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Message par balisson le Ven 31 Mar 2006 - 18:35

"BANFI"
Cher modérateur, cher Bidel.
Bien évidemment je n'ai rien contre les Bidels en général, et si cette "profession" a été attribuée quasi essentiellement aux Fuscos, c'est qu'elle avait une nécessité, ne serait-ce que pour calmer les ardeurs de certains malfrats de mon espèce. 30 années après avoir quitté Jaubert, j'ai renoué avec certains, ils me croyaient tous morts en Algérie, va savoir pourquoi, ce fut donc l'occasion d'arroser abondamment et sans réserve ma résurrection, et également de se souvenir : ( dixit : Chaudron Hubert, école des Pupilles, école des Mousses, cours de Fusilier, stage Cdo, Cdo Jaubert, de 1953 à 1958 on ne s'est pas quitté), te souviens-tu, Jean-Claude, me dit-il, la fois où, au poste Requin, tu courrais derrière le Bidel, armé du fusil-mitrailleur 24/29, le chargeur à poste et armé ?
Que m'avait-il fait ce Bidel ?
Je ne m'en souviens plus.
Il est tout-à-fait probable qu'il soit venu sonner le branle-bas un peu trop tôt le matin alors que nous rentrions d'embuscade.
Début 1956, nous n'étions que trois Mousses ( 18 ans) à incorporer le Cdo Jaubert qui rentrait d'Indo ( c'était le dernier à quitter la terre jaune) pour beaucoup ils étaient en fin de lien, des anciens de "Tempête" ou autres Cdos supplétifs, qui , pour la plupart avaient déjà effectué deux séjours, pas des enfants de choeur, je te le dis, nous étions donc à bonne école. et puis si l'on en croit les journaux gauchistes de l'époque, l'école des Pupilles et l'école des Mousses n'étaient-elles point les écoles du vice... et l'école des Fuscos, l'école du crime...
Certains édiles de la quatrième république savaient jeter l'anathème sur l'armée... c'est une autre histoire...
Toujours est-il que 90% du Cdo Jaubert a quitté la marine, pourquoi ?
Tout simplement parce que nous étions devenus des forbans, on ne fait pas faire cinq années de guerre.
(Sauf en certaines circonstances), sans discontinuer à des marins sans leur offrir des stages de CS, BS, ou autres, et ça la Marine n'a pas su.......
A +
JCB



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Message par balisson le Ven 31 Mar 2006 - 18:47

UNE EMBUSCADE RÉUSSIE.

Un jeune aspirant arrive de la métropole et doit nous rejoindre au poste Requin, via Honaïne par L C V P; Honaïne est un petit village de bord de mer que le poste Requin situé à une dizaine de kilomètres surplombe de ses 600 mètres d’altitude.
Le trajet aller, Requin - Honaïne que l’on qualifie « ouverture de piste » avec un groupe équipé de la poêle à frire, un autre qui progresse en couverture sur la pente dominant la piste, une Jeep et un GMC.
Pourquoi tout ce déploiement ?
Simplement parce que le Fell a pour fâcheuse habitude de miner cette piste, mon ami Gilles Gaudin de Penfentenyo a morflé lorsqu’ils sont venus nous remplacer, ainsi que des tirailleurs sénégalais dont la plate-forme du GMC a été transformée en passoire (une dizaine de morts).
La piste est claire - RAS - le retour se fera dans les véhicules.
Le pacha a concocté un baptême du feu sous la forme d’une embuscade à quelques centaines de mètres du poste Requin.
Un groupe prend position sur les hauteurs, des grenades OF sont piégées à mi-pente et dès que le convoi pointera le bout de son nez, toutes les armes devront tirer au plus près au-dessus des véhicules.
La section montante a reçu des instructions très spéciales de la part du pacha :
1) Faire croire à l’aspi que la région est infestée de rebelles, ce qui n’est pas tout à fait faux.
2) Lui ôter les balles du chargeur du MAC 50.
3) Dès le début de l’embuscade, répondre par un feu nourri (en l’air) et arriver en trombe au poste.
Le convoi aborde le dernier virage, un feu d’enfer se déclenche, longues rafales, éclatements des grenades, la totale quoi.
Notre aspi n’est pas au bout de sa peur, de sa stupeur, de sa frayeur, le poste est quasiment déserté, seul, le pacha qui se fait passer pour fou avec sa grande barbe rousse, gesticule et donne des ordres incohérents à des sections imaginaires pour poursuivre les rebelles qui ont attaqué le poste et son second allongé sur une civière et recouvert d’un drap blanc maculé de sang (de poulet), témoignent de l'âpreté et de la férocité du combat.
C’était une embuscade réussie, brève, rapide, intense et comme tableau de chasse.
Un pauvre aspi, blanc, blême, transparent, livide, translucide, encore moins lucide, tremblant, tremblotant, larmoyant, vacillant, trébuchant, ânonnant, et qui n’a même pas pensé une seule seconde à dégainer son arme, la trouille de sa vie...
En opération : mon copain Chaudron.
De longues années ensemble : École des Pupilles, École des Mousses, École des Fusiliers marins, stage commando, commando Jaubert



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Message par balisson le Ven 31 Mar 2006 - 18:52

LE SOUS - MARIN DE PORT – SAY.

