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Carnets de Bord d'outre tombe

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Tinto
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Re: Carnets de Bord d'outre tombe

Message par Tinto le Mar 2 Déc 2008 - 22:10

Bonsoir Robert,
Très passionnantes à lire ces pages sur ton père, et belles photos d'époque.
Tu parles du village de Caderousse (Vaucluse), c'est juste à côté de chez moi...
Coïncidence de la vie, il me semble que nous avons les mêmes origines métissées par nos parents et nous avons le même âge...
:study: :scratch:
Amicalement.




   
André RODRIGUEZ, Chouf toujours (1967-73).
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bertrand robert fils
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Le choix des armes

Message par bertrand robert fils le Mer 3 Déc 2008 - 19:56

On occupait le premier d'un immeuble à deux étages. Le California au bout de l'avenue ST Eugène à Oran. C'était une construction des années soixante qui venait d'être terminée.
Mon père venait juste de quitter la marine. Il travaillait maintenant comme Directeur dans le privé. Ce logement était un appartement de fonction. De l'autre coté de la rue on voyait une entreprise de bouchon de liège. Au coté opposé de notre pavé de maisons se trouvait une entreprise désaffectée entourée d'un grnad terrain où j'allais quelques fois jouer à mes risques et périls. Une voie de chemin de fer bordée cette usine et au delà se trouvait la cité Jean de La Fontaine. Le tout se situait au bord d'une falaise. Un passage discret sous les barbelés si j'ose dire que j'empruntais en cachette pour descendre à la mer de temps à autre. En bas il y avait un réduit de tôle ondulée à l'intérieur dans des boites en métal du carbide ou carbure sec de calcium. Mais cela est une autre histoire. Je suis là pour parler de mon père ou d'histoire le concernant directement.
C'était un dimanche et mes parents étaient invités, je n'avais pas envie de les accompagner. Crise de croissance peut-être ? Je musardais dans l'appartement, lecture et jeu de cartes, je faisais des réussites
et des dés.
Après un tour au ravitaillement dans la cuisine. Comme tous les gamins de mon âge aventureux, je m'ennuyais un peu. Aussi je décidais de pousser plus avant mes investigations, car il me semblait avoir fait cent fois le tour des lieux.
J'eus la surprise de constater que la chambre de mes parents n'était pas fermée à clef.
A l'intérieur pas de grand changement. Le même mobilier que j'avais pu voir lorsqu'on habitait dans la grande villa de Mers el Kébir. Un grand lit recouvert du même édredon à fleurs, deux tables de nuit et une grande armoire à trois portes qui allait avec l'ensemble. Sur le côté après la fenêtre une coiffeuse et devant son tabouret. Divers objets de décoration ça et là.
Sur l'armoire un immense fusil mitrailleur posait sur son trépied avec son chargeur au-dessus et l'entonnoir sur le canon. Hà! la belle surprise! je l'avais déjà entre-aperçu quelques années auparavant. Je passais un long moment à l'observer. Je me mis même debout sur le lit pour mieux le voir. Comment s'approcher de l'engin, j'étais trop petit, avec une chaise. Non! il était beaucoup trop haut. Je n'avais plus qu'à rêver. Puis en fouillant à l'intérieur les tables de chevet. Quel fut mon étonnement, il y avait là deux objets de désir tout à fait accessible. Un pistolet luger 42 mauser et un revolver Enfield mkI chargés. Je restais là un bon moment visant le plafond couché sur leur lit en rêvassant. Lorsque j'ai eu une idée, attendre leur retour et leur faire une bonne blague.
Je guettais tous les bruits venant des escaliers, j'attendais patiemment et j'entendis la clé dans la serrure de la porte d'entrée.
Là, j'étais au poste bien en face les bras tendus un flingue dans chaque main. Quand la porte s'ouvrit, ma mère était au première loge et mon père juste derrière.
Ce qui se passe ensuite est très rapide, ma mère disparaît dans le couloir emporté d'un seul geste par mon père, en un pas il est sur moi puis comme par magie, je n'avais plus rien dans les mains.
Après l'engueulade carabinée de ma mère, silence radio. Mon père lui ne m'a jamais rien dit.

J'ai appris des années après que le soir même il s'était débarrassé de tout son attirail militaire.
Ma mère m'a dit que c'était des souvenirs de guerre. Nostalgie oblige.

Cela se passait à l'époque où tous les soirs on entendait taper sur des casseroles et autres ustensiles de cuisine. Les émissions de l'ORTF était piratée par le chant des partisans.

à suivre... la caverne d'Ali baba à Bizerte en 1955.
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bertrand robert fils
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La caverne d'Ali Baba Bizerte 1955

Message par bertrand robert fils le Jeu 4 Déc 2008 - 15:52







1955 après La villa "les genêts" à Ferryville. Mous habitions maintenant la villa "Lafond", une très grande propriété avec une maison de maître près de Bizerte. Une ferme était située à côté. Celle de monsieur Jean. Nous étions isolés à quelques kilomètres de la ville en pleine campagne. Notre maison avait 2 étages avec une terrasse au-dessus. À l'arrière un très grand terre-plein bétonné qui ressemblait à une immense piste d'atterrissage d'hélico avec à côté une maison de gardien où habitait l'ordonnance de mon père et son épouse Madame Solange.
Il y avait aussi un grand poulailler. Dans le parc sur le devant,il y avait de grands arbres magnifiques et ça et là des petites montées et grottes en rocailles avec des passerelles dont les montants étaient en ciment façon bois. Dans les coins les plus sombres il y avait des aromes qui faisaient de taches blanches éclatantes.
Le parc possédait trois entrées une devant, une à l'arrière et une sur le coté la seule non condamnée.
Une grande partie de cette zone délimitée nous était interdit car inaccessible, complètement sauvage et impraticable ce qui ne m'empêchait pas d'y aller. Mes journées étaient bien remplies et j'attendais avec impatience les congés pour me lancer dans de vastes opérations d'exploration.

Mon père n'était pas souvent là. Commandant AMF quai Ponty à Bizerte lui prenait beaucoup de temps. Il partait très tôt et revenait fort tard.

