Les Allemands sont en train de mettre en batterie une pièce antichar. Entre temps, se croyant plus tranquille, le grand Laot s'était mis en tête d'extraire la balle du bras de l'ordonnance, lorsque Lofi hurle : “Tout le monde dehors ! Les Teutons vont nous tirer dessus.”

A peine sortis, ils aperçoivent une longue flamme rouge sortant du canon et la villa qu'ils occupaient, s'effondre en soulevant un nuage de poussière.

N'ayant aucun moyen de contre-attaquer, Lofi envoie Laot auprès de Dawson pour lui demander l'intervention d'un char. Allongé dans un creux, il voudrait bien savoir comment se replier ; il se redresse. Une rafale, les impacts soulèvent la terre au ras de son corps. Il n'a pas eu le temps de voir d'où cela venait. Laot, lui, a pu repérer l'emplacement de tir, mais ils ne peuvent rien, sinon se replier. C'est à ce moment que Laot fait remarquer à Lofi qu'une balle l'a touché, mais elle n'a fait que traverser la jambe de son pantalon ; il suffisait de quelques millimètres…

Laot part, puis revient quelques instants plus tard avec Dawson. Ce dernier, blessé et fiévreux, porte une couverture sur les épaules. Toutefois, il ne cache pas sa satisfaction devant la progression de la Troop 8 :
- Alex, dit-il, vous avez tous fait quelque chose de formidable. Votre action est terminée ici. La 8 retourne maintenant à son point de regroupement, ainsi que la section de K-Guns. Les chars ont réussi à débarquer. Ils vont régler le sort des Allemands qui vous bloquent devant. Quelles sont vos pertes ?
- Létang a été tué, le lieutenant Hulot est blessé au pied, il y a dix autres blessés.
- Regroupez-les dans une maison. Des infirmiers viendront les soigner. Quant à vous, ralliez immédiatement la colonie de vacances avec les K-Guns. La 7 est en train de se frotter au blockhaus du Casino…


En effet, après avoir progressé vers l'est de la ville en nettoyant maison par maison, la Troop 7 était parvenue à son objectif principal.

Maintenant, le combat est engagé contre un obstacle de taille. Il y a tout d'abord un gros mur en béton, percé d'une chicane et derrière, un profond fossé antichar. Plus loin encore, à une centaine de mètres, le fameux blockhaus qu'il faudra “réduire”. Le morceau sera dur à avaler et l'approche difficile. Comme la Troop 7 a déjà été sérieusement éprouvée sur la plage, il ne faudra y aller qu'à coup sûr.

Le “Casino” est entouré d'une ceinture assez dense d'ouvrages défensifs et particulièrement le blockhaus du Belvédère, qui peut prendre à revers toutes les attaques lancées contre l'ouvrage principal.

Kieffer, décidé, donne l'ordre d'installer des P.I.A.T.(15) dans une des maisons qui prolongent le gros mur de béton. Les engins rapidement repérés, les Allemands ripostent et blessent les servants. Kieffer ne peut pas lancer ses hommes à l'assaut, il n'en a plus qu'une trentaine à sa disposition. Un message radio lui apprend le débarquement des chars Centaure. Il décide d'en demander un pour soutenir son assaut.

C'est à ce moment qu'intervient un vieux monsieur portant une magnifique paire de moustaches blanches. Il se présente au commandant Kieffer. Vétéran de la guerre 14-18, il croit pouvoir aider les commandos. Evidemment, au regard de tous ces hommes jeunes et pleins d'ardeur, l'offre du vieux monsieur paraît empreinte d'une intention gentille, quant à son efficacité… ils demandent à voir. Pourtant, la suite va démontrer qu'ils portent sur lui un jugement hâtif qu'il leur faudra réviser...

Ce brave pépère, Marcel Lefèbvre, captive leur attention en leur indiquant qu'il connaît l'endroit où sont situées les jonctions des réseaux téléphoniques qui relient toutes les défenses allemandes. Les commandos vont d'une surprise à l'autre, lorsque le vétéran leur explique le meilleur moyen d'approcher du Belvédère en évitant les champs de mines. Les Allemands ne se sont jamais méfiés de ce vieux monsieur qui se promenait nonchalamment, mais qui n'avait pas les yeux dans sa poche et enregistrait tout ce qu'il observait.

Kieffer envoie aussitôt le sergent de Montlaur et Nicot mettre un terme aux communications téléphoniques de l'ennemi. Quelques paquets de plastic judicieusement placés provoquent un “incident technique” dont la conséquence majeure est une coupure de longue durée.


Dernière édition par BONNERUE Daniel le Dim 6 Juil 2008 - 16:20, édité 2 fois




avatar
BONNERUE Daniel
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
SECOND MAITRE 1ère CLASSE

Age : 81
NON

Re: Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par BONNERUE Daniel le Sam 5 Juil 2008 - 22:19

...(Suite)

Quelques instants plus tard, le jeune Rollin, voulant passer par la cour d'une maison, se fait “moucher” par un “snipper”(16) et s'écroule.

Le docteur Lion fait un signe à Bolloré et tous deux, se découvrant à leur tour, saisissent Rollin et s'apprêtent à le ramener lorsque le docteur, qui lui tenait les jambes, a un sursaut, puis s'écroule. Une autre balle vient percuter le mur, juste derrière la tête de Bolloré … Ce dernier se trouve bloqué dans une position dangereuse, avec les deux corps inertes devant lui. Malgré les appels pressants de Perone et Nicot, il reste auprès d'eux. Montlaur le rejoint d'un bond et ils ramènent les corps à l'abri.

Spoiler:
Pour le “Toubib”, c'est fini ! Il a reçu une balle dans le cœur. Pour Rollin, ce n'est pas beau à voir, la balle l'a frappé à la tête et un trou laisse voir le cerveau. Pourront-ils l'évacuer à temps pour le faire trépaner ?…

Vers 9 heures 30, un char ramené par le commandant Kieffer prend position face au “Casino” et ouvre le feu. Les canons de 20 mm sont immédiatement neutralisés, mais le Centaure continue à tirer. Tandis que Kieffer lance ses sections à l'assaut, Faure sur la gauche et Lanternier sur la droite, mais ce dernier doit faire demi-tour, sous le feu nourri partant du Belvédère. Le char pivote immédiatement dans sa direction et balance quatre obus qui le réduisent au silence. L'attaque du “Casino” est bien partie, les commandos nettoient rapidement les défenses de ceinture à la grenade, au lance-flammes et à l'arme blanche. Matraqués par le char, sonnés par les assauts répétés, les Allemands dont la résistance a été mise à rude épreuve, commencent à se rendre. Mais il n'y a pas que des Allemands, voici des Russes blancs, des Italiens… Qu'est-ce qu'ils foutent ici ceux-là ?…

Les prisonniers, mains en l'air, sont regroupés sur la plage où ils sont remis aux Britanniques. La mission de la Troop 7 est remplie.

Le commandant Kieffer, recevant les rapports de ses adjoints, ordonne le rassemblement pour faire l'appel des hommes disponibles. Il est satisfait, car tous les objectifs ont été neutralisés dans le temps qui leur était imparti. Maintenant il va falloir continuer pour rejoindre, comme prévu, les parachutistes de la 6ème division aéroportée anglaise (6ème Airborne).

En fin de matinée, les hommes retournent à la colonie de vacances pour récupérer leurs sacs et, si le temps leur permet, souffler un peu tout en se réapprovisionnant en munitions.
Les troops anglaises ont conquis assez facilement la ville et le port ; il n'y avait que peu d'Allemands. Les plus gênants furent ceux qui leur tiraient dessus, depuis l'autre bord du canal.

Des blessés sont allongés le long des baraques de la colonie de vacance. Il y là aussi les corps des soldats tués, recouverts de toile. Les Anglais ont récupéré des prisonniers allemands et les ont regroupés près des baraques. Le lieutenant Mac Dougal, de la Troop B (britannique), y a également convoyé des prisonniers italiens capturés à Ouistreham.

Un incident grave aura pour cadre le même endroit. Un des prisonniers, un fanatique qui avait conservé une grenade, la balança au milieu des blessés… Les Anglais écœurés, lâchèrent quelques rafales dans le groupe d'Allemands… Il y eut des morts et des blessés.




avatar
BONNERUE Daniel
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
SECOND MAITRE 1ère CLASSE

Age : 81
NON

Re: Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par BONNERUE Daniel le Sam 5 Juil 2008 - 22:30

...(Suite)

Vers la Normandie profonde

12 heures 40… L'ordre de départ est donné. Le 4-Cdo repart vers son autre mission, rejoindre les parachutistes de la 6ème Airborne. Cette fois, les Anglais sont en tête. Ils s'enfoncent plus avant dans les terres, vers Colleville.

Il faut se méfier des mines posées en bordure de route, mais également des snipers qui visent continuellement les colonnes. Ainsi Abdallah, puis le lieutenant Amaury, tous deux blessés au bras, sont évacués vers l'arrière, tandis que les autres localisent et neutralisent le tireur.

Spoiler:
A plusieurs reprises, les K-Guns sont obligées d'entrer en action contre des éléments retardateurs. Cette section ne comptant plus d'officier, le second-maître Saerens et le second-maître Coste restent en liaison avec Kieffer qui les rattache à son P.C.
Les commandos traversent Saint-Aubin d'Arquenay détruit, puis arrivent à Bénouville. A la sortie du village se trouve le pont tournant, lieu prévu pour la jonction avec la 6ème Airborne. L'endroit est malsain, car les Allemands tiennent le secteur sous le feu de leurs armes automatiques et de leur artillerie.

Les commandos parviennent toutefois à franchir le pont, dissimulés par la mise en œuvre d'écrans fumigènes. Les Français s'en tireront avec trois blessés, mais les Anglais subiront des pertes plus sévères. Le collègue britannique de Chauvet, le dessinateur du 4-Cdo, Brian Mullen, sera mortellement atteint en tentant de secourir un blessé.

Et dans toute situation, il y a l'anecdote… Le “Brigadier” Lord Lovat, précédé de son “Piper” personnel, Bill Millin, qui jouait “Blue Bonnets over the border”, traversera dignement le pont sous le feu de l'ennemi. Arrivé de l'autre côté, la petite histoire veut que, ayant remarqué le léger retard à se présenter au rendez-vous, il accusera le coup en s'excusant auprès de l'officier de la 6ème Airborne.

L'officier des équipages Lofi, une fois de plus, eut la “baraka”. Se présentant à l'entrée du pont de Bénouville, il avançait avec ses hommes, lorsqu'un soldat britannique, par une tragique erreur, envoyait un obus explosif à la place d'un fumigène. “Alex” sentit un choc à la poitrine et tomba sur le sol... Le grand Laot s'empressa aussitôt de le relever et constata que seule la bretelle du rucksac était coupée. “Alex” l'abandonna sur place ; il s'en tirait bien, une fois encore. En revanche, un autre commando fut blessé d'une balle dans le ventre.

Le pont franchi, le 4-Cdo reçoit l'ordre de poursuivre encore sa progression sur quelques kilomètres, pour prendre position à Amfreville. Les Français s'installent vers 21 heures entre cette dernière localité et Bréville, après y avoir creusé des tranchées, disposé des nids de mitrailleuses et piégé des sentiers. Plus à gauche, se trouvent les troops britanniques du 4-Cdo, tandis que le 3-Cdo se tient sur leur droite. La 6ème Airborne, elle, stationne plus au sud.

Tout est fait pour empêcher d'éventuelles infiltrations ennemies. Pourtant, durant la nuit, les Allemands parviennent jusqu'au village, essayant de provoquer les commandos, afin qu'en ripostant, ces derniers révèlent les emplacements de leurs positions de feu, mais personne ne leur répondra.

Les hommes vannés, bivouaquent le long des haies, mais le sommeil ne vient pas, à cause des veilles, des gars qui se relèvent, des alertes nombreuses et de la pluie qui s'est mise à tomber, inondant les tranchées.

Malgré tout, la radio leur apprend une bonne nouvelle ; la tête de pont est assurée et le débarquement du matériel se poursuit dans les meilleures conditions.

Le 7 juin, les Allemands réagissent vigoureusement, contre-attaquant et s'approchant jusqu'à une centaine de mètres des commandos, qui perçoivent des bruits de tanks du côté ennemi. Ce jour là, le temps est mauvais et empêche le débarquement du matériel et des provisions. Les commandos manquent de vivres frais et doivent se nourrir, encore et toujours, avec des conserves. Toutefois, un cheval fraîchement tué lors des combats, ne pourra s'opposer à ce qu'on lui prélève des morceaux, qu'en égard à son sacrifice, on aurait des scrupules à nommer “beef-steack”.

L'après-midi, les Allemands récidivent en lançant plusieurs offensives, mais ils sont finalement repoussés.

Le 8 juin, changement de position, les Français vont s'installer cinq cents mètres plus à l'est. Ce qui leur donne encore l'occasion de creuser des tranchées et d'élever des remblais, éternel recommencement.

Le 9, les Allemands déclenchent des tirs d'artillerie sur les positions alliées.

Le 10, un important bombardement ennemi a lieu à partir de 9 heures du matin jusqu'à 7 heures du soir. Un vrai pilonnage avec des obus de gros calibre et des mortiers. Bégot est grièvement blessé, un culot de mortier lui a emporté le menton ; sa langue pend affreusement.(17)

Fourer et Croizer, “le rouquin”, qui étaient dans une tranchée en train de se montrer mutuellement des photos de famille, n'attendaient pas l'obus de mortier ; ils sont soufflés et tués sur le coup. Chaque jour on dénombre des pertes. Les commandos n'ont pas le moral au beau fixe, car à rester figés sur des positions, on est plus vulnérables aux coups de l'ennemi et ce n'est pas acceptable. A quand la reprise de l'action ?

Pendant ce temps, Kieffer a été rapatrié, sur ordre, en Angleterre, pour y faire soigner ses blessures qui s'infectaient. Le sous-lieutenant Hulot s'est trouvé dans la même situation. Il lui fallait plus particulièrement faire soigner ses blessures au pied, dont l'état s'était sérieusement aggravé après une marche de 15 kilomètres.

Kieffer parti, le commandement échoit à l'officier des équipages Lofi. Ses multiples actions ne cesseront pas d'étonner les Britanniques.

Relevés temporairement par les parachutistes, les commandos partent se reposer dans une ferme à Amfreville. Dès leur arrivée, un pilonnage d'artillerie, du 88 encore, leur tombe dessus. Priez, un mitrailleur du groupe Coste, est tué. Dans la nuit, les commandos patrouillent mais reviennent bredouilles et crevés.

Nous sommes le 12 juin. Les hommes parviennent difficilement à récupérer leurs forces. La journée débute avec les travaux courants d'entretien, le nettoyage des armes, le lavage du linge, etc… C'était trop beau. Dans l'après-midi arrive l'ordre de se déplacer à nouveau. Dommage, pensent certains en lorgnant vers la belle et grosse barrique de cidre qu'ils vont devoir abandonner. Direction “le Plein”… malheureusement ce n'est que le nom de l'endroit où ils vont stationner, à un kilomètre au nord-est d'Amfreville, un peu plus à gauche des positions commandos.

Lofi, qui trouve la guerre trop statique et les journées, sinon les nuits, de plus en plus longues, décide de passer à l'action sans l'autorisation des Anglais. Il sera assez tôt pour régulariser en rédigeant intelligemment son rapport.

Cela fait déjà plusieurs jours que des tirs de mitrailleuses et de mortiers “agacent” ses positions et les gars n'en finissent pas de râler contre l'inertie du commandement et des Anglais. Parmi les contestataires, on retrouve pratiquement toujours les mêmes : Sénée, Messanot, Laot, Saerens, enfin tous.

Lofi, qui évolue entre la Troop 7 et la Troop 8, décide de frapper un coup. Il appelle Saerens :
- Bon, tu vas grimper au premier étage de cette ferme, avec tes mitrailleuses. Je rassemble tous les mortiers de 2 pouces.
- D'accord, dit Saerens, et de quel côté "j'assaisonne" ?…
- Le paquet sur tout le côté droit de cette route…
- C'est comme si c'était fait
, répond Saerens en gagnant l'étage.

