Anciens Cols Bleus et Pompons Rouges

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Anciens Cols Bleus et Pompons Rouges

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J'étais Marin...Tu seras Marin mon fils ...suite et fin

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J'étais Marin...Tu seras Marin mon fils ...suite et fin

Message par ecofousec le Mar 5 Juin 2007 - 19:14

A tout Seigneur...tout honneur.
Un grand merci à nos modérateurs d'avoir permis la mise en ligne de ces écrits, et en particulier à Fanch et à Banfi.

Mon très cher grand père à tiré sa reverence il y a déjà trois mois, après une vie bien remplie...96 ans...et il a fait la surprise à mon père de lui laisser ses mémoires.
Je souhaite à mon tour vous les faire partager, sans voyeurisme aucun, tout simplement parce que ces écrits sont dépourvus d'artifices, et refletent une époque bien lointaine et pourtant....

De plus je vais vous faire travailler un peu, car on ordi ayant planté mes sources photos sont HS. Dieu merci, elles sont intactes dans les posts suivants :

"Indochine" R.Dupond , "Bizerte" Pierredourdy , "CIOA ARZEW" Thubert
et de votre serviteur "Souvenirs de Bone" " Bao Dai" "Arpettes 1954"
"Un fait d'hiver..." " Port du sabre et du Tricorne" "Comment oublier ???"
"Des galeres au Bagne"





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Re: J'étais Marin...Tu seras Marin mon fils ...suite et fin

Message par ecofousec le Mar 5 Juin 2007 - 19:31

Je tiens à vous faire toutes mes excuses, pour la première partie "mon enfance" qui vous sembleras peut être longue et sans interets...mais il faut bien un début...

La vie de mon Père racontée par lui
(6 septembre 1911 – 12 mars 2007)

MON ENFANCE

Je suis né le 6 septembre 1911 à Chateauneuf sur cher (18) fils de Henri, Jean, PELLE, aubergiste et de Julie Jacquet, son épouse. Mon Père était un bel homme 1m75 et pesant entre 85 et 90 kgs. Il était brave et très aimé dans le pays. Pompon était son surnom car à chaque fêtes (noces, banquets, …) il chantait la chanson à la mode, à cette époque en revenant de Suresnes, (j’avais mon pompon). C’était un bon vivant, dans l’ensemble du mot.
Ma Mère était une belle femme brune 1m70 et très solide, excellente cuisinière, organisant noces et banquets dans la région. Mon frère Edmond né en 1902, était un peu ma nounou, il avait la corvée de s’occuper de moi, surtout pour les promenades en landau, car ma Mère était très occupée avec son commerce. En 1913 est né mon frère Maurice, nous étions une famille heureuse pour l’époque.
Malheureusement août 1914 nous apporte la guerre. Mon Père est parti dans les premiers mois et ma Mère a été dans l’obligation de vendre son commerce. En 1915, mon frère Maurice à la suite d’une opération dans une cuisse, se retrouvait avec une jambe plus courte que l’autre et était envoyé à l’hôpital de Berck dans le Pas de Calais ; ma Mère l’accompagna et resta 1 an ½ ayant eu une place de cuisinière à l’hôpital.
Mon frère Edmond et moi, nous étions en pension chez nos grands-parents maternels, au domaine du petit chevrier, à 3 kms de Chateauneuf, sur la route de St. Loup. Mon Grand-père étant métayer de ce domaine appartenant au Duc de Maillé, il y avait également mon cousin André Audot de 4 ans mon ainé qui avait la charge de m’emmener à l’école des frères à Chateauneuf, mon frère Edmond ayant eu son certificat d’études était employé à la ferme avec le grand-père. A la fin de 1916 ma Mère était de retour avec mon frère Maurice.
Nous habitions dans une maison rue du Moulin-bateau, nous avions un grand jardin bordé par un bras du Cher, c’est sans doute dans ce site que m’est venue la passion de la pêche. Mon frère Edmond était resté à la ferme et venait nous rendre visite le dimanche.
Début 1917, mon frère Maurice de nouveau malade, était hospitalisé aux sables d’Olonne. Je restais donc seul avec ma Mère, qui travaillait dans une fabrique de lingerie à une centaine de mètres de notre logement. Fin 1917 une compagnie de soldats américains était au repos à Chateauneuf, l’Etat Major avait installé sa popote chez nous, ma Mère avait quitté la fabrique pour redevenir cuisinière, nous ne manquions de rien au point de vue nourriture et j’étais gâté avec le chocolat, confitures, etc. en provenance de l’Amérique.
Mon Père ayant été blessé dans la Somme en a également profité lors de sa convalescence, avant de repartir sur le front. 1918 fin de la guerre, et retour de mon Père au mois de décembre 1919, mes parents reprennent leur commerce rue de l’église, ici les difficultés commencent. Le propriétaire de leur ancien café leur intente un procès, car leur nouvelle installation n’est pas à une distance réglementaire (100m) il y a 95 mètres de leur ancien café, la brouille entre dans le ménage et en juin 1920, c’est le divorce.
Ma Mère m’emmène avec elle laissant mon frère Maurice à l’assistance Publique à Bourges où elle a trouvé une place de cuisinière à l’hôtel du cheval blanc rue des Urbets à 50 mètres du pont d’Auron. Mais aussi un amant : Marcel Damon de Chateauneuf, ouvrier
plombier zingueur. Pour moi, une drôle de vie commence, la vie à trois dans une chambre d’hôtel ; cette promiscuité m’a marqué pour la vie.
Heureusement que j’avais d’autres occupations dans la journée. D’abord la pêche, le canal du Berry était à 30 mètres de l’hôtel et dans les clients de l’hôtel il y avait un chiffonnier en gros qui avait son entrepôt rue des Urbets à 50 mètres de l’hôtel. Il m’avait embauché pour quelques sous tous les après-midi à la sortie de l’école pour trier les chiffons et les peaux de lapin, aucun problème pour la nourriture, mangeant avec ma Mère à la cuisine de l’hôtel. Enfin au mois de septembre, je rentrais à l’école d’Auron à 200 mètres de l’hôtel.


