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Anciens Cols Bleus et Pompons Rouges

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Carnets de Bord d'outre tombe

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Carnets de Bord d'outre tombe

Message par bertrand robert fils le Lun 17 Nov 2008 - 11:47

Je suis le fils Cadet de Bertrand Aimé et je vais vous parler dans toutes les pages qui vont
suivre de lui.

Le plus simple est de le présenter :

Il est né à Floing dans les Ardennes près de Sedan le 7 novembre 1905 lui même fils cadet de Bertrand Gustave et Guillaume Marie.
D'une famille de sept enfants, trois filles et quatre garçons, le père mécanicien monte un atelier de constructeur-mécanicien et il a deux ouvriers.
La mère travaille au foyer.
Pendant les quatre années de guerre 14-18 les Ardennes est la seule région de France totalement occupée.
Leur père s'engage dès les premiers jours pour sauver la Belgique alors qu'il n'est pas mobilisé au vu du nombre d'enfants dans leur famille.
Il est fait prisonnier après un combat héroïque à la défense du fort de Namur où il a dirigé les batteries de canons après que le commandant se soit sauvé sur un traineau à chien.

Spoiler:

La famille se débrouille seule à Floing.

Aimé rattrape son retard scolaire des quatre années de guerre, il rentre aux arts et métiers de
Lille et à l'école navale le 30 septembre 1927 comme élève ingénieur mécanicien.
Il termine le 1 octobre 1929.
Pendant les périodes de congé, il conduit des trains vapeurs dans le nord de la France pour se faire de l'argent de poche et aider sa petite sœur qui vient d'accoucher.

Il embarque comme ingénieur mécanicien de 3eme classe de 1929 à 1930 sur le Cuirassé La Lorraine (1916 - rayé des listes en 1945).

"Les plus actifs furent les trois navires ultérieurs de la classe Bretagne (Bretagne, Provence,
Lorraine, 1913).
Leur modernisation était plus importante et intervint en 1921 puis en 1932-35."

Puis sur le cuirassier Courbet en 1930 (1913 - sabordé comme obstacle en 1944)

"Les plus anciens étaient ceux de la classe Courbet (1911), 4 bâtiments à l'origine, mais le
France fut perdu sur un récif dans la baie de Quiberon en 1922. Le Courbet, l'Océan et le Paris furent modernisés en 1926-29. En 1938, l'Océan fut renommé Jean Bart et affecté à Brest comme navire-école.
Le Courbet et le Paris servirent de navire-école en 1939" et La Panthère en 1930 (contre torpilleur 1924 - sabordé en 1943), puis sur le Croiseur lourd Colbert 1930-1931 (1931 - sabordé en 1942) il passe le 1 octobre 1931 IM de 2eme classe.

"Les premiers croiseurs lourds Français étaient des navires typique du modèle défini par le
traité de Washington : 10 000 tonnes, 8 pièces de 203 mm.
Ce furent les deux Duquesne (Duquesne, Tourville, 1925-26), suivis des quatre Suffren (Suffren, Colbert, Foch, Dupleix, 1930-32.).

L'Algérie qui suivit en 1930 était un peu différent. Dernier croiseur lourd Français, il
possédait une silhouette singulière : Coque "flush deck" (pont continu), une seule cheminée, et une passerelle en tour comme sur les Dunkerque."

Ensuite sur le Torpilleur Boulonnais 1931 (1927 - coulé par l'artillerie de navires de surface
en 1942), suivit du contre torpilleur Chacal 1932 (1924 - coulé par l'aviation en 1940) de 1932 à 34 sur le cuirassier Condorcet (1911 - rayé des listes en 1931).

A bord du croiseur lourd Duquesne de 1934 à 1935 (1928 - rayé des listes en 1955).
Passe sur contre torpilleur l'Indomptable 1936-1937 (1933 - sabordé en 1942).
Rejoint le croiseur léger Montcalm 1937-1941 (1937 - rayé des listes en 1958) en tant que IM de 1er classe.
Et embarque sur le torpilleur Tornade 1941-1942 (1925 - coulé par l'artillerie de navires de
surface en 1942).

Se retrouve à la rade de Bizerte en Tunisie 1942-1943, puis sur contre torpilleur Tigre 1943-1944 (1924 - rayé des listes en 1954).

C A M M ou (11) 1944-1947 - je n'ai pas pu en savoir plus pour l'instant.
Il passe IM principal le 29 avril 1947 de 1er classe Arsenal de Saïgon base Courbet Flotille Amph. Indo de 1947-1952

U. M. baie ponty Bizerte 1952-1956

Mers el kébir U.N oran AFN Camelk oran
IM en chef le 17 juillet 1959 de 1er classe 1956-1960.

Il quitte la Marine avec le grade de capitaine de vaisseau.
Et quelques médailles entre autres.
Médaille commémoration des opérations sécurité et maintien de l'ordre en AFN
Croix de guerre étoile de vermeil.
Légion d'honneur chevalier en 1948 et officier en 1955.
Médaille coloniale EO.
TOS du ministre le 13 septembre 1948.
TOS du ministre le 6 mars 1952.
Commandeur de la Ville de Tunis.

A suivre...
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bertrand robert fils
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Préface post mortem

Message par bertrand robert fils le Lun 17 Nov 2008 - 16:58

Mon père Aimé, même pour moi son fils restera un mystère tant sur son passé il était pudique et discret.
Aussi à sa mort après la mise en caveau à Castelnau le lez et de retour à la maison familiale à part quelques photographies son histoire semblait définitivement enterrée avec lui.
De plus après avec le décès de ma sœur aînée Marie-Martine qui avait récolté laborieusement pendant des années des quantités d'informations et de documents cinématographiques et autres, en France, en Belgique et même en Angleterre sur la famille. Tout ce matériel, cette mémoire a malheureusement disparu avec elle.
Succédant à la mise en forme du seul manuscrit que ma sœur m'avait transmis : «les souvenirs de la Grande Guerre» de ma tante Andrée Bertrand, j'ai voulu à mon tour connaître un peu mieux cet homme qu'avait été mon père.

Spoiler:

C'est des fragments de mémoire de matelots encore vivants que je suis allé recueillir ici et là.
Souvent anecdotiques et faisant parti de la petite histoire au milieu de la grande.
Lorsque je suis né il avait 46 ans, il était le Pacha avec son galure de panama sur la tête à la base Courbet de l'arsenal de Saïgon.
Physiquement il était grand et fortement massif avec des yeux bleus océan.
Il se tenait droit avec des mains larges.
Sa forte personnalité ne laissait personne indifférent et il allait droit au but.
Le premier souvenir visuel que j'ai de lui remonte en Tunisie j'avais 2 ans, cela se passait à un retour de cirque où nous étions allés avec mes soeurs.
Il m'avait acheté un lampion et sur le chemin avait coupé un roseau sur lequel il l'avait fixé afin que je puisse mieux le porter sur l'épaule et illuminer joyeusement notre chemin.
Le second est 4 années plus tard au bord de la mer dans une petite crique privée en Algérie. En me mêlant au groupe d'adultes formé autour de lui, j'ai pu voir sur son dos nu des cicatrices si larges et si profondes que j'aurai pu y glisser mon poing.
C'était des impacts de balles de fusil mitrailleur qui l'avaient atteint des années plutôt en Indochine alors qu'il était allé faire un tour en motocyclette de bon matin vers la sortie de Saïgon on l'a retrouvé le soir baignant dans son sang et laissé pour mort.
Le troisième se passe un matin de 1959 pendant une promenade dominicale sur la rade de Mers-el-Kébir, on longeait les quais lorsqu'un marin saoul titubant sans but nous a croisés, mon père lui a ordonné de se raser et d'aller cuver son vin dans sa chambrée.
Le matelot a grommelé des propos inconvenants et du coup mon père l'a balancé à la flotte au delà du quai afin qu'il rafraichisse ses idées.
Puis me tenant par la main il est allé au poste de police maritime du port où il a demandé à l'officier de service éberlué de l'enfermer, car avait-il dit je suis en infraction j'ai tapé un matelot et si vous ne m'arrêter pas je le ferais moi même et sur ses mots saisissant les clés de la cellule il s'est écroué et a jeter le trousseau au garde.
Il me lança : Retourne voir ta mère pour lui dire que je ne mangerais pas à midi et que je suis en prison.
Il faut se rappeler qu'à l'époque il dirigeait les ateliers de la flotte comme ingénieur mécanicien en chef avec le grade de capitaine de vaisseau.

Je pourrais continuer ainsi à raconter des anecdotes même s'ils tracent un contour et esquissent le personnage ils n'en définissent pas pour autant la force de caractère et les choix audacieux de mon père.
Je vous laisse avec son parcours, les navires prestigieux où il a embarqué, les mers du globe tant de fois sillonnées où son histoire s'est mélangée si étroitement à celle de la France pour en faire finalement plus qu'une.

A suivre...
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Le folio 106

Message par bertrand robert fils le Lun 17 Nov 2008 - 18:48

En recevant le folio 106, une feuille faisant partie des archives historiques des affaires maritimes de Toulon consignant scrupuleusement mais succinctement son parcours.
On comprend immédiatement l'étendu de la tâche assignée.

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Aimé de neuf à treize ans 1914-1918

Message par bertrand robert fils le Mar 18 Nov 2008 - 8:51

Alors par où commencer ?
Qu'a fait mon père pendant le demi-siècle avant sa rencontre avec ma mère ?
Le seul témoignage qu'il me reste c'est "Souvenirs de la grande guerre 1914-1918" un
cahier écrit en 1918 par ma tante.
Mon père à 13 ans la guerre est fini.