Pour quelles raisons la marine a-t-elle décidé ou la pacha a- t-il demandé qu’on nous livre un DUKW ?
C’est un véhicule amphibie de l’armée américaine qui a eu ses heures de gloire sur tous les théâtres d’opérations de débarquement, pacifique, Normandie, Provence etc...
Nous sommes des marins -biffins et comme cet engin a des roues et une hélice nous devions en être les dignes dépositaires.
La livraison a lieu à Nemours et nous allons le convoyer jusqu’à Port Say, petit village de bord de mer à la frontière Marocaine, où si vous avez l’occasion d’y aller un jour, vous dégusterez des haricots de mer accompagnés d’un petit vin rosé bien frais, ne rêvons pas ce n’est pas encore pour demain.
Nous sommes fiers, ce char aquatique fait un peu figure de brontosaure tout au long du trajet où nous croisons des convois de la DBFM et autres armes qui se demandent ce que les bérets verts sont encore entrain de concocter, quels coups tordus vont-ils exécuter avec un engin pareil, les oueds sont à sec, débarquer à Gibraltar paraît peu probable, alors quoi ?
On n’ose pas se moquer car l’engin est relativement menaçant avec ses grosses mitrailleuses et ses occupants qui se prennent très au sérieux.
Vitesse de croisière en convoi : 40 kmh, le gros bébé avale les 60 kilomètres sans rechigner, il est vrai que le conducteur n’a pas le pied lourd.
Nous arrivons à bon port ( Port Say), maintenant qu’il a démontré des qualités routières indéniables, vous pensez bien qu’avec cette chaleur caniculaire notre canard a besoin de se ré hydrater et une petite plage à l’extrémité du village nous offre toute la sécurité et le secret voulus pour ce genre d’opération.
La mer est bleue, la mer est d’huile, à quelques centaines de mètres se dresse un rocher, paraît-il couvert de moules.
Le DUKW s’avance lentement dans l’élément liquide comme pour mieux savourer ce moment, maintenant il flotte, un mécanisme intelligent stoppe les roues et fait tourner l’hélice, il s’éloigne du rivage en direction du rocher qui nous fournira à n’en pas douter le repas du soir.
La marine forme en un tronc commun des fusiliers marins, à l’issue de ce cours (8 mois) deux stages sont proposés :
• Celui de commando
• Celui d’amphibie
La technique, la conduite d’un engin de débarquement et d’assaut n’ont aucun secret pour le fusilier marin breveté amphibie, le rôle du commando marine se borne quant à lui à grimper faire le voyage d’un point à un autre, le plus court possible c’est le mieux et à débarquer.
Or qui pilote aujourd’hui ? un commando marine qui tout à la joie d’avoir réussi le premier exploit, franchir les 60 km, était en passe de réaliser le second, naviguer.
Sans pour autant être aussi complexe que le tableau de bord d’un Boeïng 747 il y a quelques manettes et leviers auxquels il ne faut pas toucher lorsque le canard prend son bain et ce qui ne serait pas arrivé avec un amphibie arriva avec un commando, doucement, irrésistiblement comme attiré par la douceur du chant des sirènes de l’île de Caprée, le char s’enfonce dans les flots, la mitrailleuse tel un périscope se dresse vers le ciel implorant une aide, c’est fini, il repose désormais par quelques mètres sur le fond.
Ses occupants nagent vers la plage, tout habillé, un exercice maintes et maintes fois répété pendant le stage commando, ils sont ahuris, consternés et sans moules.
Des ordres fusent, tout n’est pas perdu, le GMC arrive, s’arc-boute sur la plage, le nez face à la mer, on déroule le filin du treuil, on plonge pour l’amarrer au « sous-marin », manoeuvre inverse, on enroule le filin, le moteur du GMC s’affole, le filin d’acier se tend et se rompt, encore quelques tentatives toujours aussi infructueuses et de guerre lasse nous abandonnons.
Le DUKW gît au fond de la mer, ce sera son cimetière pour l’éternité.
Mort peut glorieuse à l’image de l’époque et de l’épopée.
Je me pose encore une fois cette question ?
À quoi nous aurait-il servi ? à aller aux moules ?



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Message par tabletop83 le Ven 31 Mar 2006 - 18:53

Sur il a du caca dans son froc, j'aurais fait pareil...
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Message par balisson le Ven 31 Mar 2006 - 18:57

ADIEU CAMARADE.

