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LES ARMES NAVALES (de l'antiquité à nos jours)

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LES ARMES NAVALES (de l'antiquité à nos jours)

Message par ecofousec le Sam 19 Aoû 2006, 05:11

LES ARMES NAVALES DE L’ANTIQUITE

ET LEUR EMPLOI TACTIQUE

Jean Pagès



Dans son récit de la bataille d’Actium, Dion Cassius, historien grec, dresse un catalogue presque technique des armes, sauf l'éperon et le harpax, dont disposait un chef de guerre pour attaquer et se défendre sur mer à la fin de la période hellénistique. Fort peu de ces armes étaient récentes en 31 avant J.C. et beaucoup avaient vu le jour dans les marines des successeurs d'Alexandre.

“En effet, quoi de plus cruel que le combat naval, où les hommes périssent dans les eaux et les flammes ? Il faut donc surtout se préoccuper des protections, pour que les soldats soient revêtus d'une armure, d'une cuirasse, d'un casque même, et munis de jambières. Car personne ne peut se plaindre du poids des armes, quand le combat sur les navires se fait dans une position arrêtée. On doit choisir aussi des boucliers bien solides pour résister aux jets de pierres et bien larges. Outre les faux et les harpons et tous les autres genres de traits spécifiques du combat naval, on se bombarde mutuellement de flèches, de javelots, de balles de fronde et de fustibales, de projectiles plombés, de traits lancés par des onagres, des balistes ou des scorpions. On se lance des boulets de pierre et, chose plus terrible, ceux qui veulent montrer leur courage, lorsque les liburnes sont rapprochées, des passerelles jetées, sautent sur les navires adverses et là combattent au corps à corps, à coups de glaives. Mais sur les grosses liburnes se dressent des remparts crénelés et des tours pour qu'on puisse blesser ou tuer les ennemis du haut de bâtis en bois surélevés, comme d'un mur. Des flèches roulées dans de l'huile incendiaire, de l'étoupe, du soufre, du goudron, sont enflammées et lancées sur les coques des navires ennemis à l'aide de balistes : avec tant d'aliments elles mettent le feu d'un coup aux bois enduits de cire, de poix et de résine. Certains périssent par le fer, sous les coups d'un boulet, d'autres sont forcés de brûler dans les flots. Mais parmi tant de genres de morts, le plus terrible est que les corps restent sans sépultures entièrement mangés par les poissons”. (Dion Cassius, L, 32-35).



Ces armes se retrouveront dans les conflits postérieurs sous des formes parfois à peine différentes et cela jusqu'à l'avènement de la vapeur et même au-delà : la première allusion à ce que l'on appelle aujourd'hui les "nageurs de combat" nous est rapportée par Pausanias au cours des événements qui précèdent la bataille de Salamine en 480 (X,19,1) ; les engins de débarquement apparaissent sous une forme bien primitive au siège de Tyr en 331.

Végèce, écrivain militaire qui vivait dans la Byzance chrétienne à la fin du IVe, début du Ve siècle, développe très sommairement l'essentiel de ce qu'on connaissait sur les armes navales à son époque dans le chapitre IV, 22 de son Art Militaire. Ce qu'il en dit diffère très peu du récit de Dion Cassius, montrant que dans ce domaine l'évolution a été lente, pour ne pas dire négligeable, entre le IVe siècle avant et le IVe siècle après J.C.

Une énumération succincte donne déjà une idée de la diversité de ces armes et de de la complexité du combat naval :

1) L'éperon

2) Le grappin, le harpax, le corvus,

3) L'artillerie mécanique et les tours de combat

4) Les armes utilisant le feu

- le pyrphoros ou pot à feu

- les projectiles incendiaires

- les brûlots

5) Les engins de débarquement, les obstructions, les plongeurs

- la sambuque

6) Les armes spéciales

- le dauphin

- l'asser

7) Les armes individuelles


L'Éperon premiÈre arme navale (planches I à IV)

Les premiers éperons grecs

L’usage de l’éperon comme première arme navale remonte à une époque reculée de l'histoire de la navigation dans le bassin oriental de la Méditerranée. Un vase d'Asinè datant de 1200-1100 figure un navire, sans doute mycénien, à voile et à rames dont l'extrémité avant de la quille présente une légère protubérance en forme de nez ayant l'allure d'un embryon d'éperon. Des représentations de navires de l'époque mycénienne montrent que certains d'entre eux possédaient un appendice court à l'extrémité de la quille, telles la pyxide de Tragana datée du milieu du XIIe siècle et le sarcophage de Gazi (Crète) qui lui est contemporain.(Voir

planche I, n°1 à 3). Il est cependant douteux que ces appendices soient des éperons car des ex-votos de barques de pêche ont aussi des appendices sans qu'on connaisse leur fonction.

On a longtemps discuté pour savoir si des embarcations minoennes ou cycladiques possédaient un "éperon". Des modèles en terre-cuite qui sont apparemment des ex-votos, comme ceux de Palaikastro ou ceux de Mochlos (Crète), présentent un appendice qui pourrait passer pour un éperon. De toute évidence, nous avons là des représentations d'embarcations destinées à la pêche côtière ou au petit cabotage qui ne nécessitent pas l'usage de l'éperon ; la force propulsive, de toute façon, aurait été insuffisante pour cela, car ces modèles ne comportaient que deux ou trois bancs de rameurs. En outre et surtout, l'étude comparative de ces modèles montre que le dit appendice n'est qu'une partie de la structure de la poupe de l'embarcation et non de la proue. Sur les représentations des navires longs cycladiques (IIIe millénaire), ancêtres des galères des époques postérieures, on ne trouve nulle trace d'éperon.

Casson remarque qu'avant le IXe siècle l'éperon n'était pas représenté sur les dessins de navires (ce qui ne prouve pas que son invention n'ait pas été bien antérieure à cette époque comme on peut le supposer). C'est au cours de la première moitié du VIIIe siècle durant les phases récentes du style géométrique qu'apparaissent des représentations de navires munis d'éperons (planche I, 4 à 6 ; planche II, 7 à 12).

Homère, de son côté, n'en fait pas mention car il a voulu décrire des navires antérieurs au VIIIe siècle, par souci d'éviter un anachronisme. Les navires représentés sur les vases grecs sont de deux types, l'un bas sur l'eau et non ponté, dit aphracte, et l'autre possédant un pont pour la protection des rameurs et pour l'évolution des hoplites, appelé cataphracte ; dans les deux cas l'éperon est présent. Le premier à en parler est le poète Hipponax d’Ephèse, du milieu du VIe siècle1.

Les représentations des VIIIe siècle et suivants (planche II, planche III, 13 à 14) indiquent que probablement l'éperon primitif avait eu d'abord une forme conique dont la pointe était plus ou moins relevée par rapport à l'horizontale de la quille. Certains navires avaient des proembolia au-dessus de l'éperon principal, destinés à endommager les oeuvres mortes de l'adversaire.

Au VIe siècle, commence à apparaître l'éperon en hure de sanglier (planche III, 13), tel ce navire de Samos dont parle Plutarque, dans son Périclès (LI), et qui serait daté de la fin de ce siècle. Ce type se retrouve sur de nombreux vases où sont figurées des scènes navales, comme la coupe de Nicosthénès au Musée du Louvre ou celle d'Exékias datée de la fin du VIe siècle.

Des témoignages permettent d'établir que l'éperon en hure de sanglier de ce navire samien, daté du règne de Polycrate, tyran de Samos, entre 532 et 523, est devenu un éperon évoluant déjà vers le type à une lame verticale sur le navire samien représenté sur le tétradrachme de 493-489. Il faut toutefois noter que le navire attribué à l'époque de Polycrate était une pentécontère à deux rangs de rames et que son successeur dans la flotte de Samos, vers 490, était une trière, donc plus puissante puisqu'elle avait trois rangs de rames (planche III, 14).

Le vase d'Aristonothos, daté de la première moitié du VIIe siècle représente un combat naval entre deux navires dont l'un, celui de gauche, possède un éperon en hure de sanglier alors que l'autre a une étrave en forme de bec dirigé vers le bas (planche II, 12). Cette forme est tellement aberrante qu'on est en droit de penser à une fantaisie de l'artiste. Ce serait, d'après J.S. Morrison2, une forme primitive du corvus dont on parlera plus loin. Ce vase vient de Grande Grèce (Italie du sud et Sicile) et a pu être une oeuvre influencée par un modèle étrusque.

La marine étrusque se manifesta vers 540 quand, entre Corse et Italie, elle livra la bataille navale d'Alalia contre une flotte phocéenne ; cette dernière remporta "une victoire à la cadméenne, car elle perdit quarante navires sans compter les autres dont les éperons furent faussés" (Hérodote I, 166). Il est possible que les Tyrrhéniens aient inventé de leur côté un type d'éperon "occidental" différent des modèles grec et phénicien. Le rostre étrusque apparaît sur un vase de la nécropole de Véiès daté du début du VIIe siècle. Cet appendice est apparemment rapporté d'après cette représentation. Rebuffat3 attire l’attention sur une courte notice de Pline l'Ancien (VIII,209) qui prend tout son sens : "parmi les grandes inventions navales, un certain Pisaeus Tyrrheni... a ajouté un rostre au navire rond pour en faire un navire de guerre".

Ce vase de Véiès n'est pas la seule preuve de l'existence d'un éperon rapporté sur un navire marchand pour le transformer en navire de guerre : une mosaïque de Tunisie en montre un à voiles possédant un éperon démesuré4. Cette aberration est certainement le fait de l'artiste.

Un vase, provenant de l'île d'Ischia, daté de la fin du VIIIe siècle, représente une scène de naufrage. Les navires chavirés ont des éperons "hauts" au niveau du pont (planche II, 9). Cette oeuvre est contemporaine de celle d'Aristonothos (n° 12 de la même planche), qui montre un éperon du type "tyrrhénien".





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Re: LES ARMES NAVALES (de l'antiquité à nos jours)

Message par ecofousec le Sam 19 Aoû 2006, 05:15

Les éperons phéniciens

On connait la forme des éperons des navires tyriens du tout début du VIIe siècle grâce aux bas-reliefs de Ninive qui les représentent au moment où ils évacuent la population de Tyr conquise par Sennacherib en 701. Cette forme est peu différente de celle des éperons des navires grecs contemporains : ils sont probablement coniques et sûrement pas aussi allongés que le montre le bas-relief (planche IV, 21).

Les monnaies des villes phéniciennes de Sidon, d'Arados, de Byblos des IVe et Ve siècles représentant des navires prouvent que le type d'éperon des siècles précédents est conservé ; il reste encore relativement long par rapport aux éperons des navires grecs (planche IV, 22 à 25).