Lofi a fait placer ses mortiers derrière une Troop anglaise du 3-Cdo, qui, tout en étant dotée de pièces de 3 pouces ne réagit pas. Réglages, relèvements, coup d'essai, corrections affichées et le paquet, dix coups par mortier.

Mais le capitaine anglais du 3-Cdo, vexé, rend aussitôt compte à son colonel, du tir d'“Alex”, qui, en tirant derrière sa position, l'a fait repérer. Le colonel Young fait appeler Lofi et le somme de s'expliquer :
- Mon colonel, répond Lofi, il y a longtemps que les Allemands savent que nous sommes là. Maintenant je pense qu'il faudrait envoyer une patrouille aux résultats et, je ne crois pas, mon colonel, que vous puissiez voir un inconvénient à ce que ce soit mon unité qui y aille.
- Impossible, coupe Young, vous êtes Commanding Officer.(18)
- Veuillez m'excuser encore, mon colonel, mais en me laissant aller, vous serez informé plus vite de la situation. En outre, je suis sûr de mes hommes comme de moi même !…

Les arguments de Lofi ajoutés au gain de temps opérationnel, emportent la décision. Dès son retour à la Troop 8, Lofi demande des volontaires et, une fois de plus, la situation s'envenime :
- J'ai dit… et je le répète encore, des VO-LON-TAI-RES… c'est clair, non ? Je n'ai pas dit la Troop 8. Je ne peux pas emmener tout le monde, ce serait carrément un changement de position.
- Et alors ! rétorque un “provocateur”, plutôt que de rester dans nos trous !…
- Vous voyez d'ici la tête des Anglais ? Ils seraient capables d'affirmer qu'on déserte. zut ! Soyons sérieux. Alors Sénée, Lorest, Messanot… et toi, toi…


Les hommes sortent des rangs et se groupent pour la patrouille. Quelques murmures de protestataires se font entendre, car “Alex” prend souvent la même équipe d'“archers”.
Le petit groupe s'ébranle en longeant la route. Au bout de quelques instants, Lofi, d'un geste, ordonne à deux gars de rester sur place pour les couvrir le cas échéant, puis il continue avec Sénée et Messanot en direction des positions bombardées. S'étant approchés prudemment, ils découvrent deux cadavres allemands, une mitrailleuse, son tube de rechange, un mortier et du matériel divers.

Lofi fait immédiatement transmettre un message compte-rendu au colonel Young, puis revient sur ses pas. Mais parvenu à l'endroit où il avait laissé les deux gars… personne !
- Où sont-il passés, ces “cocos” là ? rugit-il.
Ils ont simplement changé d'emplacement et se trouvent à une cinquantaine de mètres, devant la villa du Maire, en train de vider de bonnes bouteilles.
“- C'est comme ça qu'on fait une couverture ? demande Lofi.
- Ben… on a voulu faire une reconnaissance là, pour ne pas risquer d'être pris à revers… et après on a trouvé ça.
- Après ou avant,
coupe Lofi, vous vous foutez de moi ou quoi ? Allez, on rentre !
- On pourrait emporter quelques petites bouteilles ?…
- Quoi ?
… hurle Lofi hors de lui, vous avez encore le culot d'insister !
Mais, devant le regard désapprobateur de Massenot et Sénée :
- Bon… dit-il bougonnant, prenez-en quelques-unes, mais planquez-les sous les vareuses. Les Anglais seraient trop contents de raconter partout qu'on profite des opérations pour se poivrer.

Dès le retour, “Alex” se rend auprès du colonel Young. Les Anglais, beaux joueurs, félicitent Lofi et son groupe. En outre, Lofi se voit décerner l'Immediate Military Cross.

Les jours suivants, les activités sont assez réduites, à part quelques fausses alertes. Les positions des commandos vont surtout servir de points de récupération aux groupes qui rentrent de patrouille.

Le 21 juin, les Français sont relevés par les Anglais. Ils ne vont pas loin, cinq cents mètres en arrière, pour soi-disant prendre du repos. Ils ont plutôt l'impression de tenir une seconde ligne, car il reprennent tout de suite leurs activités coutumières ; trous, remblais, tranchées et multiples etc... Un remake, diraient les Anglais…


Dernière édition par BONNERUE Daniel le Dim 6 Juil 2008 - 16:27, édité 2 fois




avatar
BONNERUE Daniel
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
SECOND MAITRE 1ère CLASSE

Age : 81
NON

Re: Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par BONNERUE Daniel le Sam 5 Juil 2008 - 22:40

...(Suite)

Du 22 au 28 juin, l'installation est pratiquement terminée, lorsque la pluie remet tout en question.

Une patrouille Troop-K-Guns à la ferme Longemare, permet, lors de la visite des lieux, de trouver une cave bien garnie et de rapporter “le strict nécessaire”. Quelques volailles, qui paraissent “vraiment abandonnées”, suivront le même chemin. Toutefois, les commandos ne pourront pas tout emporter et, comme ils ne souhaite pas partager avec les Allemands, ils piègent la ferme avant de partir. La patrouille, quoique chargée, fait encore un crochet par le bas de Bréville, puis rentre sans incident.

Le 29 juin, l'unité change de position, une fois de plus. Cette fois, elle se déplace d'un kilomètre au sud du Bas-Bréville. Quelques patrouilles de nuit se soldent par de petites escarmouches, mais rien de bien grave. L'aviation allemande que l'on n'avait pas tellement vue jusqu'à maintenant, se hasarde à bombarder, mais sans causer de gros dégâts.

Spoiler:
Le 15 juillet, le commandant Kieffer est de retour. Convoqué par le Haut Etat-Major, il est décoré de l'Immediate Military Cross des mains du maréchal Montgommery.

Le 27 juillet, nouveau changement de position, qui amène les commandos légèrement au nord d'Escoyville, en bordure du bois de Bavent.

Le secteur est pourri, les Allemands pilonnent souvent les positions au mortier. Le bois est truffé de mines, ce qui entraîne des pertes sensibles. Lofi n'a plus qu'une trentaine d'hommes, malgré le retour de quelques blessés et de maigres renforts. Du côté ennemi, hormis les troupes d'élite comme les Waffen-SS et les parachutistes, on sent un fléchissement non négligeable.

Toutefois, dans l'attente interminable d'une grande contre-offensive, les belligérants conservent leurs positions. Lofi a fait piéger la plupart des sentiers et les endroits possibles de passage, afin de prévenir toute tentative d'infiltration ennemie.

Mais rester ainsi ne sert à rien. Un matin, le colonel Dawson, agacé par l'inertie imposée, fait appeler Lofi et lui ordonne d'effectuer une patrouille pour tâter le terrain jusqu'à l'entrée de Bavent. Puis, arrivé sur place, d'envoyer un message pour l'informer de la situation. Si la voie est libre, le reste du 4-Cdo et de la 1ère Brigade suivra aussitôt.
Dès son retour au camp, “Alex” fait mettre à l'appel. L'effectif de la patrouille est rapidement réuni, puis complété par l'arrivée de trois engineers(19) anglais pour ouvrir la route.

La colonne quitte le camp. Les hommes marchent au ralenti, car, par mesure de sécurité, ils ne peuvent devancer les spécialistes qui détectent méticuleusement les pièges que le terrain peut recéler. “On n'avance pas avec leurs poêles à frire(20), dit Lofi, on n'aura jamais le temps d'arriver pour exécuter la mission. Ça suffit comme cela. Hulot, remercie les Anglais. Dis-leur que nous sommes pressés, que nous continuerons sans eux…

Les trois Anglais ne tiquent pas. Ils ne font aucune difficulté pour retourner à leur cantonnement. Ils reprennent calmement la route en sens inverse, tandis que la patrouille continue sa progression sans détecteur. Mines ou pas, les commandos forcent l'allure. Ils foncent allègrement sans réfléchir aux éventuelles conséquences. Ils vont tellement vite, qu'ils parviennent à l'entrée de Bavent, apercevant juste à temps le petit pont qui précède les premières maisons du village. Lofi a fait stopper. Les gars prennent des positions de sécurité. Dans le patelin, aucun bruit, il n'y a pas un chat en vue. Hulot, le bon Breton, toujours gonflé à bloc, se retourne vers son chef :
- Qu'est-ce qu'on fait ? demande-t-il, c'est mort là-dedans !
- On doit envoyer un message
, répond Lofi. Normalement nous ne devons pas entrer dans le bled…
- Evidemment
, reprend Hulot. Nous, on risque le coup, les Anglais arrivent décontractés et, pourquoi pas, avec leurs cornemuses ?
- Bon sang
… coupe Lofi, vous me cassez les pieds à chaque fois pour venir en patrouille… et quand vous y êtes, vous trouvez le moyen de râler…
- On ne râle pas pour la patrouille, mais à cause des Anglais qui…
- Ça suffit
, coupe à nouveau Lofi, dispose les gars, on entre dans Bavent.

Prudemment, les commandos s'aventurent dans le village en longeant les murs, tous les sens aux aguets, redoutant l'embuscade, scrutant portes, fenêtres et le moindre recoin. Fréquemment, l'un ou l'autre se retourne brusquement, mais il n'y a rien en vue.

Arrivés devant la Mairie, ils y pénètrent silencieusement… personne ! Des casques de pompiers sont là, brillants, bien rangés et vides d'occupants.

Lofi, sorti sur le pas de la porte, entend soudain des voix qui semblent provenir d'une lucarne de la maison située de l'autre côté de la rue. Comme il est Lorrain, il comprend immédiatement des mots allemands : “- Hulot… vite, appelle-t-il, prends quelques types et déloge-moi les clients qui sont dans le grenier de la maison d'en face”.

Sitôt dit, sitôt fait. Le groupe revient, précédé de quelques soldats allemands visiblement fatigués. Ils ne demandaient qu'à se rendre, d'ailleurs. Lofi les interroge en allemand. Les prisonniers lui assurent qu'il n'y a plus personne, le P.C. du colonel s'est replié vers Pont-l'Evêque, à l'autre sortie de Bavent. “Alex” décide immédiatement de s'y rendre. Les commandos partent presque au pas de course. En peu de temps, ils parviennent à l'autre extrémité du village. Ils rencontrent un fermier qui leur dit que le fameux colonel vient juste de s'en aller, il n'y a pas plus de dix minutes. Lofi peste contre le sort. C'est trop bête !

C'est à ce moment qu'arrive la Troop 7 avec Guy Vourch, récemment rentré d'Angleterre. Lofi lui demande de se placer en couverture à l'ouest de Bavent, tandis que lui rend compte au colonel Young. Normalement, c'était Young qui aurait dû entrer le premier dans le village !…

La réponse du colonel Young est farcie de commentaires désobligeants dont on se passera dans le texte, mais qui rappellent l'insubordination continuelle, l'indiscipline chronique des Français et des tas d'autres griefs susceptibles de compromettre l'Entente Cordiale !
Lofi s'y attendait, bien entendu ! Par la suite, il a reconnu qu'à l'époque il s'en foutait.

Quelques jours plus tard, c'est le retour d'Amaury. Ses blessures cicatrisées, il reprend le commandement de sa section K-Guns. Mais les évacuations continuent dans les mêmes proportions car les combats sont loin d'être terminés.

Le 17 août, légère progression vers l'est, jusqu'à Robehomme, où les Français vont rester trois jours. La période est assez calme, à part un vol de reconnaissance de la Lutfwaffe, suivi d'un tir d'artillerie qui ne cause guère de dégâts.

Le 20 août, les commandos reprennent la route en direction de Criqueville. Après une courte halte dans ce village, la Troop 8 et le groupe du maître Saerens repartent, en progressant de deux kilomètres vers le sud-ouest. Il est 22 heures. Il longent prudemment une voie de chemin de fer pendant un kilomètre, progressant à la boussole.

Apprenant la position où se trouve Lofi, le colonel Dawson lui demande de reconnaître le terrain, encore un peu plus haut, tandis qu'il envoie la Troop 7 et l'autre groupe K-Guns par un autre itinéraire. Vers 1 heure 30, Lofi qui est arrivé aux alentours de la route de Grangues, désigne deux hommes, Sénée et Chauvet, pour aller voir ce qu'il y a “toujours plus loin”.

Les deux hommes partent donc, traversent un champ et aboutissent sur une route qu'ils abordent silencieusement en prenant des précautions. Il fait bien noir. Pourtant, ils distinguent une masse sombre dans le fossé… c'est une ambulance abandonnée, faute d'essence sans doute. Rien d'autre en vue, ils rebroussent chemin et rentrent. Mais cela ne satisfait pas “Alex” qui monte sur ses grands chevaux :
- Nom de Dieu !… crie-t'il, vous avez quand même entendu et vu comme moi les ordres “Achtung… Feuer” et les coups de départ de mortier et c'était bien dans ce coin. Je suis peut-être Lorrain, mais pas Jeanne d'Arc !… Vous repartez donc pour le même motif !…

Et il avait raison cet entêté de Lofi. Lorsque l'équipe de reconnaissance revient, il exulte ; il y a bien des Allemands, environ une centaine, avec des mortiers de 3 pouces.




avatar
BONNERUE Daniel
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
SECOND MAITRE 1ère CLASSE

Age : 81
NON

Re: Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par BONNERUE Daniel le Sam 5 Juil 2008 - 22:49

...(Suite)

Lofi fait aussitôt prévenir le commandant Kieffer et le colonel Dawson. Tout le monde se prépare, c'est-à-dire la Troop 8 à laquelle s'est joint le P.C. de Kieffer, ainsi que le groupe Saerens. L'ordre de départ est rapidement donné. Les hommes sont pressés d'être au contact de l'ennemi. Ils arrivent bientôt sur les emplacements repérés mais ils viennent d'être abandonnés en toute hâte, car les mortiers sont restés sur place, avec leurs munitions ; l'ennemi a seulement pris la précaution d'enlever les appareils de visée.

Spoiler:
Décidément, ces Allemands ont l'art de s'esquiver sans prévenir.

La progression reprend, mais il faut continuellement se méfier des nids de résistance, surtout qu'ils sont souvent tenus par des Waffen-SS, des combattants aguerris.
Vers 5 heures, ils atteignent la route qui relie Criqueville à Beaumont-en-Auge. Les commandos marchent sur le côté de la route, parfois même dans le fossé. Dans ces conditions de progression, il est très difficile de se repérer, on ne voit rien. Ce n'est pas prudent de continuer ainsi, de plus ils sont fatigués. La Troop Vourch s'est partiellement dispersée dans le courant de la nuit. C'est ainsi que Guy Vourch va se retrouver seul avec son ordonnance.

De son côté, Lofi pense ordonner une halte. Soudain, il entend crier devant : “Halt… Wer da ?…“(22) Cela crée un brusque coup de froid dans l'atmosphère ; tous se figent. Lofi croit bien avoir entendu ces mots en allemand, mais absorbé dans ses pensées à ce moment là, il se peut qu'il ait confondu… “Halt Wer da !…” avec “Halte là !…” Prononcé par un gars énervé ou craintif, cela résonne autrement… Peut-être était-ce un homme de la Troop 7 qui devait normalement se trouver sur la gauche et… Lofi, arrêtant la foule des possibilités qui lui encombre l'esprit, répond à tout hasard : “- Ne faites pas l'imbécile. Ici, c'est la Troop 8 qui vient vers vous !” Un coup de feu éclate aussitôt. Lofi bondit vers le talus. Sénée, toujours rapide, balance une grenade, dont l'explosion blesse légèrement Lofi sous l'œil et Massenot à la fesse. Tout le monde se replie.

Kieffer qui croit à une attaque plus importante, demande un appui d'artillerie aux Anglais, donnant les coordonnées au plus près. Lofi, prévenu, fait encore replier ses hommes : “Le “Pacha” est bien gentil, mais dans la nuit, le plus près, c'est dangereux pour les amis. Quant à la précision des mortiers anglais…”

Lorsque le tir commence en efficacité, les hommes de la Troop 8 comprennent pourquoi “Alex” les a fait se replier en deux fois. Ils sont allongés dans les fossés, mais les obus tombent encore tout près d'eux. Qu'est-ce que cela aurait donné s'ils avaient conservé la position !