Un ouvrier agricole tunisien de la ferme venait de temps en temps ratisser le pourtour immédiat de la villa.
Une fois j'avais couru le chercher pour qu'il déloge un nid de vipères dans le poulailler que j'avais vu en allant chercher des œufs frais avec mon panier.

Ma petite sœur Élisabeth et moi nous allions souvent à la ferme voir les animaux et nous promener dans les jardins et vergers alentour et c'est comme cela que nous avions vu un matin une vache en train mettre bat et passé notre étonnement nous avions été prévenir M. Jean et ses ouvriers et l'un deux m'avait envoyé chez ma mère ramener une bouteille de rouge qu'il avait fait cuire pour l'animal.

Nous occupions que le rendez de chaussé et le premier étage seulement. C'était très spacieux. J'aidais ma mère à la chasse au rat et la ratière livrait son lot quotidien de rongeurs. Nous dormions sous des moustiquaires. Pour moi c'était le paradis.

Un jour avec ma grande sœur Martine nous avions suivi une grosse araignée qui se trouvait sur le mur de l'escalier donnant sur la terrasse.
Bien qu'interdit cet endroit, nous y allions souvent, car au deuxième étage qui servait de remise nous avions trouvé plein de beaux livres abondamment illustrés. En fait, toutes les pièces de cet étage étaient remplies de mobilier en vrac. Donc l'aranéide au lieu d'aller vers la porte de la terrasse s'en alla sur la droite vers une plus petite porte et disparu dans le bâillement de celle-ci.

Lorsque nous avons pénétré à l'intérieur du grenier qui faisait un grand L. il y avait des armes partout, une véritable caverne d'Ali Baba.

Des caisses de grenades, des sabres et baïonnettes, des fusils et pistolets, des mitrailleuses, des roquettes, obus et mortiers, des casques et des munitions, des papiers et plans...

Quel trésor, je fis immédiatement jurer à Martine le silence absolu sur cette découverte.

Je me promenais souvent avec dans mes poches quelques balles. Un jour le jardinier ramassait des feuilles mortes et mes sœurs à proximités se balançaient de droite à gauche sur un tonneau renversé à califourchon.

À quelques pas de là un feu consumait les résidus végétaux. Toujours espiègle je jetais le contenu de mes poches dans la fournaise. Le résultat ne se fit pas attendre. Des explosions suivies d'impacts brefs. Je pris la poudre d'escampette.

J'appris peu après que j'avais fait des trous sur le tonneau où se trouvaient mes sœurs. Que le jardinier avait eu la peur de sa vie, qu'il était parti sur le moment avec son râteau à ma recherche et que ma mère avait eu beaucoup de mal à le calmer. Beaucoup de bruit et heureusement pas de blessés ou pire.

Ce qui devait arrivé, arriva. Ma grande sœur a parlé. Trois camions militaires pleins à craquer commandés par mon père, sont repartis avec mon trésor.

Je ne me suis pas fait gronder car tous étaient sur le coup de l'étonnement de la découverte. Avoir cohabité avec quelques tonnes de munitions sur la tête pendant des mois et de savoir que j'allais jouer au milieu des grenades quand je disparaissais. En fait c'était un dépôt de l'armée allemande.

Pourtant, chut... je n'avais pas dit mon dernier mot, car au deuxième étage dans les meubles sous des piles de linges il y avait encore des pistolets et de petites boites en carton avec de belles balles argentées. Je n’en ai parlé à personne, c'était mon secret, je les ai caché un peu partout, j'avais quatre ans.

Spoiler:



Mon père Aimé avec Babette ( Elisabeth )





Moi, à l'entrée de la maison





Ma mère Tam, Babette et moi




Babette derrière, Martine et moi.




Ma cousine Pâquerette (docteur en mathématique) en vacançes chez nous




Sans commentaires...





à suivre...


Dernière édition par SEGALEN Georges le Ven 9 Jan 2009 - 20:36, édité 2 fois (Raison : Fonction spoiler mise en place)
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BONNERUE Daniel
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
SECOND MAITRE 1ère CLASSE

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Re: Carnets de Bord d'outre tombe

Message par BONNERUE Daniel le Jeu 4 Déc 2008 - 16:34

Toute la vie d'un père racontée par son fils. J'ai lu avec attention.

J'ai connu l'IMC2 BERTRAND en 1958-59 en Algérie. Il dirigeait les ateliers militaires de la Flotte (AMF) à l'Unité Marine Oran. Nous étions en relation avec lui lorsque nous entreprenions des améliorations (croc de remorque notamment) sur le remorqueur "tout neuf" qui nous avait été affecté en 1958. C'était un grand bonhomme, avec un caractère particulier, mais j'en garde un bon souvenir. Je l'ai perdu de vue lorsque Mers-el-Kébir est devenu un port permanent et qu'une Direction du Port y a été créée à laquelle nous avons été rattachés. Je ne me souviens pas s'il est venu prendre le commandement des AMF à MeK, car à partir de cette époque, nous avions directement affaire avec l'arsenal.




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jean-claude BAUD
MAÎTRE PRINCIPAL
MAÎTRE PRINCIPAL

Age : 76
Détecteur NON

Re: Carnets de Bord d'outre tombe

Message par jean-claude BAUD le Jeu 4 Déc 2008 - 22:03

Lecture passionnante.. :cheers:




"Puisqu'on ne peut changer la direction du vent, il faut apprendre à orienter les voiles".
[James Dean]
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bertrand robert fils
INVITÉ
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Age : 66
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Point break

Message par bertrand robert fils le Ven 5 Déc 2008 - 6:44

Jean SAVOYE raconte :

Bien reçu votre couriel du 30 et grand merci pour vos photos que je découvre.
Mais où je ne reconnais que le Commandant votre père avec le chapeau de paille qu'il portait depuis le 1er décembre 1947.
Comme je le connaissais, je m'étais mis en tête qu'il aurait put le porter jusqu'aux accords de Genève en 1954.
Vous pouvez constater qu'il ne s'embêtait pas de côtoyer d'autres autorités même d'un grade supérieur avec son Panama.