Des monnaies de Sidon représentent le navire dans son intégralité. L. Basch donne, dans son Musée imaginaire de la marine antique, trois dessins de proues suivant la monnaie. Sur le premier spécimen, l'éperon qui était conique et long, devient plus court et en forme de lame sans proembolia ; sur le deuxième, cet éperon se termine par trois "dents" et l'étrave est munie de deux proembolia très acérés ; quant au troisième, le dessin est trop indistinct pour être interprété. Il semble toutefois que l'éperon phénicien a subi l'influence de l'éperon grec (planche IV, 23, 24).

Cette évolution se voit dans les monnaies émises par Hasdrubal en Espagne entre 228 et 221 ; une des faces est occupée par une proue de navire "à la grecque" tant par le style que par la représentation de l'éperon (planche IV, 25).

Les éperons des époques hellénistique et romaine

La trière grecque de l'époque classique des Ve et IVe siècles possède un éperon qui est fixé sur l'extrémité de la préceinte principale au point où elle rencontre la quille qui s'infléchit vers le haut. C'est ce que nous montrent les monnaies de Kios, de Phasélis, etc... (planche III, 14). L'extrémité de l'éperon de ces navires se termine soit comme une lame verticale, soit par trois pointes comme le montre une monnaie d'une ville de Chypre datée du Ve siècle ou une autre de Cnide entre 300 et 190. D'après L. Basch, c'est sur une stèle funéraire d'un marin tué au combat naval au début du IVe siècle que l'on voit pour la première fois un éperon à trois "pointes"5.

Grâce à leurs inventaires, les arsenaux de la marine athénienne conservaient un compte précis des éperons de navires en service et en réserve, étant donné la valeur de cette arme de bronze. Il était de règle que, quand un navire était condamné pour être dépecé, son éperon devait faire retour à l'arsenal. L. Casson cite un de ces inventaires dans lequel il est question de navires capturés à l'ennemi ne possédant qu'une partie de leur éperon : d'après lui, l'éperon complet se composait de deux parties une supérieure, et l'autre inférieure, qui s'adaptaient quand on les mettait en place sur le massif de bois de l'extrémité de la quille6.

Ce sont surtout les monnaies qui nous renseignent sur les types d'éperons de l'époque hellénistique. Celles frappées par Démétrios Poliorcète pour commémorer sa victoire de Salamine de Chypre en 306 portent sur une face une proue de polyère avec son éperon se terminant par trois "dents". Cet éperon est fixé à l'extrémité de la ceinture principale de la polyère qui s'infléchit vers le bas pour rencontrer le "talon" de la quille qui s'incurve, lui, vers le haut. Les extrémités des ceintures hautes sont terminées par trois proembolia (planche IV, 24). L. Basch voit déjà dans ces premières représen-tations de l'éperon le modèle qui nous est connu par la trouvaille d'Athlit : c'est-à-dire l'éperon à trois lames horizontales reliées par une âme verticale.

Jusqu'à ces dernières années, l'archéologie nautique n'avait pas découvert d'éperon ; ce n'est plus vrai maintenant puisqu'au large d'Athlit en Israël, en 1981, on a trouvé un éperon de bronze du IVe siècle ou de l'époque hellénistique. Cet éperon d'un poids de 450 kilos est constitué par trois lames horizontales reliées entre elles par une lame verticale médiane ; c'est le modèle classique de cette arme reproduit dans de nombreuses représentations iconographiques de son époque (monnaies surtout). Il est permis de penser qu'étant donné son poids, il a équipé une polyère, puisque les trières athéniennes possédaient des éperons ne dépassant pas deux cents kilos environ.

Le bronze de l'éperon d'Athlit avait été coulé sur les extrémités de la quille et des deux ceintures dont il coiffait le tout ; des pièces de bois internes transmettaient aussi à toute la structure de la polyère les efforts développés au moment de l'éperonnage.

On peut se demander à partir de quelle époque apparaît l'éperon à trois lames qu'on pourrait appeler classique comme celui d'Athlit. Les tétradrachmes de Démétrios Poliorcète, roi de Macédoine (306-283), nous montrent une proue de navire avec son éperon à trois lames et le proembolion formé de trois pointes qui sont les aboutissements à l'étrave d'autant de ceintures. Une autre monnaie celle-là de Samos, datée de 493-489, représente une proue de galère samienne avec un éperon qui continue la quille et qui est surmonté de plusieurs proembolia. La proue de ce dernier navire est particulièrement joufflue et l'éperon est de forte dimension7.

Le socle de la victoire de Samothrace a été étudié en tant qu’antiquité navale par le commandant Carlini qui en a fait une reconstitution graphique. Selon L. Basch, cette Victoire commémorait celles de Sidé et de Myonnésos remportées en 190 par les flottes romaine et rhodienne sur celle d'Antiochos III, roi de Syrie. Le commandant Carlini interprète l'éperon de polyère (quinquérème) comme une lame verticale à trois dents les unes au dessus des autres et non horizontalement. Ce serait donc un trident qui paraît bien fragile pour un combat ; il symboliserait l'attribut de Neptune8.

On ne sait pas comment était l'éperon de la polyère de l'île Tibérine (Rome) datée de la première moitié du 1er siècle avant notre ère. Les reconstitutions l'imaginent de type classique à trois lames horizontales9.

Il faut arriver au 1er siècle avant J.C. pour voir une représentation en trois dimensions d'un éperon semblable à celui d'Athlit dans un monument en forme de proue à Cyrène ; l'éperon est accompagné d'un proembolion presque aussi important que l'éperon lui-même ; un autre monument à Rhodes et enfin celui en marbre blanc d'Ostie sont des preuves de l'emploi dans toutes les marines du modèle d'éperon trouvé à Athlit, qu'elles soient grecque, macédonienne, phénicienne, rhodienne, romaine ou punique10.

Dans l'iconographie punique, parmi les stèles de la Carthage préromaine, les représentations de navires de guerre sont rares ou absentes. Des navires peut-être marchands ont des "taille-mer" qui ne sont manifestement pas des éperons, à moins que les puniques n’aient, à l'image des Etrusques, longtemps leurs alliés, équipé leurs navires de commerce de l'éperon ; aucun texte ancien ne fait allusion à une telle éventualité11.

L'éperon d'Athlit (Israël) était particulièrement décoré sur ses deux faces : on y reconnaît le bonnet, attribut des Dioscures protecteurs des navigateurs dans la tempête, ensuite le caducée et l'aigle (de Zeus ?) et enfin le trident de Poséidon (ou de Neptune) lequel apparaît également sur les éperons des monuments de Cyrène et de Rhodes. D'ailleurs, cet éperon à trois lames horizontales vues de profil ne représente-t-il pas un trident et cette forme n'aurait-elle pas été inspirée par une idée religieuse : mettre le navire et son équipage sous la protection du dieu, en tout temps et, au combat, faire appel à sa puissance ? Une monnaie datée entre 229 et 221 montre la proue d'un navire macédonien ; sous son éperon a été gravé un trident qui est la parfaite copie de cet éperon12.

Il est clair que l'éperon a représenté la puissance sur mer à l'époque hellénistique et même avant, et comme il y a eu identité entre les deux emblèmes, ils étaient tous deux des attributs interchangeables de Poséidon/Neptune.

Les éperons des navires capturés servaient de trophées que les vainqueurs consacraient dans les temples ; ainsi, vers 520, les Samiens battus par les Eginètes et les Crétois virent leurs vaisseaux amputés de leurs éperons "en hure de sanglier" lesquels furent portés au temple d'Athéna à Egine ; Hérodote rapporte aussi que les Grecs après Salamine :

“se partagèrent le butin et envoyèrent à Delphes les prémices dont on a fait une statue d'homme haute de douze coudées qui tient à la main un éperon de navire...” (III, 59).


Cet Apollon de bronze de cinq mètres trente de haut fait avec les éperons des navires vaincus à Salamine serait une préfiguration de la colonne rostrale des Romains. Outre cette statue, les vainqueurs consacrèrent trois trières phéniciennes à l'isthme de Corinthe, au cap Sounion et la dernière à Salamine même (Hérodote VIII, 121).

Les Romains eurent une colonne rostrale dès 338 après la prise par les légionnaires de la ville d'Antium (aujourd'hui Anzio) ; ils capturèrent les navires ennemis dans le port. Cette colonne rostrale commémore en fait la victoire d'une puissance terrestre sur une puissance maritime. Toutefois, c'est le triomphe de Duilius en 260 qui constitue la première victoire de la marine romaine (Tite-Live, VIII, 13).

Après Actium, Octave s'étant emparé de nombreux éperons de navires de la flotte d'Antoine, probablement après les avoir incendiés, les plaça sur une colline qui dominait son camp d'avant la bataille ; les autres furent envoyés à Rome pour décorer le temple de Divus Julius (Dion, LI, 22 et 29).

Les auteurs classiques citent souvent l'image de l'éperon ainsi : dans la tragédie les Perses, d'Eschyle jouée en 472, huit ans après Salamine ; c'est le messager perse qui parle :

“l'arc n'a rien pu. Toute l'armée a péri domptée par l'éperon des vaisseaux” (vers 278-279).


ou comme Xénophon (Helléniques, VII,5,23), à propos de la bataille de Leuctres en 371, un siècle environ après Salamine : "une armée lancée comme une trière, l'éperon en avant".

ou César dans sa guerre contre les Vénètes : "l'éperon romain contre la coque vénète" (Bello Gallico, III, 13).

Le mot de la fin de cette étude sur l'éperon revient à un contemporain historien W.W.Tarn à propos de la première guerre punique : "le glaive romain a battu l'éperon punique" 13.





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Message par ecofousec le Sam 19 Aoû 2006, 05:18

La tactique de l'attaque à l'éperon

L'histoire de l'Antiquité méditerranéenne a retenu plusieurs utilisations militaires du navire correspondant à des conceptions différentes de la tactique du combat.

1) Le navire a servi d'abord de moyen de transport pour traverser un bras de mer ou pour faire un certain trajet au large jusqu'au lieu choisi pour l'affrontement avec l'ennemi en débarquant sur ses côtes ; le navire a été, comme le char à la même époque, le véhicule qui amène le guerrier sur le théâtre du combat.

Dans la guerre de Troie, le combat en char, et en particulier l'affrontement de deux chars, est pratiquement inconnu. Il en va de même pour les navires et, à cet égard, Homère ne parle pas de navires troyens qui auraient pu s'opposer au débarquement.

2) Le deuxième aspect correspond à une conception purement "terrestre" du combat sur mer ; il fait du combat naval le prolongement du combat d'infanterie en le transposant sur l'élément marin, le pont du navire devenant la plate-forme sur laquelle se battent les hoplites. Ce qu'on demande à cette plate-forme, c'est d'être à peu près stable et former avec la plate-forme du navire adverse liée à elle le terrain du combat. D'ailleurs les armes utilisées sont celles de l'infanterie avec, peut-être, des lances spéciales pour le combat naval comme il en est question dans l'Iliade.

Il est bon de rappeler ce que Thucydide dit d'une bataille navale entre Corinthiens et Corcyréens en 427 au début de la guerre du Péloponnèse, (I, 49).