Les extraits que je vous livre ici m’ont été envoyées sous forme d'un manuscrit.
Ils proviennent du cahier d’écolière d’une gamine prise dans le tourbillon infernal du début mille neuf cent et qui n'est autre que ma tante paternelle, alors nommée Andrée Bertrand.
Cette histoire relate un quotidien de vie et de non-vie, commencé dés l’écho des trois coups de feu meurtriers qui présage le triste lever de rideau sanglant du début d’août 1914 et se termine que pour un entre acte à la fin de la guerre en 1918.
C’est le témoignage d’une fillette de 10 ans qui a consigné des faits vécus moralement comme des évènements lourds et massivement traumatisant qui se sont déroulés sous ses yeux.

Spoiler:
(...)
Mobilisation générale ! La Guerre est déclarée ! crie le garde champêtre.
J'entends une voisine dire à son gamin : Pleure pas, ma reine, on se sauvera sur les montagnes.
Tous les hommes valides de moins de 50 ans et ayant moins de 5 enfants partent immédiatement.
Nous sommes six enfants, mon père ne part pas.
(...)
Mon père arrive :
- Marie, prépare mes effets, je vais m'engager à Namur.
Maman qui pensait que son homme ne partirait pas comme père de six enfants, lui dit :
- Tu ne vas pas me laisser seule pendant la guerre avec mes six petits enfants ?
Il répond que la Belgique est violée, qu'il veut faire son devoir comme les autres.
(...)
Je le vois partir avec sa valise à la main.
Ses ouvriers, Carteron et Gamba avec lesquels je fais souvent des rondes endiablées, partent aussi.
Maman déclare :
- Ma bonne vieille grand-mère est restée ici en 1870 pendant la bataille, je ferai comme elle, je ne partirai pas.
Avec ma mère, nous nous sentons en sécurité.
(...)
Maman nous rassemble à la hâte, tenant Yvette dans les bras.
Nous partons à la tombée du jour.
Sedan est en état de siège.
Des soldats fourbus dorment à terre.
Il faut les enjamber sur les trottoirs pour passer.
La nuit vient.
(...)
Bouchez les portes et les fenêtres avec des sacs de terre ! Ils arrivent ! Nous allons nous
battre ! Aimé, affolé, se sauve dans le Parc.
Maman le suit avec tout son petit monde.
Nous voici devant un pont gardé par une sentinelle : Ordre de ne laisser passer personne.
(...)
Ces braves soldats blessés ne veulent nous quitter qu'après nous avoir mis à l'abri.
Ils avisent le maire d'un village qui charge fiévreusement une voiture attelée de chevaux : - Occupez-vous de cette mère de famille, nous devons la quitter et aller nous faire panser dans un hôpital !
L'homme répond :
- Ne voyez-vous pas que je me sauve ? Je ne peux rien pour eux.
Les soldats sont furieux et crient au maire qu'il est lâche et indigne de sa fonction.
(...)
Des affiches placardées en ville ordonnent à tous les réfugiés de regagner leur pays, la
nourriture et les logements venant à manquer et qu'il faut caser les troupes allemandes.
Un matin, nous partons à pied, bien entendu.
(...)
La vieille femme qui nous accompagne regarde chaque cadavre de soldat croyant reconnaître son fils.
Maman lui dit :
- Ce sont des Bretons, vous le voyez bien à leur plaque d'identité, il ne peut s'agir de votre fils.
Mais la vieille s'entête, elle embrasse chaque mort et nous pensons qu'elle est devenue folle.
(...)
Nous croisons sur la route un couple qui détrousse les morts.
Dans un village, anéantis de
fatigue, nous dormons dans une grange emplie de monde. Le couple immonde s'installe près de nous pour la nuit.
Au petit jour, il a disparu, emportant toutes nos affaires.
Maman n'a même plus un lange pour changer Yvette.
Nous n'avons plus de chaussures, nous marchons pieds nus.
Bientôt nos pieds saignent.
(...)
Enfin, nous voilà rentrés à Floing.
Nous avons fait cent dix kilomètres à pied en trois jours.
Notre maison est pillée, les ateliers de mon père brûlés. Il venait de les faire construire en
s'installant constructeur mécanicien.
(...)
Une vieille dit à maman :
- Marie, tu ne devineras jamais qui j'ai vu au petit jour sortir de ta maison les bras chargés d'affaires.
Maman lui répond qu'elle préfère ne jamais le savoir.
(...)
Aimé réussit à tuer un oiseau au lance-pierres, il pêche des loches dans le ruisseau.
(...)
Aimé a repéré un champ planté de pommiers.
Nous partons tous les deux avec un sac en toile de jute.
Nous nous coulinons par le trou d'une haie et ramassons en hâte les pommes tombées.
Mais un garde nous surprend et nous emmène au commissariat de police allemand.
Chemin faisant, nous croisons un jeune officier, genre freluquet, maniant une cravache.
(...)
Il demande à Aimé s'il aime mieux l'Allemagne que la France.
Aimé baisse la tête et ne répond pas.
Il a sur la tête un calot qu'il s'est fabriqué avec le bas d'une culotte allemande que le
tailleur militaire d'en face avait jeté sur le pavé.
L'officier discute en Allemand avec le garde qui nous laisse partir chez nous après nous avoir rendu notre sac de pommes.
Nous sommes bien contents de nous en tirer à si bon compte.
(...)
L'école a rouvert ses portes.
Mademoiselle Weyland qui a fait l'école à maman reçoit tous les enfants dans une seule classe.
Elle est d'origine Alsacienne.
Elle est très sévère.
Nous devons nous lever et nous mettre au garde-à-vous quand un instituteur allemand, un grand roux, pénètre dans la classe, ce qui ne nous plait pas du tout.
Il nous dit que lorsque nous serons Allemands, nous recevrons la schlagg comme tous les écoliers Allemands.
Je sens la colère monter en moi.
Un jour, n'y tenant plus avec mes camarades, nous allons dans les champs cueillir des bleuets, des marguerites et des coquelicots.
Nous en faisons des bouquets tricolores aux couleurs du drapeau et nous les attachons aux volets de l'instituteur.
Le lendemain, il les a enlevés.
Nous recommençons à attacher d'autres bouquets bleu blanc rouge.
Il nous guette.
Nous nous sauvons mais avec ses grandes jambes il nous rattrape.
J'ai peur d'une de ces raclées terribles que je me souvenais avoir reçues de mon père.
A ma grande surprise, il nous parle gentiment en français et nous dit qu'une fois rentré en Allemagne quand la guerre sera finie il dira à ses élèves comment les petite Françaises étaient patriotes.
(...)
Aimé jusque-là en retard à cause de ses convulsions a rattrapé et dépassé les autres élèves.
Mlle Weyland lui dit :
- Bertrand, quand ton père reviendra de la guerre, je lui dirai que tu es un Phénix.
(...)
Après la moisson faite pour les Allemands, nous allons glaner les épis perdus.
Nous moulons les grains de blé dans un moulin à café et nous mangeons enfin un pain que nous trouvons délicieux.
(...)
Maman, de son coté, se livre à de mystérieux travaux de couture.
Je saurai par la suite qu'elle a caché des lettres, des billets de banque, des adresses d'officiers, des pièces d'ors et si bien qu'à la fouille nos ennemis n‘ont rien découvert.
(...)
D'un autre côté les femmes et les enfants que des infirmières allemandes fouillent après
déshabillage et inspection des vêtements.
Elles n'ont pas trouvé les lettres confiées à maman qu'elle a cachées dans les semelles recollées de nos souliers, dans les baleines de son corset, ni les billets et les adresses écrits sur du tissu recousu à l'envers ni les pièces d'or qui sont à la place de nos boutons.
Tout cela a été si bien dissimulé que c'était impossible qu'on les trouve.
(...)
Mon père est mobilisé jusqu'à la fin de la guerre dans une usine d'aviation où il a des responsabilités.
Voici textuellement la première lettre qu'il écrit à maman :

Ma chère Marie,
C'est avec une émotion indéfinissable et un bonheur sans égal que j'ai reçu ton
télégramme d'abord et ta lettre ensuite.
Je ne pouvais te répondre plus tôt, car ton télégramme ne m'indiquait pas ton adresse. J'ignorais même si tu étais restée à Chambéry, c'est pourquoi j'attendais une lettre avec impatience.
Par quelles cruelles alternatives tu as dû passer au milieu de ces coquins.
Mais va, tes misères sont passées, dans quelques jours tu seras près de moi avec mes chers petits enfants que j'ai hâte de serrer dans mes bras.
Quand j'arrivais en France, venant de Hollande où je fus prisonnier de guerre, j'envoyais un télégramme à ton cousin de Reims d'où tu m'avais écrit la dernière fois.
Quel coup je reçus quand il m'apprit que tu étais retournée dans les Ardennes.
Je fus alors sans nouvelles de toi jusqu'au mois de juin dernier, époque où ton frère Jules parvint à avoir mon adresse et à me parler de toi.
Je vécus pendant ce laps de temps comme un désespéré, une âme en peine et j'eus plus d'une fois la tentation de demander à mes chefs de retourner au feu.
La première lettre de ton frère me fit un bien considérable et me fit accepter la vie avec un certain courage.
Maintenant, les mauvais jours sont passés.
Bientôt nous allons être réunis et nous pourrons comme par le passé, ensemble, élever nos chers petits enfants.
Comme ils doivent être changés.
Déjà sur la photo que je reçus de Jules, j'eus peine à les reconnaître.
Surtout le garnement de Robert.
Est-il toujours le même au moral aussi coquin qu'il était.
Et les autres la douce Renée, la rusée Andrée, le sérieux Aimé, le mélancolique Roger.
Et la petite Yvette que j'ai à peine connue.
Enfin, vous voilà tous, c'est le principal.
Je te saurai gré toute ma vie d'avoir pu sauver l'existence d'une famille pareille.
C'est admirable ce que tu as fait là.
Tu as fait preuve d'une énergie que je ne te connaissais pas.
Maintenant, parlons d'autre chose.
Je fais le nécessaire pour te faire venir près de moi à Argenteuil.
Maintenant, il faut que je trouve un appartement et que j'achète les meubles nécessaires. Tout cela va me demander quelques jours.
Patiente donc un peu !
Tu feras part de mes sentiments les feras mon interprète pour lui assurer mes plus vifs remerciements.
Je termine ma lettre en vous serrant tous sur mon cœur.
Ci-joint un mandat de cent francs.
Vite une nouvelle lettre.