J'ai par contre reconnu les vues des appontements et ateliers de la base Courbet à Phu My.
Bien sûr l'attitude du Commandant BERTRAND mains renversées sur les hanches, et là il ne fallait pas essayer de discuter.
Je dois vous dire qu'il s'était absenté à peu prés une semaine et cela se remarquait.
Très peu de gens devaient être au courant de cette éclipse.
Et un certain après-midi, l'IMP était de l'autre côté de la rivière accompagné de votre Mère et d'un bagage mince.
Il fallut bien sûr aller le récupérer.
On s'était dit qu'il revenait du Cap St Jacques et qu'il s'était fait débarqué sur l'autre berge pour faire quelques pas ?

Ou avait-il remarqué quelque chose d'inhabituel ?
De louche à cet endroit ?
Ou la faiblesse géographie du lieu ?


Ce point était le fameux point A, là où les bâtiments de gros tonnage rentraient dans la berge pour s'éviter et faire le demi tour pour s'accoster en aval au quai des Messageries Maritimes pour les navires de commerce.
Aux appontements de l'arsenal et Francis Garnier pour les unités de la Marine Nationale.
A cette époque ce point n'était pas sécurisé puisque quelques semaines après nous avions eu un tué et plusieurs blessés, çà c'était l'IMP BERTRAND !
Comme promis, dès que je rentre à mon domicile je vous fais parvenir des plans et schémas de situation de ce qui vous touche par rapport au site de l'Arsenal.

De dos avec le pied marin, et autre galure.





A suivre...


Dernière édition par bertrand robert fils le Ven 5 Déc 2008 - 23:39, édité 1 fois
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ROZO
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
SECOND MAITRE 1ère CLASSE

Age : 87
Électricien NON

La base de la F A I S à PHU MY, en 1949

Message par ROZO le Ven 5 Déc 2008 - 17:37

@bertrand robert fils a écrit:Une dernière anecdote que j'avais oublié de mettre plus haut avant de rentrer dans l'Histoire.

Aimé a découvert dans les souterrains du château de Turenne de vieux fusils allemands datant de 70, des baïonnettes, de la poudre de la dernière guerre, des balles enfin tout un arsenal qu'il cache dans un profond placard de sa chambre, dans le grenier derrière de vieux meubles et dans l'alcôve de notre chambre avec défense d'en parler à maman. Quand celle-ci va en courses, il fait sauter des macaronis de poudre sur la cuisinière en nous criants : Arrière ! La détonation nous surprend toujours et nous bondissons de peur. Puis au grenier il tire sur de vieux matelas derrière lesquels nous sommes cachés, C'est un miracle que l'un de nous n'est pas tué. Quand maman rentre, tout se tait, Un jour la police avise maman que des détonations suivies de nuages de fumée sortent des fenêtres du grenier. Maman répond qu'il y a erreur, qu'elle a des enfants bien tranquilles, etc. Jamais elle ne le saura.

à suivre ....
de Jean ROZO à Mr BERTRAND, Robert
Ayant armé un LCIL, à Bizerte en 1949 , nous avons en fin 1949, pris la mer pour rejoindre Säigon et accoster à Phu My début décembre.Le lendemain de notre arrivée, un grand gaillard à quatre galons, coiffé d'un chapeau de brousse, monte à bord et demande le commandant car il veut visiter le bateau.Aprés sa visite nous apprenons qu'il est l'ingénieur de la base et dont les ateliers de mecanique et d'électricité sont chargés de l'entretien de tous les navires de la Flotille.
Donc en lisant votre belle et longue histoire, je déduis que cet ingénieur était votre père.
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Re: Carnets de Bord d'outre tombe

Message par CLAUDEL JEAN-PIERRE le Ven 5 Déc 2008 - 20:02

Passionnant,je continue à suivre! lol!



L'amitié est comme les algues : quand on s'en approche, elles s'éloignent, et quand on s'en éloignent, elles se rapprochent
N'y fihavanana tahaka ny volon-kotona : hatonina, mahalitra ; halavirina, manatona !



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L'oeil était dans la tombe et regardait Caïn...

Message par bertrand robert fils le Sam 6 Déc 2008 - 9:11

L'avant-dernier post de Rozo a fait surgir une réflexion de mon père de ma mémoire qui définit peut être tout le personnage.
C'était une fin d'après-midi de 1980, il venait juste d'abandonner ses fameux cahiers chiffrés. Ces cahiers de brouillon pas chers aux pages un peu jaunies qui de la première en haut à gauche à la dernière en bas
à droite et parfois même sur la troisième de couverture, couraient des chiffres. De longs assemblages de chiffre terminaient par une virgule. Ces groupes se suivaient sans espaces. Je vous parlerais un jour de 2009 de ses feuilles chiffrées.
Après sa ballade matinale,
c'était sa promenade neuronale.

J'en été au post de Rozo c'est à dire exactement dans ce mélange alchimique de l'encadré,
une citation de sa soeur Andrée pendant la période où il était à Floing
et la visite ou il embarque d'un coup pour visiter le bateau qui vient d'accoster à Phu My

qui fait renaître un souvenir.

Donc, en se tournant vers moi plongeait dans son journal, il me dit connais-tu la différence exacte entre un fou et une personne qui a toute sa raison?

Après quelques secondes et voyant qu'il cherchât à me dire le fond de sa pensée. Je secouais la tête en le regardant pour lui donnait la parole.

Lorsque j'étais à Floing, on habitait en face de l'église. Au grenier de notre maison, il y avait un oeil de boeuf.
Tous les dimanches matins assis sur une caisse avec un mauser chargé que j'avais trouvé. J'attendais l'heure de la sortie de la messe et quand les portes de l'église s'ouvraient pour laisser passer les ouailles à leur repas dominical. Je les visais un par un calmement mon doigt sur la détente et l'oeil courant de la hausse au guidon.

Alors, voilà où je voulais en venir :
un fou aurait surement appuyé à un moment ou à un autre.
Je n'ai jamais pressé la détente!

Quelle mouche l'avait piqué? En repensant à tout cela avec le recul. J'ai une réponse satisfaisante. Mon père dès son jeune âge avait, ce que l'on nomme avec élégance des crises de convulsion qui comme chacun le sait surgissent n'importe quand.
Donc il était en proie à des bouffées d'angoisse sur son état et il cherchait probablement à se contrôler corps et âme afin de pouvoir vivre normalement comme tout le monde.

Il avait 13 ou 14 ans. Floing sortait de la guerre 14-18 et en face de l'église dans un toit il y avait un canon sombre et un oeil clair sur le viseur qui les attendaient patiemment.