1922 nous changeons d’hôtel, ma Mère ayant eu des histoires avec son patron, nous nous installons à l’hôtel du Chêne vert, rue Deschamps à 100 mètres des halles centrales, toujours dans les mêmes conditions une chambre à trois, mais je n’ai pas changé d’école, mais par contre pendant les grandes vacances, je vais garder les vaches dans une ferme à St. Just.

Janvier 1923, nous déménageons une fois de plus pour nous installer rue du Secrétain, aux Bains St. François dans une bicoque de 2 pièces, une cuisine et une chambre, où là je n’ai plus de lit, mais un matelas par terre dans un coin de la pièce, avec une couverture.








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Re: J'étais Marin...Tu seras Marin mon fils ...suite et fin

Message par ecofousec le Mar 5 Juin 2007 - 19:36

Ma Mère fait des ménages, et le Marcel rentre tous les soirs plus ou moins ivre, les scènes de ménage sont nombreuses, la vie est intenable, heureusement pour moi c’est l’année du certificat d’études et le soir je reste à l’étude. J’ai un bon Maître, Maurice Boin qui se présente aux élections sur la liste communiste, mais pour moi à cette époque, cela n’a pas grande importance. Le jeudi et dimanche matin, je vais porter les commandes chez un boucher de la rue Prinal qui me paye en viande, cela améliore un peu le menu de la maison, car ma Mère n’est plus cuisinière.

Le grand jour du certificat arrive, je suis assez bon élève toujours dans les 5 premiers, et je suis reçu. Mais le drame à la maison le lendemain, Marcel a voulu arroser cela, mais à la fin du repas c’est la bagarre avec ma Mère, pour la défendre, je prends une louche et frappe le Marcel derrière la tête, il tombe dans les pommes et j’en profite pour me sauver, où aller ? Pas question de rejoindre mon Père, car par le divorce j’étais confié à ma Mère et il y avait déjà 3 ans que je ne l’avais pas revu. Mon frère Edmond avait quitté la ferme de grand-père pour venir apprendre le métier de charcutier à Bourges chez Monsieur Descoux rue d’Auron, il effectuait son service militaire en occupation en Allemagne et ne devait rentrer qu’à la fin de l’année. Je n’avais aucune nouvelle de mon frère Maurice, n’ayant aucun espoir de secours de la Famille, je me rendais chez mon ancien Patron boucher rue du Prinal, la patronne me dit qu’il était à l’abattoir où je me rendis aussitôt. Malheureusement, je n’avais pas le droit de rentrer à l’intérieur, vu mon âge, le gardien m’ayant refoulé. J’étais accroché aux grilles dans l’attente de sa sortie et pleurant comme un gosse que j’étais, le destin allait venir à mon secours, une main se posait sur moi et me retournant, je vis un homme costaud me souriant, il m’a demandé pourquoi je pleurais, je lui ai raconté ma triste histoire, il m’a réconforté et emmené chez lui, c’était un boucher Philippe Laudat 128 rue Barbés, je me souviendrai toujours de l’arrivée à la boutique, par ces mots « tiens Françoise, voici un joli cadeau » : c’était moi.