Bertrand Gustave.
Usine nôgme, quai du Petit gennevilliers. Le 15-1-1916

(...) ERRATUM : Ce n'était pas le fort de Namur cité plus haut.
Au fort d'Anvers, le vieux commandant s'est sauvé dans une voiture à chiens et lui a demandé de commander l'artillerie à sa place.
Forcés de se rendre, les artilleurs ont été faits prisonniers en Hollande, mais une jeune Hollandaise dont mon père conserve la photo dans sa poche lui a procuré des vêtements civils pour se sauver.
Une barque de pêche l'a mené au large des Îles Britanniques d'où on l'a rapatrié en France.
(...)
Mon père est maintenant directeur dans une usine rue de la Fontaine au Roi à Paris.
Il résout seul des problèmes de maths que notre voisin professeur à Chaptal ne peut faire.
(...)
Aimé passe son certificat d'études.
À l'heure de son retour, maman nous installe dans l'allée à la queue leu leu avec des fleurs et des bonbons à la main pour l'accueillir.
(...)
J'entends Aimé dire :
- La grosse paresseuse, elle ne veut pas aller à l'école".
Il me tire du lit et je tombe sur le tapis.
Il me donne des coups de pied en répétant Lèves-toi, paresseuse !
Dans mon profond évanouissement, j'entends la voix et je sens les coups.
Huit jours plus tard, je m'éveille dans un grand lit, et je vois autour de moi mes frères et sœurs allongés et endormie.
Tu as eu la grippe espagnole, me dit maman, tu es la première guérie, les autres sont tombés
malades après toi.
(...)
Notre tante Mélie Goëtz, la sœur de mon père, vient chez nous.
C'est une grande femme osseuse, aux yeux bleu clair, aux cheveux frisés et grisonnants.
Elle a les traits de mon père.
Elle est veuve de guerre.
Sa mère, ma grand-mère Bertrand que nous n'aimions pas, est morte dans la cave pendant les bombardements terribles de la fin de la guerre dans le Nord.
Elle avait perdu l'esprit et faisait des monceaux de charpie pour les blessés avec le linge de sa fille.
Peut-être se souvenait-elle de 1870 et de Bazeilles où elle habitait et qui fut le théâtre de
sanglantes tragédies.

A suivre...
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Elèves ingénieurs mécaniciens 1927

Message par bertrand robert fils le Mar 18 Nov 2008 - 9:11


Légende de la photo de la PROMOTION EIM 1927.

1er rang à partir du bas :
BERNART - AINAUD - FOURNIER - VERGNE - TEYSSANDIER - BUISSIERE -
ROUSSEAU - PERCHET - DUMOULIN - TISSOT.

2ème rang :
KERVERN - GRALL - LE TALLEC - BOULLIER - DESMOULINS - BERTRAND - HUE - DOYEN - DUTRAIVE - GUILLOT - BOREY.

3ème rang :
TAREAU - SALON - LE DANTEC - TANDEAU - PORT - LALLEMAND - LASSALLE -
RECHAUSSAT - CASSOLY - LAROCHE.

4ème rang :
SAILLOUR - MORVAN - BAUDRY - WINTENBERGER - HERVAGAULT - LIGREAU - BERARD - FIACRE.

5ème rang :
FOUSSIER - GUILLERMOU - GRAUX - GARNIER - GALLARD - ARVET- THOUVET - POLISSE.

Sont décédés :
ARVET-THOUVET - BAUDRY - BERTRAND - BUSSIERE - FAVIER (absent) - FIACRE -
FOUSSIER - GRALL - GRAUX - GUILLOT - LALLEMAND - LE DANTEC - LIGREAU -
LE TALLEC - PERCHET - POLISSE - PORT - .RECHAUSSAT - ROUSSEAU - SAILLOUR -
SALON - TANDEAU - TAREAU - TEYSSANDIER - TISSOT - VERGNE - WINTENBERGER.
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Photos

Message par bertrand robert fils le Mar 18 Nov 2008 - 9:23



De gauche à droite : mon oncle et mes tantes
Roger, Rénée et Andrée,
et mon père, Aimé Bertrand en 1927.
Manque : Robert, Yvette et Lionel né après d'un second mariage

Sur la photo précédente des élèves ingénieurs promotion 1927
mon père se trouve au milieu du 2e rang, c'est le plus grand.
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il avait 13 ans

Message par bertrand robert fils le Mar 18 Nov 2008 - 9:53

Une dernière anecdote que j'avais oublié de mettre plus haut avant de rentrer dans l'Histoire.

Aimé a découvert dans les souterrains du château de Turenne de vieux fusils allemands datant de 70, des baïonnettes, de la poudre de la dernière guerre, des balles enfin tout un arsenal qu'il cache dans un profond placard de sa chambre, dans le grenier derrière de vieux meubles et dans l'alcôve de notre chambre avec défense d'en parler à maman. Quand celle-ci va en courses, il fait sauter des macaronis de poudre sur la cuisinière en nous criants : Arrière ! La détonation nous surprend toujours et nous bondissons de peur. Puis au grenier il tire sur de vieux matelas derrière lesquels nous sommes cachés, C'est un miracle que l'un de nous n'est pas tué. Quand maman rentre, tout se tait, Un jour la police avise maman que des détonations suivies de nuages de fumée sortent des fenêtres du grenier. Maman répond qu'il y a erreur, qu'elle a des enfants bien tranquilles, etc. Jamais elle ne le saura.

à suivre ....
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Flashback

Message par bertrand robert fils le Jeu 20 Nov 2008 - 19:41

Flashback.

Dans la vie de certains hommes et au hasard de leur naissance, leur histoire est irrémédiablement transformée, liée aux changements du contexte social et cela dès leur plus jeune âge. Même leurs livres d'histoire et de géographie y sont partisans. Ainsi, ils vont devoir traverser avec de la chance plusieurs guerres et ils porteront en eux de profondes modifications qui changeront entièrement leur destinée.

Lorsqu'on a vécu enfant la grande guerre, la der des ders, dans la seule zone en France totalement occupée on pense que tout cela est bien fini et que plus jamais de telles horreurs renaîtront. Pourtant quand la France rentre en guerre en 1939 et que l'aventure guerrière des premières semaines annonce déjà les catastrophes avenir et une défaite quasi imminente à Paris l'état-major militaire français s'affaire déjà a déménagé à la hâte leurs affaires vers une situation de replis tant les nouvelles du front sont mauvaises.
Le pays semble profondément bouleversé et les futurs drames sont en route. Certains individus ont bien connu cette époque de trouble et d'arrogance où chacun eut sa part de malheur. Beaucoup de famille seront dans la souffrance et il en émanera des formes de courage et d'héroïsme. Mais dans l'histoire de ces hommes celui qui m'a le plus touché et le plus ému par sa droiture et son courage a été un simple ingénieur mécanicien, un de ces marins, enfant d'une autre guerre, jeune homme d'un autre temps. A dire vrai, si cet homme était vivant il n'aimerait pas tous ces compliments. Mais alors comment dire à son père, à cet homme, qu'on l'honore. Peut-être tout simplement en vous racontant son histoire.