“Lorsqu'on eut de part et d'autre arboré les signaux, l'action s'engagea. Des deux côtés les tillacs des navires étaient chargés d'hoplites, d'archers et d'acontistes. Les deux adversaires, qui manquaient d'expérience, s'en tenaient à l'ancienne tactique. Ce fut une bataille acharnée, mais sans art. On eut dit plutôt un combat d'infanterie... On comptait surtout pour vaincre sur les hoplites des tillacs qui s'étaient engagés dans un véritable corps à corps, tandis que les navires se trouvaient immobilisés. On apportait au combat plus d'énergie que de science...”


Cette ancienne tactique, reflet d'une conception purement terrestre du combat naval sera remplacée par la tactique de l'attaque à l'éperon.

3) La tactique de l'attaque à l'éperon apparaît donc après 480 dans la marine athénienne. Il faut remarquer que ni Corinthe, ni Corcyre n'ont adopté en 427 cette nouvelle tactique athénienne née peu après Salamine, plus de cinquante ans plus tôt. Pourtant leurs marines et, surtout celle de la seconde, bénéficiaient d'une certaine réputation. Elle ne supplantera pas la "guerre de soldats sur mer", mais va la concurrencer efficacement sans toutefois l'éliminer, comme on le verra dans les guerres puniques. Cette fois, l'objectif est la mise hors de combat, sinon la destruction à l’éperon du navire adverse après que l’attaquant a exécuté diverses manoeuvres codifiées :

- le diekplous, qui est la percée dans la formation ennemie généralement disposée en colonnes. En ligne de file, les navires de l'attaquant s'insinuaient entre deux colonnes ennemies et chacun, choisissant un adversaire, passait à contre-bord en balayant ses rames et l'immobilisait, le rendant vulnérable à une attaque à l'éperon. Cette attaque se faisait en virant rapidement pour revenir sur l'ennemi (anastrophe) en faisant force de rames et en l'éperonnant par l'arrière sous un angle très inférieur à 90° pour des raisons qui sont données plus loin. Thucydide (II, 92) raconte un événement de la bataille de Naupacte en 429 au cours de la guerre du Péloponnèse :

“Largement détaché, un navire de Leucade poursuivait la trière athénienne restée en arrière. Un vaisseau marchand se trouvait là mouillé au large. La trière d'Athènes parvint la première à sa hauteur, tourna autour de lui et vint donner de l'éperon sur le navire de Leucade qu'elle coula...”.


C'est la meilleure illustration de ce qu'était la manoeuvre classique de la marine athénienne.

- on employait aussi la tactique du périplous, c'est-à-dire d'enveloppement par une aile ou les deux, consistant à étirer sa propre formation de façon à tourner l'aile ennemie et à l'attaquer par l'arrière.

Tout le monde n'est pas d'accord pour attribuer aux Grecs l'innovation de la tactique de l'éperon par des escadres entières. Lucien Basch explique :

“qu'elle est d'origine phénicienne... ce que paraît indiquer une longue familiarité avec ce genre de manoeuvre (et incidemment expliquer la défaite des Grecs à Ladè lors de leurs premiers contacts avec la flotte phénicienne) : or, après un siècle et demi de rencontres armées avec les forces grecques, qui furent funestes pour les flottes phéniciennes, les monnaies de Sidon témoignent de
la persistance de l'éperon long” 14.


J.S. Morrison analyse les qualités des trières athéniennes, l'habileté avec laquelle elles étaient manoeuvrées ainsi que l'endurance de leurs rameurs :

“on a une claire vision, au cours des récits de batailles navales du Ve siècle, de ce qui est exigé de l'architecte naval et de son navire ainsi que de l'équipage au combat : absolue nécessité d'imprimer à la trière l'accélération convenable au moment du diekplous ainsi que les indispensables qualités d'évolution qui permettent d'éperonner l'adver-saire le plus efficacement possible” 15.


La cause principale de l'arrachement d'un éperon provient de ce que le pilote du navire abordeur n'a pas tenu compte du mouvement latéral du but par rapport à sa route ; en effet, les pilotes des trières rhodiennes éperonnaient l'adversaire en exécutant avant le choc un rapide mouvement dans le sens du mouvement de celui-ci. L'attaque à l'éperon prononcée perpendiculairement à l'adversaire était à proscrire. J. Morrison remarque que la plupart des éperons perdus pouvaient être retrouvés car les batailles avaient lieu à proximité de terre et que l'âme en bois sur laquelle ils étaient fixés avait une flottabilité suffisante pour permettre à l'ensemble de flotter16.

Il semble que cette forme d'éperon ait été conçue pour provoquer une grave voie d'eau chez l'adversaire tout en permettant au navire de se dégager facilement après l'impact. La solution adoptée par les marines gréco-romaines est toute différente. On verra ainsi à la bataille de Chios, en 201, les Rhodiens faire piquer du nez à leurs navires pour que leurs éperons endommagent les oeuvres vives de l'ennemi. Dans le même récit, Polybe rapporte qu'un navire rhodien qui avait éperonné un adversaire laissa son éperon dans le flanc de celui-ci mais succomba car il faisait eau par l'avant (XVI, 2-9).

A l'époque hellénistique, le combat naval se terminait de plus en plus par la capture de navires à l'abordage comme le montrent les récits qui font moins état d'unités coulées à la suite d'une attaque à l'éperon.

Bien qu'envahies par l'eau et pratiquement submergées, les trières éperonnées et abandonnées par leurs équipages continuaient à flotter ; elles pouvaient ainsi être récupérées par l'adversaire et incorporées dans sa flotte.





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Message par ecofousec le Sam 19 Aoû 2006, 05:20

La tactique des escadres

Les chefs d'escadre manoeuvrent avant le combat pour avoir soit l'avantage du vent, soit pour avoir une aile de la formation protégée par la terre contre tout enveloppement (car presque tous les engagements ont eu lieu près de terre). Il y a des cas où le chef d'escadre a intérêt à combattre dans des eaux étroites comme à Salamine où l'avantage du nombre n'a pas été décisif ; dans d'autres cas, une escadre formée d'unités rompues à toutes les manoeuvres a besoin de champ pour prononcer ses attaques ; ainsi les Athéniens à Syracuse ne purent utiliser toutes les ressources du diekplous.

En temps de paix comme en temps de guerre, les escadres naviguent en formation par colonnes et dans chaque colonne les unités se suivent en ligne de file. C'est à partir de cette formation de route qu’on prend celle de combat qui se ramène à trois dispositifs :

1) ligne de front

Tous les navires de l'escadre se tiennent sur une même ligne par le travers les uns des autres au même cap et à la même vitesse. Les règles voulaient que les plus forts fussent au centre de part et d'autre du chef d'escadre. Pour éviter que les ailes ne soient victimes d'un enveloppement, l'une d'elles pouvait être suffisamment proche de terre tout en étant composée comme l'aile du large de navires suffisamment puissants. Tenir son poste était une consigne rigoureusement appliquée. La ligne de front pouvait être double, la seconde en retrait et ses navires occupant les intervalles de ceux de la première ligne donc placés en quinconce pour s'opposer à toute tentative de diekplous.

2) ligne en échelon concave

Syriano, cité par Michel Reddé, dit que cette formation "se prend quand on voit l'ennemi assez fort, tenant ses rangs, et particulièrement quand on ne peut refuser le combat". Toute tentative de l'ennemi pour attaquer le centre est risquée car il peut être attaqué de flanc par les ailes, justement où se trouvent les navires les plus puissants. Comme précédemment, le centre est placé sur deux lignes, pour les mêmes raisons17.

Cette formation est appelée en échelon quand chaque navire est placé sur une ligne plus reculée que celle de son voisin, tous ayant le même cap et la même vitesse.

3) ligne en échelon convexe

C'est la formation contraire à la précédente. Les navires les plus puissants sont au milieu et les plus faibles aux ailes. C'est une tentative pour enfoncer le centre adverse. Toutefois, si la formation ennemie est en échelon concave, les navires les plus puissants sont évidemment placés aux ailes pour répondre aux ailes adverses renforcées. La tenue du cap et de la vitesse est impérative.

Ces formations devraient dans la mesure du possible être prises au tout dernier moment pour créer la surprise chez l'adversaire.

Avant l'époque hellénistique le combat à l'éperon restait la tactique classique généralement adoptée par les flottes de guerre ; cependant, par la suite, elle commença à être subordonnée au tir de l'artillerie mécanique, à l'utilisation du grappin et du harpax et enfin à l’action des soldats de marine18.

Le grappin, le corvus, le harpax

L'usage du grappin semble remonter à la plus haute Antiquité. Casson croit pouvoir affirmer que le grappin existait comme arme navale lors de l'attaque des Peuples de la mer contre l'Egypte vers 1200 avant J.C. ; en revanche l'éperon était inconnu, aussi bien des Peuples de la mer que des Egyptiens19.

Thucydide (IV, 25) rapporte un engagement entre les forces athéniennes et alliées d'une part et des unités syracusaines de l'autre pendant la guerre du Péloponnèse en 429, au cours duquel le grappin fut utilisé par un navire syracusain pour s'emparer d'un ennemi. En deux occasions, lors du siège de Syracuse par les Athéniens en 415-413, le grappin est employé par les navires athéniens et aussi par les navires syracusains ; Nicias l'Athénien s'adressant à ses soldats fait allusion à la transformation que firent subir les Syracusains à l'avant de leurs navires en vue de les renforcer pour éperonner avec succès leurs adversaires :

“A ces massives étraves qui nous ont fait tant de mal, nous opposerons cette fois des grappins de fer que nous lancerons sur les navires ennemis qui aborderont les nôtres” (VII, 62).


Ce qui incita les Syracusains à trouver une parade :

“Ils avaient pris la précaution pour parer au danger de tendre des peaux sur les proues et sur une grande partie des superstructures pour que le grappin, une fois lancé, glissât sans trouver prise” (VII, 65).


Le grappin est mentionné à la même époque, en 414, par Euripide dans son Iphigénie en Tauride aux vers 1406 et suivants :

“Mais le navire donnait de plus en plus dans les récifs, si bien que l'un des nôtres descendit dans l'eau, et qu'un autre tenta de jeter le grappin”.


C'est l'utilisation du grappin pour tenter de sauver un navire ; il est vrai que le grappin avant de devenir une arme navale a été de tout temps très employé par les marins marchands et les pêcheurs de l'Antiquité.

En 406, à la bataille des Arginouses entre Péloponnésiens et Athéniens, Diodore rapporte que Callicratidès, navarque de la flotte péloponnésienne, éperonna le navire de Périclès, le fils de l'homme d'Etat, et que celui-ci jeta des grappins sur son adversaire pour le contraindre à rester accosté et le prendre à l'abordage. Le même auteur rapporte qu’Alcibiade se servait du grappin pour s'emparer des navires au mouillage à la fin de la guerre du Péloponnèse en 412 (XII, 97-100).