Ces gens n’avaient pas d’enfants, aussi j’ai été reçu avec joie par ma future patronne, au début je faisais les courses et le nettoyage de la boutique puis, à 14 ans, j’ai eu le droit de rentrer à l’abattoir, où j’aidais le patron. En 1926, c'est-à-dire à 15 ans, je tuais les moutons et les veaux, j’étais heureux à tout point de vue. Mon frère Edmond de retour du régiment avait fait un stage à Paris et venait de se marier avec la Fille de son ex-patron Monsieur Descoux, j’étais de la noce et ma patronne m’avait acheté un joli costume, mais ma Mère était absente à cette cérémonie, mon frère ne lui ayant jamais pardonné son divorce et l’abandon de Maurice mon jeune frère. Entre temps ma Mère avait quitté Marcel et était remariée avec un maçon que je n’ai jamais connu.
15 ans c’est l’âge ingrat, je commençais à sortir le dimanche et fréquentais le bal chez Have route de St. Amand, j’étais le plus jeune d’une bande de copains, dont 2 ou 3 anciens marins, il y avait souvent de la bagarre avec des bandes d’autres quartiers.

Au mois de septembre, au cours de la fête des Beugnons, dans la bagarre, un jeune de la bande de la place Malus a été blessé d’un coup de couteau, c’était le fils d’une épicière de la rue Coursalon. Toute notre bande a été conduite au commissariat. Comme garçon boucher, les soupçons étaient sur moi, surtout qu’un de notre bande avait dit que j’avais toujours sur moi un couteau à cran d’arrêt et heureusement pour moi, je ne l’avais pas ce jour là. Je suis resté 24 heures enfermé et d’après le commissaire, j’étais bon pour une maison de correction à Lamotte-Beuvron. C’est mon frère Edmond qui est venu me sortir de cette histoire, j’ai eu le droit à une paire de gifles, dont je lui suis reconnaissant à ce jour, car je les méritais.
Mon Père ayant été mis au courant était d’accord pour me reprendre avec lui à Chateauneuf, mon frère m’accompagna par le train et c’était les retrouvailles avec mon Père, 6 ans après notre séparation, j’ai eu beaucoup de chagrin de quitter Bourges et mes anciens Patrons, mais si mon Père avait refusé de me recevoir, j’étais bon, étant mineur pour la maison de correction.

Mon Père était en pension au café Mincet pour les repas mais avait sa maison assez bien installée. Il travaillait chez Monsieur Vedeau, marchand de vins et de grains, je ne pouvais rester à sa charge, aussi j’ai pris le premier travail qui s’est présenté : Vacher. Chez Monsieur Bounin aux 4 pavillons sur la route de Levet, j’y suis resté 2 mois, ayant été blessé dans le cou par un brancard de charrette, je suis resté 1 mois à l’assurance. Mon Oncle, René Jacquet, propriétaire d’une ferme à Venesmes est venu me chercher pour travailler chez lui, ma Tante Marie était une maîtresse femme, très dure au travail, mais n’ayant pas d’enfants m’a reçu non comme un neveu mais comme un domestique. La vie n’était pas rose tous les jours, malgré le soutien de mon Oncle. Le 14 juillet étant à Chateauneuf, j’ai retrouvé un camarade d’école et voisin de mon Père, Roger Debanne, fils d’un maroquinier, d’un an mon ainé, qui venait de passer son brevet. Il m’a dit qu’il voulait s’engager dans la Marine et m’a demandé de partir avec lui. J’étais entièrement d’accord ainsi que mon Père de quitter le métier de la terre, aussi nous avons pris rendez-vous le lendemain à la Gendarmerie pour remplir les formalités, nous avons été convoqués la semaine suivante à la caserne de Bourges pour la visite médicale, « BON POUR LE SERVICE » Notre dossier est parti aussitôt à Brest, pour l’Ecole des Mousses sur l’Armorique, le 15 septembre nous recevions notre feuille de route pour nous rendre à Brest le 30 septembre 1927.





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Re: J'étais Marin...Tu seras Marin mon fils ...suite et fin

Message par ecofousec le Mar 5 Juin 2007 - 19:46

LA MARINE

Nous sommes partis par le train, avec notre petite valise, car nous avions été prévenu de ne prendre que le nécessaire, devant retourner mes effets civils, lors de notre première permission.
La séparation avec nos parents à la gare n’a pas été trop pénible, sauf pour la Mère de Roger qui n’arrêtait pas de pleurer. A notre arrivée en gare de Brest, nous avons été reçus par des gradés et conduits par groupe à la canonnière Vipère qui nous attendait amarrée aux radeaux au pont Guedon, la première chose que nous avons faîte, c’était de tremper notre main dans l’eau pour goûter à l’eau de mer.

A notre arrivée à bord du Montcalm, nous avons été séparés, Roger restait à bord, affecté à l’Ecole des sous Officiers et moi sur l’Armorique à l’école des Mousses, nous étions séparés par une trentaine de mètres reliés par des radeaux.

Le lendemain, nous étions habillés et c’était la visite médicale avec piqûres à l’appui. Une nouvelle vie allait commencer, 6 heures branlebas, petit déjeuner, 1 quart de café, une tranche de pain, puis toilette et poste de lavage jusqu’à 7 heures 45 ; 8 heures appel et exercices, 12 heures repas ; la boule de pain par table de huit, l’homme de plat coupait les morceaux et avec les huit fourchettes matriculées à notre numéro piquait les morceaux de pains, il en était de même pour la viande, 13 heures reprise des exercices jusqu’à 18 heures ; 18heures 30 souper, puis études jusqu’à 20 heures. heure du coucher où nous allions prendre nos hamacs dans les bastingages sur le pont, tout cela au son du clairon, drôle d’impression de coucher dans un hamac, mais il faudra bien s’y habituer.