Alors commence-t-elle par un début ou par un compte à rebours puisque un an avant sa mort il me demanda de réfléchir à la forme de son tombeau. Un caveau six places pour vous tous avait-il-dit. Une tâche lourde et délicate pour moi qui voulait reculer cette échéance inéluctable. Quelques mois après en allant avec lui faire sa promenade quotidienne de seize bornes. De l'accompagner, c'était pour moi l'occasion de mieux le connaître. Nous partagions nos points de vue en arpentant ses chemins et sentiers de renard. Pour moi, découvrir ses itinéraires variés et pour lui examiner les changements survenus par endroits. Nous échangions surtout des idées en particulier ce qui rendait nos promenades précieuses. Comme toujours ces itinéraires passaient en allant ou en revenant par le cimetière. Un jour devant sa tombe, il m'avait fait promettre de revenir ici de temps en temps pour nettoyer les herbes folles afin qu'elle fût nette comme au premier jour, donc entretenue.
Ce jour-là, à notre gauche devant l'emplacement de la concession de côté couverte de fleurs en couronne une dame versait en un flot toute la tristesse des larmes de son corps. Elle était bouleversée et cela s'entendait. Mon père, qui regardait droit devant lui son caveau avec l'oeil d'un géomètre ravi de l'excellent travail, se mit soudainement à rire et tout aussi bruyamment d'une idée qu'il émit. Un peu gêné, je lui fis un signe discret en lui montrant la pleureuse. Et après l'avoir examiné un court instant, il me dit : "Ecoute fiston" et joignant le geste à la parole il me montra de ses deux mains en écartant ses bras de la largeur de sa tombe. "Ici je suis chez moi et là elle est chez elle, elle ne me dérange pas". Ainsi, c'était cette phrase qui me revenait par moment en écho : la liberté de chacun s'arrête où elle enfreint celle des autres. Ces petites exclamations familières dites d'un ton doux comme : il vaut mieux rentrer par la petite porte et sortir par la grande. Mais au fait de quoi riait-il?
Tout simplement parce qu'il venait de dire d'une voix monocorde : est-il normal que je disparaisse
avant vous, moi qui vous aie conçu? Ce genre d'interrogation qui vous laisse songeur et qui vous ramène à la question de l'homme devant sa mort. Il fallait pourvoir le suivre tant il allait droit au but et tout ce qu'il a fait ou a dit en allait de même. Je me souviens de ce jour où on l'a accompagné une dernière fois tous ensemble dans ce lieu devenu pour moi maintenant si familier. Avait-il prévu aussi ce qui est survenu d'où ce rire? Ma mère et moi, nous nous tenions l'avant rang devant la tombe panneau avant ouvert. Un des croque-morts était à l'intérieur et les deux autres aidaient à la manoeuvre, mais ils laissèrent glisser le cercueil si brusquement qu'une plainte sourde nous soit parvenue du caveau. Ma mère eut un malaise et perdis pieds et conscience. Etant le plus près, j'eus tout juste le reflex de la rattraper avant qu'elle atteignît le sol. Mon geste eut pour effet de lui relevé complètement sa robe bien au-dessus de la taille et comme je l'avais ceinturé de mes deux bras, il m'était impossible de faire autre chose. Je demandais des yeux de l'aide à mes proches en tournant la tête, mais tout le monde semblait pétrifié. Je la soulevais et comme on porte un fagot, je l'ai posé dans la voiture à la sortie du cimetière. Personne ne nous avait suivis et je l'ai ramené à la maison dans cet état.

Il était bien mort en tenant la barre naviguant droit devant et en fredonnant peut-être :

Hardis les gars que l'ont soit une élégante frégate ou un fier cuirassier,
les traversées sans escales et le nez dans la plume vous laisseront sous la mer abîmés.


à suivre...
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SECOND MAITRE 1ère CLASSE
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Re: Carnets de Bord d'outre tombe

Message par CLAUDEL JEAN-PIERRE le Jeu 20 Nov 2008 - 20:49

Bravo,bravo,cette histoire est vraiment captivante,j'attends la suit avec impatience,çà relate bien une page de notre histoire. :bball: :bounce:



L'amitié est comme les algues : quand on s'en approche, elles s'éloignent, et quand on s'en éloignent, elles se rapprochent
N'y fihavanana tahaka ny volon-kotona : hatonina, mahalitra ; halavirina, manatona !



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Re: Carnets de Bord d'outre tombe

Message par MICHAUX le Ven 21 Nov 2008 - 0:16

Bel hommage rendu à Bertrand Aimé par son fils Robert.
l'on voit le métier pour captiver son auditoire, la en l'occurrence le lecteur :cheers:
Belles pages d'une histoire familiale dans une époque troublée .....la suite :study:




"Parmi les rochers sans nombre qui couronnent les Vosges et parsèment leurs flancs, il y a, comme en Bretagne, des pierres qui parlent".
[Édouard Schuré]
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L'abouchement

Message par bertrand robert fils le Ven 21 Nov 2008 - 10:06

Dans Flashback, je vous parle de sa seconde femme, ma mère Nguyen thi van Tam.
Tam rencontre son futur époux à Saïgon en 1947, elle a 23 printemps.
De cette liaison naquit un an plus tard ma sœur Marie Martine Mauricette, exactement le 24 septembre 1948.
Aimé est déjà marié avec Rosa Laplace.
Elle avait refusé de le suivre en Indochine.

Jean Savoye raconte :

En 1948, j'étais en visite médicale dans un hôpital de Saïgon.
Pour le retour à la Base Courbet, je montais dans un 4x4 où une dame était assise sur le siège passager. Au retour à la Base, après avoir déposé la Dame à l'entrée, je demandais au chauffeur qui était cette Dame.


Le Quartier-Maître m'informait :

C'est l'épouse du "Pacha" , je pense que la Dame attendait un bébé.

Chaque être porte en lui une part de mystère.
Moi pour l'instant, je n'étais même pas
encore l'ombre d'un soupçon étincelant et concupiscent de désir, (parcelle incandescente qui se détache d’un corps qui brûle ou qui jaillit au contact de deux corps)-(petite manifestation vive et momentanée) dans les yeux de ce nouveau couple extra-conjugal.

La photographie ci-dessous date du 20 décembre 1948, c'est écrit derrière.
Le cliché a été réalisé par un studio :
L'avenir photo 215 rue d'Espagne Saïgon.
S’il existait des secrets entre mon père et ma mère, cette image contient elle aussi une énigme.

Il y a une autre photo reposant sur le vase.



A suivre...
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Les Pipes

Message par bertrand robert fils le Sam 29 Nov 2008 - 19:25

Laissons un moment mes parents à Saïgon dans leur maison.

Jean Savoye raconte :

Le 31 décembre 1948 j'étais hospitalisé à l'infirmerie Hôpital de la Base Courbet (Phu My) pour une hépatite amibienne suppurée indochinoise en voie de guérison.
A 23h00, nous préparions l'arrivée de la nouvelle année en compagnie de tous mes anciens collègues de l'atelier Central.
Sur le coup de 2h00 du mat, les collègues décidaient d'aller présenter les voeux au "Pacha".
Nous nous sommes donc rendu à l'extérieur de la Base où vos parents habitaient.
Je vous précise que la petite villa où ils résidaient avait comme nom "TAM BO".
Est-ce par rapport au prénom de votre mère ?
Nous avions été reçu par son secrétaire qui devait faire aussi un peu le garde du corps, un instant plus tard votre Mère s'est présenté en nous remerciant pour nos intentions, et le Commandant est arrivé peu de temps après.
Nous avions eu droit au champagne, un petit laïus sur l'atelier Central et le devenir de la situation en Indochine.
C'était encore le beau temps, et nous étions tous encore plein d'illusions.
Je vous répète que c'était un sacré bonhomme.



Spoiler:
Parmi les objets personnels peu nombreux que mon père possédait.
Ses uniformes, une petite paire de ciseaux, seul bien, héritée de sa mère, son canif toujours en poche et surtout il y avait ses pipes.

La collection de pipes de mon père était bien alignée sur un petit râtelier en coin fait par un menuisier de la marine.
En forme de quart de rond, ces deux rayonnages pouvaient contenir jusqu'à vingt brûles gueules. Sauf qu'il en avait dix-neuf, car l'une d'entre elles occupait les deux étages.
C'était une longue bouffarde de près d'un mètre composée d'un énorme fourneau façonné dans un ébauchon de bruyère sablé "chestnut", lui donnant un fameux grain sur son pourtour.
Lisse et plate au-dessus, et lisse et arrondi en dessous.
La tige faite d'une longue branche droite gardant les caractéristiques des défauts du bois et se terminant sur un tuyau court en corne légèrement recourbé avec une lentille en queue de poisson.
Au fond du rack coloré légèrement par endroits par la nicotine, dans son coin intérieur se trouvait les accessoires classiques du fumeur de pipes, des outils de nettoyage divers, chenillettes, bourre-pipe, cure-pipe et une blague à tabac en cuir sombre.
Il s'y trouvait aussi une belle tabatière sphérique avec des mets plats cloutés dont le couvercle de forme hexagonale était orné d'un bout pointu, ce pot à tabac étant élégamment sculpté.
Certaines ces pipes étaient comme lui burinées et patinées par le temps.
Certaines étaient si culottées qu'elles en étaient devenues cramoisies.
Je pense qu'elles l'avaient suivi aussi loin qu'elles avaient pu et traversé comme lui la foudre et la poudre.
Dans ces moments cruels, c'était le seul réconfort, un peu de chaleur au creux de la main dans un monde de brute.
Il avait dû aussi en abandonné dans des occasions extrêmes comme lorsque le torpilleur Tornade a été coulé le 8 novembre 1942 sous les tirs de 152 répétés de l'Aurora.
Dans salle des machines il faisait chaud ce jour-là les obus avaient fait mouche.
Il était chef du service des machines.
Le Tornade avait dès le départ perdu toute son autonomie suite à une brèche dans sa proue, et sa vitesse était au plus bas.
La plupart des marins ont dû regagner le cap de l'aiguille à la nage avant qu'il ne sombre.

Quelques pipes étaient là pour raisons d'anniversaires, il ne les avaient pas choisis, il ne les fumait pas.
Il y avait des styles cavalier en grand nombre coupés entre la tige et le tuyau par une bague argentée ou cuivrée, des grosses et courtes, des longues et fines, avec des tuyaux en ébonite, en corne, des droites, des sculptées et sur une, une chasse sculptée d'une troupe de biches avec un grand cerf.
Son foyer avait un fond plat qui permet de poser la pipe.
Le tuyau en corne claire fait main semi-courbé.
Ces bouffardes avaient souvent la lentille mâchouillée et le fourneau portait la trace floue de la transpiration du pouce et de l'index.