Tout frais émoulu de B E de fusilier à Sirocco, je n’ai pas encore l’âge requis pour effectuer le stage commando qui n’ouvre ses portes qu’à partir de 18 ans révolus.
Je rejoins donc la métropole à Toulon sur le Fantasque, ancien contre - torpilleur rapide devenu une poubelle flottante, base à « terre » des commandos à Saint - Mandrier.
Quai Cronstadt, j’embarque sur le « Pipady », barcasse poussive qui a du mal à fendre le clapotis de la merveilleuse baie de Toulon.
Le Fantasque est mouillé près de l’école des mécaniciens, je grimpe sur le tas de rouille, un officier deux galons se tient à la coupée, surtout ne pas manquer de saluer le pavillon qui flotte mollement à l’arrière de la vielle baille, première épreuve réussie, l’officier m’invite à le suivre dans une cabine où immédiatement il me donne l’ordre de vider mon sac et de le présenter au carré.
L’inspection de sac n’est pas ce qui est de plus réjouissant, à vrai dire j’en ai une sainte horreur, tout doit être plié 25/25, bien aligné et le matricule de chaque vêtement doit être apparent et clairement marqué.
L’officier m’en impose, grand, svelte, le visage marqué par la petite vérole, il va et vient derrière moi, s’impatiente, se précipite sur mon chef d’oeuvre et d’un geste rageur éparpille mon sac au travers de la carrée en m’enjoignant de le refaire illico - presto, comme le manuel du parfait marin le préconise.
Il me plante là en proférant des menaces que je prends forcément très au sérieux.
Un quart d’heure plus tard, un matelot, grand, svelte, le visage marqué par la petite vérole s’avance vers moi en se tordant de rire, content et fier de son coup, ce n’est autre que Rossello, 4 ans de commando, toujours matelot, la crasse de meule, quoi.
En tant qu’anticonformiste, excessif et moqueur tout à la fois, il devient rapidement mon ami. Je ne compte plus les sorties nocturnes au nez et à la barbe d’Arthus, nous faisons le bord non pas par la coupée mais à califourchon sur la chaîne d’ancre qui relie le Fantasque au quai. Avant le stage commando, je m’entraîne déjà au bout sur mer.
Sa vieille Simca 5, telle une Rossinante sillonne les rues de Toulon à la recherche d’esseulées qu’on arrive à tasser sur mes genoux ou dans le coffre, ce n’est qu’une deux places.
Les seules escapades où je suis exclu (trop jeune) : ses incursions à la B A N de Saint Mandrier, déguisé en officier, il se fait inviter au mess; un culot monstre.
Après le stage commando, nous nous retrouvons à Jaubert, dans le même groupe, voltigeurs de pointe.
Trente ans plus tard, j’ai appris que Rossello, devenu civil et résident à Alger, sa ville natale, avait été assassiné sur une plage.
OAS ? SAC ? Double jeu ? en cette période trouble et sanglante, ce magicien des coups tordus ne pouvait guère espérer mourir à 90 ans dans son lit.
Debrowski dit « Popof » et Rossello



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Message par decosseal le Ven 31 Mar 2006 - 19:26

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j'ai lu ton histoire avec beaucoup de plaisir,mais comme je ne suis qu'un simple élement du service commissariat je me suis permis une petite recherche sur Mr DUKW




DUKW CAMION AMPHIBIE


LES HISTOIRES A BALISSON - Page 2 Dukwo5fw




LONGUEUR 9.75 MÈTRES MOTEUR GMC MODÈLE 270
LARGEUR 2.51 MÈTRES VITESSE 80 KM/H SUR TERRE
9.7 KM/H DANS L’EAU

HAUTEUR 2.69 MÈTRES POIDS 6,750 KG + 2,347 KG DE CHARGE



Le camion amphibie connu universellement sous le nom de " DUCK " vit le jour en 1942. Ce véhicule fut tout simplement une version amphibie du célèbre GMC 2 ½ tonnes à six roues motrices. Il tire son nom des lettres " D " signifiant l’année 1942, " U " parce qu’il est amphibie, " K " parce qu’il est toutes roues motrices, et " W " parce qu’il a un train de roue double à l’arrière. Ce qui nous donne DUKW. Les soldats ne tardèrent pas à changer son nom pour DUCK (canard). Durant la guerre, ce véhicule rendra des services inestimables car en plus de transporter les soldats et le matériel sur les plages, il pouvait, une fois à terre continuer sa route et livrer le tout loin à l’intérieur du sol conquis, directement au front. Certains de ces véhicules auront à leur bord le 25 pdr anglais de façon à tirer sur les plages durant les débarquements. Sa carrière commence avec le débarquement de Nouvelle Calédonnie en mars 1943. On le retrouve pour le débarquement en Sicile et en Italie. Pour le débarquement du 6 juin 1944 en Normandie, on en équipe même 4 munis d’échelle de pompiers de 30 mètres pour les Rangers qui débarquent à la Pointe du Hoc. Malheureusement, un des véhicules sera détruit par les canons allemands et les 3 autres ne peuvent débarquer à cause de la forte mer ce jour là. Le 12 juin 1944, c’est à bord d’un DUKW que Eisenhower et Marshall débarquent en Normandie. Certains de ces Dukw seront, de plus, fournis à l’URSS qui l’apprécieront tellement qu’ils en feront une copie, le BAV-485. Le DUKW fut vraiment un outil important pour la victoire. Se comportant très bien sur l’eau autant que sur terre grâce à ses 6 roues motrices, il s’avéra indispensable pour toutes sortes de travaux. Les armées américaines et leurs alliés le maintiendront en service d’ailleurs jusqu’en 1970. Durant la guerre, 21, 147 unités verront le jour.
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Message par ecofousec le Ven 31 Mar 2006 - 19:51

Que du bonheur !!!
Encore !
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Message par ecofousec le Ven 31 Mar 2006 - 20:09

C'est certain que cela change des grenades à platre distillé avec amour par nos instructeurs saco de l'Ecole des Mousses, lors des exercices à TOULBROCH.
Ce charmant petit coin de Bretagne me fait penser à une petite histoire qui aurait pue terminer assez mal...Nous étions, la 1ere Cie en exercice de tir, PM , MAS et AA 52 (pour les personnes qui connaissent le site, cible à environ 400 m sur un petit monticule avec derrière la ligne d'horizon et la mer...) depuis déjà une bonne heure et quelques bandes et chargeurs avaient déjà été vidés.
Soudain, des cris d'enfer derrière nous, nos instructeurs nous ordonnes de cesser le feu et nous voyons débouler tout essouflé un brigadier de la gendarmerie...
L'explication est que nos talents de tireur à l'AA 52 était très , mais alors très limités, et nous mettions une balle sur trois dans la cible; le reste s'en aller gaiement terminer sa course près d'un bateau de pêche bien au delà de notre champ de vision...D'ou l'intervention salvatrice de notre camarade militaire pour arreter le massacre.
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Message par René03 le Sam 1 Avr 2006 - 19:58