Aimé un peu plus tard...

à suivre ...
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Re: Carnets de Bord d'outre tombe

Message par COLLEMANT Dominique le Sam 6 Déc 2008 - 9:22

Passionnant ce récit , et comme s'est bien raconté !
Félicitations ! et bel hommage ....
Bien cordialement.
Bill



   
Maître Principal mécanicien Collemant , dit "Bill" dans la sous-marinade / Membre de la section A.G.A.S.M. "Espadon" du Havre / Membre du M.E.S.M.A.T. de Lorient .
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Fluctuat nec mergitur

Message par bertrand robert fils le Sam 6 Déc 2008 - 12:14

Mon père ne parlait beaucoup, il n'était pas avare, mais je suppose qu'il ne voulait pas nous encombrer.
Il estimait peut être aussi que pour le comprendre complètement il aurait fallu d'abord le suivre et l'accompagner au bout du monde dans sa vie d'aventure.

Pourtant, il y avait ses phrases qui résonnent encore, elles forgent, trempent et modèlent un caractère.
Ce sont des balises, bouées et je dirais une petite lampe qui clignote et vire au rouge pour nous prévenir dans des cas extrêmes ou non.

Comme en me voyant courir étant enfant de l'établi aux outils et des outils à la rallonge, etc...
- Quand on n'a pas la tête, on a les jambes !

Ou quand un des Lardons disait : ferme l'interrupteur !
Il disait : Ouvre-le pour l'éteindre, ce sera plus juste.
Il disait aussi : on éteint ou on allume cela suffit, c'est comme on va à la cave ou on va au grenier.
Alors, je ne veux plus entendre je descends à la cave !

Une fois en allant me balader avec lui à Castelnau le lez en 1980 et en nous approchant du cimetière nous passâmes devant une maison dont la haie et le portail étaient entourés de bande jaune zébrée de noir.

- D'après toi fiston, c'est quoi!

- Cela ressemble à une scène de crime, dis-je !

- Exacte, voilà ce qui s’est passé. Un après-midi un Vietnamien qui habitait là revient, car il avait oublié quelque chose chez lui et en entrant il trouve sa femme au pieu avec un autre.
Coup de colère il saisit une arme et les abat tous les deux.

Conclusion :"Selon que vous soyez puissant ou misérable, les jugements de cours vous rendront blanc ou noir" ou inversement ou en changeant les mots puissant et misérable par d'autres mots.
Total 11 ans ferme et incompressible à la place de trois dont deux avec sursis pour "crime pationnel".

- Alors, dis-moi ce que tu aurais fait à sa place !

- Hum ! Je crois que lorsqu'une femme décide de changer de partenaire, y'a pas grand-chose à faire il vaut mieux aller voir plus loin.

Un silence.
Puis il renchérit en souriant:
- Bravo fiston ! Dis-toi qu'une de perdue, cent de retrouvées !

Une et Cent.
Est-ce qu'il y croyait ?
Je ne le pense pas. Lui qui avait était marié 18 ans avec Rosa et le reste de sa vie à ma mère.

Qu'est-ce qui pousse un homme a tester son fils, sa propre inquiétude ?
Ou tout simplement de l'affection en lui disant de cette manière détourné ?

Cherchait-il seulement à me prévenir en me disant parfois que la foule prise dans son ensemble ou en groupe a un instinct grégaire.
Qu'elle est une véritable furie incontrôlable.
Je sais, il avait vu, des choses horribles.

Mais pouvait-il savoir ce qu'avait déjà subi ma petite sœur en Alsace et moi d'ailleurs de nombreuses fois, de choses si lourdes et si tristes que seul le silence sur ces faits pouvait un peu les atténuer.

Si les administrateurs de ce site son d'accord je vous proposerais les quelques 30 pages du manuscrit de ma tante Andrée "Souvenirs de la grande guerre".
Dont vous avez eu quelques citations au début.
A cet époque il avait de 9 à 13 ans et ces années de vie ont été déterminantes dans ses choix de carrière et sa façon de vivre.
J'aime bien ce texte écrit par une petite fille de 10 ans qui parle aussi bien de sa maman, cette femme qui fut la mère de mon père et aussi de ma grand mère.

A suivre...


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Re: Carnets de Bord d'outre tombe

Message par BONNERUE Daniel le Sam 6 Déc 2008 - 13:01

Le "Platane" à quai à l'Unité Marine Oran, face aux AMF, en 1959. Le croc de remorque est démonté pour amélioration du système de largage rapide et pour pose d'un second support de pivotement. Si l'IMC2 BERTRAND n'est pas dans le groupe, il n'est pas loin...






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Le Santon

Message par bertrand robert fils le Sam 6 Déc 2008 - 18:34

Michel Renaud raconte :

Je suis un ancien Pupille de la Nation et un ancien Combattant d´AFN, en retraite au CANADA.

J´ai eu l´honneur de fouler le Pont du Bretagne, en 57, je faisais partie de l´équipe de manœuvre, étant jeune matelot mécanicien à bord du Remorqueur Santon, pour le sortir de Mers-el-Kébir.

Je précise mon émotion sur le pont du cuirassé en pensant au drame que ce bateau avait vécu, nous étions devant une page sombre de notre Marine et nous en avons tous conscience.

Dans la période Janv 56 à Janv 58, j´ai eu aussi l´honneur de croiser, de connaître, de saluer un officier Supérieur d´exception, le Cdt Bertrand, nous étions tous fier de l'avoir avec nous et de le côtoyer avec respect, sa réputation dont il était digne ne s´est jamais démentie.

J´ai été rayé des services actifs sur le CAA Colbert le 27 janvier 61, jour où le vice-amiral Pierre Ponchardier a trouvé la mort au Sénégal pour moi il est resté le Pacha ou Ponpon avec le plus profond respect, nous avions fait une mission à Nemours avec l´Escorteur côtier Spahi.
(J´ai fêté mes vingt ans pendant cette mission d´appui à la DBFM à terre).
Il était venu à bord avec sa femme, j´ai mesuré toute la dimension du personnage, notre Héros...
Il était un très proche compagnon de votre Père, rien d´étrange étant tous deux des hommes hors du commun, je suis très fier d´avoir eu la chance de les avoir connu, ils étaient de vibrants exemples pour les jeunes que nous étions.