Ce porte-pipes malgré de nombreux déménagements était toujours près de son fauteuil de cuir qui lui était au chevet du lampadaire à l'immense abat-jour qui servait a éclairer d'une lumière chaude ses lectures des quotidiens.
La pièce où il fumait sentait le caporal parfois l'Amsterdamer bleu.





Dernière édition par bertrand robert fils le Mar 2 Déc 2008 - 19:18, édité 1 fois
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Le torpilleur Tornade

Message par bertrand robert fils le Sam 29 Nov 2008 - 20:06

Quand éclate le drame et le massacre de Mers-el-Kébir le 3 juillet 1940, mon père Aimé BERTRAND se trouve à bord du Montcalm à Alger.
Le croiseur vient tout juste avec les alliés de finir la campagne de Norvège.

Après ce coup où les alliés d'hier deviennent du jour au lendemain des ennemis, le Montcalm rejoint immédiatement Toulon et fait route sur Dakar.
L'histoire se répète à une exception près.
Les marins de Dakar ont en mémoire ceux qui sont tombés deux mois plus tôt.
L'opération menace est lancée.
Le Montcalm livre bataille dans les journées du 23 au 25 septembre.
Cette fois l'avantage change de main.
Alors pourquoi je vous parle de Mers-el-Kébir ?
Tout ramène mon père dans ce lieu.

Mon père se trouve à Oran près de Mers-el-Kébir le 8 novembre 1942 lors de l'opération Torch.
Il va revivre en direct ce qu'a vécu l'ingénieur mécanicien de 1ère classe Xavier GRALL et camarade de promotion de 1927 tué sur le Bretagne deux années auparavant dans l'opération Catapult.
Les anglais tireront sur les marins français pour la troisième fois en 2 ans.

Spoiler:

Il se trouve sur la TORNADE comme ingénieur mécanicien de 1ère classe au service machines du torpilleur.

Les 3 torpilleurs de la 7e D.T étaient dans le port d'Oran le 8 novembre au matin :
la TRAMONTANE, chef de division (Capitaine de Frégate DE FÉRAUDY) était amarrée au quai Lamoune, la TORNADE (Capitaine de Corvette PARES) au quai Beaupuy et le TYPHON (Capitaine de Corvette ABGRALL) au quai de Dunkerque.

La TORNADE appareilla à 03 h 40.
Quand elle arriva à proximité de la passe, celle-ci était couverte par une épaisse fumée provenant du HARTLAND en feu ; le torpilleur ne put trouver la sortie et son étrave heurta les enrochements de l'épi Nord ; le peak avant fut envahi.
S'étant dégagée des enrochements, la TORNADE franchit la passe à 05 h 00 et fit route à 6 nœuds pendant que l'on épontillait la cloison du peak avant.

Cependant, le TYPHON qui avait participé aux combats dans le port contre le HARTLAND et avait reçu l'ordre de la TRAMONTANE de la suivre, avait appareillé à 05 h 00 et avait franchi les passes à 05 h 15 ; il avait à ce moment aperçu la TORNADE qui lui avait donné l'ordre de passer devant elle.
Il continua donc sa route à 26 nœuds vers la pointe de l'Aiguille et aperçut bientôt la TRAMONTANE en feu vers laquelle il se dirigea.
Au moment où il rejoignait cette dernière, à 06 h 10, il reconnut dans le Nord, à 9000 mètres, un croiseur (l'AURORA) et deux destroyers britanniques et lança deux torpilles sur le croiseur.
Il participa ensuite, comme nous venons de le voir, au sauvetage de l'équipage de la TRAMONTANE.

La TORNADE, à 05 h 17, avait essayé de porter sa vitesse à 12 nœuds, mais à cette allure l'épontillage ne tenait pas et elle dut se contenter de mettre à 10 nœuds.

A 06 h 15, elle aperçut par bâbord un croiseur et des destroyers (c'étaient l'AURORA et les destroyers CALPE et BOADICEA).

A 06 h 45, le BOADICEA après avoir fait un signal par projecteur (probablement le signal de reconnaissance resté sans réponse) ouvrit le feu à 12 000 mètres sur la TORNADE qui riposta.
Un coup au but fut observé sur le bâtiment britannique qui cessa le feu, fit de la fumée et se déroba.

A 06 h 50, le CALPE ouvrit le feu à 13 000 mètres et sa première salve tomba très près du bord, à tribord de la TORNADE qui mit à 20 nœuds; mais l'état de l'étrave ne permit pas de tenir cette vitesse qui dut être ramenée à 12 nœuds trois minutes plus tard.
Le torpilleur vint alors cap au 80 pour rendre ses tubes battants afin de lancer des torpilles sur I'AURORA qui se trouvait à 9000 mètres environ.
Les six torpilles furent lancées.
Un moment avant le lancement, de gros éclats d'obus avaient atteint la TORNADE brisant le projecteur bâbord.

A 06 h 50 également, le TYPHON avait quitté la TRAMONTANE et faisait route au Sud vers la TORNADE tout en tirant sur l'un des destroyers.
Il fit de la fumée, imité par la TORNADE qu'il rallia vers 07 h 00, puis prit la ligne de gisement à 30° tribord.
A ce moment, l'AURORA joignit son tir à celui du CALPE et en très peu de temps, vers 07 h 10, la TORNADE reçut plusieurs projectiles : un obus atteignit l'extrême arrière sans causer de dégâts ; un obus pénétra dans la machine, sous la flottaison, détruisant les caisses à huile et tuant deux hommes ; un troisième projectile traversa le roof arrière et éclata à tribord blessant mortellement un quartier-maître.

A 07 h 10, le TYPHON lança une torpille sur l'AURORA à 11 000 mètres.

A 07 h 15 un obus de l'AURORA atteignit la TORNADE sous la flottaison, dans la machine, qui fut envahie par l'eau ; un maître mécanicien et cinq quartiers-maîtres ou matelots furent tués.
Un second obus de 152 passa entre le roof arrière et la pièce IV et éclata à tribord tuant le Lieutenant de Vaisseau HOCHSTETTER et blessant grièvement la presque totalité de l'armement de la pièce IV.
Un troisième projectile de 152 éclata sous la flottaison dans le poste 3 blessant grièvement deux servants de la soute à projectiles qui dut être évacuée.
(Il n'y restait plus qu'une trentaine de coups, chacune des pièces avant ayant tiré environ cent coups.)
Cependant, la barre s'était bloquée et le bâtiment dont la vitesse diminuait rapidement commençait à donner de la gîte sur tribord.
Quelques gerbes tombèrent encore très près pendant que l'on amenait les embarcations et les radeaux pour évacuer vers l'Aiguille les blessés et les mécaniciens devenus inutiles.
Pendant que le torpilleur dérivait lentement avec 10° de gîte vers le rocher de l'Aiguille, l'évacuation se fit par les embarcations et en trois voyages la majorité de l'équipage put être conduite à terre.
Une aussière fut passée sur le rocher de l'Aiguille, mais tous les efforts pour ramener le torpilleur debout au vent et à la houle furent vains.

Vers 08 h 25, pendant que se faisait le troisième voyage d'embarcations, la TORNADE se coucha sur tribord ; les derniers hommes restant à bord, puis le Commandant se jetèrent à l'eau et quelques instants après le bâtiment chavira et coula par l'arrière.

Pendant que se déroulait cette évacuation, le TYPHON qui avait reçu liberté de manœuvre à 07 h15 avait continué à faire route vers Arzew à 26 noeuds : mais la route étant barrée par l'AURORA, les torpilles et la moitié des munitions étant dépensées, le Commandant décida à 07 h 19 de faire demi-tour et de rentrer à Oran.

Le TYPHON continua à combattre en retraite poursuivi par le tir du croiseur britannique ; de nombreux éclats crevèrent deux soutes à mazout au-dessus de la flottaison.
Dans le Nord-Ouest du sémaphore de l'Aiguille un obus de 152 traversa la cheminée avant, éclata à bâbord, tuant l'Officier torpilleur, le Maitre fourrier et un second maître.

Le feu cessa peu après de part et d'autre et à 07 h 55, le TYPHON s'amarrait au quai Millerand où il se mit aussitôt en devoir de compléter son approvisionnement en mazout et en eau, et d'embarquer 220 coups de 130 et trois torpilles.

Recherche par « L'Ajaccienne » et le « Cotentin » des rescapés de la « Tramontane » et de la « Tornade ».

L'AJACCIENNE (L.V. LAZENNEC) après avoir participé dans le port aux combats contre le WALNEY était sortie à 06 h 40 avec l'intention de patrouiller entre le port et Canastel, mais rappelée à 06 h 50 elle rentra à Oran à 07 h 00.

A 07 h 10 elle reçut du Commandant de la Marine à Oran, l'ordre de se rendre au sémaphore de l'Aiguille pour y prendre des blessés graves et les ramener à Oran.
Elle sortit des passes à 07 h 15 et mit le cap sur l'Aiguille.

A 07 h 45, à 2 milles dans le Nord - Nord-Est de la bouée de Canastel elle aperçut un destroyer par le travers bâbord et ouvrit le feu ; mais le but déjà pris à partie par la batterie de Canastel s'éloigna en faisant de la fumée et fut hors de portée dès le troisième coup.
Le patrouilleur stoppa sous le sémaphore de l'Aiguille et commença a 09 h 10 l'embarquement des 15 blessés graves de la TRAMONTANE.
Cet embarquement fut terminé à 10 h 05 et L'AJACCIENNE appareilla aussitôt pour aller rechercher les rescapés de la TORNADE sur le rocher de l'Aiguille.
Seuls les blessés graves furent embarqués et à 11 h 05 le patrouilleur fit route sur Oran ;
à 12 h 35, il s'amarra au quai Lamoune où il débarqua 24 blessés et 4 morts.