Nous sommes à L'Epine le 21 août, il est 6 heures. Saeren exécute un tir d'interdiction sur les lignes adverses. Hulot a fait mettre en batterie les mortiers récupérés à l'ennemi mais toujours dépourvus d'appareils de visée ; il ordonne d'ouvrir le feu. Le temps de régler à vue et quelques “pénauds” tombent chez les Anglais. Comme les transmissions fonctionnent particulièrement bien, ils le font savoir en protestant vigoureusement ! Mais Hulot, grâce à cela, a pu corriger le tir.

Chausse est prêt à donner l'assaut. Il doit mener ses hommes en progressant suivant l'axe de la route qui va de Criqueville à Beaumont-en-Auge. Le départ se fait promptement. Ils sont appuyés par le groupe K-Guns de Saerens. Au début, la riposte ennemie paraît faible, puis elle cesse brusquement. Les commandos aperçoivent les Allemands juste devant eux. Chausse crie : “A la baïonnette !…” Pour Yves Vourch, le frère de Guy, c'est le premier assaut. Il fonce néanmoins comme les autres. Il faut voir le petit Laffond courir comme un forcené derrière un immense Prussien, qui doit bien mesurer dans les deux mètres, mais qui ne demandera pas son reste devant la charge furieuse du Français.

Un coup de feu claque, suivi de quelques autres, puis plus rien. C'est ainsi que sur le trajet, l'Epine est conquise !

Lofi voit arriver un groupe important de prisonniers, certains blessés assez sérieusement. En les interrogeant, il retrouve celui qui lui a tiré dessus la nuit précédente. C'est un Autrichien, architecte dans le civil, un brave type qui, comme tout le monde, voulait sauver sa peau. Puis deux soldats allemands arrivent en portant un jeune officier, leur lieutenant. Il est salement blessé. Une balle de Colt 45, tirée sans doute par Chausse, lui a fracturé la jambe ; il est également touché au ventre. Il est déposé au pied d'un arbre. Il aura un sursaut de révolte en apprenant qu'il s'est rendu à des Français qui, malgré tout, vont le soigner convenablement.

Sur ces entrefaites, la Troop 7 arrive en renfort. Il faut toujours prévoir la possibilité d'une contre-attaque allemande. Quelques instants de répit vont être consacrés au repos puis au réapprovisionnement en munitions, ensuite, ce sera un nouveau départ vers le nord cette fois, jusqu'aux abords de Dozule, puis de Gonneville où les hommes stationnent pour la nuit. Il est plus que nécessaire de récupérer des forces.

Les jours suivants sont assez calmes, ce qui va permettre une progression par étapes et sans accroc. Pour une fois, les commandos seront transportés en camion jusqu'à Beaumont-en-Auge.

Le 24 août, la radio annonce que Paris s'est insurgé, qu'il se bat pour sa libération. Les commandos français ne sont assurément pas tous parisiens, mais la capitale représente pour eux un symbole, après toutes les années qu'ils viennent de “passer dehors”. Paris bientôt libre !… Cela remonte d'un seul coup le moral des garçons.

Mais ils ont encore du chemin à parcourir. Départ pour Pont-l'Evêque, qui serait, paraît-il, attaqué par des chars. En chemin, les commandos traversent une rivière à gué, il s'agit de la Touques. Lorsqu'ils arrivent à Pont-l'Evêque, la ville est en flammes. L'ennemi l'a incendiée avant de déguerpir. Certaines personnes, qui avaient été enfermées dans les caves par les Allemands, sont libérées.

La progression continue toujours vers l'est, monotone, sans relief. L'ennemi, qui s'enfuit devant l'avancée des troupes alliées, n'oppose, à part de rares exceptions, que peu de résistance. Durant une nuit, la forêt de Saint-Gatien sert de théâtre d'opérations. Ce sera le dernier accrochage important, qui coûtera malheureusement à la Brigade des commandos, ses derniers morts dans la campagne de Normandie.

Sur le plan de l'offensive générale, les troupes foncent vers la Seine. L'effort est vraiment interallié ; des tanks canadiens, appuyés par l'infanterie néerlandaise, franchissent des ponts posés et entretenus par des sapeurs palestiniens, qui sont eux mêmes commandés par des techniciens australiens…

Le 25 août, les commandos sont à Saint-Maclou, en attente d'un événement, mais lequel ? Pourtant, les gars complètement crevés, n'ont pas la possibilité de dormir. Heureusement que les paysans normands, plus visibles que les jours précédents, leur offrent à boire du cidre. Il y voient un double avantage ; non seulement ça descend bien, mais ça remonte le moral !

Stoppés à trois kilomètres de Beuzeville depuis trois jours, les commandos cantonnent sous des pommiers individuels ; chacun le sien. Rien ne bouge dans le secteur.

“Alex” Lofi est attablé avec Hulot et Messanot ; ils cassent une bonne croûte, ce qui les change de l'ordinaire. Au menu, de généreux morceaux de mouton, du bon cidre et une de ces “goutte”, Seigneur ! La discipline est bien sûr la force principale des armées, mais c'est quand même la nourriture et le reste qui entretiennent le moral !

La satisfaction des estomacs comblés, l'optimisme renforcé par les boissons du cru, permer d'engager une discussion animée :
- On a vraiment bien cassé la croûte, dit Lofi, et cela fait bien longtemps qu'on n’en avait pas eu autant. Heureusement que nous sommes tranquilles pour finir. Maintenant il faut bien affronter la réalité. Nous attendons comme des idiots les ordres et la situation se pourrit…
- Vous avez raison
, répond Messanot, les Anglais nous laissent toujours en “stand by”(22), les hommes n'ont plus le moral…
- Les gars
, s'exclame Lofi, allez, c'est décidé, empoignez vos armes, appelez Chausse, on va aller voir Beuzeville de plus près !…
- Et le commandant ?…


La question reste sans réponse… Pour “Alex” c'est parti ! Messanot, Hulot et Chausse, qui vient d'arriver, lui emboîtent le pas. Les suites, les conséquences de l'initiative n'ont pas l'air de les tracasser.

Parvenue à l'entrée de Beuzeville, la patrouille est aux aguets. Le patelin a l'air des plus tranquilles, mais il vaut tout de même mieux se méfier. Néanmoins, le groupe progresse et découvre des soldats allemands qui se rendent aussitôt. L'un d'entre eux leur dira, avec ce qu'on pourrait appeler “une nuance de reproche”, que depuis plusieurs jours déjà, ils les attendaient pour se rendre.

Continuant leurs investigations, nos gaillards voient arriver vers eux, débouchant d'une porte, un charmant jeune homme, souriant, maniéré et un peu timide, qui leur confirme qu'il ne reste plus ici que quelques soldats allemands isolés et prêts à se rendre. Il ajoute que lui est là pour faire de la résistance. Pourquoi pas ? Tout se résume dans l'intention.

Après avoir exploré et contrôlé les moindres recoins du village, Lofi se voit contraint de rendre compte à l'état-major. Il envoie, non sans une légère crispation, le message à Kieffer, pour lui apprendre que Beuzeville est pris. La petite histoire veut que ce coup de main inattendu ait bien amusé le colonel Dawson.

En pénétrant dans le village le lendemain, les commandos ont la surprise de voir, pour la première fois, des maisons habitées et des groupes d'hommes munis de brassards tricolores, armés de façon disparate, les Forces Françaises de l'Intérieur (F.F.I.) du secteur. Sans perdre de temps, ces combattant de la dernière heure ont mis en place un “tribunal” pour juger les crimes de collaboration.

Pour la première fois depuis bien longtemps, les commandos vont pouvoir mettre à profit le peu de temps de détente qui leur est accordé pour prendre un peu de repos, en retirant notamment leurs brodequins. Les habitants de Beuzeville, quant à eux, se font une joie d'accueillir leurs libérateurs en les conviant à partager leurs repas.

Parmi les bérets verts, quelques uns veulent rayonner aux alentours, de manière à découvrir les environs. Ainsi, Coste qui a réparé une jeep abandonnée, emmène Gwenn-Aël Bolloré en virée. Cette action est on ne peut plus imprudente. Après de multiples détours, ils pénètrent dans Pont-Audemer que les Allemands ont évacué la nuit précédente. Ils sont donc les premiers libérateurs à y entrer.




avatar
BONNERUE Daniel
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
SECOND MAITRE 1ère CLASSE

Age : 81
NON

Re: Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par BONNERUE Daniel le Sam 5 Juil 2008 - 22:54

...(Suite)

Malgré les dénégations de nos deux gaillards, les F.F.I. voient en eux l'avant-garde des troupes alliées, venue pour assurer la jonction avec les Forces de l'intérieur. Il leur faut alors suivre un circuit infernal ; vin d'honneur à la Mairie, suivi d'un pot avec les anciens combattants, un verre avec l'un, une tournée chez l'autre, un cumul qui va vite les conduire à l'ébullition.

Spoiler:
Puis, un des F.F.I. propose de montrer aux deux héros du jour leur nouveau “cheptel”. En suivant le guide, ils descendent dans une grande salle basse, située en entresol, seulement éclairée par une lumière pénétrant par des soupiraux grillagés. Une trentaine de femmes y est enfermée. Elles sont assises à même le sol, le crâne complêtement rasé. Elles sont d'âges divers, mais la majorité d'entre elles est composée de jeunes. Elles devaient sans doute être jolies avec leur chevelure.

Bolloré, encore un peu dans les “vapes”, commence à se ressaisir. Coste, qui a appris la raison pour laquelle ces femmes ont été tondues, se lance alors dans un “speech” patriotique et pénible à la fois. Sa diatribe va entraîner des réactions diverses chez les prisonnières, peut être trop rapidement mises en accusation.

Agacé, Bolloré parvient à entraîner Coste vers l'extérieur et, sans plus s'attarder, ils reprennent à la fois la jeep et le chemin du retour. Ayant stoppé leur véhicule à environ trois cents mètres du cantonnement, les deux fugueurs rentrent discrètement sous leur tente, pour récupérer et se faire oublier.

La dernière phase de leur mission prévue en Normandie va se terminer là. Des 4.500 hommes débarqués le 6 juin, la Brigade n'en aligne plus que 850, compte tenu des retours des blessés des premiers jours. Les combats ont duré quatre-vingt-trois jours. En ce qui concerne les Français, ils étaient 177 à débarquer ; il en manque la moitié. Comme on leur avait annoncé au départ, il y a eu de la casse.

Durant cette période Kieffer aura appris que son fils a été arrêté et fusillé par les Allemands.

Le 1er B.F.M.-Commando ayant été mis en disponibilité, le personnel est autorisé à prendre des permissions. Saerens part aussitôt pour Lille. Chausse, dont la famille réside à Rugles , dans l'Eure, à une cinquantaine de kilomètres du cantonnement, ne tient plus en place. Depuis l'Angleterre, il n'a jamais réussi à donner de ses nouvelles aux siens, mais il n'a pas pu, non plus, en recevoir. Il a bien fait passer un message une fois, en 1942, par la voix des ondes et par l'intermédiaire de la British Broadcasting Company (B.B.C.) En fait de message, c'était assez sibyllin, puisqu'il s'agissait d'une vague approche, afin d'éviter des représailles à sa famille : “Tout va bien. Je suis en bonne santé. Bonjour à “Pillo“ (surnom de son beau-frère) et à “Itos” (nom de son chien)”.

Des amis qui l'avaient entendu en avaient fait part à sa famille, mais son père, après la visite d'un matelot originaire des environs, qui lui avait assuré qu'il avait vu son fils se noyer lors du torpillage d'un cargo, était convaincu de sa mort. En revanche sa mère, confiante en ses prières ou par intuition, espérait malgré tout…

Chausse demande à Lofi, non seulement de lui obtenir l'autorisation de se rendre à Rugles, mais encore de l'accompagner. Le colonel Dawson va donner son accord. Ils partent donc tous les deux sur une grosse moto “Norton”.

Quelle ambiance ce jour là à Rugles. Chausse ne pourra pas oublier ces années de guerre, mais encore moins son retour. Lofi non plus, d'ailleurs, car il arrose ces retrouvailles avec force rasades d'un “Calva” de derrière les fagots.

Un autre gradé demanda également à se rendre auprès de sa femme, habitant la Normandie. Il obtint l'autorisation et emprunta lui aussi une moto.

Inconvénient majeur, ou simplement trou de mémoire, c'est que ce gradé avait invité le colonel Dawson et le commandant Kieffer à ses fiançailles officielles avec une jeune Anglaise. Cumul regrettable sur le plan moral et, d'autant plus qu'à son retour, il n'avait plus sa moto qui lui aurait été volée. Il quittera le commando.

Lorsque la nouvelle de la libération de Paris est confirmée, la Brigade décide d'envoyer un petit groupe motorisé vers la capitale. Deux jeeps et deux camions, transportant vingt-cinq commandos britanniques et autant de commandos français, se met en route.

Ils arrivent le 31 août à 8 heures 30, par le pont de Saint-Cloud. Ce déplacement permet de récupérer Meunier et Caron, rescapés du raid de Gravelines. En effet, conduits par Paillet, “Bollinger” (Bolloré) (23) et Bouilly les ramenèrent en Normandie.

Puis, le 6 septembre 1944, les commandos sont de retour en Angleterre. Cependant, la guerre continue et il va leur falloir trouver, en trois semaines, le temps de se reposer, mais également d'intégrer les nouveaux effectifs, de compléter les équipements et de “recetter” les nouveaux armements et matériels.

D'autres opérations les attendent aux Pays-Bas et les pronostics, s'ils ne sont pas encore communiqués hors des états-majors, laissent tout de même filtrer quelques informations ; pour être assurés de la réussite, il va falloir absolument que les opérations soient menées par des professionnels qualifiés… Suivez les regards !…

(1)- L'expression “caler” donne l'indication du “tirant d'eau”, soit la hauteur de la partie immergée de la carène : la distance entre la ligne de flottaison et le point le plus bas de la coque.
(2) - Beacher , vient du verbe to beach : Débarquer, terme couramment employé par les militaires…
(3) - Couvre-feu, cartes de rations.
(4) - Glider : Grand planeur transportant matériel et personnel.
(5) - Landing Ship Tank : Transport de véhicules et de blindés, apte à s'échouer pour débarquer sa cargaison.
(6) - Landing Ship Dock : Transport de chalands de débarquement. En navigation, le tirant d'eau est minimum, le bassin est hors d'eau, la porte arrière est fermée. Lors de la mise à l'eau des chalands transportés, les ballasts sont remplis, le bateau transporteur ainsi alourdi s'enfonce et le bassin se remplit. Les chalands étant alors à flot, sortent par la grande porte arrière.
(7) - Landing Craft Assault : Chaland motorisé à fond plat, de forme rectangulaire comportant à l'avant une porte d'accès en forme de pont-levis, permettant le débarquement des 25 à 30 homme qu'il transporte.
(8) - Effectivement, il sera tué à 8 heures du matin.
(9) - Il y avait 5 Luxembourgeois au 1er B.F.M. Commando.
(10) - Désignation en langage “marine” des grands bâtiments : Croiseurs, cuirassés…
(11) - Pénauds : Expression pour parler des obus, comme les “Boums” désignent les canonniers.
(12) - Expression “marine” similaire à “donner à manger aux poissons”. Le jardin désignant la mer autour du bâtiment.
(13) - Torpilleur Svenner, coulé par les vedettes rapides allemandes (Schnell Boot) parties du Hâvre.
(14) - Le char D.D. (Duplex Drive) est un Sherman capable de naviguer, grâce à une jupe flottante comportant plusieurs boudins pneumatiques superposés.
(15) - Projector Infantry Anti-Tank : Version anglaise du Bazooka. Il fonctionnait par compression d'un ressort et expédiait une bombe à ailettes de 4, 500 kg à charge creuse.
(16) - Sniper : Tireur d'élite, posté en général en position favorable, armé d'une carabine à lunette.
(17) - Bégot fut rapatrié en Angleterre et très bien soigné. La guerre terminée, il y demeura pour y subir une série d'opérations de chirurgie esthétique. En 1946, alors qu'il en était à la moitié de son traitement, le général de Gaulle qui s'était brouillé avec les Anglais, exigea que les blessés britanniques traités en France soient rapatriés chez eux et vice-versa. Ainsi, Bégot rentra en France et, comme les hôpitaux français n'étaient pas encore réorganisés, il ne put être complètement soigné. On le renvoya dans ses foyers, avec une pension, sans autre forme de procès. Bégot reprit certaines activités, particulièrement au sein du Conseil municipal de sa localité. Il y restera jusqu'à ce que la municipalité (communiste) manifeste contre la présentation du film “Bérets verts”, de John Wayne. Durant plusieurs années, il se déplacera encore à Riva-Bella, à l'occasion des anniversaires du débarquement, pour saluer les survivants et honorer les morts.
(18) - Commanding Officer : Commandant.
(19) - Engineer : Technicien. Dans ce cas précis, il s'agissait de spécialistes en détection.
(20) - Poêle à frire : Appareil de détection de métaux, dont la forme rappelle effectivement l'ustensile de cuisine.
(21) - En allemand : “Halte… Qui va là ?…”
(22) - Stand by : expression signifiant “mise en attente”.
(23) - Gnenn-Aël Bolloré avait pris ce pseudonyme, comme son frère René également engagé aux F.F.L., afin d'éviter que leur famille soit inquiétée en France, ou subisse des représailles.




