D'abord pour des raisons personnelles. J'ai navigué sur le BSL Loire toute l'année 1971 comme aspirant et EV2 chef de quart, frais moulu issu de l'école des EOR. Outre 2 participations à des exercices interalliés de dragage en baie de Seine, une escale à Plymouth, une autre à Ostende après défilé en mer devant le prince Albert (l'actuel roi des belges), j'ai surtout eu la chance de faire une mission extraordinaire. D'août à décembre 1971, nous avons été requis par la Marine pour participer à une mission de l'Aérospatiale (EADS aujourd'hui) pour transporter et servir de logistique à 2 hélicoptères (Alouette III et PUMA) en représentation devant les marines militaires d'Amérique du Sud. C'est ainsi que nous avons fait escale (après Dakar) à Santos (Brésil), Buenos-Aires (Argentine), parcouru le détroit de Magellan et les chenaux de Patagonie, Valparaiso et Arica (Chili), Lima (Pérou), Guayaquil (Equateur), passé le canal de Panama, Cartagéna (Colombie), La Guayra-Caracas (Vénézuela), mouillé devant l'île du Salut en Guyane, Fort-de-France (Martinique), et retour à Brest. 5 mois de navigation et de dépaysement aussi exotique ne s'oublient jamais. Le commandant était le CC François Piquet (décédé), et l’officier en second le LV Gourmelen. Si des hommes de l'équipage d'époque lisent ces lignes, qu'ils se fassent connaître, j'échangerai avec eux avec plaisir.
Ensuite, ce bateau était encore récemment en très bel état, malgré ses 42 ans passés à la mer, et ….. beaucoup de nautiques dans les mollets ! Sa ligne d’arbre unique et ses moteurs Pielstick (aujourd’hui dans le groupe allemand MAN-MTU) souffrent d’une maintenance devenue difficile (voire impossible), mais des moteurs, ça se change ! Avec une étrave renforcée pour naviguer dans la glace épaisse des pôles, la Loire était apte à des missions multiples sur la totalité du globe. Ce qu’elle a fait d’ailleurs ! Pensez-bien : aire d’appontage d’hélicoptère (taille Alouette III), hangar à hélico, grue de 5 tonnes, 4 mâts de charge, soutes à fuel pour ravitaillement externe, capacité de stockage énorme, hôpital embarqué, capacité d’emport de 4 grosses embarcations pneumatiques, etc …. La liste est longue pour ce qui concerne l’équipement de ce bâtiment ….
A partir du moment où la Marine a décidé que l’heure de la retraite avait sonné, il aurait, à mon sens, été bien venu de proposer cette unité à une société d’exploration en mer, une association humanitaire, ou une entreprise bien heureuse de pouvoir exercer ses missions grâce à l’appui de cette unité si bien pensée au départ. Je n’ai pas entendu dire qu’un tel projet avait été envisagé. Je crois qu’il s’agit là d’un gros gaspillage au détriment de ceux qui n’ont pas forcément les moyens de leurs ambitions, à commencer par les humanitaires qui doivent apporter de l’aide à des pays en souffrance (Haïti, par exemple). Les missions scientifiques auraient bien fait leurs choux gras aussi d’une telle aubaine, même si des aménagements spécifiques peuvent s’avérer nécessaires. Ca ne coûtait rien à l’état, et donc à la Marine qui semble être de plus en plus asphyxiée par des crédits en régression constante. Elle a dû ainsi précipiter des bâtiments en état de naviguer vers le cimetière.
2 mois avant son désarmement, la Loire était encore en mission en Océan Indien ! On était donc loin d’un bateau souffreteux et misérable ……
J’ai eu la chance d’être invité par l’avant-dernier commandant de la Loire, le CF de Roquefeuil pour accompagner une mission de qualification opérationnelle (QUALOPS). En mars 2008, j’ai donc « renaviguer » en Manche pendant 10 jours, et j’ai retrouvé ma jeunesse à bord ! Elle n’est pas belle la vie !