Il est probable que le grappin a continué d'être utilisé concurremment avec le corvus. Il a dû être l'arme des petits navires comme les lemboi pour s'attaquer à des adversaires de leur taille.

Pendant la deuxième guerre punique, en 202, les Romains assiégeaient Utique. Scipion craignit que ses navires cataphractes ne soient attaqués par la flotte punique. Pour cela, "il fit mettre à l'ancre tous les navires cataphractes, en les entourant de navires de charge groupés sur trois ou quatre rangs de profondeur et dont il fit amener les mâts et les vergues pour attacher ceux-ci solidement entre eux, en ne laissant qu'un étroit passage pour les unités légères...". C'est avec de forts grappins munis de chaînes que les Puniques tentèrent de disloquer cette protection (Tite-Live, XXX, 10 ; Polybe, XIV, 10).

La bataille de Corycos livrée par les Romains à la flotte d'Antiochos de Syrie en 191, racontée par Tite-Live, nous donne un exemple d'engagement naval où le grappin joue un rôle décisif dans la tactique romaine de l'attaque à l'abordage. Deux navires carthaginois alliés des Romains se trouvaient détachés en avant de leur formation. Ils furent attaqués par trois navires syriens et deux d'entre eux se portèrent contre l'un des Carthaginois et le mirent hors de combat après avoir brisé ses rames des deux bords. Le navire immobilisé fut pris à l'abordage ; voyant cela, l'autre navire carthaginois regagna son poste dans la formation. L'amiral romain C. Livius Salinator se porta alors contre les deux vainqueurs, jeta sur chacun d’eux des grappins et se rendit maître de ses adversaires, grâce au courage des soldats de marine (XXXVI, 44, 5 à 9). Tite-Live ajoute que, pour réussir à lancer le grappin sur deux adversaires à la fois, le navire amiral romain fut obligé de se tenir immobile pendant le temps du tir en s'aidant de ses avirons pour garder un cap favorable en tenant compte du vent et de la mer.

On voit par là qu'un navire peu maniable et relativement lent pouvait, en utilisant le grappin, remédier à son incapacité de manoeuvrer rapidement et vaincre l'adversaire.

Casson pense qu'un grade de la flotte romaine, celui de dolator, correspondait au sous-officier chargé de commander le groupe de marins dont la mission à bord était de couper les filins des grappins qui s'abattaient sur leur navire. L'auteur se base sur un inscription du 1er siècle de notre ère et sur d'autres documents aussi tardifs par rapport à l'époque qui nous occupe. Quoi qu'il en soit, il faut remarquer que déjà en 36 avant J.C. à la bataille de Mylae, le harpax dont on va parler était muni d'une bonne longueur de chaîne de fer pour empêcher justement que le filin ne soit tranché. Le dolator est celui qui est armé d'une sorte de gaffe tranchante destinée à couper les drisses du navire ennemi comme cela se produisit dans le combat contre les navires des Vénètes en 56 avant J.C.

Selon César, lors du siège de Massilia en 49, les Romains et probablement les Massaliotes se servirent de grappins :

“Lorsqu'il était possible de combattre de près, un de nos navires venait se placer hardiment entre deux vaisseaux ennemis, puis les accrochant l'un l'autre avec des grappins, on se battait sur deux fronts et on passait sur les navires ennemis” (Bello Civile, I, 57 et 58).


Et lors du deuxième engagement :

“S'il arrivait aux nôtres d'accrocher avec les grappins un de leurs bâtiments, les autres accouraient aussitôt au secours de tous les côtés” (BC, II, 11, 9).


Une amélioration importante est due à Agrippa, l'amiral d'Octave, qui inventa le harpax. Sa description nous est donnée par Appien (GC,V,118) ; c'est un madrier de deux mètres à deux mètres cinquante de long, protégé par des plaques de fer clouées pour empêcher qu'il ne soit attaqué à la hache ; cette pièce de bois est munie à une extrémité d'un grappin de fer et à l'autre, d'une longue amarre solide. Le harpax était lancé par une baliste sur le navire ennemi et une fois le grappin pris dans les superstructures, l'amarre était halée par un treuil de façon à faire accoster l'adversaire pour ensuite l'attaquer à l'abordage.

Le harpax avait été utilisé pour la première fois, en 36 pendant la guerre de Sicile, à la bataille de Naulochus où il eut beaucoup de succès, car il pouvait être lancé à longue distance et déjouer ainsi les manoeuvres de dérobement de l'adversaire.

Duilius, amiral de la flotte romaine, imagina de faire de la bataille navale une bataille terrestre. C'est à lui, ou à un de ses conseillers peut-être syracusain, qu'on doit l'invention du corvus qui fut expérimenté pour la première fois à la bataille de Mylae en 260 contre la flotte punique. Polybe (I, 22 et 23) le décrit comme étant une passerelle pivotante installée à l'avant du navire et dont le pied était fixé librement à la base d'un mât servant à la hisser au moyen de cordages et de poulies. Au moment de l'attaque contre un adversaire suffisamment proche, la passerelle était amenée brusquement sur le pont de l'antagoniste et une forte pièce de fer en forme de croc pénétrait dans son pont et s'y fichait. Cet engin servait donc à maintenir l'ennemi accosté et à permettre aux soldats de marine d'aller à l'abordage, les premiers des assaillants se protégeant avec leurs boucliers et les suivants faisant de même sur les côtés. Cette passerelle mesurait un peu moins de 11 mètres sur une largeur de 1,20 mètre ; elle était munie de garde-fous sur les côtés sur lesquels les soldats de marine appuyaient leurs boucliers. Le mât qui servait à la manoeuvre avait moins de 8 mètres et des bras en filin permettaient d'orienter la passerelle vers l'ennemi.

Il n'était pas possible aux adversaires des Romains de tenter une manoeuvre d'enveloppement car les corvi pivotaient avec facilité et les menaçaient constamment.

Cet engin fut conçu par les Romains conformément à leur tactique et aussi parce que leurs navires étaient beaucoup moins manoeuvrants et plus lents que ceux des Puniques ; ce fut sa nouveauté qui dérouta d'abord les Puniques qui n'avaient aucune parade à opposer. C'est grâce au corvus que C. Duilius vainquit l'amiral carthaginois Hannibal et lui prit plus de trente navires dont sa propre heptère à la bataille de Mylae en 260 (Polybe I, 22 et 23).

On constate qu'après la bataille d'Ecnomus en 256, le corvus disparait sans laisser de traces ; ni Polybe, ni aucun autre auteur ne fait allusion à cet événement. Thiel20 pense, avec raison, que le corvus a bien existé malgré l'opinion de Tarn et que, d'autre part, il a cessé d’être en service entre 259 et 255, pour la raison qu'après cette date, les quinquérèmes romaines d'un nouveau type, plus marin et plus maniable, ne pouvaient être équipées du corvus qui aurait réduit leur stabilité. Seules les quinquérèmes d'ancien modèle, plus lourdes et donc moins manoeuvrantes, pouvaient en être munies. Il faut reconnaître que l'arme du corvus est dangereuse pour la quinquérème qui en est dotée, surtout par mauvais temps ; il est possible que le corvus ait été pour quelque chose dans les pertes subies par la flotte romaine au cours des tempêtes de 255 et 250.

Pendant la guerre de Sicile, les Pompéiens et les partisans d'Octave se rencontrèrent à la hauteur de Naples en 38 ; les deux navires amiraux se battirent en un combat singulier au cours duquel, après s'être attaqué à l'éperon et s'être fait des avaries, chacun lança des grappins et se servit de passerelles pour monter à l'abordage ; elles ne devaient pas être des corvi mais des passerelles légères et en nombre.





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Re: LES ARMES NAVALES (de l'antiquité à nos jours)

Message par ecofousec le Sam 19 Aoû 2006, 05:24

L'artillerie mÉcanique et les tours de combat

Le système de la catapulte repose sur le principe de la détente brutale de deux câbles qui ont été soumis préalablement à une forte torsion. Il y avait plusieurs modèles de catapultes et aussi plusieurs "calibres" ; ainsi Polybe, énumérant les dons reçus par Rhodes en 217 après un séisme destructeur, parle de "cinquante catapultes de trois coudées" ce qui correspond à environ un mètre cinquante pour la longueur d'un élément de l'engin qui n'est pas précisé. Les câbles auxquels il est fait allusion ci-dessus sont faits de cheveux ; selon Polybe, Séleucos, le père d'Antiochus "donna mille talents de cheveux". Auparavant, en 219, Rhodes à son tour procura à Sinope menacée par Mithridate du Pont "trois cents talents de cheveux tressés, cent talents de boyaux traités" servant très probablement à faire des câbles de catapulte (Polybe IV, 56 ; V, 89).

Pendant la guerre civile, en 47, la population de Salonae (l'actuelle Split sur la côte dalmate) assiégée par les adversaires de César fit "couper les cheveux à toutes les femmes pour en faire des câbles pour les machines" (BC, III, 9).

Certains auteurs pensent que ce sont les ingénieurs de Denys de Syracuse (406-367) qui inventèrent une machine de guerre capable de lancer des blocs de pierre pesant une centaine de kilos à quelques 200 mètres. Ils admettent que les navires syracusains aient pu être armés de la catapulte et que c'est précisément pour cela qu'il a fallu inventer la pentère. Toutefois il reconnaissent que Diodore de Sicile ne dit pas formellement que la pentère était armée de catapultes. Cependant, on sait qu'en 398, au siège de Motyé (près de Marsala en Sicile), Denys se servit de catapultes pour protéger ses navires tirés sur la plage et gardés par ses troupes.

D'autres historiens ne sont pas d'accord à ce sujet et, parmi eux, Tarn a été jusqu'à nier l'utilisation de l'artillerie dans la guerre navale à l'époque hellénistique. On dispose pourtant d'indications concordantes qui la confirment.

On est sûr de l'existence dans la marine athénienne de catapultes lançant des traits, car de tels engins figurent sur les inventaires de l'arsenal du Pirée entre 330 et 332 et au delà 21.

En 332, au siège de Tyr, Alexandre fit monter des catapultes sur des trières anciennes ou en mauvais état qui étaient amarrées à couple pour améliorer la stabilité de l'ensemble22.

Selon Diodore de Sicile (XX, 50), en 306, à la bataille de Salamine de Chypre, les flottes de Ptolémée et de Démétrios Poliorcète engagèrent le combat par une préparation d'artillerie ; les adversaires utilisèrent des catapultes lançant des pierres et des traits avant de s'affronter dans une attaque généralisée à l'éperon et à l'abordage.

En 305, au siège de Rhodes, Démétrios Poliorcète mit des catapultes sur les unités les plus légères de sa flotte, elles étaient assemblées à couple et recouvertes d'un pont pour porter des catapultes et des archers crétois. Les Rhodiens firent une sortie et réussirent à couler deux de ces navires (Diodore XX, 100). Des polyères étaient armées de catapultes pouvant tirer des traits de soixante centimètres de long ; de plus, on avait armé les gros navires marchands avec de l'artillerie.

