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Souvenirs d'un engagé de 1944

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Souvenirs d'un engagé de 1944

Message par J-C Laffrat le Lun 14 Sep 2009, 13:50

Je suis de ceux qui se sont engagés dans l’Aéronautique navale au second semestre 1944, mes camarades d'alors ne doivent plus être très nombreux aujourd’hui, mais ceux qui restent ne doivent pas avoir oublié ce que furent nos premiers mois de vie militaire et les tribulations qui suivirent avant de pouvoir commencer les cours de spécialités.

L’engagement après la Libération

Spoiler:
Pour la région parisienne le bureau d’engagement était situé Boulevard Victor, à côté de celui de l’Armée de l’Air, les plus pressés allaient là où la queue était la moins longue.
Les structures militaires étaient encore en pleine réorganisation et pour le personnel volant, les écoles françaises de métropole n’avaient pas encore recommencer à fonctionner, et comme les écoles d’ Afrique du Nord n’étaient pas en mesure d’absorber tous les nouveaux engagés, les cours continuaient d’être dispensés aux USA, au Canada ou au Royaume Uni.

On pouvait s’engager soit pour la durée des hostilités + 6mois, soit pour 3 ans, soit pour 5 ans. La possession du Brevet Elémentaire donnait alors droit à l’Instruction 5 d’office et permettait l’accès direct à une spécialité de volant sans passer par le Service Général de la Marine, pour les pilotes l’instruction 6 était exigée, elle correspondait au niveau Baccalauréat.

Les Centres de formation militaire étaient toujours situés en AFN, celui de l’Aéronautique navale se trouvait alors à Arzew, dans l'Oranais.
Pour gagner celui-ci commençait alors un grand périple, le départ de Paris s’effectuait gare de Lyon , en wagons de voyageurs, la plupart du temps pas chauffés, les bombardements de l’offensive de 1944 avaient complètement désorganisé le réseau ferré et pour descendre dans le Sud, il fallait passer par Nevers et alternativement d’un côté à l’autre du Rhône avant d’arriver sur la côte Méditerranéenne

Sur la côte, les principaux ouvrages ferroviaires avaient été détruits et des ponts de bois remplaçaient les ouvrages d’origine, certains ne pouvaient supporter le poids d’une locomotive à vapeur, le train était alors poussé sur le pont d’un côté et tiré par une autre machine de l’autre côté. Le voyage durait presque 3 jours. Le moral de tous était alors très élevé et les plus téméraires écrivaient à la craie sur les portières des wagons « A Berlin ou à Tokyo »

Le 5éme Dépôt des Equipages de la Flotte de Toulon

Le 5ème dépôt montrait encore de nombreuses traces de bombardement, les nouveaux arrivants étaient logés dans le Bâtiment des Recrues, beaucoup de vitres manquaient aux fenêtres, c’est là que l’on découvrait la Marine, la voilerie, le hamac, le faubert, la gamelle et le bidon, les corvées, le maniement d’armes et l’inspection des permissionnaires.
A l’époque les plus grosses corvées étaient effectuées par des prisonniers allemands, pour la plupart de beaucoup plus assez âgés que nous.
Dans l’attente des départs pour les Centres de formation d’AFN, le séjour au dépôt pouvait durer quelques semaines.
Les sorties à Toulon n’avaient alors comme seul intérêt que de trouver un restaurant où manger « sans tickets » pour le reste, les destructions subies par la ville, le peu d’amabilité des habitants envers les marins et la faiblesse du porte monnaie amenaient le plus souvent à rester au Dépôt.


La traversée vers l’AFN

Presque toujours par bateau militaire, pour mon groupe c’était le Georges Leygues, superbe croiseur auréolé de sa participation aux débarquements. A ce moment là les sous marins allemands étaient encore actifs en Méditerranée, cela nous permettait de découvrir à plusieurs reprises ce qu’étaient les sonneries et en particulier celles du poste de combat. Comme en décembre le temps n’était pas des meilleurs dans le Golfe du Lion, chacun pouvait déjà vérifier si il « étalait à la mer » ou non en présence de tangage et de roulis. Pour tous c’était aussi la première occasion de faire connaissance avec la devise qui allait désormais devenir la nôtre « Honneur et Patrie Valeur et Discipline » . Un bien beau bateau, toujours sur pied de guerre …

Fin de la première partie.