A 13 h 15, L'AJACCIENNE réappareilla.
Après avoir constaté qu'il n'y avait plus personne sur le rocher de l'Aiguille, elle vint mouiller à 16 h 10 sous le sémaphore.
En dix-huit voyages de doris, 120 rescapés furent embarqués entre 17 h 00 et 19 h 30.
Craignant qu'une rentrée à Oran de nuit ne soit cause de méprise, le patrouilleur resta au mouillage et n'appareilla que le 9 novembre à 05 h 30 pour rentrer à Oran à 07 h 30.

Le remorqueur COTENTIN envoyé dans l'après-midi du 8 novembre vers la TRAMONTANE pour tenter de remorquer l'épave à Oran, arriva près du torpilleur vers 15 h 00: mais ce remorquage se révéla impossible.
Le COTENTIN embarqua 80 rescapés de la TRAMONTANE et de la TORNADE, et appareilla pour Oran le 9 novembre vers 06 h 00.

Après cette bataille, il eut malheureusement encore et encore beaucoup de combats.

Il reviendra à Mers el kébir le 9 octobre 1956 jusqu'en avril 1960.
Pendant cette période, il a été directeur des ateliers et ingénieur en chef de 1ère classe...
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Témoignage Ramolet Adrienne

Message par bertrand robert fils le Sam 29 Nov 2008 - 22:45

témoignage Ramolet Adrienne :


Commençons par le 8 novembre 1942 : Aïn-Franin était isolé par manque d'électricité et de téléphone. Mes parents et moi n'étions donc pas au courant que les Anglo-Américains avaient débarqués sur nos côtes et au Maroc. Dans la matinée du 8 nous avons vu venant de la mer, assez bas et droit sur nous, un avion de chasse qui est allé se poser dans le champ face au bar. Madame STORTO, de nationalité américaine et actrice de cinéma aux U.S.A., a aussitôt accompagné mon père vers le pilote qui a déclaré être malade et s'être posé pour cette raison. Un officier français en retraite l'a emmené en petite voiture (voiture attelée d'un cheval " temps de guerre : essence rare) à Oran pour le remettre aux autorités.

C'est Madame STORTO qui nous a appris le débarquement américain. Nous avons passé trois jours angoissants, suivant des yeux les combats navals car les navires de guerre de MERS EL KEBIR voulaient prendre la haute mer, mais les Anglo-américains ne les laissaient pas passer. Ils tiraient en encadrant les bateaux ce qui faisait de grandes gerbes d'eau à l'avant et à l'arrière. Deux bateaux qui ont insisté à vouloir passer à la pointe de l'aiguille ont été touchés et un a coulé l'autre dû se réfugier à KRISTEL. Nous avons vu les marins passer à pied à Aïn-Franin pour regagner ORAN.


Pendant ce temps, il y avait des combats de l'autre côté de la Montagne des Lions, et beaucoup de soldats qui n'avaient plus de munitions passaient la montagne et s'arrêtaient se rafraîchir à Aïn-Franin avant de regagner leurs casernes à ORAN.
Quant aux civils, ils affluaient à Aïn-Franin, fuyant la ville par familles entières, par divers moyens de locomotions. Aïn-Franin a connu là un moment de désarroi, puis n'a plus retrouvé son calme jusqu'à presque la fin de la guerre car la station était envahie par les soldats, français et américains.
Dans le grand champ à droite, et derrière la montagne, il y avait des batteries de D.C.A. alliées, ce qui nous mettait sous les tirs, en particulier la nuit, quand l'ennemi venait bombarder ORAN., Certes les faisceaux lumineux dans le ciel et les balles traçantes offraient un spectacle ! mais combien dangereux… Autour du bassin, sous les grands arbres, il y a eu l'infirmerie du 68 ème d'artillerie qui était parqué à ASSI-BEN-OKBA.
C'est comme cela que j'ai connu celui qui a été mon mari.


à suivre ...


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Guillaume Marie Gabriel Douarinou

Message par bertrand robert fils le Sam 29 Nov 2008 - 22:49

A bord du Tornade, il y avait aussi Guillaume Marie Gabriel Douarinou maître-mécanicien :
Le maître-mécanicien Douarinou, embarqué sur le torpilleur au cours
de l'attaque de l'Afrique du Nord, en présence de forces adverses très
supérieures: un pour dix, a combattu jusqu'au sacrifice total, donnant à tous un
magnifique exemple de courage et d'abnégation. Il a disparu en mer dans les
eaux d'Oran le 8 novembre 1942.
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Mon Tueur

Message par bertrand robert fils le Dim 30 Nov 2008 - 0:48

Mais revenons à Saïgon en 1948, comme vous l'avez probablement remarqué sur l'image précédente mon père se promenait en chaussette. C'était son style!

Jean Savoye raconte :

Je situe l'événement tout début 1948.
Vous serez en mesure de le localiser lorsque je serai de retour à mon domicile pour mettre sur page ce que vous m'avez déjà demandé.
(Plan-schéma de la position de la Base Courbet et tout ce qui vous touche par rapport à l'arsenal de Saïgon).
L'Ingénieur Mécanicien Principal Bertrand revenait à l'atelier tous les soirs vers 18h00 les ouvriers et contres-maîtres Vietnamiens quittant à 19h00 avant d'embarquer dans nos GMC qui les ramenaient à leurs domiciles (Dakao, Gia-dhin, Cholon etc...).
Pour nous,les gens de service restaient en continu dans les divers ateliers et raccompagnaient le personnel vers les dits domiciles.
(C'était sympa et nous sortait un peu).
Les gens de quart prenaient la suite pour la garde des installations jusqu'au lendemain à la reprise du travail.
Ce soir là, dans les personnels prenant le quart, le Quartier-maître mécanicien Le Tallec (Fils de Gendarme Maritime, et je crois Louis de prénom), arrivait sous le hall séparant les ateliers moteurs de l'atelier machines-outils.
Le Q/M était armé de sa mitraillette, ceinture avec chargeurs, grenades, et aussi il faut le dire ce que l'on appellerait de nos jours un taux d'alcool conséquent.
Ayant peut-être "une dent" envers l'IMP et dans la bousculade des personnels il interpellait votre Père avec une grenade à la main.
Vous devinez le vocabulaire, les réponses de votre Père que vous connaissez mieux que nous étaient du genre :

- "Petit con tu vas rentrer "ton outillage", et on règlera nos comptes après".

Le Quartier-Maître fût donc rapidement désarmé, dans les quelques minutes suivantes, biens encadré une jeep le conduisait à l'arsenal de Saïgon à bord du LST 382.
(C'était un des bâtiment base de la Flottille Amphibie équipé de la prison).
Pendant quelques jours, l'incident était un sujet de discussion à mots couverts.
Le Q/M était bon pour se retrouver dans la Compagnie Disciplinaire du Corps Expéditionnaire à Tan-Huyen prés de Bien-Hoa.
Le troisième ou quatrième jour suivant, l'instruction de l'incident encore en cours, l'Ingénieur Mécanicien Principal se faisait conduire à bord du 382 et ramenait à l'Atelier Central le Q/M Le Tallec pour une remise au travail immédiate.
Qu'elles formalités a-t-il utilisé pour annuler un incident aussi grave ?
Lui seul le sait..
Au bout de quelques jours, le Quartier-Maître était retiré de son équipe de travail et affecté au Bureau Machines, (Bureau composé de trois ou quatre marins réglant les questions de planification Ordres de travail, tours de garde etc...), ce local était dans l'atelier Machines-Outils en face du Bureau et Secrétariat de votre Père.
Dans les temps qui suivirent, à l'occasion de visites d'autorités quelque fois très élevées, (dont le Commandant PONCHARDIER) votre Père ne manquait pas de terminer les visites par un passage au Bureau Machines en présentant Le Tallec :

- "Et voilà mon tueur."

Lorsque j'écrivais sur mon Carnet de Bord que c'était une figure légendaire de la Flottille Amphibie Indochine Sud, avais-je raison ?











A suivre...


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La base Courbet

Message par bertrand robert fils le Dim 30 Nov 2008 - 1:26

Jean Savoye raconte :

A la première marée basse, toute la section était dans la vase pour examiner notre coque, à part de bons morceaux de bois manquants et notre pale faussée sur un tiers de son voile, on ne remarquait rien d’anormal.
Nous avons déposé l’hélice à l’aide de notre fameuse masse et sur le semblant d’enclume de Marine Mytho, nous lui avons donné meilleure allure.
En fin de serrage de l’hélice, la marée remontait nous constations un jeu anormal au gouvernail mais crosse et quille envasées, nous ne pouvions rien contrôler.
En pleines eaux, nous recommencions les essais, au-dessus de 500 t/mn les vibrations étaient anormales.
Le Lieut décidait de rentrer sur Saïgon avec le remorqueur de la Marine Nationale «Baobab».
A la montée sur le slip de l’atelier à Courbet, les interpellations des coolies vietnamiens ne nous rassuraient pas.
La quille de notre 133 était cassée au ras de la crosse.

Spoiler:
LA RÉPARATION.