Athénée mentionne l'installation d'une catapulte sur le navire marchand syracusain d'Hiéron (milieu IIIe siècle avant JC) ; cette catapulte, conçue par Archimède, pouvait lancer à environ cent-quatre-vingt mètres soit un boulet de pierre de quatre-vingt kilos, soit un trait de quelques cinq mètres cinquante de long. Sur ce même navire, des machines pouvaient lancer des grappins d'abordage. L'installation d'un armement aussi puissant est exceptionnel sur un navire de commerce ; il est vrai que celui-ci était d'un tonnage important et ceux qui l'avaient conçu envisageaient de l'utiliser comme navire de combat, comme cela était fréquent dans les marines de l'Antiquité23.

Il n'apparaît pas qu'au cours de la première guerre punique il ait été fait usage de la catapulte dans un combat naval ; les Romains avaient choisi le corvus avec accessoirement l'attaque à l'éperon, alors que les Puniques s'en tenaient à cette dernière tactique.

Il est très probable qu'aux batailles de Cos et d'Andros, qui eurent lieu à une date indéterminée vers le milieu du IIIe siècle avant J.C., entre les flottes macédonienne et égyptienne, l'artillerie mécanique était présente dans les deux camps. Malheureusement nous ne connaissons rien de précis sur cet affrontement.

Dans le récit de la bataille de Chios en 201 par Polybe (XVIII, 54), il n'est pas fait mention de la catapulte. Il en va de même pour les combats ultérieurs de cette guerre de Rhodes et de Pergame contre Philippe de Macédoine.

En 190, dans la guerre entre Rome et la Syrie, l'artillerie mécanique n'a, semble-t-il, pas été utilisée, que ce soit à Corycos, Panormos, Sidè ou Myonnésos. En revanche, comme on le verra, le pyrphoros apparaît pour la première fois à la bataille de Panormos : c'est une arme utilisant le feu.

Casson cite une inscription sur une stèle votive trouvée à Rhodes qui date du Ier siècle avant JC ; elle a été érigée en l'honneur des officiers d'un navire rhodien. On trouve parmi le personnel combattant la fonction de katapelphetai, correspondant à deux servants de catapulte24. Ceci correspond à ce que nous dit Végèce quant au nombre d'hommes nécessaires pour servir une catapulte, qu'il estime être de trois à cinq suivant le calibre.

En 42, durant la période du triumvirat, peu avant la bataille de Philippes, un convoi de secours apportant des renforts à l'armée des triumvirs fut attaqué par des unités de la flotte républicaine qui utilisèrent des catapultes pour lancer des flèches enflammées sur les navires du convoi.

Pour une meilleure utilisation de l'artillerie mécanique et des armes légères, on construisit des superstructures ou tours fixes ou mobiles sur les navires. La première mention d'une construction de ce genre est faite par Thucydide à propos des opérations du siège de Syracuse en 415-413 :

“Il y eut une escarmouche dans le port autour de l'estacade que les Syracusains avaient plantée dans la mer en avant de leurs anciens magasins de l'arsenal, afin que, mouillés derrière cette barrière, leurs vaisseaux fussent à l'abri des attaques de la flotte athénienne. Les Athéniens amenèrent devant cette estacade un navire de fort tonnage, muni de tours de bois et de parapets... Les Syracusains tiraient sur eux, pendant que, du gros navire, les Athéniens ripostaient...” (VII, 25).


Il semble qu'il y ait eu des tours sur des navires rhodiens qui prirent part à la bataille de Chios (201), car Polybe nous dit que le navire amiral de la flotte d'Attale, "ayant foncé sur le navire ennemi pour l'éperonner manqua son but et filant le long de son adversaire perdit sa rangée de rames à tribord, tandis que les pièces de bois qui soutenaient les tours étaient brisées" (Polybe XVI, 3).

A la bataille de Sidè, en 190, où les Rhodiens furent vainqueurs d'une importante flotte commandée par Hannibal, la tétrère amirale rhodienne avait des tours (Tite-Live, XXXVII, 23-24).

A Oricum, pendant la guerre civile (49-45) entre César et Pompée, le fils de ce dernier qui commandait la flotte d'Egypte "s'approcha d'Oricum, réussit à renflouer à l'aide d'une machine un navire coulé et le tira à lui. Puis il lança contre l'autre navire, muni par Acilius d'une tour qui était destinée à défendre l'entrée du port, plusieurs navires portant des tours plus hautes. De la sorte, il pouvait combattre dans une position dominante..." (BC.I, 25-26 ; III, 40). La tour en question possédait une plate-forme qui était soustraite aux mouvements de tangage et de roulis du navire grâce à une suspension analogue à celle du plateau de la balance. Elle était munie de parapets du côté de l'ennemi et rendait plus aisé le tir des engins balistiques qui l'armaient.

Pendant la guerre civile, en 49, de grands navires de commerce du port de Brindisi bloqué par César furent équipés par Pompée, de tours à trois étages avec de l'artillerie lançant des traits et toutes sortes de projectiles et furent poussés contre les obstructions qui fermaient le port (BC, I, 26).

D'après Appien, au siège de Rhodes en 43, Crassus possédait des navires avec des tours démontables, généralement une à l'avant et une à l'arrière, et à l'époque de la guerre de Sicile, des navires des deux adversaires possédaient des tours peintes de couleurs différentes pour les distinguer, comme à Naulochus en 36. Le navire qui fuyait le combat s'allégeait en les jetant par dessus bord, comme à Naulochus et à Actium (BC, IV, 72 ; V, 106 ; V, 121).

A la bataille d'Actium, en 31, les navires d'Antoine étaient des polyères semblables à celles des flottes hellénistiques des successeurs d'Alexandre ; de hautes tours à plusieurs étages avec de l'artillerie mécanique légère (sans doute des scorpions) et des archers constituaient leur armement. Toutefois, Antoine comptait plus sur l'efficacité du harpax et bien entendu de la tactique de l'abordage.

Dion Cassius (L, 13-32) rapporte qu'à Actium :

“... les attaquants qui venaient de plusieurs directions à la fois lançaient des flèches et des traits enflammés ; avec les catapultes ils lançaient aussi des pots remplis de poix et de charbon de bois en feu...”


Il faut se rapporter à ce que nous dit Végèce, dans son Art militaire très postérieur (fin IVe début Ve de notre ère), de l'artillerie navale (V,14).

“Sur les grandes liburnes, on construit des ouvrages de défense et des tours de bois de façon à blesser et à tuer plus facilement les ennemis du haut des étages, comme on le ferait du haut d'un rempart. Avec des balistes, on envoie sur la coque des navires ennemis des flèches enflammées enveloppées d'étoupes avec de l'huile incendiaire, du soufre, du bitume et les planches (du navire) enduites de cire, de poix, de résine, s'enflamment aussitôt sous ces produits qui alimentent le feu...”


Il énumère dans le même chapitre les divers projectiles et les engins qui les lancent :

“Les adversaires se lancent des javelots, des pierres, des dards plombés, toutes sortes de traits ; ils se servent de frondes, de fustibales, d'onagres, de balistes, de scorpions...”


L'artillerie mécanique embarquée n'a jamais été l'arme principale du navire de combat de l'Antiquité. Elle est cependant de la première importance pour la préparation de l'attaque à l'éperon et pour l'attaque à l'abordage qui terminait, surtout cette dernière, le combat sur mer. Quant aux tours, on peut y voir une préfiguration des mâts militaires des cuirassés et des croiseurs de la fin du XIXe siècle.





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Message par ecofousec le Sam 19 Aoû 2006, 05:27

Les armes utilisant le feu

Nous avons déjà vu que, parmi les projectiles lancés par les catapultes, se trouvaient des flèches enflammées ainsi que des pots de terre remplis de matières incandescentes. Avant cette utilisation de l'artillerie mécanique pour lancer du feu sur l'ennemi, les Rhodiens avaient inventé le pyrphoros.

C'est à la bataille de Panormos en 190 que Pausistratos, l'amiral rhodien, opposé à Antiochus, roi de Syrie, fit usage de pyrphoroi que Polybe (XXI, 7) décrit de la façon suivante :

“Il s'agissait d'une sorte de marmite. De part et d'autre de la proue sur la paroi interne de la coque étaient fixés deux câbles formant des noeuds coulants, par lesquels étaient maintenues deux perches avançant au-dessus de la mer et à l'extrémité desquelles étaient suspendues, par des chaînes de fer, des marmites pleines de matières enflammées. Ainsi, quand on abordait un navire ennemi ou qu'on en heurtait un au passage, la secousse faisait tomber le feu sur lui, tandis que l'inclinaison de la perche maintenait la marmite à bonne distance du navire qui la portait...”


Les navires syriens qui bloquaient la flotte rhodienne évitèrent le contact avec ceux des navires rhodiens qui étaient armés du pyrphoros.

A la bataille de Myonnèsos, la même année, les Rhodiens utilisèrent à nouveau le pyrphoros pour déjouer une tentative d'enveloppement de la part des navires syriens permettant ainsi à l'amiral romain d'enfoncer l'aile adverse (Diodore XX, 88 et 96 ; Anabase, II, 21).

La tactique des Rhodiens consistait à menacer l'adversaire avec le pyrphoros et à profiter de sa manoeuvre de dérobement pour attaquer le flanc qu'il présentait à l'éperon.

Il est possible que la première mention du brûlot date de la guerre du Péloponnèse. Thucydide montre l'action des Syracusains lors du siège de leur ville par les Athéniens en 415-413.

“Les Syracusains cherchèrent alors à incendier les navires athéniens qui restaient et lâchèrent pour cela contre eux un vieux navire de commerce chargé de sarments et de bois de pin auxquels ils avaient mis le feu. Le vent soufflait en direction des Athéniens. Pris de peur pour leur flotte, ceux-ci mirent tout en oeuvre pour éteindre le feu. Ils réussirent à étouffer les flammes et à empêcher le navire d'arriver au rivage” (VII, 33).


Des brûlots furent utilisés pendant le siège de Tyr en 332-331 par Alexandre. Les Tyriens assiégés transformèrent un vieux navire en brûlot portant des marmites de fer pleines de matières combustibles en flammes suspendues à la vergue dirigée vers l'avant. Le navire avait un tirant d'eau à l'avant tellement faible qu'il pouvait s'échouer au plus près des constructions en bois portant des machines de siège qu'Alexandre avait fait ériger sur le môle reliant l'île de Tyr à la terre. La tentative fut couronnée de succès et le feu gagna tout le môle. L'équipage du brûlot put s'échapper à la nage couvert par le tir des projectiles de la flotte tyrienne (Arrien, Anabase, II, 20 à 22).

Lors du siège de Rhodes par Démétrios en 305, les deux adversaires se servirent de brûlots (Diodore XX, 91-100).