A notre arrivée, notre argent a été confisqué et mis en dépôt sur un livret, nous avions droit à 2 Frs par dimanche de sortie (tous les 15 jours) plus 2 timbres militaires par mois pour écrire à nos Parents.
Je n’avais pas eu l’occasion de revoir mon ami Roger et pour cause, la première lettre que j’ai reçu de Châteauneuf était de sa main, n’ayant pu se faire à cette nouvelle vie, il était de retour chez lui, ses Parents avaient payé le débit à la Marine, ce ne pouvait être mon cas. Son destin était écrit, il devait se tuer en voiture sur la route de Levet, le lendemain des noces de son frère Gilbert au mois de mars 1928. Je n’ai pu le revoir, n’étant pas venu en permission de Noël puisque j’étais hospitalisé à l’hôpital Maritime pour une sérieuse otite, ayant frôlé l’opération de la mastoïdite, mon abcès ayant crevé la veille de l’opération. A mon retour à bord, j’ai été affecté pour mon poste de lavage, au poste des seconds Maître, cette affectation m’a rendu service, pour la suite de ma carrière. Le second Maître de manœuvre Rouault, mon instructeur, m’ayant pris sous sa coupe, m’a conseillé à la sortie des cours de prendre la spécialité de manœuvrier ; étant dans les 10 premiers, j’avais le droit de choisir toutes les spécialités. Son conseil s’est avéré excellent pour l’avancement, beaucoup d’Officiers Mariniers de cette spécialité prenant leur retraite à la limite d’âge..

J’ai signé mon engagement de 5 ans au mois de janvier 1928, j’étais content de mon sort et ne souffrais pas trop de la faim. En remplissant la feuille de renseignements, mon Père avait omis de signaler ma religion, aussi tous les dimanches au lieu d’aller à la messe, j’étais de corvée avec quelques copains, soit à la cuisine, soit à la cambuse, nous étions récompensés par un bon casse croûte. Parmi mes camarades, il y avait un nommé Lapoire, de la rue Nationale à Bourges, nous étions entre Pays, j’aurai l’occasion de reparler de lui, un peu plus tard dans mon roman. Ma première permission pour Pâques 1928 pour 8 jours, mon Père était vraiment content de me revoir, par contre la maman de Roger a eu beaucoup de

peine, en me voyant dans la tenue de Marin.
A la fin de l’année de l’Ecole des Mousses, j’étais désigné (après un mois de permission) sur le cuirassé Lorraine à Toulon pour mon cours de Gabier, je ne voulais pas être à la charge de mon Père pendant cette permission, aussi j’ai travaillé pendant 3 semaines à la carrière des fours à chaux près de la gare.
Mon cours commençait le 1° octobre 28, nous étions 40 dont une vingtaine de mousses. Une nouvelle vie allait commencer ; enfin j’allais naviguer et apprendre mon métier, nous n’étions plus des gosses, mais des hommes d’Equipage de ce beau cuirassé d’Escadre.
Le 6 octobre 1928 j’ai reçu ma première part de prime d’engagement (875 Frs) le jour même, par un mandat j’expédiais la somme de 800 Frs à mon Père, je lui devais bien cela, après ce qu’il avait fait pour moi, personne n’était au courant, mon frère Edmond en a fait la découverte par le talon du mandat lors du triage des papiers de mon Père après sa mort.

Bon pour la corvée de charbon 1200 tonnes (des briquettes de 8 Kgs) commencée à 6 heures du matin jusqu’à 17 heures avec un arrêt d’une heure pour le repas, ensuite le poste de lavage, il fallait voir le lavage corporel, tout le monde à poil sur la plage avant, avec une baille d’eau pour 8. Nous avions les yeux maquillés pour 1 mois.

Après quelques sorties d’entraînement en méditerranée, nous avons appareillé au mois de novembre pour 3 semaines, la Corse, la Tunisie (corvée de charbon à la Goulette devant
Tunis, sous une chaleur torride) l’Algérie et retour Toulon en décembre pour les permissions de Noël.
Décidément, je ne devais pas passer les Fêtes en Famille, pour la deuxième année consécutive, je me retrouvais à l’hôpital Maritime, trois jours avant notre arrivée à Toulon, j’étais transporté à l’infirmerie du bord avec une forte fièvre, mon voisin de lit, était Henri Charrère dit Papillon surnom dû à ses tatouages, dont un joli papillon en couleur. A cette époque, il était qu’à l’état de chrysalide, car il y avait à bord du Lorraine ( Le bateau disciplinaire de l’Escadre ) une vingtaine de vrais durs en provenance de Clairvaux où de Calvi, c’était les ratiers, chargés de la propreté de la coque, sous les ordres du Maître Charpentier.