Bonjour ecofousec

Certes il y aurait pu y avoir des victimes, mais une question me vient à l'esprit :scratch: : Un champs de tir c'est fait pour apprendre à se servir dune arme et à tirer donc c'etait normal que vous manquiez plus ou moins la cible. :sleep: :pirat: :drunken: :affraid:
Normalement une zone de tir est délimitée et un avis aux navigateurs est diffusé pour que les navires évitent ce secteur durant les exercices donc ce navire n'aurait pas du se trouver là au moment de votre entrainement. :pale:



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Message par ecofousec le Sam 1 Avr 2006 - 22:54

C'est clair, ce bateau de pêche n'avait rien a foutre là d'autant qu'il lui était aisé de s'éloigner de la zone.
Mais que veus tu le coin est réputé pour ses crutacés (dormeurs, bleus et araignées) donc la betise l'emporte sur la raison.
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Message par balisson le Mar 25 Avr 2006 - 17:39

[quote="dschmitt"]Pour Balisson,
Merci pour tes "Histoires", je les ai lues avec plaisir.
A la suite de ça, tu m'as donné l'envie de me replonger dans mes bouquins traitant de la Guerre d'Algérie, ou des "Opérations de pacification" comme on disait à l'époque.
Je te joins une photo, qui si tu ne l'as pas, te rappellera des souvenirs.
Elle est tirée de "Hélicos et commandos en Algérie" et c'est l'oeuvre de René Bail.
Il y a Montjaux, à droite le Q/M Limoges, le 3e ce n'est pas précisé.
Mais peut-être as-tu le bouquin, le contraire m'étonnerait ...
Bonne continuation.
LES HISTOIRES A BALISSON - Page 2 Jaubert2lb[/quoteSalut l'ami, bien évidemment j'ai le bouquin, le second maître Montjeaux est au centre, il était chef de groupe de la première section à Jaubert, l'exemple même du baroudeur que l'on aimait suivre. je n'ai pas connu les deux autres.
Amitiés et à + JCB



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Message par balisson le Lun 7 Aoû 2006 - 14:04

Salut les amis,
voulez-vous des histoires ?quelques nouvelles ?
j'en possède plusieurs qui émanent d'un ancien : matricule 2111 C 36, fusilier marin,
ancien du RFM ( Tunisie, Italie, campagne de France jusqu'en Alsace ) , il s'agit de André-Jean RAGOT auteur d'un livre " Peau d'lapin", deux monuments, et l'auteur et le livre.
Il m'a donné son accord pour les faire paraître, étant donné qu'il est allergique à l'ordinateur, ce qui peut se concevoir à son grand âge.
Donc à + et j'attends votre accord
Balisson



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Message par Invité le Lun 7 Aoû 2006 - 14:50

pour moi c'est OK
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Message par † SEGALEN Georges le Lun 7 Aoû 2006 - 15:01

Pas de souci, il y a des lecteurs.



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LES HISTOIRES A BALISSON - Page 2 013 Je reste Chouf à vie dans le cœur.
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Message par † Fanch 56 le Lun 7 Aoû 2006 - 15:16

Je t' ai donné mon accord par mail !



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LINUX MINT LES HISTOIRES A BALISSON - Page 2 Mint2
On ne dit jamais assez à ceux qu'on aime...........qu'on les aime. (Louis Chédid) LES HISTOIRES A BALISSON - Page 2 24998-94
Merci de respecter les règles pour le bon fonctionnement du forum
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SECOND MAITRE 1ère CLASSE
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Message par Omer le Lun 7 Aoû 2006 - 17:05

Bonjour,

j'attend ça avec impatience !



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André Verzwyvel
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Linux, y a moins bien...
Mais c'est plus cher ;)
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Message par JACQUET le Lun 7 Aoû 2006 - 19:19

Vas y Jean Claude, lache toi



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Message par balisson le Mar 8 Aoû 2006 - 12:31

50 ème ANNIVERSAIRE DE LA VICTOIRE DU 8 MAI 1945
LES FORBANS MAGNIFIQUES
Poème épique, en hommage et à la mémoire d’hommes hors du commun: LES FUSILIERS-MARINS de la FRANCE-LIBRE (1 er R F M) ( compagnon de la libération), et à travers eux, à tous les français qui se sont sacrifiés pour la liberté et la justice.
Note : Forban n’a aucun rapport avec soudard ou voyou. Ce nom, dans la Marine Royale, se donnait au corsaire qui, prenant la mer sans autorisation, allait faire la guerre pour son propre compte.... Reproche que le général de la 1 ère D F L, Diégo Brosset, adressait parfois à cette extraordinaire unité.
∑ Le battle-dress britannique
** « La 1 ère D F L » du Général Yves Gras - page 260.
Bannis de la patrie humiliée... asservie...
Patriotes fervents. Marins jeunes et forts.
Intrépides, ils avaient sacrifié leur vie.
L’espoir, par le combat, était seul réconfort.