De plus votre père était toujours en tête d´affiche, c´était sa marque de commerce et nous l´aimions comme ça !
Son grand complice le Cdt Ponchardier était pareil, c´est sans doute pour cela qu´ils étaient des amis.



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Le poisson d'Avril

Message par bertrand robert fils le Sam 6 Déc 2008 - 18:55

Mon père décide de quitter la Royale le 1er Avril 1960.
Il est IMC 1 er classe depuis le 1 juillet 1959.
Alors, pourquoi ?
Ma mère est muette comme une tombe dessus et mon père est dedans.







A suivre...


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Re: Carnets de Bord d'outre tombe

Message par BONNERUE Daniel le Sam 6 Déc 2008 - 19:02

L'YTL de 250 ch "Santon" qui figure dans le post ci-dessus et sur la photo que j'ai éditée plus haut, était un des trois YTL avec moteur à renversement de marche dont nous disposions à l'UMO : le "Santon", le "Canastel" et le "Flamant".
Notre camarade Roger VALLET avait servi sur ce dernier en Indochine, à la Flottille Amphibie Indochine Sud (FAIS) qui patrouillait les bouches du Mékong.
Vraisemblablement, l'IMC2 BERTRAND l'avait connu là-bas.




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Pour BONNERUE Daniel

Message par bertrand robert fils le Sam 6 Déc 2008 - 22:06

Des photographies pour Bonnerue, IMC Bertrand en bas à gauche.
Sauf sur la dernière...











A suivre...


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MEK octobre 1956

Message par bertrand robert fils le Dim 7 Déc 2008 - 20:38

En attendant que Bonnerue nous éclaire de ses lumières sur les patrouilleurs et le remorqueur Filao.

On est arrivé à MEK le neuf octobre 1956. C'était la première maison qui surplombait la rade près du fort espagnol sur la Pointe près de la route qui menait en direction de la baie des Aiguades et du cap Falcon.

Un haut mur flanqué de deux ouvertures : une portail et plus bas un double portail de métal non ajouré. La villa Simone prolongeait ce mur. C'est le prénom qu'il me reste en mémoire.

Derrière ce grand portail, une pente en L menait au garage sous la bâtisse. A cet endroit les murs aux tessons de verre faisaient facilement six à sept mètres de haut.

Après la petite porte, un terre-plein cimenté et au beau milieu un carré de terre avec plus tard un citronnier au centre. Le tout clos de murs surmontés d'une haie de barbelés.

Quelques marches nous menaient à l'entrée. Une architecture austère, quasi militaire et une position dominante.

Sur le devant un terrain en pente à 45 degré. On pouvait juste longer la maison, passer sous le balcon qui se trouvait à cet endroit à plus de 10 mètres au moins au-dessus. Au bout de la maison, il y avait une haie infranchissable de figuiers de barbarie.

Devant le balcon, un palmier immense et plus bas des rouleaux de fil de fer barbelés tout autour de ce bout de terre (qui m'ont sauvés la vie en me laissant un peu partout des traces indélébiles). En dessous des barbelés, un précipice allait jusqu'au niveau de la rade.

Par contre, de ce côté de la villa, la vue était exceptionnelle. On voyait tout Mers-el-Kébir, la rade bien sûr et la méditerranée qui étendait son immense tapis outre-mer.

De la cuisine la vue donnait sur la petite cour de barbelés avec son entrée. Puis plus haut, sur la montagne de Santa Cruz, de l'autre côté de la route, la forteresse dans le bleu-azur.

C'était la première fois qu'on habitait une telle demeure fortifiée.
On avait tous fini par appeler notre maison "le fortin".

Spoiler:



- Les fameux contre-jour de ma mère.
ici Babette sur le balcon




- Les fameux contre-jour de ma mère.
moi





- les terribles contre-soleil de mon père : soit fermer les yeux ou regarder par terre.




- La rentrée au pensionnat Saint Augustin de Bouisseville. Mon père attend. Faut faire vite.




- La rentrée au pentionnat La colombière de Bouisseville.



- Mon père fidèle au traction en Tunisie, pour changer ramène une DS citroën. Ma mère furieuse dit :
- qu'elle ne montera jamais dans cette face de crapaud.
Du coup mon père la rapporte immédiatement et revient avec deux magnifiques 2CV grenouilles balançoires pour le même prix.


à suivre ...


Dernière édition par SEGALEN Georges le Ven 9 Jan 2009 - 20:38, édité 1 fois (Raison : Fonction spoiler mise en place)
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M-E-K octobre 1956 suite

Message par bertrand robert fils le Lun 8 Déc 2008 - 17:04

Au début les choses quotidiennes se sont passées en un éclair.
Nous sommes affairés sans relâche, car il faut faire vite, on est en octobre.
Enfants, on se retrouve immédiatement jeté dans la ronde infernale de la vie scolaire, surtout que nous n'avions jamais encore subi le pensionnat.
Au début j'étais avec mes soeurs à la Colombière chez les soeurs africaines.
Mais ensuite je me suis retrouvé seul chez les frères St Augustin.
Puis vu la distance, Je ne rentrais plus le week-end.

Parfois un pompon rouge venait me prendre le dimanche après la messe à la sortie du pensionnat avec une des voitures de mon père et de là nous allions à la plage.
Un panier de provisions pour midi préparé par un de mes parents à la main nous franchissions les dunes et je passais mon après-midi à cuire au soleil et à me tremper.
Puis retour à la pension pour l'étude du soir, le repas et la prière.

Parfois j'attendais pour rien au portail et vers treize heures ou quatorze je tirais la cloche pour rentrer.
Je ratais ainsi le repas dominical, le meilleur de la semaine.
J'étais si triste que parfois je restais à l'intérieur de mon propre chef.
Ce n'était pas la faute de ce brave marin rouquin, un jeune breton qui essayait tant bien que mal à me motiver pour aller sauter dans les vagues ou jouer au ballon.
De plus pour lui c'était probablement un dimanche qui passait à la trappe.
Deux malheureux errant sur le sable, en somme à tuer le poids des secondes interminables qui m'amènerait une fois encore dans le dortoir aux quarante et un lits dans l'oublie narcoleptique des songes pour quelques heures.