A l’arrivée au mouillage, le 15 décembre 1928, la première embarcation mise à l’eau était pour me transporter d’urgence à l’hôpital de St. Mandrier, j’avais la diphtérie, au pavillon des isolés, j’ai été très bien soigné, surtout par une infirmière assez âgée, ayant perdu son fils à peu près de mon âge. Je tiens à la remercier, malgré son cadeau du matin de Noël ( une paire de gifles) que je méritais bien. En voici la cause : je m’étais tatoué, ayant dans mon petit sac, un bâton d’encre de chine qui me servait pour matriculer mon linge et des aiguilles. Dans un moment de cafard, j’avais tatoué le prénom de mon premier amour et en plus un joli cœur avec flèche et ses initiales. Le matin de Noël avant la visite, mon infirmière a voulu changer ma chemise, je ne voulais pas, disant que je pouvais le faire seul, mais passant outre à mon désir, elle m’enlevait ma chemise et découvrit la raison. Hors d’elle, j’ai eu le droit à une bonne paire de gifles et aussitôt le gant de crin et l’alcool à 90°, heureusement pour moi, il y avait encore la croûte sur mes tatouages, ce qui a permis d’enlever le plus gros, il me reste que des petites traces, aujourd’hui, je la remercie pour son intervention. Pour le Jour de l’An, alors que je recommençais à manger normalement, cette brave Femme m’a vraiment gâté. J’ai quitté l’hôpital le 10 janvier 29.pour rejoindre le bord et reprendre mon cours de gabier, avec un peu de retard sur mes camarades. A la sortie du cours j’étais 3/40 ce qui me permettait de choisir mon embarquement, et j’étais désigné pour le torpilleur l’Ouragan le 1° avril 1929. C’était un beau bateau, commandé par le Capitaine de Corvette Negadelle (tué à Brest au cours de bombardement en 1943 il était contre Amiral) et comme second, le Lieutenant de Vaisseau Toussaint de Quévrecourt qui, comme Capitaine de Vaisseau, commandant le Dumont d’Urville dans le pacifique, avait répondu les cinq lettres à De Gaulle, en réponse de son télégramme lui ordonnant de se rendre aux Anglais.





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Message par ecofousec le Mar 5 Juin 2007 - 21:06

Comme matelot gabier, j’étais chargé de la voilerie, promu quartier maître le 1° janvier 1930, j’étais affecté comme patron de la vedette du Commandant. Au cours du passage à la chambre, étant bien noté, le Commandant m’avait proposé pour le cours de voilerie à Brest, ayant été admis, j’embarquais le 1° avril 1930 à bord du Montcalm en rade de Brest pour un cours de six mois. A ce cours nous étions 24, dont une dizaine d’anciens mousses, nous étions installés dans une casemate à Tribord, la plus grande partie de nos cours avait lieu dans l’arsenal au fond de la Penfeld, nous quittions le bord à 7 h30 dans un canot. Il fallait tirer sur l’aviron pour faire les 3 milles qui nous séparaient de notre salle de voilerie, le midi nous mangions au dépôt et à 17h c’était le retour à bord. Au début nous avions quelques ampoules aux mains, mais nous avons été vite endurcis et cela nous a permis de représenter Brest en finale du championnat de la Marine, cette finale avait lieu un samedi de juillet entre les 5 ports. (à ce sujet une anecdote : le dimanche avant cette course, vers 18h. au moment du souper, nous étions une quinzaine à chanter et faire du bruit et l’Officier de garde, le Lieutenant de Vaisseau Mevel qui n’était pas dans son assiette, demanda qui était le Major, m’étant présenté, il me donna l’ordre d’aller chercher le clairon
(coiffeur du bord). 1 heure après, nous avions tous les cheveux à ras, le lendemain matin à la rentrée des permissionnaires, il y a eu explications, le L. de V. Mevel a été mis aux arrêts et notre patron le 1° Maître de manœuvre Laot ainsi que les S/M Neveu et le Droff, nos chefs de nage du canot se sont fait couper les cheveux à ras. Nous avions tous l’air de forçats sur une galère, ce qui ne nous a pas empêchés de terminer 2ème à une longueur de ce championnat).

Le cours se terminait fin septembre, étant 1°/24 j’avais le droit de choisir mon futur embarquement, j’étais volontaire pour zélé à Tahiti ! Mais au cours de ma permission avant le départ en campagne, j’ai reçu une note annulant ma désignation, et me désignant pour l’Aviso Baccarat à Beyrouth, car entre temps, un camarade de cours, l’Hostis du Conquet, ayant un parent au Ministère au bureau du personnel, avait réussi à se faire désigner à ma place. Cela ne lui a pas porté chance, je l’ai su par la suite, ayant été rapatrié sanitaire.