avatar
BONNERUE Daniel
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
SECOND MAITRE 1ère CLASSE

Age : 81
NON

Re: Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par BONNERUE Daniel le Sam 5 Juil 2008 - 23:00

Si vous avez trouvé un intérêt à ce récit, je peux le faire suivre de celui des combats de libération de la Hollande dans lesquels l'officier des équipage fusilier-commando Alexandre LOFI s'est "distingué" à la tête de ses compagnons.




avatar
Loïc Charpentier
SECOND MAÎTRE 2ème CLASSE
SECOND MAÎTRE 2ème CLASSE

Age : 71

Re: Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par Loïc Charpentier le Dim 6 Juil 2008 - 12:00

Merci ! Fort intéressant. :study:

Loïc
avatar
BONNERUE Daniel
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
SECOND MAITRE 1ère CLASSE

Age : 81
NON

Re: Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par BONNERUE Daniel le Mar 8 Juil 2008 - 22:17

Après les durs combats du débarquement en Normandie où nombre d'entre-eux avaient été tués, nos commandos n'en avaient pas pour autant terminé la guerre. Les voici donc partis libérer la Hollande avec à leur tête Philippe KIEFFER, ainsi qu'Alexandre LOFI. Beaucoup trop d'hommes encore vont y laisser la vie :

LA HOLLANDE

Combats pour Walcheren…

C'est vers la fin décembre que, fraîchement équipés, effectifs complétés, les troops franco-britanniques du 4-Cdo sont envoyées au nord de la Belgique.

Spoiler:
L'unité débarque d'abord à Ostende, récemment libérée, pour rallier la station balnéaire Den Han (le Coq), aux environs de Blankenbergue. Le 4-Cdo dépend maintenant de la 4ème Brigade, commandée par le général de Royal Marines, B.W. Leicester, D.S.O., surnommé “Jumbo”. La Brigade dépend du haut commandement de la 1ère Armée Canadienne.

Le 4-Cdo se joint aux Royal Marines (R.M.), 41, 47 et 48. Mais c'est quand même lui qui aura le “privilège” de porter les premiers coups à l'ennemi lors des prochaines opérations.

Le général Leicester, au cours d'un briefing réunissant les officiers anglais et français de la Brigade, va définir les principales données de la mission. En premier lieu, tout le monde devra s'entraîner au tir à outrance avec les armes portatives. Ensuite, culture physique et sports divers. La durée d'entraînement accordée est de quinze jours.

Des consignes de sécurité émanant du Haut Etat-Major, prévoient l'évacuation de toutes les parties de la ville située au nord de la ligne de tramway. Cette zone sera isolée par des barrages et des réseaux de barbelés. L'accès en sera non seulement interdit à la population civile mais également aux troupes de passage. Seule la brigade stationnera dans ce périmètre et sera même maintenue au secret.

Un second briefing apprend aux assistants quel sera l'objectif principal ; l'île de Walcheren.

Située dans le sud de la Hollande, cette île a été reconquise sur la mer et les digues qui la protègent témoignent de la volonté du peuple hollandais : “Dieu a créé le monde, mais ce sont les Hollandais qui ont créé la Hollande !…”

Walcheren et South-Beveland forment un ensemble de bastions qui défendent l'estuaire de la rivière Scheldt, seul accès possible au chenal menant au port d'Anvers, récemment libéré et par chance, intact.

Walcheren, à elle seule, représente une trentaine de batteries variant du 75 au 220, dont la plupart, d'origine française, proviennent de la ligne Maginot.

Le 3 octobre, avant l'arrivée du 4-Cdo, la R.A.F. (1) avait violemment bombardé l'île et rompu la digue en plusieurs endroits, inondant 16.000 hectares de terre, mais les principales défenses allemandes dominaient encore les eaux.

Avant de se lancer à l'attaque de Walcheren, il fallait régler le sort des Allemands tenant la poche de Breskens, sur le littoral belge faisant face à l'île. Le 22 octobre, la poche est nettoyée. L'action permet de capturer de nombreux prisonniers avec leur matériel, néanmoins, un certain nombre de combattants parvient à s'enfuir en franchissant le canal sur des barques, renforçant ainsi la garnison de Walcheren.

L'île est complètement isolée, puisque les Allemands ont fait sauter le pont qui relie South-Beveland à Walcheren. Aussi, pour attaquer, il n'y a qu'une solution possible : Le débarquement.

Celui-ci s'effectuera en deux phases ; d'abord le 4-Cdo qui débarquera à l'aube du jour J, pour investir Flessingue. Ensuite suivront, pour débarquer à Westkapelle situé plus au nord-ouest, les trois commandos de Royal Marines, auxquels s'ajouteront une troop belge, une hollandaise et une norvégienne. Il faut préciser que cette deuxième phase n'aura lieu que cinq heures plus tard, à condition que la première ait réussi.

Certes, les inondations permettent de localiser facilement les points de défense, mais également ceux d'invasion. Toutefois, le manque de matériel flottant, la destruction de la plus grande partie de leurs transmissions, l'isolement contribueront à miner le moral de la garnison allemande.

Flessingue a été divisé sur la carte en plusieurs secteurs baptisés suivant des noms de code. Le secteur des bâtiments principaux a été dénommé “Seaford”. Il est entouré de “Dover” et de “Bexhill”. A première vue, le seul endroit propice au débarquement est la plage de l'hôtel Britannia, mais ce dernier est un point fortifié.

Plus au sud-est, à l'entrée du port de Wester of Koopsmanhaven, se trouve un mur énorme qui suit le rivage jusqu'au coin d'un promontoire où se situe “Oranje Molen” (Le moulin du pays d'Orange). Celui-ci peut servir d'amer (point de repère).

En continuant plus loin, on arrive à une petite baie, Coster of Dokhaven, qui retient l'attention comme possible emplacement de débarquement.

Les photos, prises lors de reconnaissances aériennes, font découvrir une multitude d'obstacles sous-marins et plusieurs rangées de barbelés. Il faudra donc s'attaquer à la digue de pierre du “moulin d'Orange”, mais aucune décision n'est encore arrêtée lorsque survient un événement intéressant.

Le chef de la police et en même temps de la Résistance de Flessingue, qui s'est échappé trois semaines auparavant, est convié à participer au briefing. Les renseignements qu'il apporte sont particulièrement précis et précieuxs : Implantation des forces ennemies, dispositifs de défense, points fortifiés et moyens d'accès. Notamment, il indique qu'au fond de l'anse de Dokhaven, il y a un terrain ferme, servant de décharge municipale et qui pourrait être utilisé au débarquement des véhicules.

Il ressort des briefings que le 4-Cdo devra s'attaquer en premier aux secteurs “Dover” et “Bexhill” qui, une fois neutralisés, permettront de couper tous les moyens de communication entre la basse ville, où sont situées les défenses côtières, et la ville haute qui contient les réserves.

Tout est observé, contrôlé ; les courants de l'embouchure du Scheldt et ceux des marées qui provoquent des tourbillons d'eau gigantesques, les coups de vent de la mer du Nord qui soufflent violemment sur Walcheren et dont il conviendra de se méfier.

La force d'assaut du 4-Cdo sera transportée par vingt L.C.A. (2). L'attaque se portera tout d'abord sur “Bexhill”, entre les bassins des chantiers navals et le lac “Spui of Binnenboezem”, puis ensuite sur “Dover”, situé entre le lac et la mer. Ces deux secteurs nettoyés, ce sera ensuite au tour de “Seaford”. Les opérations de “finition”, c'est-à-dire la neutralisation de groupes ou de tireurs isolés, reviendra à une brigade d'infanterie anglaise débarquée également dans l'anse de Dokhaven.

Les 1.500 officiers et hommes formant le reste de la brigade suivront alors, cinq heures plus tard, à la pointe de Westkapelle, sous réserve que le 4-Cdo ait atteint ses objectifs.

Afin d'aider ce dernier, d'autres unités débarqueront aussitôt derrière lui, des spécialistes ; une section du génie, une de pionniers, un escadron de L.V.T. (3), un détachement liaison-direction de tir, un groupe d'artificiers et une section d'infirmiers-brancardiers canadiens.

L'importance des troupes allemandes n'est guère connue. Il reste des éléments de la 70ème Division d'Infanterie fortement éprouvée lors de l'attaque de Breskens. Le 89ème Régiment de Forteresse est réparti dans l'île avec quelques formations de la 64ème Division, sans autres précisions. Néanmoins, les services de renseignement évaluent approximativement l'effectif à 9.000 officiers et hommes de troupes, dont un tiers positionné à Flessingue et dans ses environs immédiats.


(1) - Royal Air Force : Armée de l'air britannique
(2) - L.C.A. : Barge de débarquement qui peut transporter 30 à 32 hommes.
(3) - L.V.T. : Engin amphibie à chenilles, partiellement cuirassé, appelé “Alligator" (crocodile d'amérique), pourvu largement d'armes automatiques, dont des 13,2 mm, pouvant transporter 30 hommes avec leur matériel et les réserves de munitions. De par sa conception, cet engin est également très mobile sur terre, dans le sable et la boue.


A l'assaut de Flessingue

L'assaut est prévu pour le 1er novembre. Le mardi 31 octobre, le 4-Cdo quitte Den Han pour rallier Breskens, son point d'embarquement. Le trajet est court et pénible. Les routes sont défoncées, partiellement inondées. Les terrains n'ont pas meilleure allure. Les villages et les hameaux traversés sont rasés par les combats, notamment ceux qui se sont déroulés pour la prise de Breskens.

Breskens est également une ville morte, truffée de pièges, car les services de déminage n'ont pas encore eu le temps d'opérer. Les commandos ne peuvent cantonner que dans les ruines, mais les rescapés de Normandie ne s'attardent pas à ces détails, ils ont vu pire.

Le colonel Dawson et le commandant Kieffer sont partis en direction du port, afin de reconnaître les lieux ainsi que les postes d'amarrage des flottilles de L.C.A. Les quais sont encore partiellement minés et les deux officiers se déplacent avec d'infinies précautions. En face, Flessingue… mais le temps couvert ne permet pas de distinguer les points de repère utiles au débarquement.

Le repos des commandos est brusquement interrompu à la tombée de la nuit par des salves d'artillerie. C'est la batterie W6 de la côte de Westkapelle qui a ouvert le feu sur la flottille de L.V.T. arrivant de Ternuzen pour rallier Breskens. Elle a été repérée malgré la diffusion d'un écran de fumée. Le tir se déplace ensuite sur le port, causant des pertes parmi les équipages mais aucun L.C.A. n'est touché, ce qui aurait gravement compromis l'opération. Les flottilles manœuvrent rapidement pour se disperser.

Les Allemands ont sans doute aperçu, en arrière de Breskens, la concentration des cinq régiments d'artillerie canadiens prévus en appui de feu pour l'opération. La venue des L.V.T. leur confirme l'imminence d'une attaque. La seule chance des alliés est que l'ennemi privilégie l'hypothèse que l'assaut se portera plutôt sur South Beveland.

Curieusement, aucun obus n'est tombé sur la ville. Tout porte à croire que l'ennemi ignore la présence des commandos. Ceux-ci sont maintenant réunis dans une église en ruines, pour assister à la messe dite par le vaillant aumônier René de Naurois (1). Ce dernier est un vétéran de la France-Libre et des commandos. Il a suivi toutes les campagnes de Normandie avec le 1er B.F.M.-Commandos. Il ne pouvait faire autrement que de continuer. Il ne faisait pas beaucoup de bruit, surtout si l'on considère les lieux où il exerçait son ministère. Prêtre de la peur, de la souffrance et du sang, il était aussi celui du réconfort, du soutien moral… et physique. Combien de jeunes, ou de moins jeunes, a-t-il assisté, alors que ces derniers tombaient pour un idéal forgé par la guerre. Ses réactions montraient le dilemme imposé à un aumônier devant la mort d'un être souvent très jeune, qu'il avait bien connu… L'homme se révoltait d'abord, puis les quelques mots : “Du fond de l'abîme, Seigneur… j'ai crié vers toi…”, faisaient admettre ensuite à son serviteur que la volonté de Dieu devait s'accomplir.

Après la messe, la nuit est courte. Les hommes sont réveillés à deux heures du matin. La météo n'est guère favorable… La Royal Air Force ne pourra pas effectuer de bombardement préliminaire. Considérant les circonstances, le Haut Etat-Major décide que le barrage d'artillerie sera avancé et débutera à l'heure H - 60 minutes.

L'embarquement des commandos est terminé à 4 heures15 et quelques minutes plus tard la flottille appareille, mettant le cap sur Flessingue… Brusquement le relatif silence de la nuit est déchiré par le bruit des salves d'artillerie, alors que le ciel est zébré par les trajectoires des projectiles. Les Canadiens commencent leur tir de barrage. Trois cents bouches à feu entrent en action.

Sur les L.C.A., les hommes voient nettement les coups tomber sur Flessingue et ses environs. Ils s'attendent à ce que l'artillerie allemande se manifeste, mais les engins d'assaut avancent sans entraîner pour le moment de réactions ennemies.

Les incendies s'allument en ville, silhouettant les détails de la côte. Soudain apparaît l'amer principal : le moulin d'Orange. Les barges foncent dans sa direction.

Le major Bill Butchot-Mayers, débarqué le premier avec une section, jouera un rôle important en assurant le rôle de Batman (2) pour tous les L.C.A. qui arrivent. Le chef de la police (et de la Résistance) de Flessingue fait également partie des équipes d'assaut.


Dernière édition par BONNERUE Daniel le Mar 8 Juil 2008 - 22:59, édité 1 fois




avatar
BONNERUE Daniel
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
SECOND MAITRE 1ère CLASSE

Age : 81
NON

Re: Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par BONNERUE Daniel le Mar 8 Juil 2008 - 22:25

...(Suite)

Pendant ce temps, une escadre de soutien naval fait diversion en s'attaquant aux batteries côtières. Celles-ci ripostent en causant des pertes importantes : 11 bâtiments sont coulés sur 28 engagés, 172 officiers et marins sont tués et 152 blessés. Toutefois, cette action permettra aux L.C.A. de débarquer les commandos presque sans encombre.

L'artillerie canadienne continue toujours son pilonnage tandis que les L.C.A. parviennent dans l'anse de Dokhaven. Certains sont touchés, c'est le cas de celui de Lofi. Le gabier et le mécanicien sont tués. Chausse reprend aussitôt la barre et mène l'engin jusqu'à ce qu'il coule au moment de “beacher”. Le tir de barrage cesse dès que les barges touchent terre.