On ne sait pas comment Héracléidès en 205 réussit à détruire treize navires rhodiens par le feu lors d'un coup de main qu'il tenta contre l'arsenal de l'île. Les Rhodiens alertés réussirent à sauver le reste de la flotte (Polybe XIII, I, 5).

En 149, l'armée romaine assiégeant Carthage se trouvant dans un camp insalubre, le général de cette armée la fit transférer sur les navires. Les Carthaginois mirent le feu à la flotte en faisant approcher une grande quantité de canots transformés en brûlots un jour que le vent soufflait avec violence de la direction convenable.

Les exemples d'attaque par le moyen des brûlots sont fréquents au cours de la guerre civile. Le pompéien Cassius attaqua en 48 une partie de la flotte césarienne qui se trouvait près de Messine avec quelques navires marchands chargés de résine, de poix et d'autres matières inflammables qu'il lança en profitant d'un vent favorable. Tous les navires prirent feu ; il y en avait trente cinq, dont vingt pontés. Cassius se porta ensuite contre l'autre partie de la flotte césarienne à Vibo. C'est avec des embarcations transformées en brûlots que cette fois il les attaqua en profitant du vent. Cinq navires brûlèrent. Mais il y eut une réaction des légionnaires vétérans qui mirent à la voile et réussirent à s'emparer de deux quinquérèmes dont celle de Cassius (BC, III, 101).

La même année, César attaqua Alexandrie. Au cours du siège, les Egyptiens possédaient des petites unités qui accompagnaient leur escadre. C'est avec elles qu'ils menacèrent la flotte césarienne en les remplissant de torches, de roseaux trempés dans du soufre. En une autre occasion, ils lancèrent par delà les ponts les brûlots qu'ils avaient amenés près du môle (BC, III, 111).

Nous savons, grâce à Tite-Live (XXXVII, 11) et à Appien (Syr. 24 et 27) que les "pots à feu" contenant des matières inflammables étaient faits de fer et qu'ils faisaient partie du matériel réglementaire du navire de guerre. A la bataille de Naulochus, en 36, aucun des adversaires n'utilisa les engins à feu car tout le monde craignait que le feu ne se propageât facilement alors que les navires étaient accostés pour l'abordage.

Ce n'est qu'à la période byzantine que les catapultes ont pu lancer des "pots à feu" contenant le fameux "feu grégeois" qui, selon Casson, éclataient au contact25.

L'utilisation de l'arme du feu est certainement très ancienne et, Thucydide (IV,100), décrit le moyen par lequel les Béotiens mirent le feu à la palissade de la cité de Délion pour s'emparer de la place : au moyen d'une marmite remplie de charbons ardents, de soufre et de poix à laquelle est adaptée l’extrémité d’une poutre de bois creuse garnie intérieurement de fer alors qu’à son autre extrémité de puissants soufflets assurent la combustion en activant le feu. Ceci se passait pendant la guerre du Péloponnèse en 425-424. Moins la soufflerie, c’est le pyrphoros rhodien de la bataille de Panormos de 191.

Enée le Tacticien, qui publia sa Poliorcétique entre 400 et 360, donne une autre composition de la préparation :

“On peut soi-même obtenir un feu violent et qu'on ne peut absolument pas éteindre, de la façon suivante : allumer
un mélange de poix, de soufre, d'étoupe, d'encens broyé et de sciure de pin...” (XXXV).


Tite-Live (XXI,8) décrit une arme, la falarique, qui est un javelot de trois pieds de long où la partie de la hampe proche du fer était enveloppée d'étoupe qu'on enflammait avant de la lancer.





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Message par ecofousec le Sam 19 Aoû 2006, 05:29

les obstructions, les plongeurs, les engins de dÉbarquement

Nous avons vu qu'au siège de Tyr par Alexandre, en 332, les Tyriens firent usage d'un brûlot pour détruire les ouvrages que le Macédonien faisait construire sur le môle artificiel qui reliait l'île au continent. Les machines de guerre mises en oeuvre furent, les unes montées sur ce môle, les autres mises à bord de navires déclassés amarrés par paires pour assurer la stabilité de l'ensemble. Les assiégés, pour empêcher que ces machines de siège n'arrivassent à portée de leurs murs, parsemèrent le plan d'eau de gros blocs de roches. Les attaquants tentèrent de draguer ces obstructions mais les Tyriens envoyèrent des plongeurs pour couper les lignes de mouillage des navires d'Alexandre. La parade fut immédiatement trouvée et ces filins furent remplacés par des chaînes de fer; le plan d'eau fut définitivement dégagé pour que les machines embarquées puissent s'approcher des ouvrages des Tyriens (Arrien, Anabase, II, 20 à 22).

L'utilisation des plongeurs n'était pas une nouveauté : déjà avant la bataille de Salamine en 480, un nageur que Pausanias appelle Scyllios de Scioné, aidé de sa fille, avait plongé pendant la tempête qui avait précédé de quelques jours la bataille, pour couper les câbles de mouillage des navires perses (Hérodote VIII, 8).

Au siège de Syracuse par les Athéniens, en 414, Thucydide (VII, 25) relate une escarmouche :

“dans le port autour de l'estacade que les Syracusains avaient plantée dans la mer en avant de leurs anciens magasins de l'arsenal, afin que mouillés derrière cette barrière, leurs vaisseaux fussent à l'abri des attaques de la flotte athénienne. Les Athéniens amenèrent devant cette estacade un navire de fort tonnage, muni de tours de bois et de parapets. Puis approchant sur des barques, ils fixèrent des amarres autour des pieux et, actionnant leurs cabestans, se mirent à les arracher ; ou bien encore, ils plongeaient à la mer pour les scier. Postés sur les toits des magasins, les Syracusains tiraient sur eux, pendant que du gros navire, les Athéniens ripostaient. Ceux-ci réussirent finalement à arracher la plupart des pieux. Ce fut la partie invisible de l'estacade qui leur donna le plus de mal. Les Syracusains avaient en effet planté une série de pieux qui n'émergeaient pas de
la surface de l'eau... Comme on ne les voyait pas de loin, on risquait de s'y heurter comme à des récifs. Mais la promesse d'une prime décida les plongeurs à se jeter à l'eau pour les scier...”


Démétrios Poliorcète assiégea Rhodes en 305. Il possédait beaucoup de polyères armées de catapultes et de nombreuses machines de siège. Il commença par construire un môle à l'est du Grand Port pour abriter ses navires dont la plupart étaient tirés au sec (Diodore XX, 81-100). Il fit construire des tortues qu'il mit sur deux navires amarrés à couple et deux tours de quatre étages de haut abritant des béliers montés de la même façon sur deux navires ; pour protéger le tout des attaques des navires rhodiens, il mit en place un barrage flottant fait de grosses pièces de bois à l'épreuve de l'éperon. Il choisit de petites unités qu'il fit recouvrir d'un pont et qu'il amarra par paires pour qu'elles puissent supporter des catapultes et des archers crétois.

Pendant ces préparations, les Rhodiens purent faire sortir des galères rapides qui s'attaquèrent aux navires assurant le ravitaillement des assiégeants et aux navires de Démétrios tirés au sec. Enfin, ils se préparèrent à une attaque par mer.

Le jour de l'assaut, dès l'aurore, Démétrios fit entrer ses engins flottants dans le port, après avoir occupé une position à moins de deux cents mètres des murs de la ville. Le tir des machines fit une brèche dans le mur et la lutte fut violente sans que l'assaillant puisse prendre pied à l'intérieur des murs. A la nuit, les engins flottants furent remorqués hors du port et hors de portée des Rhodiens qui réussirent cependant à en incendier le plus grand nombre. Pendant huit jours, des balistes flottantes de Démétrios battirent l'artillerie rhodienne du môle du Grand Port, sans grand succès. Simultanément Démétrios attaquait d'autres points des remparts sans résultats.

Une seconde attaque de l'entrée du Grand Port eut lieu ; des engins de gros calibre furent utilisés contre les murs et des brûlots contre les navires rhodiens à l'intérieur du môle du Grand Port. Une contre-attaque rhodienne réussit à couler deux navires portant les balistes, mais par la suite les navires rhodiens s'étant risqués trop loin furent coulés à l'éperon. C'est alors que Démétrios tenta de se servir d'une machine flottante plus puissante ; un coup de vent d'orage submergea les bateaux qui la remorquaient et elle fut avariée. A la suite de cela, les Rhodiens réoccupèrent le môle du Grand Port. Après tous ces échecs Démétrios renonça à prendre la ville de Rhodes par la mer, sa marine ne jouant plus qu'un rôle secondaire. Les Rhodiens résistèrent aux assauts répétés sur le front de terre et finalement, puissamment aidés par leurs alliés qui les ravitaillaient en vivres et en hommes, obtinrent de faire la paix.

En 213, les Romains assiégèrent Syracuse qui avait rompu avec Rome pour prendre le parti de Carthage. Ils vinrent avec une armée et une flotte alors qu'Archimède complétait les défenses de la ville en prévision d'une attaque par mer.

D'après Polybe la flotte comprenait soixante pentères avec de nombreux soldats armés d'arcs, de frondes et de javelots et un groupe de huit autres pentères formées en quatre paires amarrées à couple avec les rameurs à tribord ou à bâbord selon la position ; elles amenaient un engin que l'on a nommé sambuque parce qu'il ressemblait à un instrument de musique portant ce nom : une sorte de harpe. Cet engin de débarquement était une échelle suffisamment longue pour atteindre le haut de la muraille à attaquer et assez large pour permettre le passage de front de plusieurs soldats. Au sommet de cette passerelle se trouvait une plate-forme protégée sur trois côtés pouvant contenir quatre hommes. Les côtés de l'échelle étaient également protégés par des panneaux montant très haut. La sambuque, manoeuvrée par un système de palans, de filins et de poulies fixés en tête de mât, était couchée sur les ponts des deux pentères à couple de façon qu'elle dépassât largement leurs avants. La manoeuvre consistait alors à hisser la sambuque à l'aide des palans avec les hommes postés à l'arrière alors que ceux à l'avant assuraient l'orientation de l'engin. On l'approchait à la rame des remparts pour l'y appliquer et les quatre hommes après avoir réduit la résistance des assiégés prenaient pied sur le chemin de ronde suivis par leurs camarades montant derrière eux. La sambuque une fois dressée et son support, les deux pentères, ressemblaient avec les nombreux filins à une harpe avec ses cordes.