Combattants absolus à la foi souveraine,
Sous l’uniforme ami, qu’en France on condamnait.*
À peine une poignée sous la croix de Lorraine :
Symbole dans lequel leur lutte s’incarnait.
Le Fusilier-marin de notre France-libre,
Des sables aux montagnes, aux nazis s’opposa.
Artilleur, cavalier, mais Marin dans ses fibres
Et qui, à Bir-Hakeim, un contre dix, osa !

Au regard tous avaient la lueur intraitable.
Ô France souviens-toi... tes héros dérangeaient !
Et l’allemand craignait ces hommes redoutables
Qui, dès quarante-deux, la débâcle Vengeaient !

Labourant le désert, abreuvés d’eau croupie,
Étouffés par le sable en ouragan cinglant...
Sachant que, sous leurs roues, la mort était tapie :
Les mines ennemies dans leurs fracas sanglants !
Puis vint El-Alamein, Tunis et l’Italie...
De joie pleurant, aux plages du débarquement !
Leurs tombes ont jalonné nos campagnes jolies
De Cavalaire aux Vosges, au contact allemand.

Enfin jusqu’à l’Authion, ils portèrent l’épée.
Les ultimes tués... luttaient depuis quatre ans !
L’histoire connaît peu de semblable épopée...
Fantastique aventure, ils allaient l’illustrant.


D’aucuns ont qualifié l’unité héroïque
Fortes têtes, exaltés, même Royal-Voyou ! **
« Pauvres crétins enviant mes forbans magnifiques,
Jugea le grand Brosset, Général casse-cou!





Et le temps a passé... Sublimant leur mémoire.
Sakos n’évoquant pas de doux Enfants de Chœur...
Quel drapeau cependant assume autant de gloire ?
Fors la tâche sacrée, indomptés et vainqueurs !

Ô frère inhumés sous tant de croix grossières !
Après cinquante années... Si vos corps ne sont plus;
Humus ou noir terreau, mêlés à la poussière...
De nos coeurs, nos pensées, jamais exclus !


A.J. Ragot - 1 er R F M, matricule 2111 C 36
avec son accord



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Message par balisson le Mar 8 Aoû 2006 - 12:35

F N F L ETERNELLES !
Ce poème, conçu à l’occasion du cinquantenaire de l’appel du 18 Juin 1940, est dédié aux Forces Navales Française Libres.Corvettes ALYSSE et MIMOSA : torpillées en mer du Nord en 1942. Équipages presqu’entièrement disparus. Même époque : la Corvette ACONIT coule deux sous-marins allemands dans la même journée.


Enthousiastes, ils avaient sacrifié leurs vies !
Au plus lointain des mers, marins jeunes et forts.
Bannis de la patrie humiliée... asservie
L’espoir, par le combat, était seul réconfort.

Combattants absolus, à la foi souveraine,
Que les traîtres, les veules, en France condamnaient !
À peine une poignée sous la croix de Lorraine,
Symbole dans lequel leur lutte s’incarnait.

D’un continent à l’autre, intrépide navette,
Le bateau Français-Libre aux nazis s’opposa.
Avisos, torpilleurs et vous frêles corvettes;
L’une avait nom ALYSSE... une autre, MIMOSA...

Labourant l’océan, y veillant sans répit,
Dans la plainte des vents, giflés du froid cinglant.
Sachant qu’en dessous d’eux la mort était tapie...
La torpille ennemie, dans son éclair sanglant !

Cinquante années déjà... Le flot nous les a prises.
Engloutissant, des voix, les appels déchirants.
Le coeur F N F L ..., en l’évoquant, se brise...
Ainsi qu’au premier jour, St Pierre * va pleurant.

Au regard tous avaient la lueur intraitable.
Ô France souviens-toi... Tes héros dérangeaient !
L’allemand les craignait; étranges, redoutables,
Et deux fois en un jour, notre ACONIT Vengeait.

Frère, la mort n’est rien, car ce n’est qu’un passage !
Quand le suprême don s’écrit ; Fécondité.
Lorsque le sacrifice est un glorieux message,
Au front du temps, tu as, Marin, l’éternité !


∑ St Pierre et Miquelon, base navale F F L

A.J. Ragot - 18 Juin 1990 , matricule 2111 C 36
avec son accord



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Message par FUSILIERS le Mar 8 Aoû 2006 - 21:35

salut l ancien je vient de te lire avec plaisir car les ancien de ta generation reste assez discret sur cette periode jai servi en reserve avc le CV FOSSAT qui a servi aussi a JAUBER et qu il nous raconte sa periode la-bas c étais tres tres duralors quand je peut vous lire j en profite
A+



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LES HISTOIRES A BALISSON - Page 2 Empty Un souvenir de vacances

Message par balisson le Mer 9 Aoû 2006 - 18:03

UN SOUVENIR DE VACANCES

Provence de beauté, de douceur et de paix !
Le poète est timide et qui pourtant seul ose,
Pleurer la tragédie sous tes monceaux de roses.
Oh ! mais tu pleures aussi... Dis-moi ce que tu sais.