CAODAI




«Plus on se plaint de pertes de mémoire, moins il y a de probabilité de souffrir d’une maladie de la mémoire.»
Professeur Bruno Dubois, directeur IMMA à la Pitié-Salpétrière
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Re: Souvenirs d'un engagé de 1944

Message par J-C Laffrat le Lun 14 Sep 2009, 14:59

Amirauté d’Alger-décembre 1944

Spoiler:
A l’arrivée nous sommes regroupés avec d’autres recrues de toutes spécialités, et sommes casernés sur le port à Marine Alger, au Rowing Club, réquisitionné par les autorités militaires.Le confort est rustique, nos hamacs sont en fibre de coco, nous découvrons la compagnie des punaises.
Le port est encore sous contrôle anglo-saxon, la nuit nous sommes de faction pour surveiller des entrepôts, l’activité nocturne est assez intense, les grues et mâts de charge fonctionnent sans arrêt, quel spectacle pour des jeunots de dix huit ans venant tout juste de sortir des années de l’occupation

C'est pour tous l’exotisme total « Alger la Blanche » la rue d’Isly, Bab el Oued, la Casbah de Pépé le Moko, "out of limits" pour les militaires anglo-saxons, tout est nouveau ! la tiédeur des nuits, les odeurs de brochettes et de beignets, le Moscatel, le Mascara, les Bastos, le Sphinx et ses pensionnaires orientales …

Nous restons quelques jour en attendant le départ, des listes circulent, des groupes sont prévus pour les bases d’Arzew et de Thiersville situées dans la région d’Oran.

Voyage Alger Thiersville janvier 45

Nous partons d’Alger par la gare de l’Agha. Hommes 40, Chevaux en long 8, indiquent les wagons, pendant trois jours à découvrir l’Algérie en trains de marchandises.
Lors des nombreux arrêts nous allons nous dégourdir les jambes et prendre de l’eau ( el ma ), les petits Arabes cherchent à nous vendre des pastèques,des figues de barbarie ( kermous) et des cigarettes américaines ( garo ), ils insistent souvent pour nous acheter nos vêtements civils. Il faut faire attention à la monnaie car ils courent vite .
Au départ du train ils nous montrent souvent leur virilité en agitant la djellaba et nous avons quelque fois droit à des jets de pierres quand ils ne sont pas satisfaits de la transaction.

Arrivés dans l’Oranais nous changeons de train à Perrégaux et passons ensuite près de Mascara avant de poursuivre sur Thiersville notre destination finale.
Vers le sud, c’est la route de Saida, avec des pancartes évocatrices du désert : Colomb-Bechar, Bidon 5…

Base de Thiersville ( Algérie )- février 45

Nous découvrons là notre première BAN,cette base à été occupée un temps par les Américains et ensuite servi pour un temps comme base école du personnel volant, elle n’est plus opérationnelle, les casernements sont utilisés pour loger les nouvelles recrues en attente de cours.

L’endroit est plutôt sec et désertique, il n’y a plus d’avions à demeure sur la base, les bâtiments sont assez éparpillés et il fait très chaud, en plein midi la piste et les chemins de roulement sont écrasés de soleil quand nous allons du dortoir équipage au réfectoire en colonne par deux, nous chantons " Nini peau de chien et C’est nous les Africains", inutile de préciser qu'au retour le quart de " cambusard " chauffe les têtes et la sieste est la bienvenue !