La crosse de quille était fendue au niveau de la sortie de la ligne d’arbre.
Cette partie était soutenue par la douille caoutchoutée de l’arbre porte hélice, la semelle de quille, le tout, maintenu directionnellement par la mèche du gouvernail.
Ce matin là, notre quille était le spectacle d’une partie de l’atelier, beaucoup de visiteurs.
Lorsque l’Ingénieur Mécanicien Principal Bertrand s’était approché du chariot slip le nombre de spectateurs s’était amenuisé.
Le second maître charpentier Odet et le contremaître vietnamien avaient défini la méthode de remise en état.
Avec notre Lieut nous étions tous dans «nos petits souliers».
Après explications et durée prévisible de l’immobilisation, l’I.M.P avait poussé son chapeau de paille sur le haut du front et le monologue avait commencé :

«Je suis sur que vous l’avez fait exprès, je voudrais me déguiser en quartier-maître chef pour voir les conneries etc...».
On était tous en culottes courtes sous le préau de l’école, après avoir cassé une vitre en jouant au «foot» avec l’instituteur, le Bosco avait murmuré :

«Pépère n’est pas prétentieux, un galon de laine rouge en lézarde sur les manches ne lui suffit pas, il lui en faut trois pour aller aux bambous».

Dix ans plus tard, l’I.M.P sera Directeur de l’Atelier Militaire de la Flotte à Mers-El-Kébir avec le grade d’Ingénieur Mécanicien en chef de 1ère classe, il n’aura pas changé.
Dans toutes les affectations qu’il aura eues dans la Marine, il devait toujours avoir la tête d’affiche.
En quelques jours, les «bouts de bois» de l’atelier nous avaient réparé la quille et restauré le dessous de la ligne de flottaison, crosse et éclats de bois compris.
Avant la descente du slip, l’I.M.P s’était approché pour superviser le travail et la remise à flot.
Après la poignée de mains à notre Lieut, il nous avait tourné le dos.
Les essais étaient concluants, pendant une heure nous avions tenu nos 1800 t/mn de vitesse de croisière.
Loin des regards de la base, nous avions poussé jusqu’à 2100 tours/mn notre régime pour se sortir des mauvaises situations ou en déséchouage.
Aucune vibration, nous avions tous le sourire.
La 13ème section de LCVP était disponible.
Sur cette caisse, le métal venait de Pennsylvanie, le moteur du Michigan, le tout assemblé dans un chantier de Louisiane.
Sur la coque en bois de l’Oregon, on nous avait greffé du bois de Djiring (forêts des contres forts d’Annam).
Le service du personnel de la F.A.I.S. à PHUMY comme pour le matériaux avait mixé l’ex-étudiant du Sud-Ouest au postier Parisien, l’apprenti garagiste Bourguignon à l’inscrit maritime Breton, un ch’timi au Lorrain, un Normand, à un fils de fonctionnaire élevé au Gabon ou en Côte d’Ivoire.
Il y avait aussi l’ancien déporté Blayais et même un Ardéchois.
En supplément à l’armement, un garçon de Ghia-Dinh et un singe du marché de Saïgon.
Nous étions à nouveau aux appontements du GBR4 en alerte.

LA BASE COURBET.

Après six jours, nous n’étions plus qu’une dizaine. A la tournée du soir, notre «cow-boy» nous embarqua. Retraversée de Saïgon, avenue Norodom, la cathédrale, le jardin botanique et l’agglomération de Phu-My.
Sortie de Phu-My plus deux ponts provisoires sur un arroyo et nous entrions dans la base Courbet.
Notre cow-boy était le capitaine d’armes (le Bidel : le Capitaine d’Armes, représentant le Commandant en Second dans toutes les unités de la Marine Nationale) de la base.
Réaménagement dans un hangar en plein couvre feu, il y avait une cinquantaine de lits picots avec moustiquaires.

«Vous êtes affectés à l’Atelier central de la F.A.I.S, vous serez présentés demain à l’Ingénieur mécanicien Bertrand, ce sera votre patron. Terminé».

Le lendemain, notre affectation fut confirmée par l’Ingénieur mécanicien Principal Bertrand (une figure de la F.A.I.S à cette époque-là).
Après les présentations on nous envoya de l’autre côté de Phu-My sur la route de Saïgon près de l’arroyo Avalanche (Je me suis souvent posé la question pour savoir quel ingénieur hydrographe avait baptisé ce ruisseau.
Nous étions donc au C.A.B.E.O (Centre administratif de la Brigade Extrême Orient), mais en fait, ici, il n’y avait plus que l’habillement, le reste de l’administration avait été transféré au sud et la base nouvelle s’appelait «Avalanche.»
Nous avons touché nos tenues kaki, pantalons, shorts, chemises, insignes Marine du bras gauche avec la patte «Fusiliers-Marins».
Nous gardions notre bonnet bleu de drap avec pompon rouge et jugulaire blanche.
Le ruban à cette époque était «Marine Indochine» nous avions une couverture, une moustiquaire, un poncho et le casque américain lourd et léger.
La coutume voulait que l’on cabosse le casque lourd sur le haut pour qu’il soit plus stable pendant les ablutions.
Les vêtements bleus et blancs étaient remis dans le sac avec sa poignée amovible. La dernière dotation était une musette havresac anglais puis retour à Courbet pour remise des sacs marine.
Cette remise s’effectuait dans les alvéoles d’un magasin derrière l’armurerie principale.
A notre question de savoir quand pourrions nous reprendre nos sacs, la réponse était :

«Dans vingt quatre mois, vous récupérerez votre bien.
Si toutefois il fallait le sortir avant cette date, c’est quelqu’un d’autre qui l’effectuerait à votre place avant l’expédition à vos familles».

Même les seconds maîtres fourriers étaient cyniques.

A l’atelier, j’étais affecté à l’équipe de bord. Notre rôle consistait à déposer les moteurs des LCVP et LCM, de les remonter à leur retour de l’Atelier.
On reprenait les réglages jeux de soupapes, accouplement à la ligne d’arbre, essais point fixe pour réglage vitesse et «pompages régulateurs» puis navigation d’une heure sur la rivière avant remise à l’équipage et aux mécaniciens du LCM ou de la section de LCVP.
Nous avions aussi la charge de déposer les hélices et lignes d’arbres, cette dernière était effectuée sur un «slip» dont l’exploitation était tributaire des marées.
Quoique à quatre vingt kilomètres de la mer, le marnage pouvait atteindre souvent les deux mètres cinquante.
Pendant quelques semaines, nous avions la sieste de treize heures à quinze heures trente.
Dans un premier temps on déménageait de notre hangar pour un bungalow sur pilotis entre un
manguier et un papayer le but n’était pas une amélioration de l’habitat mais le bungalow était la bâtisse la plus proche des Ateliers.
Le deuxième temps arriva pour le 1er décembre 1947 fête de la Saint Eloi et des mécaniciens.
On se cotisa pour faire cadeau d’un superbe chapeau de paille jaune (Panama) à l’ingénieur Bertrand.
Il paya un sérieux casse-croûte à l’Atelier Bois et décréta que la sieste inutile était supprimée le jour même, il posa la casquette à quatre galons et se coiffa du panama.
Même pas les autorités d’un grade, ou d’une fonction plus élevée, que lui n’eurent la primeur de voir ses galons ou son crâne à la chevelure grisonnante et très courte.
Il dut certainement garder cette coiffure jusqu’aux accords d’Evian en 1954.
Il venait nous réveiller à toutes heures de la nuit lorsqu’il y avait urgences, il était très dur pour lui et les autres.
Plusieurs officiers mariniers mécaniciens électriciens, charpentiers ou autres arrêtèrent leur carrière ici sur les bords du Donnaï.
Son expression favorite dans les moments de «surchauffe», adressée à tout ce qui était sur le chantier, ouvriers, matelots, officiers mariniers, Enseignes de Vaisseau ou l’Ingénieur mécanicien de 2e classe son adjoint était :

«Je vous enverrai à Calvi, ici pour manger, c’est comme dans une usine de casseroles, il faut produire».

C’était quand même une usine, tout était remis en état, les diesels GMC des LCVP-LCM-LCI-LCT, les moteurs Ford V8 des LCA, les moteurs Bolinder’s des Chalands Greissier, les coques en fer ou en bois, les équipements électriques, les batteries.
Cette base était à cheval sur les installations du service des phares et balises, un bâtiment où l’on travaillait (les Services de l’équipement) sur l’hydrologie en Cochinchine et un petit chantier de réparation navale Orsini.
La marine avait tout loué ou réquisitionné, installations et personnel vietnamien avec encadrement.
Ils étaient travailleurs, adroits et tous avec cette gentillesse et diplomatie asiatique.
De temps à autre, la Sûreté vietnamienne arrivait, tous les ouvriers étaient rassemblés, les policiers passaient entre les rangs avec «en laisse» un gars, la tête recouverte d’une cagoule en toile de jute, il désignait un ou quelque fois quelques-uns aussitôt embarqués je ne sais où.
Quelquefois les ouvriers désignés reprenaient le travail avec nous.
Pour nous, après quatre années d’occupation nous avions déjà connu çà.
















A suivre...
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Son Panama

Message par bertrand robert fils le Dim 30 Nov 2008 - 1:50

Citation de Jean Savoye :

Il posa la casquette à quatre galons et se coiffa du panama.
Même pas les autorités d’un grade, ou d’une fonction plus élevée, que lui n’eurent la primeur de voir ses galons ou son crâne à la chevelure grisonnante et très courte.
Il a certainement garder cette coiffure jusqu’aux accords d’Evian en 1954.