Pendant ma permission le 30-11, mon frère Edmond était papa d’un fils (Marcel), étant le parrain, nous avons fait le baptême avant mon départ le 20-12, pour rejoindre Marseille, J’ai revu ma Mère pour la dernière fois, le jour de mon départ, car elle revenait s’installer à Châteauneuf. Embarqué à bord du paquebot Lotus le 23-12, nous étions une dizaine de Marins, j’étais le chef de détachement, dans mon équipe, j’avais un excellent joueur d’accordéon, le Matelot canonnier Olivier, aussi le commissaire du bord, nous avait invités ( je portais les partitions) à venir jouer le soir en 1° classe, ce qui nous donnaient droit, en fin de soirée, d’avoir un sérieux casse-croute à l’office des 1ère.
La traversée s’est bien effectuée, après une escale de 24 heures à Alexandrie, nous sommes arrivés à Beyrouth le 1-1-31. Le Baccarat était un vieil aviso, mais avait un bon Etat-major et un équipage de copains, jouant dans l’équipe de foot du bord, j’étais sélectionné dans l’équipe de Marine Beyrouth, aussi au retour d’une croisière en mer rouge, j’étais débarqué du Baccarat pour être affecté à la base de la Marine à Beyrouth, le 9-3 comme voilier. Etant logé dans la voilerie, j’avais la possibilité de préparer mon examen de second maître que je devais passer au mois d’avril. Ayant été reçu, j’étais promu le 1° juillet 1931, en plus de ma charge de voilerie, j’avais la fonction de vaguemestre. Ma situation avait bien changé, j’étais vraiment heureux, la solde aussi, de mes 185 francs de quartier maître, elle passait à 900 francs, c’était vraiment beaucoup pour l’époque et pour un célibataire de 20 ans.





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Message par ecofousec le Mar 5 Juin 2007 - 21:10

Nous avions une bonne équipe de foot et nous disputions le championnat militaire de Syrie, nous avions des déplacements intéressants, Rayack (Aviation) Alep (légion), Damas (Armée de terre et beaucoup de matchs contre les équipes civiles de Beyrouth, je jouais inter gauche, à côté de mon ami Charles Piat avant centre, qui avait de la classe (c’est le Père de Philippe Piat, l’international de Sochaux, et aujourd’hui Président des joueurs professionnels).

J’ai fais la connaissance de ma future Femme, d’une façon assez bizarre : à la suite d’un pari d’une caisse de champagne avec le 1° Maître mécanicien Floch, notre chef de poste.
Cette jeune Fille, au retour de la messe du dimanche, passait devant la Marine pour se rendre chez elle, habitant dans la même rue à 500 mètres environ, elle était inabordable d’après les copains, je me suis pris au jeu, elle habitait avec sa Mère Boulevard Pasteur dans une villa dominant la plage et tous les soirs descendait prendre son bain, c’était l’endroit idéal pour nouer connaissance, tout a commencé par un jeu, pour finir par un mariage le 4 octobre 1932. Entre temps, mon Père m’avait donné son consentement, mais pour elle ce n’était pas si simple, il fallait l’autorisation de toute la Famille.

La Famille KAIROUZ : de descendance libanaise, expatriée en Argentine où le Père était marchand de tissus à Rosario où sont nés quatre enfants, Pédro l’ainé, puis Adela, Edouardo et ma future femme Angelita, Le Père étant décédé, toute la famille est revenue au Liban en 1926, La maison familiale était à Bécharré, dernier village de la montagne avant les fameux cédres du Liban. Dans cette maison vivait la grand-mère paternelle, ma belle-mère «Faride» demeurait avec Angélita à Beyrouth pour ses études, Pédro s’occupait de la propriété à Bécharré. L’installation de la première usine électrique « La Kadischa » au Liban, installée par Alsthom Belfort employait du personnel de la région dont mon futur beau-frère Edouardo, Le chef monteur de cette usine « Didier HINDERHOLTZ », de Golbey dans les Vosges, prenait pension dans la Famille Kairouz et cela c’est terminé par le mariage avec Adela, pour mon mariage il fallait l’autorisation de toute la famille, selon la coutume du pays.

Didier était un ancien Marin, engagé volontaire en 1917 et terminant la guerre comme Q/M mécanicien sur le sous-marin Farfadet, à la suite de la visite à toute la famille, l’autorisation de mariage fût accordée.
Le mariage eut lieu le samedi 4 octobre 1932, d’abord au consulat, puis à la cathédrale de Beyrouth, à ce sujet une anecdote peu banale : l’officiant «le Père Rémy, aumônier, Officier de la Légion d’Honneur » au cours de la cérémonie me demanda si j’avais communié, lui
répondant par la négative, il me conviait de le suivre à la sacristie, pour la confession ce qui avait jeté un froid dans l’assistance.
La cérémonie étant terminée, nous avons pris la route de Damas pour notre voyage de noce, notre chauffeur était Pédro, avec sa voiture Américaine Graham paige 22 cv. Notre chambre était retenue à l’hôtel Argentina, tenue par des anciens amis d’Argentine, au retour, j’ai du être présenté à Monseigneur KAIROUZ, le Pape des Maronites, cousin de la famille, nous avons eu le droit à sa bénédiction pour notre union.
J’avais quelques économies sur mon livret de caisse d’épargne (10.000 frs) mais après la ponction des frais du mariage, il n’en restait que la moitié.