Le soir nous sortons pour aller au village de Thiersville à travers les vignes, on nous met en garde de bien circuler en groupe la nuit, car parmi ceux qui nous ont précédés certains isolés sont revenus à poil ! Les vêtements sont rares à l’époque en Algérie.
Quant au départ pour les cours, rien ne se précise, Thierville n’est qu’une annexe d’Arzew, le centre de formation est plein à craquer et les départs pour l’Angleterre ou les USA ne se font qu’en fonction du démarrage des sessions.
Fin février il est prévu d’envoyer certains d’entre nous en attente... au Maroc !




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Re: Souvenirs d'un engagé de 1944

Message par J-C Laffrat le Lun 14 Sep 2009, 16:06

Voyage Thiersville -Casablanca - mars 45

Spoiler:
A la gare de Perrégaux nous embarquons à nouveau dans un train de marchandises, notre première escale est Sidi-bel-abbès.
A l’arrivée nous sommes casernés au camp de la Légion Etrangère, où nous subissons l’épouillage qui consiste à passer d’abord sous la douche avant d’être saupoudrés de DDT, pendant que les vêtements vont à l’étuvage.

La caserne est tenue de façon exemplaire, pas une herbe sur les chemins, les trottoirs sont blanchis à la chaux ainsi que le tronc des arbres, les bâtiments sont impeccables et nous dormons dans des lits …
Pour nous, les légionnaires vétérans sont impressionnants, en particulier pour la cérémonie des couleurs, en grande tenue avec clairon et tambour. !
Le lendemain nous passons la frontière marocaine, le paysage est plus montagneux, nos arrêts dans les gares sont toujours pittoresques mais nous constatons que les autochtones sont moins agressifs et moins chapardeurs qu’en Algérie, à moins que nous ne commencions à avoir quelque expérience pour maîtriser les situations.

Casablanca ( Maroc ) - avril 45

Arrivée à Casablanca, nous sommes dirigés vers la base des Roches noires, non loin du port, c’est une ancienne station de ballons captifs de la marine, la base sert alors au transit des personnels de l’Aéro, mais le hangar à saucisses contient cette fois un monceau de matériel gardé par des marins de l’US Navy. Depuis le débarquement de 1942 les Américains sont ici comme chez eux.

Nous faisons connaissance avec la ville de Casablanca, belle et moderne, la place de France, les arcades du boulevard de la Gare, le boulevard du 4ème Zouaves, le port et la jetée De Lure, la médina (quartier arabe) le mellah (quartier juif ), et bien sur le bousbir.

Nous restons plusieurs jours à Casa pendant lesquels nous avons l’occasion d’aller voir nos premiers films américains, et faire connaissance avec les taxis Pontiac et Chevrolet, au Maroc l’essence est alors très bon marché et
les grosses américaines sont assez nombreuses, nous voyons pour la première fois des camions semi-remorques, encore très peu répandus en France à ce moment là.

Ensuite, au hasard de l’ordre alphabétique certains d’entre nous sont dirigés vers les bases d’Agadir et de Port Lyautey, alors sous commandement de l’U.S. Navy.et sur Khouribga.

Base de Khouribga ( Maroc ) - avril 45

Khouribga est connue pour ses gisements de phosphates, la ville est située sur un plateau à mi-chemin entre Casablanca et Oued Zem, une ligne de chemin de fer a été électrifiée pour permettre la descente des wagons de phosphate directement au port. Une technique assez astucieuse permet aux trains chargés qui descendent de renvoyer du courant électrique dans la ligne pour alimenter les trains vides qui remontent. ( les moteurs électriques des machines se comportent alors en génératrices )

La base s’organise pour devenir servir d’école de pilotage, les seuls avions présents sont seulement un ou deux Caudron Goéland.
Nous faisons des tâches diverses, pas forcément en rapport avec nos spécialités futures mais plutôt avec nos aptitudes, vu mes antécédents je suis désigné pour travailler avec l’Ingénieur mécanicien, afin d’effectuer des travaux de dessin concernant l’aménagement des hangars. Le 14 avril j’ai tout juste dix neuf ans.