Archimède déjoua ces attaques avec une artillerie puissante :

“pouvant lancer des projectiles à toutes les distances voulues pour atteindre n'importe quel tireur. Contre les navires ennemis, quand ceux-ci étaient encore loin, il mettait en action des balistes et des catapultes très puissantes et de fort calibre, dont les projectiles causaient de graves dégâts chez l'ennemi. Lorsque le tir de celles-ci commençait à porter trop loin, il en utilisait d'autres, de plus en plus petites et choisies chaque fois en fonction de la distance à laquelle se trouvait l'adversaire. Il réussit ainsi à briser l'élan des navires romains, si bien que finalement Marcellus fort éprouvé, fut obligé de faire avancer ses navires avant le jour afin qu'ils ne fussent pas vus. Mais pour les assaillants qui arrivaient à portée de flèche de la côte, Archimède avait encore prévu autre chose à l'intention des soldats de marine sur les ponts : il avait fait percer dans la muraille à hauteur d'homme, un grand nombre de trous devant lesquels il avait fait placer des archers ou de petits scorpions qui tiraient sur les navires ennemis et mettaient hors de combat leurs soldats de marine... Lorsque les Romains dressaient leurs sambuques, il y avait tout au long du rempart, des machines prêtes à entrer en action ... poussant leurs becs bien au-delà des créneaux. Certains hissaient des pierres pesant plus de dix talents (260 kg), d'autres des masses de plomb... quand les sambuques approchaient ... on faisait pivoter ces machines qui laissaient alors tomber leurs charges sur l'engin ennemi... après cela, ce n'était pas seulement la sambuque qui était brisée, mais aussi les navires qui la portaient...” (Polybe, VIII, 2 à 6 ; Végèce, IV, 21).


Polybe décrit encore d'autres engins qui tiraient depuis le rempart sur les assaillants qui s'abritaient sous une tortue ; les projectiles qu'ils lançaient étaient de grosses pierres qui les forçaient à se retirer. Enfin d'autres machines armées d'une main de fer saisissaient les navires par l'avant pour les laisser retomber brusquement et ainsi les coulaient.

L'armée romaine subit des revers comparables et les Romains ne donnèrent plus assaut à la ville et décidèrent de la réduire par la famine étant donnée la nombreuse population qu'elle abritait. Profitant que Syracuse était en fête, le général romain prit possession des remparts et, plus tard, de la ville elle-même.

Au siège d'Utique en 202, Scipion d'après Polybe (XVI, 30) :

“constata en arrivant que ses navires cataphractes étaient fort bien équipés pour mettre en batterie et amener à pied d'oeuvre des machines et, d'une façon générale, pour effectuer des opération de siège, mais qu'ils n'étaient aucunement prêts à livrer bataille”.


En 201, Philippe, pendant la guerre de Macédoine, décida d'assiéger Abydos, ville située sur la côte d'Asie à l'endroit où les Dardanelles sont le plus étroites. Il voulait ainsi empêcher les Romains avec lesquels il était en lutte de s'installer dans les détroits pour y créer des bases. Polybe (XVI, 7) observe que :

“les opérations de siège n'eurent rien d'extraordinaire. Mais la vaillance des assiégés et leur prodigieuse résolution en firent un exemple grandiose et mémorable... Quand l'ennemi faisait approcher ses machines par mer, ils les détruisaient à coup de catapultes ou par le feu et les navires mêmes qui les portaient ne parvenaient qu'à grand peine à se soustraire au danger”.


Malheureusement pour les défenseurs d'Abydos auxquels les Rhodiens et Attale, roi de Pergame, leurs alliés, ne pouvaient porter secours, quand la muraille extérieure se fut écroulée, toute résistance devint vaine mais ils décidèrent de lutter jusqu'à la fin.

Comme on l'a vu plus haut, pendant la guerre civile (49-48), César tenait le port d'Oricum où son lieutenant Acilius, désirant protéger ses navires qu'il avait mis au fond de la lagune, coula un navire de transport dans le chenal d'accès et en amarra un autre près du premier, celui-là muni d'une tour, laquelle devait défendre l'entrée du port (BC, III, 39). Oricum fut attaqué par le fils de Pompée qui réussit à renflouer le navire coulé par des plongeurs qui le dégagèrent des pierres dont il était chargé, et s'en saisit puis, avec plusieurs de ses navires qui étaient équipés de tours plus hautes que celle du navire césarien, il s'empara de ce dernier. César rapporte qu'en se servant de leviers et de rouleaux, il fit passer quatre birèmes dans le port intérieur ce qui lui permit d'attaquer de deux côtés les vaisseaux amarrés à terre et vides. Il en prit quatre et brûla les autres (BC., III, 40).

Outre les cas où des obstructions, soit sous-marines, soit flottantes, ont été utilisées comme dans les exemples qu'on vient de citer : à Syracuse (estacade de pieux submergés), à Tyr (blocs de roches mouillés dans le plan d'eau), à Rhodes (barrage flottant), à Oricum (navire coulé), il y en eut d'autres comme à Alexandrie où César fit mouiller des blocs de roches dans un passage étroit du port, de telle façon que même les plus petites unités ne pouvaient le franchir. En 45, une escadre césarienne surveillait les abords du détroit de Gibraltar ; elle aurait probablement vaincu l'escadre pompéienne de Varus si celui-ci n'avait pas encombré l'entrée du port de Carteia (aujourd'hui Algésiras) d'ancres sur lesquelles des navires assaillants se firent des avaries, ce qui dissuada les autres d'attaquer d'autant plus qu'une chaîne barrait l'entrée du port (Appien, II, 105).





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Re: LES ARMES NAVALES (de l'antiquité à nos jours)

Message par ecofousec le Sam 19 Aoû 2006, 05:34

Les armes spÉciales

Le dauphin

C'est Thucydide qui le premier mentionne le dauphin lors du siège de Syracuse en 415-413 :

“Les Syracusains poursuivirent les navires athéniens jusqu'à ces vaisseaux entre lesquels les Athéniens avaient disposé des poutres munies de dauphins qui avaient été dressés au-dessus des voies de passage. Deux navires syracusains, dans l'excitation de la victoire s'en approchèrent un peu trop et furent détruits. L'un deux fut pris avec tout son équipage” (VII, 38 à 41).


Les espars et les vergues qui servaient à suspendre le dauphin
s'appelaient des delphinophoroi ou des lithophoroi. Le dauphin lui-même pouvait être soit une masse de plomb, soit une pierre, comme le laisse entendre Diodore (XIII, 78 à 79).

Tout à fait exceptionnellement, un navire syracusain destiné
au transport de marchandises, pour la construction duquel on avait fait appel à Archimède (287-212), était équipé selon Athénée de trois mâts supportant chacun deux espars auxquels étaient fixés des grappins qu'on laissait tomber sur les navires assaillants. Ces espars étaient également prévus pour des dauphins faits de plomb dont la chute disloquait les ponts des ennemis 26.

Ce navire de commerce construit pour Hiéron II (306-215) s'est d'abord appelé Syracusa puis, donné au roi Ptolémée, prit le nom d'Alexandris. Il a été le plus grand navire de commerce jamais construit dans l'Antiquité ; on a calculé qu'il pouvait porter 2 000 tonnes de marchandises27.

L'asser

Malgré les explications de Végèce (IV, 46), il est difficile de
se figurer ce que cette arme représente :

“L'asser est une pièce de bois mince (?) et longue, garnie de fer à ses deux extrémités. On la suspend au mât comme une vergue et si les navires ennemis s'approchent pour attaquer à l'abordage par tribord ou par bâbord, on la pousse avec force d'un côté ou de l'autre à la manière d'un bélier. Elle renverse et tue les soldats et les marins et perce même souvent la coque du navire”.


Le mot asser voulant dire poutre, il est sûr que l'asser devait avoir au moins la grosseur d'un madrier. Cette arme n'a pas eu sa place dans l'iconographie et tout ce qu'on peut dire à son sujet est très conjectural.

Les armes individuelles

Si on s'en remet à Végèce28 pour avoir une idée de ce que furent ces armes il faut convenir avec lui qu'

“un combat terrestre demande évidemment beaucoup de sortes d'armes mais une bataille navale exige un plus grand nombre de catégories et il faut ajouter, comme pour lutter sur les remparts et les tours, des machines avec leurs projectiles” (V, 14).


En Grèce, les épibates, soldats de marine plus ou moins spécialisés provenant de la phalange, devaient être armés comme des hoplites ou peut-être plus légèrement : casque, cuirasse, épée, lance, bouclier, cnémides (pour les jambes). A l'époque classique, dans la marine athénienne, après Salamine, où la tactique de l'attaque à l'éperon était de rigueur, le nombre des soldats de marine s'élevait à dix par trière alors que dans les marines préférant le combat à l'abordage, il atteignait quarante. Les trières athéniennes embarquaient de deux à quatre archers pour protéger l'homme de barre. Les matelots qui manoeuvraient les voiles devaient être aussi armés, d'une faux à longue hampe, le dorudrepanon (la falx des Romains). Platon dans le Lachès (183 d.) raconte avec humour la mésaventure d'un épibate qui lui aussi maniait cette arme :

“Le navire où il était embarqué avait abordé un transport ; il combattait avec un dorudrépanon, arme aussi supérieure aux autres que lui-même l'était à tous les combattants... Voici ce qui advint de cette merveilleuse invention. Pendant le combat, l'arme se prit dans le gréement du transport ennemi et y resta : Stesilaos tira pour la dégager sans y parvenir. L'autre navire cependant défilait le long du bord. Stésilaos courait sur le pont du sien sans lâcher son arme. Puis l'ennemi dépassant son navire et l'entraînant lui-même avec son arme qu'il tenait toujours, il la laissa glisser dans sa main jusqu'à l'extrémité de la hampe... qu'il dut à la fin lâcher”.


César au cours de la guerre contre les Vénètes mentionne l'emploi de la falx dans la marine romaine :

“Un seul engin préparé par nous fut très utile : des faux très tranchantes emmanchées de longues perches, assez semblables aux faux de siège” (BG, III, 14).


Végèce ne dit rien d'autre : le dorudrepanon ou falx était à la fois une arme antipersonnel comme une arme pour endommager le gréement des navires de commerce que la trière arraisonnait. Dans ce dernier cas, elle permettait de couper les drisses des vergues qui alors tombaient sur le pont ou de sectionner les écoutes de la voile ce qui faisait perdre au navire la maîtrise de sa manoeuvre. Il n'était pas question de s'attaquer au gréement d'une trière puisqu'elle n'utilisait pas la voile au combat.

Le dolator dans la marine romaine était choisi parmi les soldats de marine pour trancher les filins des grappins avec la dolabra, l'outil et l'arme des légionnaires qui avait peut-être subi une modification pour servir dans la marine29. Casson cite des lettres de recrues d'origine égyptienne servant comme soldats de marine sur des bâtiments romains qui réclament à leurs familles, l'un un grappin et des javelots, l'autre, un glaive, une dolabra. l'armement d'un soldat de marine comprenait, selon lui, outre le glaive et les javelots, un grappin et une hache (dolabra ?). Il est vrai que cet armement est tardif et date du IIe siècle de notre ère, époque de la marine impériale. Etant donnée la lenteur de l'évolution dans le domaine des armes navales, il est très possible, sinon probable, que dans la marine républicaine, cette panoplie était déjà réglementaire.

Dans la marine grecque et aussi dans la romaine on embarquait des frondeurs munis soit de la fronde, soit de la fustibale, sorte de fronde attachée à un bâton (Végèce, I,16. César, BG, IV,25).