( Partie d’un sonnet)

C’était au plein d’un été récent et des pleines vacances sur la côte varoise.
Partis de Toulon très tôt le matin, afin de rouler par la fraîcheur et alléchés la veille par les dépliants des offices de tourisme, nous avions, mon épouse et moi, décidé de visiter et filmer cette délicieuse vallée qui, sur cinq ou six lieues de profondeur à partir du littoral, s’ouvre vers le Nord entre Toulon et Hyères.
Bordée à l’Est par le massif des Maures, à l’Ouest par une série de collines boisées et urbanisées, elle va montante et se rétrécissant du Nord-Ouest par la « barre de Cuers ».
Célébrée, chantée par une pléthore de poètes et d’écrivains depuis le siècle dernier, touristes et estivants de toutes races et nations y affluent, non seulement à la belle saison, mais un peu au continu toute l’année.
Il suffit des doigts d’une main, pour compter les adorables localités blotties dans ce merveilleux coin de Provence. Autant que leur joliesse, les vestiges nombreux de leur passé chargé d’histoire attirent également touristes et vacanciers.
Cependant, malgré cette affluence, ces bourgades enchanteresses, fraîches et tentantes pour le repos, respirent la paix. Et lequel, d’entre ces visiteurs, n’a pas eu un peu l’envie de prendre pied dans cette douceur, ce parfait bon vivre ?
Les offices de ce tourisme recommandent, mais en la conseillant le matin afin d’éviter le torride après-midi du lieu, une vue d’ensemble depuis le nord de la vallée, en gravissant la « Barre de Cuers », dont le « Pilon » culmine à plus de 700 mètres.
Gravir vraiment ! Car seul un sentier de randonnées conduit au faîte. Mais cette fatigue, d’ailleurs bénéfique, offre à la vue non seulement l’inoubliable vallée, mais embrasse en retrait une région de vallons boisés, d’où dépasse un essaimage de localités aux villas blanches et toits rouges du plus saisissant effet.
Et puis aux limites éloignées, mais comme à portée de main, le regard s’enfonce entre les croupes de montagnes ravinées, sauvagement tailladées, écharpées en tous sens...
En se tournant vers la vallée, la vue rejoint la mer... Celle que l’on a surnommée « la grande bleue » scintille à l’horizon et situe son littoral, aussi bien que s’il était ourlé d’un feston de diamants.
Au premier plan, c’est le plongeon de deux à trois cents mètres sur Cuers. La rançon de sa beauté le rendant assez grouillant et saturé de voitures au mois d’Août. C’est déjà un peu la ville... Mais ici, dans ce site sauvage et grandiose de « La Barre », la nature est toujours vierge.
Immobile, l’air qu’on y respire délicieusement, avant que la brise du soir venue de la mer ne l’emporte, est fait de quintessence de parfums !
À peine tracés, des sentiers naissent pour aussitôt disparaître sous les plantes aromatiques et les fleurs de minuscules arbrisseaux... La moindre fente du sol granitique et schisteux, le plus petit interstice, nourrit une racine ! Et cette senteur qu’exhale leur profusion, violente et douce à la fois, semble se mêler à nous. Savoureuse comme une friandise, elle émeut la chair et l’esprit, nous imprègne, exalte, enivre...
Heureux pleinement, la pensée n’est que paix... Paix.
Transportés, on ne sent plus que joie de vivre... Vivre.
C’est la réflexion pensée que se faisait notre couple aux sens si abondamment comblés. Puis, fut-elle muette, une réflexion en libérant une autre, nous nous aperçûmes en même temps que cette félicité était également (et pourquoi pas ?), apéritive. Elle ouvrait l’appétit !... Alors soudain pressés de rejoindre notre véhicule parqué plus bas, le caméscope rejoignit son étui et nous décidâmes, après un dernier regard sur Cuers, d’aller nous y restaurer.
La matinée était déjà avancée. Après avoir vaincu le parcours pédestre et déjoué l’encombrement vacancier de la localité, nous abordâmes l’avenue où (toujours l’office du tourisme), nous avions repéré une alléchante « remise en forme ». Vite située, puis dépassée à la vue des parkings archi-complets, nous roulâmes encore quelques centaines de mètres avec l’intention d’y revenir par nos moyens naturels.
Rien ne nous pressait, à part notre fringale. L’auberge semblait comble et déjà nous envisagions des sandwichs, lorsque plus loin, occupant l’avenue qui devenait route nationale en direction de Toulon, une foule assez dense attira notre attention :
∑ Un accident, émit ma compagne !
∑ Je ne crois pas, fis-je. C’est trop calme...
Puis apostrophant des piétons qui se pressaient dans cette direction :
∑ Excusez... S’il vous plaît, que se passe-t-il ?
∑ On inaugure peuchère, me dit une femme manifestement du pays. Vous êtes vacanciers ? Vous avez bien le temps, suivez-nous, vous verrez bien...
∑ Bah! ...Pourquoi pas, avança mon épouse...

L’instant d’une mimique appuyée d’un coup d’oeil et nous leur emboîtâmes le pas...
Nous pensions à une inauguration d’intérêt public, ou bien à un buste ou statue d’ancêtre Cuersois méritant. Mais, mêlés à une foule sérieuse, plutôt grave et endimanchée autant qu’on peut l’être dans un pays où l’on circule en short presque toute l’année, nous vîmes découvrir une simple « plaque de rue ».
∑ Aucun intérêt pour nous, soufflais-je à ma compagne. Allez viens... On a faim!

Mais la curiosité qui nous avait poussés aux premiers rangs assez denses nous immobilisait bel et bien ! Déjà, à quelques pas devant moi, un grand vieillard, un paquet de feuilles en main, commençait une allocution...
L’assemblée s’était tue. Les murmures mêmes avaient cessé, faisant place à un silence quasi religieux... Le seul bruit venait des voitures qui, canalisées, circulaient au-delà des barrières délimitant et protégeant la cérémonie sur plus de la moitié de la chaussée.
∑ Tant pis, murmurai-je pour moi-même. On va subir...