Mes parents plus de nouvelles, pas de lettres.
Mon père nous disait : Pas de nouvelles, bonnes nouvelles !
Je l'ai compris bien après.
Mais pas dans cas, j'en sais quelque chose.

En tout cas, c'était entendu et là j'en étais certain : ma vie à présent se résumait au mieux à rentrer au pensionnat en septembre et sortir de ce lieu en juin.
Point final !
Donc, garder la tête haute et se résigner à attendre en étudiant.
La meilleure façon de passer ces années de plomb pour ne pas forcer le pire c'est-à-dire rester en colonie pendant les grandes vacances chez les frères, car l'option existait et exista.

Ce qui m'a amené à penser que pour eux, mes géniteurs ils eurent sans doute le même non-choix à mon âge.
Peut-être plus durement, puisque jusqu'à présent j'avais été libre, j'avais eu un espace très important dans mes lieux comme dans mes pensées.

Il me fallait aussi comprendre très vite pourquoi j'étais là.
Dans l'enfermement, sans liberté, sans mon espace vital, sans mes objets secrets et personnels avec le numéro 45 ou 54 brodé sur mon tablier et tous mes vêtements et gravé sur l'ensemble mon trousseau d'ailleurs uniforme et commun à tous.

J'attendais pour aller plus en avant mes congés intrascolaires.

En tenue pour ma communion privé 1956-1957 à la Colombière des Soeurs Africaines.



A suivre...
Mes géniteurs eurent sans doute le même non-choix à mon âge.
Peut-être plus durement...


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Le NON-CHOIX

Message par bertrand robert fils le Lun 8 Déc 2008 - 17:13

Ici, nous allons repartir en arrière. Pas en Tunisie, ni en Indochine en 1947. Pas non plus en 1939 et pas moins en 1927. Date de l'entrée de mon père à l'école naval. Je vous propose un bon en arrière de près d'un siecle. Dans ces années d'enfance. C'est le début août 1914. A cet époque il avait de 9 ans et les quatre années de vie qui suivirent ont été déterminantes dans ses choix de carrière et sa façon de vivre.

Les pages suivantes m’ont été envoyées sous forme de manuscrit. Elles proviennent du cahier d’écolière d’une gamine prise dans le tourbillon infernal du début mille neuf cent et qui est ma tante paternelle, alors nommée Andrée Bertrand.
Cette histoire relate un quotidien de vie et de non-vie, commencé dès l’écho des trois coups de feu meurtriers qui présage le triste lever de rideau sanglant du début d’août 1914 et se termine que pour un entre actes à la fin de la guerre en 1918.
C’est le témoignage d’une fillette de 10 ans qui a consigné des faits vécus moralement comme des évènements lourds et massivement traumatisants qui se sont déroulés sous ses yeux.
C'est un devoir de mémoire historique, sociologique et géographique qui débute au coeur même de la tourmente, à Floing précisément près de Sedan dans les Ardenne, de ce qui fût une des guerres excessivement meurtrières et violentes de l'histoire européenne. Elle annonce déjà par l'emploi d'un armement nouveau et du peu de considération humaine, les futurs conflits destructeurs et horribles des années à venir.
Ces pages compilent au fur et à mesure de sa rédaction, les joies, les doutes, les incertitudes, la haine et les compassions. C'est aussi un formidable hommage rendu au courage exemplaire de sa mère, cette femme généreuse au comportement admirable, la grand-mère que je n'ai pas connue. C'est ce parcours de quatre années qui m’a été confié par ma soeur Marie-Martine il y a plus de trente ans déjà et que je souhaite transmettre à mon tour, comme des feuilles arrachées à la vie d'une enfant projetée trop tôt dans un monde d’adulte en proie au carnage.

à suivre ...
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Message par bertrand robert fils le Lun 8 Déc 2008 - 17:27

Présentation des acteurs de l'histoire.

Andrée Bertrand auteur des pages qui vont suivre et deuxième sœur de Aimé.



Guillaume Marie, La mère, ici vers la fin de sa vie.



Robert Bertrand, sergent dans l’armée coloniale.
Né en août 1910 à Floing, mort à la guerre en janvier 1943.



De gauche à droite mon oncle et mes tantes Roger, Rénée, Andrée, et mon père, Aimé Bertrand.



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Souvenirs d’enfance pendant la Grande Guerre (1914-1918)

Message par bertrand robert fils le Lun 8 Déc 2008 - 17:31

La Fête à Floing se termine dans la joie.
Les dragons s'élancent si haut dans les balançoires que je pense qu'elles vont se retourner et les crinières des casques voltigent au vent.
Sur la place, la foule entoure un montreur d'ours.
Un ours énorme planté sur ses pattes de derrière fait le tour et tend la sébile où les villageois déposent la monnaie.
J'ai sur la tête une charlotte ornée d'un flot de tulle et de roses que je trouve magnifique et aux pieds des souliers vernis.
Mes frères ont des costumes marins.
On s'habille de neuf pour la Fête à Floing.
Je vois maman brasser la pâte dans sa maie, héritée d'une grand-mère.
Il lui a fallu vingt-cinq oeufs.
Quand la pâte a triplé de volume, elle en a garni les tourtières qui portent chacune une petite pièce en faïence dont se servent les électriciens.
Ainsi, on reconnaîtra aisément nos galettes quand elles sortiront du four du boulanger où nous les portons à la queue leu leu.
Il y a des galettes à sucre, à la bouillie, à la flamme, à la rhubarbe, aux nobertes, des tourniots, des gâteaux mollets et des rabottes.
De quoi se régaler pendant huit jours.
Dans le parc du Château, la Fanfare de Floing se repose sous des guirlandes de fleurs et de feuillages, en buvant un verre de goutte.
Mon oncle Jules, le frère de maman que mon père surnomme Ratata parce qu'il joue de la clarinette, me prend sur ses genoux et me fait boire dans son verre.
En face de lui, Georges Vivien, le cousin de maman, baptisé Pompom par mon père parce qu'il joue du trombone, est triste en dépit des réjouissances.
Il vient de perdre son petit garçon d'une bronchopneumonie.
Je suis allée avec maman voir le bébé sans vie dans son berceau.
Les vieilles gens de Floing disent qu'un grand malheur nous guette.
La Fontaine des Malheurs vient de déborder.
Maman y croit.
N'a-t'elle pas débordé la veille de la guerre de 70 quand une bataille terrible s'est déroulée sur le plateau et la veille du cyclone qui a déraciné les arbres centenaires et anéanti les troupeaux de moutons et même les bergers ?
Ce terrible cyclone qui a brisé les grandes glaces de notre maison et fait naître Aimé avant terme. Je joue au grenier parmi les vieux rouets.
Soudain, le battement, précipité du tambour accompagné d'une rumeur grandissante, arrête mon jeu : Mobilisation générale !
La Guerre est déclarée ! crie le garde champêtre.
J'entends une voisine dire à son gamin : Pleure pas, ma reine, on se sauvera sur les montagnes. Tous les hommes valides de moins de 50 ans et ayant moins de 5 enfants partent immédiatement.
Nous sommes six enfants, mon père ne part pas.