Sur la base certains travaux sont assurés par des prisonniers italiens, entre autres occupations ils nous servent à table ! Finis la gamelle et le bidon et le briquage de bancs et tables, c’est vraiment exceptionnel pour nous matelots sans spécialité normalement corvéables à merci...
Les Italiens sont assez habiles et pour se faire un peu d’argent, ils fabriquent des briquets à essence avec des bouts de dural récupérés au parc à ferraille... mais où trouvent-ils les molettes striées en acier ? je ne saurais le dire aujourd’hui. Nous découvrons l’essence avion 130/145, idéale pour nettoyer les bleus de drap par trempage direct.
.
Nous allons souvent au village de Khouribga à pied à travers champs.. Le samedi soir on peut danser et boire un pot au cercle de l’OCP (Office Chérifien des Phosphates ) où beaucoup de familles européennes travaillent. C’est assez difficile de lier connaissance avec les filles qui sont étroitement surveillées par les pieds noirs du coin, quelques bagarres éclatent parfois..

Début mai, M. Tor, l’Ingénieur mécanicien, que l’on appelle l’Inge’mec, content de mon boulot, me propose un vol sur Goéland, c’est mon baptême de l’air ! Je garde le souvenir de ces premières sensations de vol et de l’odeur sèche d’essence brûlée qui flotte dans la carlingue de l’avion.

Le 8 mai c’est la capitulation allemande, à part quelques repas améliorés et autres doubles en vin il n’y a pas de fêtes grandioses pour cet évènement. Pour les anciens c’est surtout l’espoir de bientôt rentrer dans leurs foyers, mais pour les engagés que nous sommes, c'est l'incertitude et nous avons du mal à savoir si nous allons séjourner ici encore longtemps et si notre départ vers l’Angleterre ne va pas être remis en question.
La suite pour bientôt




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Re: Souvenirs d'un engagé de 1944

Message par J-C Laffrat le Lun 14 Sep 2009, 18:48

Retour Khouribga - Casablanca – Arzew - juin 45

Spoiler:
Vers la fin mai nous sommes avertis de notre retour vers Casablanca pour y être regroupés avec ceux d’Agadir et de Port Lyautey afin de regagner Arzew, dans l’Oranais, d’où nous devons enfin partir faire nos cours !

Ceux qui reviennent de chez les Américains sont méconnaissables, ils sont habillés de neuf et possèdent tous des « pantalons à treize boutons »
Ils reviennent surtout avec des tas de produits rares: Savonnettes, cigarettes, after-shave, etc. achetées au Ship Store .Tout cela nous laisse un peu envieux, nous les humbles dans nos modestes treillis français plutôt mal coupés, mais nous sommes surtout heureux de nous retrouver car cela signifie le départ vers les cours.
Après un bref passage à Casa, nous reprenons le chemin de l’Algérie, d’abord vers Perrégaux et ensuite vers la côte pour rejoindre Arzew.

Base d’Arzew ( Algérie ) - juillet 45

La base est assez dispersée, nous sommes casernés au Fort de la pointe, mais il y a aussi le Fort du sud, le Fort du Nord ainsi qu’une autre annexe située le long de la côte à la Fontaine des Gazelles, où subsistent des baraques en demi-tonneaux abandonnées depuis peu par les Américains.

En attendant notre départ nous faisons de l’instruction militaire, du maniement d’armes et du matelotage .
En tant que candidats radios nous suivons également des cours d’initiation dans la spécialité,alphabet Morse, Code Q, Scott, signaux à bras, etc.

La base était toujours armée avec des hydravions Laté 298 mais nous voyions de temps à autre un Dornier DO24 en provenance de Saint- Mandrier, hydravion blanc trimoteur d’origine allemande,ce qui nous rendais impatients de mettre nos fesses dans un avion .