Spoiler:
Les commandos giclent rapidement et s'attaquent aux barbelés ; une triple rangée. Il faut faire vite avant que les Allemands se resaisissent. Une brèche rapidement pratiquée permet un passage suffisant. Couvert par les hommes en attente, un groupe s'infiltre et se heurte au premier point de résistance de l'adversaire, une forte concentration allemande disposée autour d'un blockhaus.

La troop de Lofi est contrainte de manœuvrer afin de contourner ce verrou et de continuer à progresser vers l'intérieur.

Maurice Gourong et son chef de groupe restent en retrait avec leurs armes automatiques, afin de couper toute initiative aux Allemands qui cherchent à contre-attaquer. Ils tiennent ainsi pendant près d'une heure, jusqu'à l'arrivée des renforts. Là, Maurice Gourong est mortellement blessé ; il avait vingt-trois ans.

Le lieu de débarquement qui se trouve à l'endroit où se situe la décharge municipale est balisé. Il permet aux barges de débarquer les hommes à pied sec, ce qui est appréciable en cette période de l'année, mais il est barré par une sorte de muraille faite de gros rondins de bois plantés verticalement dans le sol, que les commandos vonr devoir escalader.

Au moment de franchir l'obstacle, Alex Lofi aperçoit le brave Père de Naurois, cramponné à un rondin, qui tente de se rétablir pour passer le mur. Mais, essoufflé par les efforts qu'il a dû fournir lors du débarquement, est en grande difficulté ; il cale. Ses camarades qu'il appelle, n'ont pas le temps de l'aider, ils doivent continuer à tout prix. Le Père réussira après plusieurs essais infructueux. Mais il a sans doute commis un gros péché de colère en prenant son élan, toujours est-il qu'il chute lourdement de l'autre côté et se reçoit très mal. Il reste sur le carreau. Quelques instants plus tard, Lofi, inquiet de ne plus le voir, le fait rechercher… On mettra un bon moment avant de le retrouver, “dans le cirage”, tout endolori.

Les Canadiens ont fait une préparation d'artillerie efficace, car les Allemands, complètement sonnés, ne réagissent que mollement lors du premier assaut.

Le groupe de Lofi, passant à proximité d'un petit blockhaus, entend quelques bruits de voix… Il s'agit d'Allemands, bien entendu. Prenant quelques précautions, “Alex” les interpelle dans leur langue pendant que Fougère le couvre… La réaction est rapide, les Allemands sortent bras en l'air. Le blockhaus était pouvu d'un canon de 75 français qu'ils n'avaient pas eu le temps, ou le courage, d'armer. Complètement démoralisés, ils se regroupent à l'abri, en contrebas, attendant la suite. La guerre est terminée pour eux.

Pendant ce temps, les autres batteries allemandes se sont mises en action. Un canon de 20 mm, camouflé sur le promontoire de “Brighton”, ouvre le feu sur les vagues de barges qui se succèdent. Des mitrailleuses prennent pour cible le L.C.A. où se trouve Kieffer, sans causer de dommages. Les hommes réussissent quand même à débarquer.

Le barrage de rondins franchi, Kieffer aperçoit le long d'un mur, une trentaine de prisonniers allemands à genoux, mains croisées derrière la nuque ; ils ne bronchent pas.

Leurs collègues, en revanche, commencent à devenir venimeux. Toujours ce canon de 20 mm et ces mitrailleuses ! Une barge transportant une section de la Troop 4 avec ses mortiers, les postes de radio et des observateurs d'artillerie, est sérieusement endommagée. Elle coule rapidement. Sous le feu ennemi, les hommes parviennent tout de même à ramener les blessés, ainsi qu'une grande partie du matériel, puis à mettre un mortier en action.

Pour le moment, les commandos progressent. Les Anglais ont nettoyé la jetée près du moulin, en neutralisant une casemate. Ils sont ensuite partis à l'assaut des nids de résistance le long de la côte. Ce secteur revient à la Troop 1 du capitaine anglais Thornburn.

La Troop 2 du capitaine Wilson est en train de s'accrocher, plus à droite, avec une casemate armée d'un canon de 50 mm. L'assaut est donné par la 2ème section, couverte par les pièces de la 1ère. La position est enlevée et le canon immédiatement retourné contre le secteur de “Falmouth”, soutenant ainsi l'action du reste de la troop qui s'empare des sept points fortifiés le long de la digue.

Les prisonniers commencent à affluer et sont acheminés vers l'anse de Dokhaven (nom de code : “Uncle Beach”).

La Troop 2, dans un élan irrésistible, occupe les deux secteurs, “Falmouth” et “Troon”, protégeant ainsi tout le côté droit du point de débarquement.

Entre temps, l'équipe de démolition a dégagé l'accès d'“Uncle Beach”, afin de permettre aux L.V.T. de débarquer matériel et approvisionnement. Vers la fin de la matinée, la tête de pont paraît solidement assurée. Les troops anglaises ont accompli leur mission en dégageant complètement les côtés de Dokhaven.

Les Troops anglaises 3 et 4, les françaises 5 et 6 (3) passent sous le commandement du commandant Kieffer qui dirigera l'assaut contre la ville.

Toute l'île vibre sous les explosions, les épaisses fumées noires, en envahissant le ciel, semblent prendre la relève de la nuit.

La Troop 3 du major Weeb a traversé la tête de pont à fond de train jusqu'à “Seaford” et, ayant atteint Bellamy Park, se heurte aux mitrailleuses du promontoire de “Brighton”. Weeb ordonne aussitôt à une de ses sections de grimper dans des immeubles et de mettre des armes automatiques en contrebatterie, tandis qu'une autre section, fonçant à travers le parc, s'attaque aux points fortifiés des casernes de “Hove”. Les différents nids de résistance le contraignent à scinder ses forces. Néanmoins, l'assaut porté par la seule section disponible permet d'enlever une partie des positions ennemies. Les pertes, causées par la violence des combats de rues, l'obligent à demander des renforts. L'état-major, en attendant ces renforts qui ne viendront pas, lui ordonne de rester sur les positions conquises.

La Troop 4 du capitaine Style, sérieusement éprouvée lors du débarquement - elle a perdu jusqu'à 50 % de son effectif - doit rejoindre la Troop 6 du capitaine Vourch pour la renforcer et la couvrir avec ses armes lourdes.

La Troop 6 du capitaine Vourch, qui n'a perdu que deux hommes pendant le débarquement, se voit confier une tâche importante. Elle doit parvenir dans le secteur de “Bexhill”, c'est-à-dire dans la zone comprise entre la partie nord du lac Binnenboezem et la cale de lancement du port de Flessingue et empêcher tout contact entre les deux parties de la ville. N'ayant pas le temps d'attendre la Troop 4 qui a été retardée, Vourch donne l'ordre du départ, car il ne doit pas perdre un instant. Le chef de la police l'accompagne, son aide et sa connaissance des lieux seront précieuses. La progression ne présente pas trop de difficultés, à part quelques tireurs isolés qui sont rapidement “logés” et abattus.

Le premier obstacle important est le Bureau Central des Postes où se sont barricadés quelques éléments ennemis repoussés par la Troop 5 de Lofi dans le secteur d'“Eastbourne”.

La 1ère section de Séné part à l'assaut à la grenade. L'effet est concluant. Un groupe d'une cinquantaine d'Allemands se rend, mais un autre, composé d'une dizaine d'hommes commandés par un officier, continue à résister et se réfugie dans les étages pour être mieux en mesure de riposter. Afin de les surprendre, l'attaque part du toit. Quelques commandos, tête en bas et retenus par les pieds par des camarades, parviennent à balancer des grenades dans la pièces où se sont repliés les irréductibles. Leur sort est rapidement réglé ; ils seront tous tués.

Vers 9 heures, après avoir réduit tous les obstacles en un temps record, la Troop 6 tient “Bexhill”. Elle assure immédiatement des positions défensives.

Vers midi, la Troop 4 réussit à rejoindre la Troop 6.

La Troop 5 de Lofi est partie de “Seaford” en direction d'“Eastbourne”, son objectif est “Worthing”. De violents accrochages ont lieu tout au long du parcours. Des prisonniers informent Lofi que “Worthing”, ainsi que les casernes proches, sont défendus par un nombre assez impressionnant de soldats allemands.

La section 2 attaque, mais elle est stoppée net par des rafales d'armes automatiques. Le lieutenant Chausse, suivi du second-maître Messanot, part en reconnaissance vers “Worthing”, mais en route, ils sont attaqués à la grenade. Chausse est légèrement touché à la face. Il est clair que les Allemands sont supérieurs en nombre et bien retranchés.

Lofi prend contact avec son commandant qui lui ordonne de progresser avec la Troop 3, située plus à gauche, sans prendre de risques inutiles et en évitant de s'accrocher avec des points forts tenus par l'ennemi jusqu'à ce qu'arrivent d'autres ordres ou des renforts.

A midi trente, toutes les troops ont rempli leur mission. Seul subsiste le promontoire de “Brighton”. Ce dernier bénéficie d'une position naturelle privilégiée. En effet, la mer le protège sur trois côtés et ses défenseurs paraissent vraiment décidés à le défendre chèrement, jusqu'au bout…

En fin d'après-midi, des unités d'infanterie viennent prendre la relève sur les positions conquises, ce qui va permettre aux commandos d'attaquer avant la nuit les dernières défenses de “Hove”, “Worthing” et “Dover”. Mais les assauts répétés n'ont aucun succès, les Allemands se défendent farouchement et causent aux assaillants des pertes sérieuses.

L'ordre est donné de renforcer les positions pour la nuit afin d'éviter toute contre-attaque ou infiltration ennemie. Les commandos auront d'ailleurs à repousser plusieurs tentatives, tandis que l'artillerie canonnera toute la nuit les axes de communication du nord de l'île.

Un accrochage plus sérieux encore a lieu du côté de “Bexhill”, où deux compagnies ennemies tentent, à l'aide de lance-flammes, de franchir les lignes depuis la ville haute. Le combat est meurtrier. Les Allemands se replient, abandonnant blessés et lance-flammes.

Le 2 novembre au matin, les combats reprennent de plus belle… La Troop 5 de Lofi doit remonter toute l'avenue principale, appelée “Ruyter”, pour accéder à un gros mur anti-tank. Mais tout le long du trajet, dans les maisons, de petits groupes ennemis s'opposent avec acharnement à leur progression.

L'avance ne se fait que par à-coups. La section piétine à cause de quelques tireurs embusqués dont on n'arrive pas à repérer la position. Soudain, le “petit” Laffond, qualifié ainsi pour sa petite taille et non à cause de son jeune âge, appelle son chef : “Bon Dieu… J'ai vu d'où cela vient ! Ce sera dur de les déloger. J'y vais avec Folliot !”

Ils partent tous deux, couverts par les rafales des copains. Parvenus à pied d'œuvre, ils balancent quelques grenades… Aux résultats !… Plusieurs soldats allemands sortent, bras en l'air, sauf un qui les garde le long du corps. Froidement, Chausse tire, l'Allemand tombe, il n'est que blessé. Pas de chance, c'était le seul qui parlait français.

Maintenant c'est “la Boulange”, le Hâvrais, qui est sérieusement agacé par les occupants provisoires d'une maison. Il progresse par petits bonds jusqu'à l'immeuble désigné et colle une charge d'explosif contre l'un des murs, puis il revient rapidement se mettre à l'abri. Baoum !… L'explosion secoue tout le quartier, le mur s'écroule avec fracas, auquel succèdent des bruits en cascade, qu'on ne peut identifier dans le nuage de poussière. Ça inquiète les gars… Qu'est-ce que c'est que ce truc là ?… Peu à peu, le nuage se dissipe et laisse apparaître un tas de pièces d'argenterie étalées sur le trottoir… Ces messieurs sont servis !

Le lieutenant Amaury, pénétre en force dans une maison et se retrouve tout à coup devant… deux charmantes jeunes filles. Dans un tel cas, Amaury n'a jamais laissé sa place aux pauvres. Lofi le rappelle à l'ordre :
- Amaury, ce n'est pas l'heure de livrer ce genre d'assaut !…
- Dommage
, répond Amaury, il me faudra les retrouver pour qu'elles me montrent les curiosités locales.
- Et te préparer l'anguille fumée ?… Allez, on continue !…


Eh oui, on n'arrête pas “de continuer”! Le plus gênant pour le moment est un méchant affût quadruple de 20 mm, en position telle qu'il peut prendre en enfilade les grèves, l'avenue de Ruyter ainsi que ses rues transversales. Ses tirs sont précis et interdisent toute progression. La Troop Vourch a déjà eu à en pâtir… cinq hommes ont été tués ; le 20 mm ne pardonne pas…

Chausse a réussi malgré cela à faire traverser sa section, en faisant tirer les P.I.A.T. depuis le toit d'un cinéma. Ils tentent de déborder les Allemands. Par bonds et en prenant d'énormes risques, Lofi avance sur la droite, Amaury sur la gauche.

Chausse est furibard, il parvient à escalader un mur qui entoure l'objectif, distant d'environ trente mètres du blockhaus : “Paul, lui crie-t-on, tu vas te faire descendre… Planque-toi !…” Il se met à l'abri, mais il a réussi à repérer ce qu'il cherchait. C'est en se basant sur ses indications, que les tireurs d'élite vont faire des prouesses, en dégommant tout l'armement de la batterie de 20 mm, pratiquant l'élimination des servants en remontant l'ordre hiérarchique, terminant “le travail” avec le Feldwebel chef de pièce.

Mais il reste toujours le blockhaus qui résiste à tous les tirs. Les commandos ne sont pas encore prêts à le prendre d'assaut. Lofi et Messanot, tout en discutant, longent une maison et arrivent au coin d'une rue ; ils se trouvent nez à nez avec un pauvre feldgrau (4) aussi surpris qu'eux. Messanot, d'un bond, repousse son chef en arrière et, dans un style très purs, balance un direct, qui aurait laissé pantois le meilleur des styliste de boxe, dans le portrait du Prussien qui vacille… puis s'enfuit. Lofi et Messanot se regardent et éclatent de rire. C'est peut être bête, mais ils le laissent filer.

La chance tourne. Montéon qui a pénétré dans une maison, en ressort avec un Allemand. Il décide de traverser la rue en se servant du prisonnier comme d'un bouclier. Quand ses camarades réalisent la manœuvre, ils crient pour l'inciter à faire demi-tour…. Trop tard, une longue rafale couvre leurs cris… Les deux hommes s'affalent sur le pavé. Moguerou, fou de rage et au mépris de toute prudence, empoigne son Bren et, bondissant au milieu de la rue, ouvre le feu en continu sur l'ennemi, tandis que des camarades ramène les deux corps à l'abri. Mais il est trop tard !


Dernière édition par BONNERUE Daniel le Mar 8 Juil 2008 - 22:55, édité 1 fois




avatar
BONNERUE Daniel
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
SECOND MAITRE 1ère CLASSE

Age : 81
NON

Re: Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par BONNERUE Daniel le Mar 8 Juil 2008 - 22:31

...(Suite)

Les pertes commencent à s'accumuler et Lofi, voulant rendre compte à Kieffer, s'aperçoit qu'il ne dispose d'aucune liaison radio. Il décide donc d'aller en personne trouver le commandant, accompagné d'Ohliger, son homme de liaison.

Nanti de nouveaux ordres, Lofi revient tranquillement. Tout en marchant, il dit à Ohliger : “On marche là, comme si rien n'était ! Il faudrait quand même…” A ce moment “Trrrrrrrrrr….”, une rafale d'arme automatique lui coupe la parole et ponctue d'impacts le mur, au ras de leurs têtes. Ils n'ont eu que le temps de bondir dans un couloir, pour reprendre y leur souffle et proférer quelques jurons.

Kieffer a fait demander un appui aérien pour bombarder le blockhaus. En attendant l'arrivée des avions, Lofi, qui a obtenu des artificiers anglais et des explosifs, réunit ses officiers adjoints pour leur expliquer la manœuvre. Six “Typhoons” vont arriver sur les lieux. Afin de prévenir toute erreur d'objectif, les commandos baliseront leurs positions avec des bandes d'étamine colorée. En outre, ils profiteront du bombardement pour approcher au plus près un groupe d'immeubles situé au coin de l'avenue, proche de leur objectif. Sitôt le bombardement terminé, deux ou trois hommes, couverts par les armes automatiques de la troop, s'approcheront du blockhaus pour y coller des charges d'explosifs… Ensuite, on avisera !