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Message par bertrand robert fils le Lun 8 Déc 2008 - 17:37

Sur la route Nationale où nous habitons, nuit et jour, la troupe, les régiments à pied, à cheval, foncent à vive allure vers la frontière toute proche.
Sous un soleil de plomb, les fantassins marchent au pas de charge, un mouchoir trempé de sueur sous leur képi, et sans ralentir leur allure, puisent avec leur quart dans les baquets de bière et de vin disposés des deux cotés de la route par les gens de Floing.
Mes parents ont vidé leurs caves comme tous les autres Flongeois, pour désaltérer les soldats assoiffés.
Un bataillon fait halte sur la place.
Je porte à ces soldats suants et poussiéreux, vêtus d'une capote de drap et porteurs d'un barda énorme, des fleurs, un panier de prunes et des légumes pour la soupe qu'ils n'ont pas le temps de faire.
Robert voit galoper des cavaliers sénégalais dans leur grand manteau blanc.
Il prend son petit fusil, les met en joue et crie : Pan Pan ! Les Prussiens !
En voyant ce bel enfant aux boucles blondes, si fort en colère, qui les vise, les Sénégalais mis en gaieté, rient de toutes leurs dents blanches.
Une foule grandissante de Belges, croisant les troupes, se répand sur les routes, en proie à une terreur panique.
Ils coupent les mains des enfants, crèvent les yeux, violent les religieuses, mettent le feu, disent-ils.
Une Belge dort chez nous par terre.
Son lait est tari.
Maman donne le sein au bébé.
Elle nourrit Yvette, elle a du lait pour deux.
Mon père arrive : Marie, prépare mes effets.
Je vais m'engager à Namur.
Maman qui pensait que son homme ne partirait pas comme père de six enfants, lui dit : Tu ne vas pas me laisser seule pendant la guerre avec mes six petits enfants ?
Il répond que la Belgique est violée, qu'il veut faire son devoir comme les autres et que la guerre sera finie dans quinze jours.
Je le vois partir avec sa valise à la main.
Ses ouvriers, Carteron et Gamba avec lesquels je fais souvent des rondes endiablées, partent aussi. Maman déclare : Ma bonne vieille grand-mère est restée ici en 1870 pendant la bataille.
Je ferai comme elle, je ne partirai pas.
Avec ma mère, nous nous sentons en sécurité.
Je vois les gens s'enfuir, peu m'importe.
Le bruit lointain du canon nous parvient.
On vient de prendre dans la forêt un éclaireur en uniforme allemand.
Les gens veulent le lyncher.
Le Commissaire de Police, M. Fichelet le protège de la fureur de la foule et le fait entrer dans la mairie.
Mais le bruit du canon se rapproche.

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Message par bertrand robert fils le Lun 8 Déc 2008 - 17:59

Les gens qui ne voulaient pas partir s'enfuient, en carriole, en vélo ou à pied, avec d'énormes baluchons.
Maman nous rassemble à la hâte, tenant Yvette dans les bras.
Nous partons à la tombée du jour. Sedan est en état de siège.
Des soldats fourbus dorment à terre.
Il faut les enjamber sur les trottoirs pour passer.
La nuit vient.
Maman se croit en sûreté en se mettant sous la protection de l'armée.
Nous avons sommeil, les plus petits pleurent.
Nous nous couchons près des soldats sur le plancher d'une caserne qui me semble être un ancien château.
Nous sommes réveillés en pleine nuit par les cris d'un officier : Bouchez les portes et les fenêtres avec des sacs de terre ! Ils arrivent ! Nous allons nous battre !
Aimé, affolé, se sauve dans le Parc.
Maman le suit avec tout son petit monde.
Nous voici devant un pont gardé par une sentinelle : Ordre de ne laisser passer personne.
Le pont va sauter.
Nous allons plus loin.
Maman supplie la sentinelle de nous laisser traverser la Meuse.
Il se laisse fléchir à condition que nous nous précipitions sur la passerelle.
Nous passons et nous rencontrons des soldats blessés, couverts de pansements qui vont se faire soigner à l'arrière.
Le jour se lève.
Ils veulent porter mes petits frères qui pleurent de fatigue.
Vers midi, harassés d'avoir marché, nous nous asseyons à l'ombre, près d'une auberge, au bord d'un fossé.
Un soldat revient avec un canard froid qu'il nous distribue.
Maman donne le sein à Yvette.
Elle est gênée devant les soldats qui lui disent : A la guerre comme à la guerre, ne vous gênez pas pour nous, ma bonne dame.
Ces braves soldats blessés ne veulent nous quitter qu'après nous avoir mis à l'abri.
Ils avisent le maire d'un village qui charge fiévreusement une voiture attelée de chevaux : Occupez-vous de cette mère de famille.
Nous devons la quitter et aller nous faire panser dans un hôpital !
L'homme répond : Ne voyez-vous pas que je me sauve ? Je ne peux rien pour eux.
Les soldats sont furieux et crient au maire qu'il est lâche et indigne de sa fonction.
Nous continuons notre route avec eux.
Nous arrivons à une petite gare de campagne où stationne un train à bestiaux déjà plein de monde.
Vite ! Il va partir, c'est le dernier pour Reims ! nous crie-t'on.
Les soldats nous hissent dans un fourgon plein de paille et de gens.
Nous sommes entassés.
Le train s'ébranle et roule si lentement que je m'endors sur les jambes d'un ouvrier italien qui cherche à regagner son pays.
Je ne m'éveille qu'à Reims au terminus, où à notre étonnement, une foule compacte attend les réfugiés à la gare.