Le l’avoue, très contrarié de ne pouvoir bouger, je n’écoutais pas, bien que mon oreille absorbât incidemment des mots au passage : « Rassemblés - Enfants de Cuers tombés - Cinquante ans - Libération. »
Ainsi les Cuersois, en Août 1994, baptisaient une rue (pardon, une avenue) du nom d’un des leurs tombé lors du conflit 39/45.
Cinquante ans ! Cinquante ans après !...
C’était toujours et partout pareil... À croire qu’il faille un demi-siècle aux faits pour remonter à la surface, où, peut-être, aux consciences pour se réveiller ! ? ...
Quelle c.......! Ça servait à quoi, à présent ? ...Les allemands de cette fin de siècle étaient devenus nos partenaires depuis des décennies, sinon nos amis...
Le bonhomme continuait, tout raide, imperturbable et grave : « honteux armistice - occupation - résistance - France-Libre ».
Des clichés archi-connus tout ça ! Rabâchés, épuisés, presque des Antiquités... Au minimum des banalités pour la plupart des jeunes saturés de téléfilms aux surhommes fracassants et autres Rambo !
Un peu malgré moi, je déchiffrai alors la plaque que l’on venait de découvrir et que j’avais devant les yeux : « avenue Léon AMIC - Mort pour la France (et autres détails). »
Sans vouloir minimiser, c’était arrivé à des milliers de milliers de pauvres types... qui étaient fichtrement oubliés ! Qu’avait - il de spécial, leur Léon AMIC ?!... Cinquante ans après...et en plaine saison de vacances... Je vous demande un peu...
Le discoureur tenait une bonne dizaine de feuilles et, je l’avais remarqué, n’en avait encore transféré qu’une seule en dessous du paquet.
- « L’affaire d’un bon quart d’heure quoi, pensai-je « furax ». Je te jure, le Pépé ! ».
Un Pépé qui en prenait à son aise... en »vieux machin » pas du tout pressé. Sa vois était forte et bien timbrée... Soixante-quinze ans, lui donnai-je... Quatre-vingt ?... Non; le « vieux machin » lisait sans lunettes !
Des mots me heurtèrent à nouveau : « Marine nationale - escadre - Méditerranée - ».
Tiens, un marin ! Moi aussi, j’avais servi dans la Marine quelques années plus tôt...
Esprit de corps, solidarité des marins, fraternité ou tout ce que vous voudrez, mais, sans m’en rendre compte, mon ouïe, non pas plus attentive mais déjà moins subordonnée à ma contrariété, enregistrait...
Ma compagne, au même instant, tiraillait discrètement la manche de ma chemisette en murmurant :
∑ Oh ! tu sais que j’ai toujours faim...

Mais, stupéfaite; écarquillant des yeux ronds, elle m’entendit penché sue elle :
∑ Attends... écoute ça bon sang!...

Bien qu’inattentif aux premières feuilles lues, je récapitulai vite que le matelot mécanicien Léon AMIC, Cuersois engagé en 1938, avait, après l’armistice de 1940, été coincé sur son croiseur en Méditerranée, dans une possession anglaise d’Egypte.


Interrompant ici mon récit, la suite, ci-dessous, n’est autre que l’allocution du « Pépé », parent de Léon AMIC, rapportée avec un maximum de fidélité.


Les parents de Léon, de vieille famille Cuersoise, n’avaient plus de nouvelles de leur fils...
Si pourtant, chaque mois, une carte probablement imprimée à Toulon, envoyée par les services administratifs de la Marine et soi-disant émanant de leur fils disait : »je vais bien »... ..Ceci jusqu’à fin de 1942.
Là, les envois cessent et, pour les parents de Léon, commença l’angoissante attente... Pourquoi ce silence? ...Que lui est-il arrivé? ...Où est-il? ..Rien... Les jours, les mois... Deux ans passent encore sans apporter le moindre renseignement aux parents plongés dans une inquiétude mortelle...
Huit Juin 1944 ! C’est le débarquement en Normandie... Fol espoir... Les jours passent... Rien... Aucune nouvelle...15 Août 1944 ! ...Nouveau débarquement, cette fois sur les côtes varoises... Nouvel espoir... Cruelle attente, cruelle inquiétude...
La zone des combats se rapprochant de Cuers, la plus grande partie de sa population, craignant des bombardements, se disperse dans les collines, cherchant un abri dans les cabanons...
La famille de Léon AMIC se trouve entassée avec d’autres parents dans un cabanon entre Cuers et Valcros...;où elle se croyait à l’abri alors que, sans le savoir, elle s’était installée juste dans le plan de tir des batteries alliées qui tiraient sur le fort du Coudon, occupé par l’ennemi...
Un voisin qui était resté chez lui à Cuers, arrive hors d’haleine en criant entre deux essoufflements :
∑ Je viens de voir Léon...Je viens de voir Léon !...