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Message par ecofousec le Mar 5 Juin 2007 - 21:12

Nous sommes rentrés en France, sur le paquebot Mariette Pacha, le 26 février 1933, arrivés à Marseille le 5 mars, nous sommes arrivés à Châteauneuf où mon Père nous attendait avec impatience, J’avais 94 jours de permissions, aussi j’en ai profité pour acheter un jardin dans l’Isle et le mettre en valeur pendant cette période. Etant désigné pour la base aéro de Berre, je rejoignais mon affectation le 13 juillet, mon épouse était enceinte de 5 mois, nous habitions un garni dans le village de Berre. J’étais nommé comme Commandant d’un Pétrel, bâtiment de dépannage aéro à gouvernail à coquille, c'est-à-dire sans marche arrière, il suffisait de fermer les coquilles pour faire cette manœuvre, il y en a eu 6 dans cette série qui était expérimentale. Au mois de novembre, en permissions, nous sommes revenus à Châteauneuf pour l’accouchement qui s’est passé à la clinique de Madame Déjean, rue Bourbonnoux, à Bourges, dans la même chambre où était né mon neveu Marcel mais il y a eu des complications, mon Épouse ayant eu la fièvre purpurale ! Heureusement que le bébé (Arlette) se portait bien, c’est ma belle sœur Madeleine qui s’est occupée de tout, étant dans
l’obligation de rejoindre mon poste à Berre, j’en ai profité pour préparer mon examen de concours du brevet supérieur, que je devais passer en février à Toulon, étant admis, j’étais convoqué pour le 1° avril 1934 sur l’Armorique. Entre temps mon Epouse m’avait rejoint à Berre avec le bébé, pour rejoindre Brest, nous sommes passés par Paris, Arlette avait 4 mois, de nouveau nous étions en garni, au 1° étage, au-dessus d’un magasin de coiffure dames (chez Madame Lala) aux 4 moulins commune de St. Pierre Quilbignon. Le cours du B.S.était assez dur et je devais me battre pour garder la place de Major que j’avais eu à l’entrée du cours. Parmi les instructeurs, j’avais le 1° Maître René Fulchic, que j’ai eu l’occasion d’être sous ses ordres en Indochine, le 1° octobre 34 étant sorti le 1° du cours sur 12, j’étais désigné (au choix) comme instructeur à l’Ecole Navale sous les ordres de mon ancien instructeur de l’Ecole des Mousses, le Maître Principal Rouault.
En 1935, j’ai eu la douleur de perdre mon Père, suite à un accident du travail, c’était la première fois que je revoyais mon jeune frère Maurice après 15 ans de séparation, ayant appris le métier de charcutier chez Edmond, qui perdit son Epouse Madeleine en 1936 suite à une grave maladie. Suite à ça Maurice se maria et s’installa à son compte à la porte de St. Ouen à Paris.
En 1935 l’Ecole Navale était transférée de la Nino au Quatre pompes à St. Pierre Quilbignon, à la reprise des cours en octobre, j’étais nommé patron du remorqueur Kelern, et chargé de l’instruction bâtiment à vapeur, étant passé Maître de manœuvre le 1°-1-1937, mon sabre (coutume de l’Ecole) m’a été remis par le major de la promotion E.V. Gleize dont j’aurai l’occasion de reparler par la suite, ayant terminé mon embarquement (3 ans) à l’Ecole Navale, j’étais volontaire pour les sous-marins, mon ancien instructeur au B.S le 1° Maître R. Fulchic, m’avait présenté au commandant du Conquérant ( S/M de 1500 t.) qui était d’accord pour me prendre au choix, mais dans l’intervalle un télégramme du Ministère me désignait pour campagne à Marine Dakar. Mon épouse était enceinte, nous attendions la venue du bébé pour la fin de l’année, nous étions donc retournés à Châteauneuf pour la naissance, étant titulaire de 2 mois de permissions avant le départ en campagne, mon fils Henri est né le 10 décembre 37, tout s’est bien passé, malgré les craintes que nous avions et les problèmes de santé dus à la naissance d’Arlette.
Cette séparation aurait du arranger bien des choses dans notre ménage, car depuis quelques temps, il y avait de l’eau dans le gaz, je jouais au foot dans l’équipe reserve de l’A.S.Brestoise, et nous étions souvent en déplacement le dimanche, cela a été un des premiers points de friction, je dois avouer que ce n’était pas drôle pour mon Epouse, le sport ne s’accorde pas avec l’amour physique.
Ayant rejoint le dépôt de l’Orient, le 16 février 38, j’embarquais le 18 à Bordeaux avec mon détachement d’une vingtaine de Q/M et de Matelots. Il y avait un Maître commis et sa femme, Jean Le Polles de recouvrance, faubourg de Brest, ils sont devenus par la suite de véritables amis.
Traversée sans histoire, mais au cours de celle-ci, j’ai eu le bonheur de faire la connaissance d’une jeune femme qui allait à Dakar, comme barmaid dans un grand bar, près du cinéma Rialto, elle s’appelait Renée Espagnac, native de Toulouse.
A Marine Dakar, j’étais affecté comme Maître chargé du service barrage et dragage, poste important, mais me laissant pas mal de loisirs, surtout pour le sport et mon autre loisir : la pêche. Presque tous les dimanches matin, nous partions sur un petit remorqueur pour pêcher autour de Gorée, et rentrions presque toujours avec une centaine de bonites et poissons divers, cette pêche, remise à mon camarade Jean, améliorait le menu de l’équipage. En dehors de la pêche, il y avait la chasse, nous partions en brousse à une centaine de Kms à 4 pour le week-end dans une voiture genre jeep, que nous avions aménagée en conséquence.
Mais cette vie paisible allait changer au début septembre 39, le 2 au début de l’après midi,
j’étais convoqué à l’Amirauté, le chef d’Etat Major me demandait si le matériel de barrage était prêt, ayant répondu oui, il me donnait l’ordre de commencer les préparations, le 3 au matin, le jour de la déclaration de guerre, nous commencions l’installation sur le terrain. Il fallait assembler les filets entre eux par fractions de 150 mètres et de hauteurs différentes selon les fonds de mouillage. En plus de mon personnel, j’avais sous mes ordres deux équipes de 50 hommes (Sénégalais) avec 2 Grios, (conteurs et chanteurs) et tam-tam. Nous travaillions jours et nuits, dès l’assemblage terminé et embarqué sur un chaland mon ami le Maître de manœuvre Keroz, commandant la gabare, allait les mouiller aux points prévus. Ce fût un travail de titan, effectué en 52 jours, alors qu’en 1930 une équipe de spécialistes de la D.P. de Toulon avait mis 3 mois pour le même travail, 27 Kms de barrage : entre le cap Manuel et l’ile de Gorée, et Gorée Rufisque avec porte d’ouverture pour laisser passer les bâtiments dans cette partie. Tout le personnel était fatigué, moi-même ayant pris un sérieux coup de bambou, je suis resté alité plusieurs jours. Ce barrage a été utile, car il a empêché De Gaulle et l’Escadre Anglaise de rentrer dans la baie et de prendre Dakar en fin 1940.