Le 15 août 1945 c’est la capitulation japonaise, pour ceux qui se sont engagés pour la durée des hostilités l’aventure sera bientôt finie. C’est la fin des combats et il n’y a plus de théâtres d’opérations extérieures. Pour nous, engagés pour cinq ans, notre espoir de partir en Angleterre est incertain, les hostilités terminées la formation des personnels étrangers devrait normalement s’achever, quant à combattre dans le Pacifique il n’en est plus question, mais on commence toutefois à parler de problèmes de rébellion en Indochine.

Mais fin août les choses s’accélèrent, un contingent est enfin prévu pour l’Angleterre et l’on m’apprend que j’en fais partie. C’est alors le retour en train sur Alger, avec cette fois l’espoir de faire ce trajet pour la dernière fois, Relizane, Orléansville, Affreville, Miliana, Blida et Alger.

Nous restons quelques jours à Marine Alger à attendre le départ, certains prendront le bateau pour rejoindre la côte sud de l’Angleterre et d’autres l’avion.

Avant de partir faire nos cours dans la RAF nous aurons donc été trimballés pendant près de dix mois avec comme seul avantage, la découverte de l’AFN encore sur le pied de guerre … ce qui faisait de nous déjà presque des anciens, mais toujours sans spé et sans même avoir mis les pieds dans une école…

Pendant nos pérégrinations, l’EPV de Lartigue avait été réactivée et des engagés plus jeunes que nous étaient déjà en passe de commencer leurs cours.

Fort heureusement, ce qui nous attendait en Angleterre allait quand même compenser quelque peu notre relative infortune.

Fin de la partie consacrée à l'AFN et petite pause avant de passer la suite




«Plus on se plaint de pertes de mémoire, moins il y a de probabilité de souffrir d’une maladie de la mémoire.»
Professeur Bruno Dubois, directeur IMMA à la Pitié-Salpétrière
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J-C Laffrat
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Re: Souvenirs d'un engagé de 1944

Message par J-C Laffrat le Mar 15 Sep 2009, 15:01

Voyage Alger - Royaume Uni - septembre 45
Spoiler:

Après transfert à la base de Maison Blanche , nous quittons enfin « Algiers » comme disent les Anglo-saxons, dans un DC3 britannique, pendant le vol nous avons droit à notre premier repas anglais avec du thé ... nous nous posons sur l'aérodrome militaire de Lyneham dans le sud de l’Angleterre.

RAF Station Bridgenorth - septembre 45

Dès l’arrivée nous sommes pris en charge par la R.A.F. et dirigés par la route sur la RAF Station de Bridgenorth dans le centre de l’Angleterre. L’Angleterre que nous imaginions pendant l’Occupation est sous nos yeux, à commencer par la conduite à gauche … et la splendide campagne anglaise à l’automne après notre séjour en Afrique du Nord est un vrai dépaysement pour tous.

La Station de Bridgenorth est une unité d’accueil pour les contingents de volontaires étrangers destinés à être incorporés dans la RAF, au cours des années de guerre, Polonais, Belges, Tchèques et Français libres sont passés par là avant nous.

Dès l’arrivée nous passons une visite médicale et remplissons un tas de formules diverses sur notre identité et nos antécédents afin d’être incorporés dans la RAF comme élèves.

Bien que Français nous sommes considérés par l’intendance comme de futurs aviateurs de Sa Majesté. Nous touchons un paquetage comprenant l’uniforme de la R.A.F., « battle-dress » et chemises, harnachements de la tenue de campagne : sacs en tissus, ceintures, tapis de sol imperméable à usages multiples, ainsi que divers ustensiles allant jusqu’à la tasse pour boire le thé. Le battle-dress est bleu marine au lieu de gris R.A.F., il sera notre tenue journalière avec notre bonnet de marin comme couvre-chef. Nous garderons le bleu de drap et le caban comme tenue de sortie

A la cantine nous sommes servis de pimpantes jeunes femmes à la tenue impeccable; ce sont les W.A.A.F ( Women Auxiliary Air Force ) la cuisine est excellente et variée, quoiqu’un peu surprenante pour des palais français.