Il faut rappeler l'arme de jet qu'est la falarique décrite au paragraphe des armes incendiaires.

Une autre arme de jet également employée dans la marine était la tragula dont César parle dans BG,V,48. La tragula, connue de Plaute, était un javelot muni d'une courroie formant boucle et propulseur dans laquelle on passait deux doigts pour la lancer. D'après les essais, cette courroie et la façon de s'en servir auraient quadruplé la portée de l'arme. Tite-Live (XXI,7) en parle à propos du siège de Sagonte en 219.





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Re: LES ARMES NAVALES (de l'antiquité à nos jours)

Message par ecofousec le Sam 19 Aoû 2006, 05:44

L’amiral Castex, dans le Ve chapitre de son étude sur la liaison des armes sur mer1 rédigée entre 1913 et 1920, fait allusion, à propos de l’éperon, à son utilisation dans la marine antique ; curieusement, il ne retient pas des armes secondaires de cette époque, comme le pyrphoros, l’arme du feu qui sera utilisée sur les brûlots des siècles postérieurs, et surtout le lembus, assimilable au torpilleur des XIXe et XXe siècles.

Le pyrphoros

Le pyrphoros est décrit dans Polybe (XXI, 7) :

Il s’agissait d’une sorte de marmite (?). De part et d’autre de l’avant du navire, sur la paroi interne de la coque étaient fixés deux câbles formant des noeuds coulants par lesquels étaient maintenus deux espars avançant au-dessus de la mer et à l’extrémité de chacun desquels étaient suspendues, par des chaînes de fer, les marmites pleines de matières enflammées...."



De cette façon, quand le navire porteur du pyrphoros voyait un adversaire s’approcher pour attaquer, ou bien il déversait sur son pont ces matières enflammées et provoquait un incendie à son bord, ou bien l’attaqué, en tentant de se dérober, présentait son flanc et était éperonné.

Ainsi, dans les deux cas, cette arme secondaire qu’était le pyrphoros préparait l’action décisive de l’arme principale de la trière : l’éperon2. Le pyrphoros agissait sur l’adversaire comme la torpille portée par les canots de l’escadre de l’amiral Courbet à la bataille de Fou Tchéou contre la flotte chinoise en 1884, où le croiseur amiral fut coulé et un autre croiseur endommagé.

A l’époque des combats navals du IIe siècle avant J.C., les deux armes, l’éperon et le pyrphoros, étant portées sur le même vecteur ne pouvaient se faire concurrence et la seconde était bien l’auxiliaire de l’autre.

C’est à la bataille de Panormos, en 190, que Pausistratos, un amiral rhodien, utilisa pour la première fois le pyrphoros, qui était peut-être de son invention. L’escadre de Pausistratos se trouvant bloquée par une flotte syrienne importante dans la baie de Panormos, non loin d’Ephèse, l’amiral rhodien, à la tête de ses 36 navires, tenta une sortie et seuls 7 de ceux-ci réussirent à sortir indemnes, après avoir menacé leurs adversaires du pyrphoros. On ne sait si lui-même en fit usage, mais Tite Live (XXXVII, 11) précise qu’il avait entraîné ses capitaines à l’utilisation de cette arme. Quant à Appien (Syriaca, 27), il affirme que le pyrphoros fit désormais partie de l’armement réglementaire des unités rhodiennes.

Toujours en 190, à la bataille de Myonésos, au cours de laquelle l’escadre de 22 navires rhodiens était le fer de lance d’une flotte romaine affrontant des forces navales d’Antiochos de Syrie numériquement supérieures, l’amiral rhodien, grâce à une remarquable manœuvre de dissuasion utilisant surtout le pyrphoros, déjoua une tentative d’enveloppement et paralysa l’adversaire, à la suite de quoi la victoire fut acquise par les alliés (Tite Live, XXXVII, 30 ; Appien, Syriaca. 27). Les historiens anciens ne donnent pas de précisions sur les affrontements individuels mais nous savons que 42 navires syriens furent perdus, dont beaucoup ont dû l’être du fait de l’arme secondaire des Rhodiens, le pyrphoros, et coulés à l’éperon ensuite.

Les lembi

Dans cette même étude, au chapitre I qui a trait à l’utilisation des brûlots au XVIIIe siècle et aux relations entre cette arme et les formations de navires de ligne, Castex constate que, pour la première fois, "nous voyons pratiquer la liaison des armes, les brûlots marchant en parfaite solidarité avec le canon" 3.

On peut en dire autant de la liaison entre le navire de combat et une unité légère qui fit son apparition dans les flottes hellénistiques de l’extrême fin du III siècle.

Cette unité légère est le lembus, nom sans doute emprunté par les gréco-romains aux Illyriens, qui furent les premiers à l’utiliser dans la piraterie en Adriatique. Les souverains illyriens en eurent des flottes entières et, en particulier, la reine Teuta, qui osa porter un défi aux escadres romaines en Adriatique. Le mot lembus s’applique, la plupart du temps, à toute unité navale de petit tonnage dont les qualités de manœuvre et de vitesse sont exceptionnelles. Polybe (I,53) en parle comme d’un navire léger servant à l’éclairage des flottes romaines pendant la première guerre punique.

Les lembi firent parler d’eux au IIIe siècle quand les Illyriens, en 230 avant J.C., s’attaquèrent à Corcyre ; lors d’un conflit avec les Achéens, au cours d’un combat naval au sud de cette île, on vit ces petites unités avoir

raison de navires de ligne grâce à une tactique que Polybe (II, 10) nous décrit :

"Les Illyriens se portèrent au large, à la rencontre des navires achéens avec lesquels ils engagèrent le combat... il y eut d’abord un combat indécis. Cependant, les Illyriens, ayant amarré leurs lembi quatre par quatre, avaient engagé la lutte. Sans s’inquiéter de ce qui pouvait arriver à tel ou tel de leurs navires, ils présentaient leur flanc à l’ennemi, facilitant ainsi leurs attaques. Mais lorsque les navires achéens, après avoir chargé, se trouvaient dans une position difficile, avec leurs éperons plantés dans le flanc d’un lembus auquel trois autres étaient amarrés, les soldats embarqués à bord de ces derniers s’élançaient sur le pont de l’assaillant et l’emportaient grâce à leur supériorité numérique. Les Illyriens s’emparèrent ainsi de quatre tétrères ; une pentère fut d’autre part coulée avec tout son équipage".


En 2I7-216, Philippe de Macédoine se rendit compte que les lembi pouvaient lui être utiles dans sa guerre contre Rome pour des débarquements sur la côte italienne. Il en fit construire cent, destinés à transporter ses troupes et se risqua en mer Ionienne, mais la menace de l’escadre romaine basée en Sicile lui fit regagner son port (Polybe, V, 109 ss). Ce fut la première entrée en escadre de ce type de navire, et aussi un premier exemple d’une marine de second ordre mettant tous ses espoirs sur une "poussière navale" pour tenir en échec une marine composée des quinquérèmes, les dreadnougths du temps.

En 201, Philippe dut livrer la bataille de Chios contre les deux flottes alliées de Rhodes et de Pergame ; Polybe (XVI, 2 à 6) donne des précisions et décrit certains engagements individuels où la tactique des lembi est montrée clairement.

Les forces en présence étaient les suivantes : Philippe alignait 53 polyères (navires de ligne) et un nombre extraordinairement élevé de lembi : 150, pratiquement 3 par unité de combat ; dans le camp opposé, les flottes de Rhodes et de Pergame. comportaient un nombre supérieur de polyères : 65, 3 trières et une infime quantité d’unités légères, à peine 10, que chez elles on appelait des triémiolies.

La composition des deux flottes adverses est significative et trahit l’affrontement de deux tactiques : les Macédoniens voulaient, par l’action de la nuée de lembi s’en prenant aux bâtiments de ligne alliés, les paralyser pour les soumettre plus facilement à une attaque à l’éperon ou à l’abordage prononcée par leurs grosses unités ; en revanche, les alliés comptaient appliquer la tactique classique du diekplous, en honneur dans la marine rhodienne, qui consistait à pénétrer entre les navires de la formation ennemie, à détruire leurs rames et à les achever à l’éperon.

Voici comment Polybe (XVI, 4) décrit quelques péripéties du combat où les lembi sont présents :

"Quant aux Rhodiens... ils avaient réussi à prendre contact avec l’arrière-garde de la flotte macédonienne. Prenant d’abord à revers les navires ennemis qui se retiraient, grâce à leur vitesse supérieure, ils brisèrent leurs rames. Puis, comme les autres navires macédoniens commençaient à virer de bord pour se porter au secours de leurs camarades en danger... les deux flottes s’alignèrent face à face et engagèrent bravement la lutte... Si les Macédoniens n’avaient pas intercalé leurs lembi entre les navires de ligne, la décision aurait été rapidement obtenue après un bref combat. Mais les lembi de Philippe génèrent les navires rhodiens dans leurs mouvements et cela de plusieurs manières. Dès que, à la suite du premier choc, leur ordre de bataille se trouva dérangé, tous les navires furent pris dans une mêlée confuse. Par suite, les Rhodiens se trouvaient fort en peine pour effectuer des percées à travers les lignes adverses, puis virer de bord pour l’attaque à l’éperon. En effet, les lembi fonçaient tantôt sur leurs rames, qu’ils mettaient hors de service, tantôt sur leur proues et parfois aussi sur leurs poupes, paralysant ainsi les pilotes et les rameurs.....


Et plus loin (XVI, 5) :

"Trois pentères rhodiennes se conduisirent de façon particulièrement brillante au cours de la bataille, le navire amiral et deux autres.... L’un d’eux étant allé donner contre un navire macédonien, laissa son éperon planté dans sa coque et l’envoya ainsi par le fond avec tout son équipage... Il se trouva bientôt enveloppé par un grand nombre de bâtiments ennemis, lembi et navires de ligne..."


Malgré la nouvelle tactique de l’utilisation massive des lembi, Philippe fut vaincu par la tactique traditionnelle ; il perdit 16 navires de ligne et une trentaine de lembi, alors que Rhodes n’eut que trois navires de ligne perdus et Pergame également trois (Polybe, XVI, 7).

A la bataille de Chios, le dispositif pris par Philippe pour protéger ses lembi, en les plaçant en retrait et intercalés entre ses navires de ligne et, ensuite, en les lançant à l’assaut de la ligne adverse, aurait parfaitement satisfait les exigences tactiques de l’amiral Castex, si on en juge par son commentaire de l’action des brûlots anglais à la bataille de Lowestoft en juin 1665 au cours de la guerre anglo-hollandaise4.

Alors que les brûlots au XVIIe siècle achevaient par l’incendie l’action commencée par le canon des navires de ligne, les lembi de l’époque hellénistique endommageaient d’abord les bâtiments adverses en les rendant vulnérables aux attaques à l’éperon ou à l’abordage.





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