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Message par bertrand robert fils le Lun 8 Déc 2008 - 18:24

On nous tend des plaques de chocolat, on nous hisse dans un fiacre et hop ! nous voici arrivés chez la grande tante de maman, la sœur de sa bonne vieille grand-mère qui ne nous attend pas et semble plutôt ennuyée, elle a déjà tous ses petits enfants chez elle.
Nous dormons sur des paillasses à même le plancher.
Nous nous croyons sauvés.
Mais les réfugiés Belge et Français, sont si nombreux dans la ville que le pain manque.
Je mange avec déplaisir le pain dur et moisi de la manutention militaire arrosé de sucre cristallisé et je regarde avec envie les petites filles de ma grande tante qui mangent des tartines de pain blanc et frais.

Dans la rue, je ramasse une tomate sous la voiture d'une marchande des quatre saisons, je la mange, c'est ma première tomate.
À Sedan, j'en voyais dans les boutiques des Gomez, les Espagnols, mais on n'en mangeait pas à la maison, et ce fruit rouge me faisait envie.
Je vais au-devant de maman partie au marché.
Robert me donne la main, soudain un bruit terrifiant nous cloue sur place, c'est comme un tonnerre effroyable qui ne s’arrête pas.
Les gens fuient dans tous les sens.
Une femme dit en fermant ses volets : Rentrez vite chez vous les enfants, on bombarde !
Je ne connais pas le quartier, nous nous perdons dans les rues, enfin je retrouve par hasard la maison.
Maman nous cherche et nous descendons dans la cave pleine de monde.
Le bombardement ne cesse pas.
Des femmes pleurent et prient.
Un homme surgit, affolé : Nous sommes tous perdus ! crie-t'il, en arrachant son faux col.
Il venait de sauter du premier étage.
Ses patrons en s'enfuyant l'avaient enfermé à clé dans leur affolement.
Roger chante : Dodo, Minette ! en promenant dans la cave une voiture de poupée prêtée par une petite fille.
Il n'y a que les enfants qui sont calmes.
Le bruit court que le maire de Reims a oublié de faire hisser le drapeau blanc en apprenant la mort de son fils (faux bruit peut-être).
Nous sommes dans le faubourg Cérés plus exposé que les autres quartiers.
Un fracas terrible nous apprendra peu après que l'immeuble d'en face vient de s’écrouler.
Le bruit cesse enfin, nous remontons et regardons par les fentes des volets ce qui se passe.
Des régiments allemands défilent triomphalement au pas de l'oie.
Des brancardiers transportent les morts et les blessés des maisons bombardées.
Dans la cour, un soldat Français qui ne veut pas se rendre, est à plat ventre sous la porte cochère.
Il vise la troupe allemande qui défile.
Des hommes se jettent sur lui pour le maîtriser et lui arracher son fusil, il devient fou furieux.
Ils doivent le ligoter et l'enfermer dans un appentis.
Il aurait pu, disent les gens, faire tuer tous les locataires en représailles s'il avait atteint l'un des vainqueurs.

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Message par bertrand robert fils le Lun 8 Déc 2008 - 18:30

Le bruit court que les Allemands distribuent des friandises empoisonnées aux enfants.
Dans la rue, un Allemand s'arrête et me donne un sac de très petits gâteaux ronds.
J’en goûte un, il est bon donc pas empoisonné, je mange tous les autres.
Des affiches placardées en ville ordonnent à tous les réfugiés de regagner leur pays, la nourriture et les logements venant à manquer et qu'il faut caser les troupes allemandes.
Un matin, nous partons à pied, bien entendu.
La grande tante a recommandé à maman une vieille dame seule qui part dans notre direction.
Il fait très chaud.
Sur la route, les maisons brûlent encore.
Bientôt des taches rouges dans les champs et sur les coteaux, véritables cibles pour l'ennemi, nous montrent que nos soldats vêtus de pantalons rouges se sont battus là jusqu'à la mort.
Des cadavres enflés de chevaux couverts de mouches noires font avec les soldats morts un paysage infernal.
Nous passons si prés que maman nous demande de couvrir notre figure avec nos mouchoirs parce que, nous dit-elle, une piqûre de mouche bleue peut donner le charbon et ne pardonne pas.
La vieille femme qui nous accompagne regarde chaque cadavre de soldat croyant reconnaître son fils.
Maman lui dit : Ce sont des Bretons, vous le voyez bien à leur plaque d'identité, il ne peut s'agir de votre fils.
Mais la vieille s'entête, elle embrasse chaque mort et nous pensons qu'elle est devenue folle.
Elle nous fait peur.
À notre prière, maman qui en a pitié doit l'abandonner sur la route à son triste sort.
Harassés de fatigue, l'estomac vide, nous dormons la première nuit dans une grange isolée sur la route.
Des gens reposent déjà sur des tas de foin.
Ça sent très mauvais.
Une femme nous dit : Dormez, je vous dirai demain ce que c'est.
Nous nous réveillons de très bonne heure et nous constatons que des bottes dépassent du foin.
Ce sont des cadavres de soldats allemands enfouis dans la paille.
Les Allemands relevaient et cachaient leurs morts qu'ils n'avaient pas eus le temps d'enterrer mais les nôtres restaient sur la terre sous le soleil ardent.
Maman aperçoit dans un pré une vache aux pis enflés.
Elle trouve un récipient et veut la traire mais la bête lui envoie de grands coups de queue.
Elle n'a jamais trait de sa vie.
Elle hèle un jeune homme qui veut bien tenir la queue de la vache.
Nous buvons un lait tiède, notre premier repas depuis vingt-quatre heures.
Chemin faisant, les nombreux morts au bord de la route nous obligent à marcher en plein champs.
Mais des bestiaux traînant leurs chaînes, échappés aux incendies, se dirigent vers nous.
Renée et moi, nous portons des robes rouges.
Un troupeau de taureaux court dans notre direction.
Épouvantée autant que nous, maman avise un ivrogne titubant sur la route...

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