La monnaie d’alors est la Livre sterling divisée en Shillings et en Pences
(Penny au singulier), la division n’est pas décimale mais à base douze, le terme de Guinee est aussi employé dans les magasins comme valeur commerciale de prestige pour les articles coûteux, elle correspond à une Livre plus un Shilling.

Nous avons accès à la N.A.A.F.I. ( Navy, Army Air Force Institutes), magasin où nous trouvons tout ce que nous souhaitons : gâteaux, chocolat, cigarettes, fournitures de toilette, etc. Là aussi de charmantes W.A.A.F. nous servent, avec parfois quelques mots de français.

Une fois équipés nous sommes dirigés sur la RAF Station de Stormy Down en Pays de Galles.

RAF Station Stormy Down- ( Pays de Galles) - septembre 45

Cette unité est un centre de sélection et de formation militaire qui fonctionne depuis début 1945 pour les élèves français, aviateurs de l’Armée de l’Air ou marins.
A l'arrivée nous sommes répartis par groupe de trente appelé " flight " sous l'autorité d'un sergent de la R.A.F et affectés à un local d’habitation nommé
" billet" par les Anglais.



RAF Stormy Down 1945 Intérieur d'un "billet"

Les " billets " sont des baraques-dortoirs bien aménagées et assez confortables; les sanitaires sont situés à l’extrémité de la baraque en face de la chambre du sergent anglais. Deux rangées de lits sont alignés dans la chambrée avec une armoire pour chacun, un poêle à charbon est installé au milieu, un haut-parleur est disposé en bout au-dessus de la porte, c’est le "Tannoy" ( du nom de la marque ), il diffuse les ordres de service et aussi les airs à la mode...

Chaque matin réveil en musique au lieu du clairon, à ce moment là pas de mollesse ! Les couchages doivent être défaits et les couvertures et les draps bien pliés selon les règles et disposés au pied du lit, avec le nom de chacun inscrit sur une étiquette glissée au milieu du paquetage.

Ensuite sans retard c’est l’inspection, tout doit être parfait, surtout les chaussures bien cirées ! Et quand tout est OK pour le sergent, nous pouvons aller prendre le "breakfast" avant de partir vers les cours.

Les cours sont identiques à ceux suivis par les Anglais, les instructeurs s’expriment en anglais, c’est l’immersion totale, ceux pour qui c’est difficile ont la possibilité de suivre des cours de perfectionnement rapide dans la langue.
Les matières enseignées comprennent l’instruction militaire, l’enseignement des lois et des règlements en usage dans la R.A.F. les mathématiques, l’alphabet Morse, le Scott à la lampe Aldis, la "recognition " (reconnaissance des avions par leur silhouette ), des notions de météorologie, de navigation et d’armement et enfin de l’éducation physique.

Ces cours durent normalement 12 semaines et font l’objet de contrôles des connaissances acquises à plusieurs reprises.
Pour être admis au cours suivant, celui de la spécialité, il faut obtenir une note minimum de plus de 50% aux tests et être de plus, apte médicalement...

L’emploi du temps quotidien est assez bien rempli, les cours d’instruction militaire nous font découvrir la " parade " ( inspection ) le "drill " exercices en rang serré " slow march, quick march ", etc. Nous devons nous habituer aux ordres de commandements anglais, lancés haut et fort, sans rapport avec le maniement d’armes à la française auquel nous nous étions habitués.

Cette préparation accélérée répond au besoin de formation rapide de l'organisation de guerre, la discipline est sévère mais le confort du personnel n’est pas oublié pour autant.

En cas de manquements aux règles des punitions peuvent tomber ! Entre autres la consigne ou " CC" abréviation de "Confined to camp", et la prison en cas de manquement grave.

Viennent les premières sorties dans l’univers extérieur. Les soldats britanniques ne sont pas encore tous rentrés des théâtres d’opérations et l’organisation de guerre est encore présente. Les femmes sont employées à faire des tas de boulots, dans les transports, la police, les services auxiliaires des trois armes et les métiers de la terre ( Women’s Land Army) etc.