Spoiler:
Un bourdonnement annonce l'arrivée des chasseurs-bombardiers. Ils sont effectivement six. La patrouille de “Typhoons” se présente en formation au dessus de l'objectif pour le reconnaître. Elle paraît continuer, lorsque le leader (5) entamant subitement un “brake” (6) à gauche, revient sur le blockhaus en longeant la côte. Il pique verticalement, lâchant bombes et mitraille… Les coups portent en plein et les explosions font vibrer tout le secteur. L'avion a vite repris sa ressource, il grimpe, s'éloigne en attente d'une autre passe. Les autres appareils vont suivre ; un par un, ils se succèdent. Les bombes tombent la plupart du temps au but, du moins, les gars de la Troop 5 le pensent, car le blockhaus a disparu de leur vue, masqué par la fumée et la poussière.

La Troop a amorcé la manœuvre de rapprochement… Tout semble bien se passer. Lofi longe rapidement la file de maisons. Soudain, un Allemand sort de l'une d'entre elles ; Lofi ne peut le voir. L'homme s'est appuyé sur un lampadaire pour mieux le viser. De l'autre côté de l'avenue, Saerens l'a vu faire. N'ayant pas le temps de prévenir son chef, il balance directement une rafale au jugé. L'Allemand marque le coup. C'est seulement à ce moment là, en se retournant, que Lofi aperçoit l'homme qui titube, puis tente de se cramponner au lampadaire. Une seconde rafale de Saerens le balance au tapis pour le compte. “Alex” lève la main vers Saerens, pouce en l'air et lance : “Merci mon vieux !”

Les artificiers anglais sont arrivés ; ils sont trois. Compte tenu de la position de l'objectif, la perspective d'aller poser les charges ne les incite guère à l'optimisme, mais Lofi les rassure. Il souhaite seulement pouvoir disposer des explosifs ; la pose sera faite par ses propres hommes.

Le bombardement se termine. Les avions effectuent un dernier passage, de manière à pouvoir constater l'ampleur des dégâts. Pour les hommes au sol, la poussière doit tout d'abord s'estomper. On peut enfin voir que le blockhaus est sérieusement entamé. Les hommes qui se trouvent à l'intérieur ont dû être sérieusement secoués. Il va falloir maintenant achever le travail.

Lofi organise l'approche des commandos volontaires pour poser les charges. Quelques Allemands, craignant d'autres traitements du même ordre, tentent de s'enfuir du blockhaus. Des rafales, tirées à une quarantaine de mètres, mettent brutalement un terme à leurs espoirs. Ceux qui étaient les plus proches de l'ouvrage y retournent aussitôt. Les autres, couchés sur le béton, restent immobiles, certainement blessés, peut-être morts.

Maintenant, allez y ! lance Lofi aux deux volontaires. Empoignez-moi les paquets, avancez jusqu'à la petite murette. Elle n'est pas bien haute, mais suffisante pour vous planquer. Pendant ce temps là, nous on vous couvre de toutes nos pièces. En route !…”

Les volontaires sont le second-maître Lavezzi (promu lieutenant par la suite) et Paillet. Ils partent en courant, tête baissée. Progressant par petits bonds, ils arrivent à la murette que Lofi a désignée. Les armes automatiques de la Troop 5 ouvrent le feu… Quelques rares rafales partent encore du blockhaus, mais les tireurs manquent de conviction, sinon de précision.

Durant ce temps, les deux hommes rampent le long de la murette, dont la hauteur est d'environ 60 à 70 centimètres, poussant devant eux les sacs contenant les explosifs.

A un signal convenu, les armes tirent à feu continu et les deux “dynamiteros” foncent vers la porte blindée pour y poser leurs charges. Soudain la porte s'entrouvre, un drapeau blanc apparaît… Les deux commandos se plaquent contre les parois en béton, tandis que les armes font silence. Suit un temps mort, puis quelques officiers allemands sortent, immédiatement suivis par des soldats. Il y en aura une soixantaine, tous les bras en l'air ; l'affaire semble réglée.

Lofi, suivi de quelques-uns de ses “archers”, s'approche et, apercevant un capitaine de la Wehrmacht, il lui ordonne en allemand de baisser les bras.

Malgré les circonstances, l'officier reste digne ; il s'adresse à Lofi en ces termes :
- Je me doutais que pour conclure le passage de l'aviation, vous tenteriez de nous faire sauter… Mes hommes se sont bien battus, beaucoup sont morts, je tiens à sauver ce qui reste de mon effectif.
- C'est la guerre
, répond Lofi. D'abord, une question : Etes-vous en liaison avec l'autre blockhaus, là-bas ?…
- Je vous donne ma parole que non… Il vous faut comprendre une certaine différence de comportement. L'officier qui commande là-bas est un Waffen-SS, moi, je suis un officier de la Wehrmacht !…”

Lofi fait quand même contrôler l'intérieur du blockhaus, les transmissions d'abord : L'Allemand avait raison. Il fait ensuite évacuer les blessés par leurs camarades valides.

Les servants de l'affût quadruple, neutralisés par les tireurs d'élite, sont également relevés et emmenés.

C'est le moment que choisissent les SS qui tiennent l'autre blockhaus pour tirer sur les abords immédiats de la position investie par la Troop 5. “Il ne va pas m'emmerder longtemps celui-là, peste Lofi, appelle les Canadiens qu'ils me matraquent cet abruti. Voici les coordonnées...”

La réponse ne tarde guère… Premiers coups de réglage ; pas trop mal. Corrections, puis tir d'efficacité !… Lofi et ses hommes ne peuvent qu'admirer la précision du pilonnage. Le blockhaus est redevenu silencieux.
- Braves Canadiens, dit Lofi, ils tirent comme des dieux.
- On voit bien qu'ils ont du sang français dans les veines !,
commente un gars pas chauvin du tout.

Tandis que les Canadiens matraquent dur, la Troop 5 revient un peu en arrière, près de la rangée d'immeubles. Les prisonniers sont envoyés aux britanniques car “Alex” voudrait bien tâter du côté de l'hôtel “Britannia”, où est installé l'Etat-Major interarmes allemand de la garnison. Pourtant, son effectif devrait le porter à réfléchir : Il ne lui reste que trois officiers et quarante-sept hommes.

Qu'importe ! Les voilà partis. La troop, du moins ce qu'il en reste, remonte une étroite bande de terre qui semble émerger de l'eau. A droite, les terres sont inondées, à gauche se trouve la mer. Les hommes marchent assez vite. Ils voudraient bien coincer les “huiles”. Mais un ordre arrive sur ces entrefaits. Un détachement d'infanterie vient relever la Troop 5 qui va être affectée à une autre mission vers le nord de l'île, en soutien aux Royal Marines.

Car, du côté de l'autre débarquement, cela ne marche pas tellement bien. Il faut dire que les troupes alliées ont été prises sérieusement à partie par l'artillerie ennemie. Un certain nombre de bâtiments, gravement atteints, ont coulé. Les L.V.T. ont également subi des pertes importantes. Huit seulement, sur trente-deux, ont réussi à gagner la côte. Quelques instants plus tard, deux autres encore sauteront sur des mines posées dans les dunes.

La ville de Westkapelle sera quand même nettoyée, plusieurs batteries de gros calibre seront neutralisées. Le lendemain, Zouteland est prise par le 48 R.M. Le 3 novembre, le 41 R.M., aidé par les troops belges et norvégiennes, enlève Domburg. Trois grosses batteries sont également prises et, de ce fait, les Allemands ne peuvent plus s'opposer au débarquement des renforts.

En fin d'après-midi, un dernier assaut réduira au silence les trois dernières batteries de la côte ouest, située entre Zouteland et la brèche de la digue située au nord de Flessingue. Cette action est réalisée par le 47 R.M. dont tous les officiers sont tués ou blessés. Le 41 R.M. a également bien souffert, quant au 48 R.M., il a perdu 25 % de son effectif.

Telle est la situation lorsque le 4-Cdo est désigné pour rallier la zone du nord.

Flessingue est libéré, mais la ville se trouve dans un triste état. De nombreux incendies qui s'épuisent en longues traînées, des façades éventrées, partout des ruines. Plus loin, à perte de vue, toutes les terres sont inondées. Certes, Flessingue est libre ; maintenant… le temps de panser les blessures et de reconstruire est venu… et il va y avoir du travail !


Dernière édition par BONNERUE Daniel le Mar 8 Juil 2008 - 22:51, édité 1 fois




avatar
BONNERUE Daniel
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
SECOND MAITRE 1ère CLASSE

Age : 81
NON

Re: Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par BONNERUE Daniel le Mar 8 Juil 2008 - 22:36

...(Suite)

Entre temps, l'Etat-Major allemand de l'hôtel “Britannia” s'est rendu, officialisant ainsi la prise définitive de la ville par les forces alliées.

Le 3 au soir, toute la côte ouest, de Flessingue à Domburg, est aux mains des Alliés. Les ordres prévoient que le 4-Cdo rallie les positions du 47 R.M. à l'aide de canots pneumatiques. Mais la brèche au nord de Flessingue laisse passer un torrent d'eaux tumultueuses d'une centaine de mètres de large, interdisant donc l'emploi de ces canots. Une flottille de L.V.T. doit les remplacer.

Spoiler:
Le soir même, les troops du 4-Cdo parviennent à Zouteland, après avoir franchi la brèche.

Les hommes, épuisés, s'installent pour la nuit. Normalement, ils devraient dormir tranquillement, mais une alerte est si vite déclenchée. Cependant, la nuit sera calme.

La journée du 4 est entièrement consacrée à l'entretien des armes : Elles en ont bien besoin. C'est presque du repos. Quelques gourmands se préparent des petits plats, de savantes préparations qui ne sont en fait que des conserves réchauffées et mélangées. Les ordres sont d'attendre l'arrivée de nouveaux matériels et des approvisionnements. Cela devrait se produire “incessamment sous peu”, par L.V.T.

Le 5, fraîchement équipés, suffisamment ravitaillés, les commandos partent en direction de Domburg. La première partie du parcours les fait traverser des dunes de sable. La marche est pénible durant une douzaine de kilomètres. Puis, arrivés devant la brèche de Westkapelle, des “Crocodiles” les embarquent et, le soir, ils rejoignent les positions des Royal Marines qu'ils relèvent aussitôt.

Pour cantonner ? Pas de problème ! Les commandos élisent domicile dans les nombreuses villas abandonnées. Dans un château, qui a été occupé par des officiers allemands, ils ont l'agréable surprise de découvrir un stock de “Cherry Brandy”… Plusieurs centaines de caisses !

Dehors, il fait froid, le temps est couvert, tout est prétexte au réchauffage, mais la guerre continue. Cependant, il serait déraisonnable de s'imbiber d'alcool.

Comme l'importance du stock le laisse présager, il sera impossible de le liquider avant le prochain assaut. Les “responsables” se livrent à de savants calculs qui tentent d'organiser les moyens de transport et les plans de chargement, car il est hors de question d'abandonner la moindre partie de cette inestimable prise de guerre, en prévision des “jours-sans” (7)…

Les nouveaux ordres arrivent enfin.

Les commandos doivent attaquer trois batteries lourdes, puis rejoindre Wrouwerpolder, où le 41 R.M. a accroché une forte concentration de troupes ennemies. Mais le commando est tellement éprouvé qu'il sera relevé par le 4-Cdo.

Ces troupes allemandes sont les dernières réserves importantes dans l'île de Walcheren. Elles disposent d'un matériel considérable, dont plusieurs pièces d'artillerie. Le morceau risque d'être dur à digérer.

Le 8 novembre, la Troop 3 en tête, le 4-Cdo amorce la progression vers les lignes britanniques, soutenu par l'appui-feu des mortiers lourds des Royal Marines. La riposte ennemie n'est guère violente.

D'après les services de renseignements, l'ennemi s'est retranché dans un bois désigné sous le nom codé de “Bill”. La Troop 5 (Lofi), la 6 (Vourch), ainsi que la 3 (Weeb) vont l'attaquer directement, tandis que les autres troops britanniques se chargeront des batteries.
Le pilonnage par les mortiers a été sévère, mais on en ignore pour le moment les résultats. Les tirs ont cessé et l'écho répercute les derniers bruits d'explosion. De temps à autre, quelques obus allemands traversent le ciel en sifflant, sans causer de dégâts, car ils vont s'écraser loin derrière les dunes. Ceci prouverait qu'il n'existe plus de communications efficaces chez l'ennemi.

Pour le moment, la Troop 3 progresse le long d'une voie de chemin de fer, suivie pendant quelques temps par la 5 de Lofi, qui obliquera ensuite vers la droite, afin d'être en mesure de pénétrer le plus discrètement possible dans le bois. Quant à la 6, elle manœuvre vers le nord. “Bill” sera bien entouré.

La Troop 5 est maintenant dans le bois… Soudain, Lofi entend : “Gehen Wir heraus oder nicht ?…” (8). Sans perdre de temps, Lofi répond : “Heraus… Heraus, schnell !

Comme leur chef, les gars de la 5 se tiennent accroupis, l'arme prête, guettant une réaction… Elle ne se fait pas attendre ! Surgissant des fourrés, les mains en l'air, un, deux, puis trois… dix soldats allemands. Ils sortent, craintifs, car les commandos anticipant sur une toujours possible réaction de traîtrise, les tiennent en joue avec une attitude qui ne laisse espérer aucune bienveillance en cas de geste menaçant. Lofi s'adressant aux prisonniers dans leur propre langue, leur ordonne de se mettre en file sur le sentier, en dehors du bois. Il en sort toujours ; ils sont déjà près d'une centaine. Lofi demande alors aux Anglais des renforts pour les prendre en charge.

Un officier allemand s'avance et demande :
- Ist ein Offizier hier ?…
- Ja… Hier
, répond Lofi,
- Oberleutnant Kraft…
- Captain Lofi ! (9)

Présentations de principe, mais il faut en venir aux réalités. Les Allemands acceptent de se rendre. Cela fait d'ailleurs trois jours qu'ils ont l'intention de le faire. Pourtant ils disposent de beaucoup de matériel dans le bois ; canons, armes automatiques, stocks de munitions, mais les troupes n'ont plus le moral.

Tout à coup, un bourdonnement se fait entendre… Les avions ! Des “Typhoons” avaient été prévus pour appuyer l'action des troupes au sol. Les commandos se précipitent vers les zones dégagées pour baliser le terrain avec des panneaux et allument aussitôt des fumigènes jaunes… Personne en haut lieu ne pouvait prévoir que le sort de “Bill” aurait été si rapidement réglé et dans d'aussi bonnes conditions…

Tous, commandos, prisonniers, scrutent le ciel. Tout le monde espère que les pilotes des appareils ont vu à temps le balisage.

Mais les avions orbitent autour du bois. Puis, après un “brake”, ils amorcent un piqué. Les hommes retiennent leur souffle. Le ronflement étourdissant qui se rapproche à une vitesse folle provoque quelques mouvements de panique. Des hommes se jettent à terre. Les officiers les font relever de crainte que les pilotes n'interprètent ces comportements comme suspects. Mais non !… les appareils font une passe foudroyante en rase-mottes puis s'éloignent ; ouf !…

Entre temps, l'officier allemand a pu contacter par téléphone son colonel à Wrouwerpolder. Ce dernier est surpris en apprenant que les commandos ont investi leurs positions. Néanmoins, il accepte de se rendre.

Le colonel de la Wehrmacht arrive quelques temps après, suivi d'un officier Waffen-SS, qui se manifeste par un “Heil Hitler !” guttural… tombant “à plat” devant les commandos. Cela fait déjà partie d'un autre monde.

Accompagnés de Lofi, les officiers allemands embarquent dans leur voiture, devant leurs hommes silencieux. De temps à autre, ont entend par-ci par-là claquer un coup de feu ; sans doute quelque isolé qui veut se rassurer…

Les commandos tiennent toujours leurs prisonniers en respect, tant que la situation n'est pas officiellement réglée.