Ici, il a encore sa casquette...







A suivre...
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Les vedettes Japonaises

Message par bertrand robert fils le Dim 30 Nov 2008 - 7:55

Jean Savoye raconte : ( pour "IL, "ARTHUS", "LUI", "votre père" faut lire Bertrand Aimé IMP 1er classe).

Alors que j'étais quartier-maître mécanicien sous les ordres de votre Père.
Nous sommes fin 1947, beaucoup de travail dans cet atelier, peu de moments de répit en journée et même quelque fois la nuit.
Environ 04 h 00 du matin, "remue ménage" dans le bungalow, lueurs de lampes à travers les moustiquaires, nous voilà une dizaine à moitié habillé devant le Commandant.

-"Allez prendre vos caisses à outils et embarquement".

Nous quittons l'appontement à bord d'un LCVP, un second engin est derrière nous avec un ponton équipé d'une moto-pompe incendie, de manches, de jerricans d'essence, postes de soudure et leurs bouteilles.
ARTHUS, (je m'excuse sincèrement, mais avant de vous connaître comme mes collègues nous ne connaissions que la première lettre de son prénom), dirige la manœuvre avec son adjoint Vietnamien et une équipe de 5 ou 6 coolies.
Après avoir remonté vers l'amont de la rivière de Saïgon nous étions entrés dans un rach très étroit.
La marée étant basse nous avions approché au plus prés ces deux épaves dans la nuit noire, c'était deux vedettes japonaises qui avaient dût être mitraillées par l'aviation américaine en mars ou avril 1945.
"IL" avait bien monté son coup; avant la remontée des eaux les tâches étaient assignées, vannes de coque, tapes pleines prêtes à être montées, soudeurs à l'action sur les déchirures prés des lignes de flottaison.
Au petit jour les vedettes vacillaient à la remontée de la marée.
Votre Père a alors organisé un ballet de danses sauvages, tout le monde sautait, "LUI" étant chef de ballet.
Après avoir décollé de la vase, nous sortions du rach, à midi nous étions aux appontements de l'atelier avec nos deux vedettes.
"IL" nous fît manger à l'atelier de charpentage ou sous ses ordres, (je pense que ses deniers aussi), il y eut un banquet.
Nous n'avions pas eu droit à la sieste.
Ces vedettes furent remise en état à la Base, puis furent cédés au Commandant du port de Saïgon du nom de GUILLEMIN, (je n'en suis pas trop sûr).
Ce monsieur avait une épouse ou associée d'origine Chinoise nous devions souvent la voir accompagnée de son staff pendant les travaux.
Nous avions eu en plus du bon repas :
- "Merci les gars !"
C'était très rare, nous savions qu'il avait été élogieux.









A suivre...
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Marc Taland
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
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Re: Carnets de Bord d'outre tombe

Message par Marc Taland le Dim 30 Nov 2008 - 9:00

Bonjour,

Trés bel hommage.

Amicalement.
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CAMM et TIGRE

Message par bertrand robert fils le Dim 30 Nov 2008 - 18:46

Je reviens un instant sur deux mentions sur le folio 106 :
le premier étant le CAMM et le TIGRE dans le folio 106 du service des archives de la marine les dates du CAMM : 1/2/44 au 13/3/47, et le TIGRE :1/10/43 au 1/2/44.

Évidemment j'ai écrit pour avoir des infos, et j'ai eu une réponse générique :

Malgré tout cela j'ai fait les 1200 km aller-retour qui me séparent de la maison de famille pour en avoir le coeur net.
En fouillant dans le grenier dans un carton poussiéreux, j'ai trouvé un vieux bulletin individuel de note et j'ai eu mes réponses.

Il y a eu une erreur de transcription au départ : CAMT était devenu CAMM par quel mystère, nul ne le sait.
Il était chef du Centre Auto de la Marine de Tunisie.
Pour le TIGRE j'avais aussi la clé : octobre 43 à février 44, donc il était immobilisé.

Ainsi, mon père en Tunisie a subi l'invasion allemande, et il eût le sort des Français sous l'occupation à terre.
C'est là que tout va changer pour lui. Tout rentre dans l'ordre en quelque sorte, il peut à nouveau se battre contre l'ennemi commun à tous.
Il attend le moment opportun pour réduire au silence les nids de mitrailleuses lors d'une opération commando de nuit au poignard.

A la question :
"Regrettes-tu d'avoir tué quelqu'un durant ces conflits" lui ai-je demandé longtemps après ?

"Fiston ! Il a le verbe et agir, tu vois la nuance, et tu dois faire la différence.
Il m'est arrivé quelque chose d'étonnant en Tunisie, une nuit je devais absolument neutraliser des mitrailleuses allemandes pour favoriser l'avancée imminente des alliés.
J'avais préparé cela des mois avant.
On devait le faire au couteau en silence.
Je les ai tués proprement sans regret, puis tout à coup le dernier s'est retourné la gorge ouverte, j'ai eu un choc, c'était mon sosie parfait.
Je me suis retrouvé devant un miroir.
Un peu comme si je me tuais moi même."


C’en était fini de se battre contre les Anglais sous ordres.
C'est vrai qu'au regard de son livret individuel page 20, on comprend mieux ce qu'il disait parfois et qui m'a influencé jusqu'à maintenant :

"Il faut toujours être son propre patron, donner les ordres et aussi être son chef !".

Oui, sur cette page on voit qu'à partir du Tornade, il est chef au service machine.
Pendant tout le reste de sa carrière et même après dans le civil il restera "le patron".







A suivre...


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Le caveau post mortem

Message par bertrand robert fils le Dim 30 Nov 2008 - 20:14

J'ai fait cette photo il y a deux jours.
Il y a un palmier ici à Castelnau-le-Lez, à Mers-el-Kébir derrière la maison il y avait un palmier.
Il y a toujours eu des palmiers près de nous.

Dans un cimetière tout semble calme, mais si on observe l'image en bas à gauche on aperçoit le nom de mon père ainsi qu'une date en dessous, et puis sur le côté gauche une palme et à droite deux petits impacts superposés près de la poignée.
Il y avait à cet endroit une ancre dans le style de la palme.
Ces deux éléments décoratifs ont été offerts par les anciens combattants à ma mère qui les a faits placé comme pour dire qu'à cette place repose un des fils de la France.
Quelques jours après il eut le passage des vandales et l'ancre a disparu.



A suivre...


Dernière édition par Momo le Mar 2 Déc 2008 - 13:50, édité 1 fois (Raison : Format photo 640 px.)
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Les Lettres de Saïgon

Message par bertrand robert fils le Lun 1 Déc 2008 - 0:17

Un long trajet en avion bimoteur nous a ramené à Marseille via Colombo et Beyrouth, puis de là un autre vol en Tunisie.
Mon père avait gardé une lettre de ses PIM dans ses bagages, et il en reçu une autre au mois de mai 1952.





A suivre...


Dernière édition par Momo le Dim 11 Jan 2009 - 15:32, édité 1 fois (Raison : Format photo 640 px.)
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MICHAUX
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Re: Carnets de Bord d'outre tombe

Message par MICHAUX le Lun 1 Déc 2008 - 11:32

Encore merci pour ces témoignages.
Lecture du post très captivante. :study:


Dernière édition par MICHAUX le Mer 3 Déc 2008 - 11:23, édité 1 fois




"Parmi les rochers sans nombre qui couronnent les Vosges et parsèment leurs flancs, il y a, comme en Bretagne, des pierres qui parlent".
[Édouard Schuré]
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bertrand robert fils
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13 ans de Passion Amoureuse

Message par bertrand robert fils le Mar 2 Déc 2008 - 11:54

Il serait injuste de ne pas vous parler de Rosa Marguerite Laplace, née le 23 octobre 1902 à Darnieulles dans les Vosges, et mariée à Caderousse dans le Vaucluse, le 26 septembre 1934 a mon père, puis décédée au même endroit le 30 juin 1974.

Sur ce gros plan mon père a les bras croisés et les jambes également, il regarde à gauche.
Rosa a une main sur sa cuisse gauche et l'autre semble dans poche droite.
Ses jambes sont repliées sur la chaise de jardin et regarde dans la même direction.
Elle a trois ans de plus que lui et on dit souvent que les femmes ont de l'avance sur nous.
Au rayon du bonheur, elle devait en savoir et plus que des galons elle devait avoir quelques étoiles dans le ciel de lit.

Ils avaient l'air complice ces deux-là, que regardaient-ils ?


Tout ce que je sais c'est que officiellement ils sont restés dix huit ans ensemble, en fait si on compte bien, quand mon père est allé en Indochine en 1947 elle était dans le Vaucluse, et ils ont divorcé en mai 1952.
Ils sont restés en couple réellement 13 ans ce qui ne change rien à l'affaire, car cela compte dans une vie et encore a supposer qu'ils se soient mariés dès qu'ils se sont rencontrés dans le coup de foudre.
Ils n'avaient pas d'enfant, ils faisaient la fête, une vie de passion probablement.
Pourtant la seule trace que j'ai d'eux ce sont deux photos, et comme pas hasard elles parlent.

Sur la première ils sont ensemble.



Sur la deuxième il n'y a plus que mon père, symbolique, comme le temps passé en couple 13 ans.



A suivre...


Dernière édition par bertrand robert fils le Mer 3 Déc 2008 - 7:40, édité 4 fois

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