Il apporte aussi un message. Une simple feuille de cahier écrite au crayon, à la vite-vite... Le mot est bien de Léon, premier signe de vie vraiment de sa main, après plus de quatre ans !
Il leur écrit que son commandant, le Lieutenant de vaisseau BRASSEUR-KERMADEC, sachant qu’il est de Cuers, lui donnera la permission d’aller embrasser ses parents, lorsque l’attaque sera terminée... Quelle attaque?... Qui est ce commandant?... Qu’importe, fous de joie, les parents replongent cependant dans l’angoisse... Quelle attaque?... Leur fils est en danger et l’inquiétude se poursuit.
Cuers est libérée... Les familles rentrent chez elles... Le village a été épargné... Quelques jours passent et le canon gronde toujours en direction de la côte... Le 22 Août, un porteur de message se présente à eux : « votre fils a été blessé à l’attaque de La Valette. Ce n’est pas grave, un bras cassé... Il se trouve à l’antenne chirurgicale de La Valette. »
Fous d’angoisse, incapables, sur le moment, de réagir, c’est la soeur de Monsieur AMIC qui réussit à trouver le taxi de Cuers et à persuader son propriétaire, ami de la famille, de les conduire à La Valette...
Arrivés à l’antenne (hôpital de campagne), on les rassure. On leur dit : »votre fils vient d’être évacué sur l’antenne de La Crau. Il a un bras cassé, ce n’est pas grave... »
Le taxi repart pour La Crau... Nouvelle antenne chirurgicale... Là le personnel est très réservé... On leur dit : »votre fils a été transporté à Hyères, à l’hôtel du Golf »... Impossible d’avoir un autre renseignement...
Arrivés à l’hôtel du Golf, c’est l’embouteillage ! Les morts et les blessés arrivent par camions entiers... c’est la cohue... Ils essaient de se renseigner... Finalement, une infirmière leur montre du doigt le couloir qui traverse le bâtiment et leur dit : « Là-bas... au bout... »
Là-bas... au bout, c’est un terrain vague derrière l’hôtel...
Une pelleteuse creuse une tranchée... Les cadavres y sont alignés bout à bout et un petit bulldozer recouvre aussitôt le tout.
Leur fils est déjà recouvert, des fleurs sont déposées sur sa tombe ainsi que sur les autres... Des fleurs fraîchement coupées que des jeunes filles en larmes étalent sur les tombes à peine refermées...
Des jeunes filles d’Hyères, qui venaient pleurer sur les tombes d’hommes qu’elles n’avaient pas connus, comme si l’instinct maternel était en elles et si, inconsciemment, elles en voulaient au destin de leur enlever les hommes pour lesquels elles étaient faites...
Plus tard, les parents effondrés ont connu la longue aventure de leur fils Léon :
Léon AMIC, élevé dans les principes d’honneur et d’amour de la Patrie, ne supporte pas la passivité imposée par les dirigeants de la France occupée. À Alexandrie, il rallie les Français-Libres de la première division, commandée par le Général Koénig.
Bir-Hakeim - Tobrouk - Benghazi - Tunis - Cassino - Rome et la poursuite des allemands jusqu’en Toscane...
Le 16 Août 1944, quartier-maître d’half-track, il débarque à Cavalaire avec le premier régiment des fusiliers-Marins (formé à Londres en 1940 et qui n’a cessé de combattre depuis). Parti de Pierrefeu, en appui d’un élément d’infanterie, il est l’un des premiers à pénétrer dans Cuers, peut-être le premier...
Il ne peut se retenir de faire un détour jusqu’à la maison de ses parents qu’il espérait embrasser et laisse un petit mot à son voisin qui le connaissait très bien...
Blessé sans gravité à l’attaque de La Valette, l’ambulance qui le transportait à La Crau a pris de plein fouet, au carrefour de La Pauline, un obus tiré par la batterie du Coudon.
Devant la détresse de ses parents, à l’antenne chirurgicale de La Crau, puis à l’hôtel du Golf à Hyères, personne n’avait eu la force de leur dire que leur fils venait d’être tué...
À ceux qui m’ont écouté. Aux jeunes surtout qui n’ont pas vécu ces années douloureuses de 39/45, lorsque vous passerez devant cette plaque, ayez une pensée émue pour ce jeune Cuersois mort pour la France à 24 ans.
Je remercie ceux qui ont oeuvré pour que cette plaque puisse rappeler pendant longtemps le souvenir de ceux qui ont tout donné pour que nous puissions vivre libres...


Il n’y eut pas d’applaudissements, tout au moins immédiats, lorsque la voix du « Pépé », devenue rauque, avant de se casser aux dernières phrases, se tut...
L’émotion ambiante, celle même qui me nouait la gorge et inondait les joues de ma compagne, n’avait pas besoin de cette extériorisation bruyante...
Personne dans l’assemblée ne bougeait. Seuls bruissaient comme des sanglots étouffés et on se mouchait un peu partout...
Toujours immobile, le grand vieillard, très droit, très pâle, n’essuyait pas ses joues...
Puis, doucement, très doucement, comme pour ne pas trembler, il glissa sa dernière feuille sous les autres...



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Message par balisson le Mer 9 Aoû 2006 - 18:06

De la part d' André-Jean Ragot , matricule 2111 C36



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Message par † 973 le Mer 9 Aoû 2006 - 18:20

bonjour,

beau récit bien commenté et j'avoue que je viens de sortir mon mouchoir.........
saloperie de guerre..............

amicalement rené



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Je sais ce que je vaux, je reste ce que je suis...
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Message par balisson le Jeu 10 Aoû 2006 - 22:23

Tu n'es pas le seul à humecter ton mouchoir, c'est la raison pour
laquelle je ne lis pas tous les jours



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Message par ecofousec le Ven 11 Aoû 2006 - 1:07

:( Balison....
Ta prose est ...Je ne trouve pas les mots...
Tu passes d'un style François VILLON à....
Merci pour "ces bonnes baffes dans la G...." qui nous mettent devant nos vieux démons



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