La voiture allemande roule tant bien que mal, bringuebalant sur les routes défoncées. Le chauffeur fait tout son possible pour éviter les trous, car Lofi s'est installé sur le capot, tandis que le petit Laffond, à l'intérieur, se trouve à côté du colonel allemand.

Guy Vourch, qui n'est pas au courant de la situation, aperçoit une voiture allemande qui vient dans sa direction. Il va ordonner à ses hommes de tirer, lorsqu'il reconnaît les uniformes des commandos ; il donne à temps l'ordre de relever les armes.

Pendant ce temps, la Troop 5 a convoyé un certain nombre de prisonniers qui ont été dirigés vers le P.C. de la Brigade.

Dès l'arrivée du véhicule plénipotentiaire, le capitaine Wright, Intelligence Officer (10) du 4-Cdo, s'avance pour récupérer les officiers allemands, mais “Alex” s'y oppose formellement : Il tient à les amener lui même au colonel Dawson.

La reddition se passe dans les meilleures conditions. Les Allemands ont demandé que leurs hommes soient traités avec dignité, car ils se sont bien battus, que les morts soient enterrés honorablement et que les blessés soient rapidement soignés. Tout est accordé. Les vaincus se lèvent et saluent les vainqueurs qui leur rendent la politesse. Tout est possible entre de vrais soldats !

Dehors, à la suite des ordres donnés par leurs officiers, les soldats allemands défilent devant les commandos, puis jettent leurs armes en tas.

Walcheren est libre grâce à l'action de moins de 2.000 hommes qui ont affronté une importante garnison, bien retranchée et bien armée, qui abandonne 4.000 prisonniers, sans oublier un millier d'hommes blessés ou tués. A cela s'ajoute le matériel en grande quantité, dont huit batteries de 150 mm, plus d'autres canons de calibre moyen et des mortiers.

La Brigade a perdu 35 officiers ainsi que 368 sous-officiers et hommes de troupe, blessés ou tués.

Au soir du 9 novembre, la B.B.C. diffuse un communiqué officiel du Grand Quartier Général des Forces Alliées, relatant les détails de l'opération de Walcheren (nom de code : “Infatuante”) et la brillante conduite des troops commandos.
Une quatrième citation venait ainsi s'ajouter à celles déjà décernées au 1er Bataillon de Fusiliers-Marins Commandos


(1) - Le Père de Naurois avait été au B.C.R.A. (service de renseignements de la France-Libre), avant d'être aux commandos. Plus tard, lieutenant-colonel de réserve, breveté parachutiste, il aura à la fois, une chaire de Théologie à l'Institut Catholique de Toulouse et une d'étude de zoologie en Afrique.
(2) - Batman : Homme muni de pavillons, balisant un lieu de débarquement.
(3) - Les Troops françaises ont encore changé de numéro au cours de cette campagne.
(4) - feldgrau : Couleur la plus répandue de l'uniforme de la Wehrmacht. Désigne également, de manière ironique, le soldat allemand.
(5) - leader : Chef de formation.
(6) - brake : Virage brusque sur l'aile, suivi en général d'une descente ou d'un piqué. Manœuvre propre aux avions de chasse ou d'appui au sol.
(7) - En France occupée, il y avait les jours “avec” et les jours “sans” alcool
(8) - “Sortons-nous, ou pas ? Dehors… Dehors, vite !”
(9) - “- Y a-t-il un officier ici ?
- Oui, ici…
- Oberleutnant Kraft…
- Capitaine Lofi”.
(10)- Intelligence Officer : Officier de renseignements de l'armée britannique.


Dernière édition par BONNERUE Daniel le Mar 8 Juil 2008 - 22:44, édité 1 fois




avatar
BONNERUE Daniel
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
SECOND MAITRE 1ère CLASSE

Age : 81
NON

Re: Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par BONNERUE Daniel le Mar 8 Juil 2008 - 22:41

...(Suite et fin)

Derniers combats

Le 10 décembre, le 4-Cdo s'installe dans l'île de North-Beveland, située au nord-ouest de Walcheren, afin d'effectuer des missions contre les troupes allemandes retranchées dans l'île de Schouwen.

Après avoir mis en place tout un dispositif de lignes défensives, les commandos font un premier raid sur Schouwen, sous les ordres du capitaine de Willers, arrivé avec les derniers renforts venus d'Angleterre. Les commandos ne remplissent qu'une partie de leur mission, mais réussissent à neutraliser une patrouille ennemie. La réaction des Allemands est brutale ; le lendemain, ils déclenchent un violent tir d'artillerie.

Spoiler:
Les jours suivants, malgré le froid et la neige, les commandos lancent plusieurs raids de nuit contre l'île, tuant quelques Allemands et ramenant des prisonniers. Les renseignements que fournissent ces derniers indiquent que la garnison de Schouwen reste sur la défensive, craignant un débarquement depuis North-Beveland.

Les semaines qui suivent seront ponctuées par des escarmouches à Schouwen ou des tirs au canon contre des torpilles humaines qui tentent de s'attaquer aux bateaux cinglant en direction d'Anvers.

Le 13 mars 1945, le 4-Cdo est relevé et retourne dans la région de Walcheren, à Middelburg exactement, pour se reposer. Une visite rapide de la Reine Wilhelmine de Hollande dans l'île de Walcheren voit la désignation de la Troop 6 (Vourch) comme garde d'honneur, durant les trois jours pendant lesquels elle va y séjourner.

La contre-offensive Von Runstedt, dernière tentative repoussée, les commandos sont dirigés vers l'Allemagne. La 1ère brigade des commandos franchit le Rhin aux environs de Wessel, dans la nuit du 23 mars. La ville, aussitôt attaquée, est le théâtre de violents combats. Mais à l'issue de la bataille, de l'importante garnison, il ne restera qu'une centaine de prisonniers.

Désignés comme infanterie portée de la 2ème Division Blindée britannique, les commandos livrent encore des combats à Osnabruck contre des unités de Waffen-SS, puis à Minden, contre les Jeunesses Hitlériennes et autres unités de la Volksturm (1).

Quelques jours plus tard, le général Leicester, commandant la 4ème Brigade des commandos, à laquelle appartient le 4-Cdo, reçoit, à l'embouchure de la Meuse, la reddition des troupes allemandes.

Les opérations terminées, le 1er B.F.M.-Commandos rejoint londres. La tâche a été bien remplie et, malgré l'allégresse générale, les bérets verts ne peuvent oublier leurs nombreux camarades tombés sur la très longue route qui a conduit à la liberté.

Le 18 juin 1945, un dernier défilé, partant du Ministère de la Marine, où avait lieu une prise d'armes et une remise de décorations, leur fait remonter les Champs-Elysées jusqu'à l'Arc de Triomphe. Là, devant la stèle, Anglais et Français rendent, ensemble comme au feu, un dernier hommage au Soldat Inconnu, geste qui symbolise l'unité de leur combat.

Après la dissolution, les hommes reprennent discrètement le chemin de la vie privée, comme avant guerre. Certains occuperont des situations en vue, d'autre continueront dans l'armée ou dans la Marine. Ce sera notamment le cas des officiers des équipages “Alex” Lofi et Francis Vourch, qui poursuivront leur carrière jusqu'à atteindre le grade d'officier des équipages en chef (cinq galons panachés), qui est le plus haut grade que puisse atteindre un officier des équipages.

Le lieutenant Hulot tombera au Laos en 1948. Pour Sénée, ce sera le 10 janvier 1950, à Yen-Ne-Nam (Annam), alors que lieutenant du 6ème Bataillon de Parachutistes Coloniaux, il menait à l'assaut son commando de partisans.

Ensuite, chaque année, les survivants et les amis, dont monsieur et madame Doulin (2), commémoreront le 6 juin, lors d'un voyage souvenir sur les plages de Riva-Bella et iront se recueillir sur les tombes des camarades.

Dissous au mois de juillet 1945, le 1er B.F.M.-Cdos à été cité cinq fois à l'ordre de l'armée. Son fanion est décoré de la Légion d'Honneur et de la Médaille Militaire.

En décembre 1962, le commandant Philippe Kieffer décédait à Cormeilles-en-Parisis. Beaucoup d'anciens vinrent saluer une dernière fois leur chef. Son nom sera donné, plus tard, à une rue de Cormeilles-en-Parisis et à un chalutier de Ouistreham.


(1) - Volksturm: Milices populaires comprenant les Jeunesses Hitlériennes, les territoriaux et autres “volontaires”, souvent commis d'office.
(2) - Propriétaires d'un café, “Au Rallye des Commandos”, situé avenue de La Motte-Piquet à Paris. Les Doulin étant décédés, le café a changé d'enseigne.




avatar
† Pierre 29 n
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
SECOND MAITRE 1ère CLASSE

Age : 56
Mécanicien NON

Re: Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par † Pierre 29 n le Jeu 18 Sep 2008 - 15:37

je n'ai qu'une phrase a dire :les larmes me montent aux yeux......................
avatar
Jean-Jacques
QM 2
QM 2

Age : 70
Radio équipage NON

Re: Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par Jean-Jacques le Jeu 18 Sep 2008 - 16:24

:) L'invité(e) " Liberté " peut être fier(e) de son Père !

Quel exemple ! Hommage et Respect.



" Si c'est possible, c'est déjà fait.
Si c'est impossible, ce sera fait. "
Général Marcel Bigeard.




avatar
BONNERUE Daniel
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
SECOND MAITRE 1ère CLASSE

Age : 81
NON

Re: Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par BONNERUE Daniel le Jeu 18 Sep 2008 - 18:27

Il est fort probable que l'invité(e) "Liberté" soit Danielle LOFI, la fille d'Alexandre LOFI, qui en digne fille et au même titre que nos charmantes camarades PAILLETTE et Joëlle PRIOL, entretient la mémoire de son valeureux père.

Alors que j'étais élève à l'école de Maistrance "Machine", je garde le souvenir de ce dernier à l'EAMF de Saint-Mandrier en 1955, lorsqu'il qu'il supervisait les sports. Il aimait venir prendre un pot au foyer des apprentis, plutôt qu'au carré des officiers. Ceux qui connaissaient son parcours durant la seconde guerre mondiale étaient en admiration devant cet officier des équipages, donc issu du rang, qui ne montrait aucune condescendance face aux "freluquets" que nous étions tous...




avatar
ROCHEZ jean-pierre
MAÎTRE
MAÎTRE

Age : 60
NON

Re: Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par ROCHEZ jean-pierre le Ven 19 Sep 2008 - 13:29

Respect pour ce grand MONSIEUR

Jean-Pierre
avatar
BONNERUE Daniel
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
SECOND MAITRE 1ère CLASSE

Age : 81
NON

Re: Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par BONNERUE Daniel le Ven 19 Sep 2008 - 14:56

Je ne me suis pas trompé, l'invitée "Liberté" est bien Danielle LOFI, digne fille de son père, qui met légitimement toute son énergie à faire en sorte que la mémoire de ce qu'ont fait Alexandre LOFI et tous ses camarades des commandos de Philippe KIEFFER, perdure à jamais pour les générations futures. Pour nous marins et anciens marins, des homme de cette trempe sont des exemples dont il nous faut constamment nous inspirer

Mon camarade René BAIL, qui lui aussi a connu "Alex", a mis tout son talent d'écrivain au service de l'histoire des commandos, d'abord formés en Angleterre, mais qui sont à l'origine de nos commandos-marine actuels.

Pour en revenir à Alexandre Lofi, je confirme qu'il était un homme modeste. Il n'a jamais "utilisé" ses actions passées, ponctuées de prises de risque énormes, pour en tirer un quelconque avantage. Il a terminé sa carrière avec le grade d'officier en chef des équipages (cinq galons panachés) qui était le grade maximum pour cette catégorie (disparue) d'officiers : aujourd'hui, je pense qu'il aurait obtenu des étoiles d'officier général et il les aurait bien méritées.




avatar
BONNERUE Daniel
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
SECOND MAITRE 1ère CLASSE

Age : 81
NON

Re: Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par BONNERUE Daniel le Ven 19 Sep 2008 - 15:38

Toujours tiré de "Commandos marine au combat" de René BAIL, voici le début du récit de la formation de la "Troop 8" en Angleterre, où nous retrouvons Alexandre LOFI et son camarade CHAUSSE. Il faut rappeler qu'Alexandre LOFI succéda à Charles TREPEL à la tête de la "Troop 8" après la disparition (27-28 février 1944) de ce dernier lors d'une mission sur les côtes de Hollande :

Prémices à la formation de la “Troop 8”

Spoiler:
Quittant Cricceth, les Français rallient avec le 10-Cdo (I.A.), le camp d'Eastbourne, dans le sud de l'Angleterre, face aux côtes françaises ; nous sommes le 31 mai 1943.

Avec le recrutement continu, la compagnie française s'est considérablement gonflée. Elle comprend maintenant 91 hommes. Kieffer pense sérieusement créer une autre unité, la troop 8, qu'il placerait sous les ordres du lieutenant Trepel. A la troop 1, il conserverait temporairement 53 hommes.

La compagnie française subit en permanence les conséquences des arrivées et des départs qui ne cesseront qu'à l'approche du débarquement. Certains vont partir de leur propre volonté, d'autres seront renvoyés par Kieffer, pour des motifs que lui seul connaît.

Pour former la troop 8, l'effectif le plus important vint du Liban, avec l'officier des équipages Lofi, “Alex” comme préféreront l'appeler les Anglais.

Le 2ème Bataillon de Fusiliers-Marins du Levant va débarquer à Liverpool, le 6 juin 1943. C'est la seconde fois, depuis Dunkerque, que Lofi vient en Angleterre ; il y était arrivé pour la première fois en juin 1940. “Alex” est déjà un vieux soldat. Lors de la déclaration de guerre, il était instructeur-fusilier à l'Ecole Navale. Dès la débâcle, Lofi va rallier Londres, puis se présenter à “l'Olympia” d'où on l'affectera au 2ème bataillon de Fusiliers-Marins du Levant. C'est là qu'il fera la connaissance de Chausse, un de ses futurs adjoints au commando.

Quant à Chausse, lors de la “drôle de guerre”, il était embarqué sur le "Léopoldville", un cargo de la compagnie Worms, qui assurait les convois. En fait, depuis mai 1940, le navire restait au port, maintenu à quatre heures d'appareillage. Dans ces conditions, au bout d'une quinzaine de jours, les hommes commencèrent à “rouiller” et le moral se dégrada. Chausse, en compagnie de trois collègues, se présenta à l'officier en second et demanda l'autorisation de sortir en ville. Ils passèrent une bonne nuit à terre et revenant au quai, ils eurent la mauvaise surprise de constater que le bateau n'était plus là. S'étant rendu aux renseignements à la capitainerie et ayant demandé à voir le commandant du port, ce dernier les accusa d'avoir “loupé” l'appareillage, un motif considéré comme très grave en temps de guerre. L'officier accepta néanmoins de passer un message radio au "Léopoldville", qui les “dédouana” en confirmant qu'ils avaient une permission régulière et qu'il avait fallu appareiller en urgence. Leur situation éclaircie, les oubliés profitèrent encore quelques jours d'un sursis de liberté.

Enfin libres jusqu'à ce que le capitaine de vaisseau Pleven demande des volontaires pour armer des chalutiers belges requis pour évacuer les ports du nord de la France. Leur situation étant délicate, tous les quatre acceptèrent cette tâche.

Embarqués sur le "Léopold Nera" (H 79), Chausse et ses collègues participèrent ainsi aux évacuations, de port en port, de soldats et de civils ; c'était la “débâcle”. L'armement du bateau se limitait à un fusil-mitrailleur 24/29, un symbole !

Durant cette période, ils furent sous le commandement du capitaine de corvette Ortoli. Celui-ci essaya tant bien que mal de coordonner des équipages certes disparates mais extraordinaires. La logistique ?… Le “système D”. Ils n'étaient plus payés, plus ravitaillés. Rien ! Ils participèrent pourtant à l'évacuation les gens de Boulogne au Havre, du Havre vers Deauville, puis vers Cherbourg et à la fin, vers l'Angleterre.