Des privations existent encore et certains produits s’obtiennent avec des coupons, en particulier les vêtements, mais ces restrictions sont sans commune mesure avec les celles que connaissent encore la France ou l'AFN au même moment.

Il est facile de trouver des petits restaurants " fish and chips", pas chers et excellents.

Les pubs ont un petit air à l’ancienne plutôt chaleureux, un pub c’est toute une institution ! La disposition dans plusieurs salles, lounge bar, saloon bar et public bar, selon la classe.
Dans un pub un piano est souvent présent et quand quelqu’un se met à jouer, il n’est pas rare d’entendre tout le monde chanter en chœur les derniers succès à la mode. Chaque pub a aussi son jeu de fléchettes et souvent un billard snooker.

Localement les Français sont déjà bien connus dans les villes des alentours, Bridgend, Porthcawl dans les environs immédiats de Stormy Down , mais aussi Cardiff, Swansea ou même Newport font partie de nos sorties.
Quelques accrochages surviennent parfois dans les ballroom, nous entendons souvent parler de la grande bagarre de Porthcawl par les anciens !
Bien que moins prestigieux nous essayons d’être dignes de nos aînés de la France libre dans ces rencontres.

Mais tout à une fin, le 21 février 1946 nous apprenons que notre entraînement dans la R.A.F. est terminé .
Cette décision résulte des accords passés avec le gouvernement britannique qui prévoient seuls les pilotes pourront continuer leur entraînement jusqu’à l’obtention de leur brevet.

Nous quittons l’Angleterre à regrets au mois de mars, adieu les Ailes de la RAF… Pour tous les élèves ce sera le retour à la case départ, pour les radios, le cours à l’Ecole TER de Porquerolles, puis l’EPV de Lartigue.

Nous serons 29 radios volants dans ce cas, auxquels il faut ajouter 10 mécaniciens volants et 9 mitrailleurs.

Les plus chanceux d’entre nous obtiendront leur Macaron fin 1946 et les autres seulement début 1947, pour être fidèles à notre engagement de 1944, beaucoup
choisiront l’Indochine comme première affectation.

J’arrête là le récit de mes souvenirs personnels, ceux qui voudraient en savoir un peu plus sur cette période peuvent se référer à l’ouvrage L’Aéronautique navale française au Royaume Uni (1940-1946) de Jean-Marie Commeau publié par l’ARDHAN.

NB Malheureusement cet ouvrage est actuellement épuisé
FIN

CAODAI




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Joël Chandelier
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Re: Souvenirs d'un engagé de 1944

Message par Joël Chandelier le Mar 15 Sep 2009, 16:21

Monsieur Caodai car on peut après lecture de tes récits et le grand respect à mon "ancien" te dire Monsieur et tirer son chapeau bachis ou casquette
Quand je pense que 44 est pour moi l'année de ma naissance





 

La "langue" est la meilleure et la pire des choses. [Ésope]
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Moana
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Re: Souvenirs d'un engagé de 1944

Message par Moana le Mar 15 Sep 2009, 17:44

Alors là..........
Voilà un beau récit !



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Pierrot
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Re: Souvenirs d'un engagé de 1944

Message par Pierrot le Mar 15 Sep 2009, 18:14

merci, j'ai beaucoup aimé ces souvenirs très précis. Nous en aimerions encore...