Lors d'une escale, après un bombardement, ils se mirent en quête de vivres. La façade éventrée d'une épicerie leur dévoila d'incroyables possibilités, des tas de boîtes de conserves éparpillées, abandonnées… Vite, “la main dessus” ! Les sacs bien remplis, chargés sur les épaules, ils prirent la direction du bord. Le commandant Ortoli de passage en ville aperçut ses hommes et, se doutant du contenu de leurs sacs et du mode d'approvisionnement, préféra tourner la tête et changer de trottoir.

En arrivant à Liverpool, un lieutenant de chasseurs qui se trouvait sur le quai, leur apprit qu'un général français dont il ignorait le nom avait lancé sur les ondes de la B.B.C. un appel à la résistance du peuple Français contre l'occupant.

C'est ainsi que le quartier-maître fusilier Chausse se présenta au bureau d'engagement de “l'Olympia” et rencontra Lofi.

Désignés pour le 2ème bataillon de Fusiliers-Marins (2ème B.F.M.), sous les ordres du capitaine de corvette Tuhlot, ils embarquèrent sur un ancien cargo italien baptisé "Capo-Olmo". Réarmé, ce bâtiment fut intégré dans un convoi, mais, à la suive d'avaries ne put suivre et perdit le contact, naviguant seul durant quarante jours. Escale au Cameroun, visites “folkloriques” dans les bas-quartiers de Douala, occupation de Port-Gentil au Gabon par une poignée d'hommes dont Chausse, puis vie sédentaire et nourriture locale.

Lofi se marie. Madame le suivra au Liban, puis plus tard en Angleterre sous les bombes, mais n'aura que peu d'occasions de voir son mari. Comme beaucoup d'autres femmes, elle va vivre dans l'attente…

Ce fut enfin le départ pour le Liban, le "Capo-Olmo" reprit la mer et recommencèrent ses pannes à répétition avec un équipage de fortune. Seul, le commandant se révélera capable de remédier à certaines avaries.

Un jour, alors que le bâtiment navigue tranquillement, un croiseur à trois cheminées, non identifié, surgit à l'horizon… Inquiétude à bord : Le "Capo-Olmo" est-il encore fiché sous sa nationalité italienne d'origine ou sous celle de son nouveau pavillon ? Il ne faudra pas attendre longtemps avant d'être fixé ; un coup de semonce tombe devant l'étrave. Le commandant fait immédiatement stopper, mais prévient par radio l'état-major de Freetown. La panique s'empare déjà de quelques passagers tandis que le croiseur approche : C'est un Australien. Les radios du croiseur ont intercepté le message du "Capo-Olmo", mais, avant de prendre une décision, il faut tout de même vérifier s'il ne s'agit pas d'une manœuvre d'intoxication de la part du commandant du cargo. Les deux navires stoppés, une équipe de visite débarque du croiseur et monte à bord. Contrôle, explications… R.A.S., puis salutations. Le cargo pourra continuer sa route vers le Liban.




avatar
BONNERUE Daniel
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
SECOND MAITRE 1ère CLASSE

Age : 81
NON

Re: Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par BONNERUE Daniel le Ven 19 Sep 2008 - 16:19

27-28 février 1944, Raid de Scheveninguen - Mort du capitaine Trepel :

Fin 1943, la Troop 8, qui a brillamment suivi les différents stades de l'entraînement, représente maintenant une unité vraiment homogène grâce aux efforts du capitaine Trepel.

Spoiler:
Au moment où il s'apprête à pousser encore plus loin l'entraînement de ses hommes, arrive l'ordre de se préparer à effectuer des missions diverses. Le matériel de chaque troop est considérable et tout doit être mis en caisses sans que cela puisse nuire à quelque training. L'emballage, l'expédition, enfin tout doit être fait par une équipe réduite qui, travaillant de nuit, n'aura que deux heures de repos à l'aube pour dormir, manger et se rééquiper pour les exercices de jour. Tout se fera, comme souvent, suivant les ordres et les contre-ordres.

Enfin, c'est le départ ! Non pas pour l'Afrique comme la plupart le croyait, mais les hommes rallient plusieurs bases de départ situées sur la côte sud de l'Angleterre. Une dizaine de coups de main a été attribuée aux deux troops françaises ; c'est la série d'opérations Hardtack.

Trepel a été désigné pour diriger un raid sur Berck-Plage. Mis au secret dans un château proche de Folkestone, quatre groupes préparent côte à côte leurs opérations. Maurice Chauvet se rappelle : “J'étais moi-même dans un groupe, celui du lieutenant Chausse, logé avec celui de Trepel. C'est ainsi que j'ai exécuté, d'après des photos aériennes, les plans et maquettes à grande échelle qu'il jugeait nécessaires. Plus que jamais, il pensait avec une extrême minutie, veillant au camouflage parfait des casques, faisant essayer cent fois les armes munies de silencieux, se passionnant surtout pour les mines, préoccupé du retour au travers du champ qu'il fallait traverser. Il inventa pour ce faire un système original permettant de repérer au retour les mines détectées à l'aller.

Le plus petit détail retenait son attention, il avait, à un tel point inimaginable, la faculté de découper à l'infini un problème, sans perdre de vue le but final. Il avait fait peindre tous les cuivres en noir, isoler les grenades, vérifiant sans cesse son canot. Les hommes qu'il avait choisis, étaient spécialement sélectionnés pour cette opération.

Il y avait Hanière, sous-marinier, marin-pêcheur à Berck même, ancien du 2ème B.F.M. Deviller, quartier-maître venu d'Afrique du Nord où il avait servi à la Légion, également originaire de Berck. Cabanella, matelot qui avait déserté de l'escadre de la Martinique en 1940 pour rallier la France Libre. Repris, il avait été emprisonné deux ans par Vichy, mais avait fini par rallier Londres, via le Canada. Marchand de primeurs dans le civil, Rivière, dit “la Cabane”, quartier-maître du 2ème B.F.M., un garçon équilibré, fort de caractère. Enfin, Guy, un quartier-maître d'une force physique peu commune. Venaient encore deux radios et les hommes du canot. Les raids prévus pour les Français devaient normalement se dérouler dans la nuit du 24 au 25 décembre, mais les circonstances ne s'y prêtèrent pas.

Un groupe disparut entièrement et trois morts furent à déplorer dans deux autres groupes, ainsi qu'une dizaine de blessés. Une seule des opérations non exécutées fut maintenue. Les quatre autres, dont celle de Trepel, furent annulées. Cela lui porta au moral un coup terrible et alors que nous partions en permission, il monta à Londres.

Au retour, il avait retrouvé son entrain. Personne ne saura jamais comment il s'était fait attribuer une autre opération. Le groupe du capitaine Trepel et celui du lieutenant Chausse, seuls en ligne, restèrent quelques jours ensemble. Trepel, à la lumière des renseignements apportés par les raids exécutés, fit pousser l'entraînement à la conduite des doris remorquant un dinghy de caoutchouc, ce dernier touchant seul la terre tandis que le doris restait à quelques centaines de mètres du rivage avec deux hommes à bord.

Puis les deux groupes se séparèrent, celui de Trepel partit, ainsi qu'on devait le savoir plus tard, à la base de Great-Yarmouth.

Dans la soirée précédant son départ, je l'aidai à faire un choix de gouaches et de crayons nécessaires pour établir ses plans de détail. Il me dit alors qu'il regrettait de ne pouvoir m'emmener pour étudier les photos, mais que cette opération était si importante qu'il lui était impossible d'en parler. Il ajouta aussi que plusieurs équipes s'y étaient cassées les dents et que, s'il réussissait, c'était un coup à gagner… la Victoria Cross !

C'est sans doute la seule fois que le vis mettre à nu un coin de ses pensées. Il me saisit par le bras et à mi-voix, avec enthousiasme ajouta : "Quand je rentrerai, nous ferons une grande unité, le retour en France est plus proche que tu ne le penses et nous aurons du travail, un travail énorme, à notre taille, que seuls nous pourrons faire". Son tutoiement, tout à fait inhabituel, dépassait la familiarité, son ton seul dévoilait un peu des ambitions et des projets qui couvaient en lui. Il était tard, nous nous séparâmes, je ne devais plus le revoir”.

L'équipe Trepel connut seulement l'objectif de sa mission lors de l'arrivée à Great-Yarmouth. Il s'agissait de ramener le maximum de renseignements sur l'emplacement et les installations d'une usine située aux environs de Scheveninguen aux Pays-Bas. Celle-ci fabriquait des éléments pour la fameuse arme secrète allemande, baptisée plus tard V-2…

De son côté, l'équipe de Chausse va exécuter son raid sur Middelkerke, en Belgique. L'aventure frisera la catastrophe lorsque, repéré, le canot devra fuir devant un garde-côtes allemand qui l'avait pris en chasse. C'est grâce au sang-froid ainsi qu'à la technique de Nasseau de Warigny qu'ils parviendront à disparaître dans la nuit. Au retour en Angleterre, ils apprendront que quelque chose n'a pas fonctionné pour l'équipe de Trepel, sans plus de détails.

Un mois plus tard, alors que les raids sont tous interrompus et que la Troop 8 est à nouveau rassemblée, le seul rescapé de l'équipe Trepel, le radio Bougrain, pourra raconter à ses camarades ce qui s'est passé. Du moins ce qu'il en sait.

Le capitaine Trepel et son équipe, lors de leur séjour à Great-Yarmouth, avaient revêtu la tenue des F.N.F.L. afin de ne pas se faire remarquer. Dès qu'ils avaient connu les éléments de la mission, Trepel avait organisé des séances de travail pendant lesquelles tout était étudié, vérifié avec une précision méticuleuse. Fin prêts, une première tentative eut lieu dans la nuit du 24 février. La flottille à laquelle appartenait leur M.T.B. s'accrocha avec un groupe de vedettes allemandes. Les Anglais déplorèrent un mort. La flottille rentra à sa base.

Déçu, Trepel voulut faire une nouvelle tentative dans la nuit du 27 février, mais avec une seule M.T.B. Ayant reçu l'accord des Opérations Combinées, Trepel appareilla pour exécuter sa mission et suivre son destin.

Au large des côtes hollandaises, l'équipe eut un moment d'émotion en apercevant un convoi de bâtiments allemands escortés. Néanmoins, les commandos passeront inaperçus en se plaçant en queue de convoi.

Arrivés en face de leur lieu de débarquement, la M.T.B. stoppa et le doris fut mis à l'eau. Durant la manœuvre, des fusées-signal tirées de la côte s'étaient élevées dans le ciel, même des fusées éclairantes au magnésium. Les Allemands avaient-ils vu quelque chose ?(14) Trepel fit tout de même activer ses hommes… il était prêt et rien ne pouvait plus le faire renoncer à sa mission.

Trepel n'était pas du tout inquiet, il semblait même d'humeur gaie. Lorsqu'il estima n'être plus qu'à quelques centaines de mètres du rivage, il donna l'ordre à son équipe de passer avec lui dans le dinghy. Ils étaient six, tandis que deux restaient à bord du doris. Le dinghy poussa vers la côte et disparut dans la nuit, les bruits de pagaies s'estompant peu à peu, puis plus rien.

Dans le doris, les deux hommes restés en veille attendaient… Ils attendront ainsi jusqu'à quatre heures du matin, limite maximum de sécurité, car l'aube n'allait plus tarder.

N'ayant reçu aucun signe de vie depuis le départ, l'inquiétude s'empara d'eux. Mais respectueux des consignes, ils finirent par rallier la M.T.B. Bougrain, le radio qui était resté à bord, entendant revenir le doris, lança quelques plaisanteries par radio à l'intention de ses camarades censés rentrer. Mais, lorsque le doris arriva à couple, il eut la désagréable surprise de constater qu'ils n'étaient que deux à bord.

Et les autres ?… Que s'était-il passé ?… Le commandant de la vedette, prenant ses responsabilités, décida d'attendre encore un peu et mit l'équipage au poste de combat, pièces armées. Il se souvint qu'après le départ de l'équipe, il avait perçu, portés par le vent venant de la terre, des aboiements lointains de chiens, mais n'avait entendu aucun coup de feu et il n'y avait eu aucun contact radio.

Maintenant le jour pointait. Quelques ordres, des matelots à la manœuvre, le moteur de la M.T.B. commençait à ronfler sourdement, puis la vedette appareillait, tandis qu'à l'arrière les survivants de l'équipe regardaient vers la terre, en quête d'un signal. Mais malheureusement rien !

Après la libération des Pays-Bas, quelques habitants de la région furent questionnés. Certains assurèrent qu'un officier allemand vint réquisitionner des hommes “pour enterrer les corps de brigands de Français qui étaient sur la plage !…”(15)

La perte du capitaine Charles Trepel, chef de la Troop 8, fut particulièrement sensible à cette époque proche du débarquement.

Celui qui sera appelé à le remplacer, bénéficiera d'une très belle unité mais il lui faudra, sans doute injustement, subir la comparaison avec son illustre prédécesseur. Kieffer va fixer judicieusement son choix en désignant à ce poste l'officier des équipages Alexandre Lofi. Cette décision fut d'abord et surtout influencée par les connaissances militaires de l'intéressé.

Francis Vourch, plus ancien au commando, fut déçu. Il essaya bien de protester mais déjà, à la suite de divergences avec le “Pacha”, il avait quitté la compagnie durant un certain temps. Affecté officiellement comme officier fusilier à la base F.N.F.L. de Greenock, il s'acquitta de missions qualifiées de secrètes(16) avant de rallier à nouveau les commandos à Newhaven.

Il faut bien admettre que la sympathique bonhomie de Lofi, “Alex”, ne pouvait que l'aider dans la dure succession de ce commandement. Comprenant ce qu'on attendait de lui, Lofi saura mener cette Troop 8 et son efficacité se traduira plus tard, par de magnifiques résultats, pour ne pas dire de valeureux faits d'armes.

Ce ne fut certes pas un “bon militaire”, non !… Mais Dieu, quel beau soldat !




(14)- Des témoins affirmèrent plus tard que le bateau anglais avait dû être aperçu depuis la côte.

(15)- Six corps furent retrouvés en juin 1945. L'un d'eux, apparemment, avait dû se noyer. Les autres étaient morts à la suite de blessures. L'enquête émit l'hypothèse qu'ils avaient été pris vivants et torturés. Néanmoins, les corps furent identifiés et inhumés au cimetière britannique de Wistdvin (Trepel sous le numéro soixante-dix-huit). Depuis, les corps ont été transférés au cimetière français de Kapelle : Trepel bloc C, rang III, N° 4 - Le Q/M Guy se trouve à côté du N° 3 - Q/M Ruppe bloc E, rang III N° 2. En outre, les noms des six morts ont été gravés sur le monument de Gravenhague : Sous-maître Hagneray, Quartier-maître Rivière et Cabanella, plus ceux cités plus haut.

(16)- D'après les confidences et quelques souvenirs de Francis Vourch…






avatar
3eme ligne
MAÎTRE PRINCIPAL
MAÎTRE PRINCIPAL

Age : 70
Radio NON

Re: Épisodes glorieux de la carrière du FUSCO Alexandre LOFI...

Message par 3eme ligne le Sam 20 Sep 2008 - 18:00

Hommages à nos anciens et hommages au commandant Lofi, que j'ai personnellement connu, car en tant qu'officier chef du service des sports en 3ème RM à Toulon en 67/68, il était là lors des remises de coupes, challenge des 17 et matches des phases finales des divers championnats marine, dont celui qui me concernait le rugby. On ne flambait pas trop devant lui, car déjà au vu du placard arboré, ça faisait réfléchir, et comme d'un seul regard il savait nous remettre en place, personne n'en menait large.

A cette époque, entre les officiers généraux (Wassilieff, Brasseur Kermadec, Jubelin, Patou, de Scitivaux de Grieche, de Gaulle, etc...) et les officiers qui comme Alex avaient participé à la 2ème guerre mondiale, nous les jeunes on ne pouvait que respecter ces combattants et tout ce passé qu'ils représentaient.





"Give blood, play rugby !"

    La date/heure actuelle est Dim 19 Nov 2017 - 22:24