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le gall
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Re: Souvenirs d'un engagé de 1944

Message par le gall le Mar 15 Sep 2009, 18:45

BONJOUR CAODAI
Merci pour ce reportage , écrit avec vivacité, trés clair , c'était l 'époque de la libération , les jeunes qui cherchaient à s'engager à tout prix, dont certains avec les américains , la 2eme DB .......ETC...
Par contre je n'ai pas connu de marin qui à la libération ont fait leur BE en angleterre
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Re: Souvenirs d'un engagé de 1944

Message par latrubesse jean claude le Mar 15 Sep 2009, 19:04

lecture captivante merci beaucoup pour ce cadeau
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gilbert kerisit
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Re: Souvenirs d'un engagé de 1944

Message par gilbert kerisit le Mar 15 Sep 2009, 19:15

wouhaou,magnifique
merci Caodai pour cet excellent récit
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J-C Laffrat
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Re: Souvenirs d'un engagé de 1944

Message par J-C Laffrat le Mar 15 Sep 2009, 20:39

Pour le cas ou certains d’entre-eux vous soient connus voici les noms de mes camarades de l'époque

Radios volants

Anicet Gabriel
Bayol Max Indo
Connan Pierre
Coste Herbert Indo
Eustache Yves
Ezan Pierre Indo
Franco Jean
Frégnac Michel Indo
Gorse René
Grall Jean Marie
Grand Maurice Indo
Guidal Alexis Indo
Hossine Jean Indo
Hautin Bernard
Jézéquel Pierre
Laffrat Jean Claude Indo
Le Floch Louis
Mailloux André
Mole Alain
Nédélec Roger Indo
Ouary Louis Indo
Scoazec Hubert Indo
Stievenard Raymond
Thépot Marcel

Mécaniciens volants

Brélivet Bernard Indo
Breton Marc
Capitaine Jean
Cariou Jean Pierre
Dron Pierre Indo
Giordano André
Le Borgne Robert
Mayéras Roger
Périé Pierre Indo
Suchala Daniel

CAODAI




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J-C Laffrat
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Re: Souvenirs d'un engagé de 1944

Message par J-C Laffrat le Mar 15 Sep 2009, 23:09

Bonsoir à tous et merci de vos compliments

Pour Le Gall

Ce que tu dis est exact, les derniers radio volants à avoir été brevetés dans la RAF sont sortis en mai 1945, mais ils avaient tous des matricules 43, pour la plupart originaires d'AFN.

Par contre une bonne trentaine de pilotes engagés en métropole en 1944 ont reçu leurs Ailes en Angleterre, les derniers ont été brevetés en janvier 1947, parmi eux j'ai connu personnellement, Gabriel Agnel, Edouard Borne et Joseph Le Hiress (MSAC en 1960 dans l'accident du Lancaster d'Agadir)

Bonne soirée




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Re: Souvenirs d'un engagé de 1944

Message par J-C Laffrat le Mer 16 Sep 2009, 12:42

Pour appuyer ce que dit Le Gall voici la page consacrée aux engagés de 1944-1945 extraite du bouquin de JM Commeau



Bonne journée




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Ogier de Baulny
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
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Re: Souvenirs d'un engagé de 1944

Message par Ogier de Baulny le Lun 14 Fév 2011, 10:23

Bonjour tu fais la liste des radios qui était avec toi en Indo jerencntre souvent Max Bayol
et avec lui Fillatre qui était également avec lui comme radio volant à la 8S et qui se sont retrouvé plus au CNES mais il se peut que tu ne l'es pas rencontré en toute amitié salutations
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DALIOLI
SECOND MAITRE 1ère CLASSE
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Age : 75
Électricien

Re: Souvenirs d'un engagé de 1944

Message par DALIOLI le Lun 14 Fév 2011, 12:44


Extaordinaire,dans la liste des radios volants cités par CaodaÏ,il a nommé Mailloux André,j'ai eu le plaisir de rencontrer celui-çi dans mon club cycliste au environ des années 80.Un ançien mataf qui avait un bon coup de pèdales ,malgré son âge,je l'ai même emmené sur un Paris-Roubaix cyclos,et de nombreux challenges cyclos.De bonnes discussions en aparté!Mais il me critiquait toujours de ne pas avoir fait carriére.Il avait fait l'indochine et pas mal de bases.Il est décédé.Toujours partant pour une virée à vélo,même aprés 80 piges,il animait à l'époque une équipe d'ançiens pédaleurs,et, une sortie avec eux ne manquait pas de sel.Salutations.Dalioli.




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