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Message par ecofousec le Mar 5 Juin 2007 - 21:19

l m’est arrivé un coup dur, dont je me serai bien passé, j’étais de bibine, c'est-à-dire chargé de la boisson du poste des Maîtres, (corvée que nous faisions à tour de rôle), j’avais fait mes comptes et mis l’argent (12.000 frs) dans un coffret métallique enfermé dans une armoire et devais régler le fournisseur le lendemain soir, le lendemain matin, j’étais à l’appel à 8 heures comme d’habitude ; étant remonté à ma chambre aussitôt après, je vis avec horreur que la porte de mon armoire était ouverte, et que le coffret avec l’argent avait disparu. Malgré toutes les recherches (Police civile) et interrogatoire de mon Boy, il n’y a pas eu de résultat. Heureusement pour moi, mon amie Renée m’a remis cette somme pour régler cette facture. Je ne saurai jamais assez la remercier de ce geste (entre temps, elle expédiait de temps à autre des colis de café, etc.) à mon Epouse pour les Enfants…….
J’étais promu 1° Maître le 1° janvier 1940, avec en plus la médaille Militaire.
Je rentrais en France le 2 mai par le paquebot Brazza, pour arriver à Bordeaux le 14 mai, c’était le dernier voyage de ce Bâtiment, car pendant son voyage vers Dakar, il a été torpillé par un sous-marin devant les côtes d’Espagne et il y a eu des centaines de victimes.
Je devais passer ma permission à Châteauneuf, mais entre temps mon Epouse et les Enfants étaient partis à Golbey, faubourg d’Epinal, 9 route des forges, au domicile de ma belle Sœur Adéle, j’allais donc les rejoindre à cette adresse, où je devais retrouver mon beau-frère Didier, lui-même en vacances étant en chantier à Luchon.

Mais la situation de notre Armée devenait tragique, devant l’invasion, nous pensions rejoindre nos postes, Didier à Luchon et moi à Toulon. Nous avons pris le dernier train
uittant la gare d’Epinal le 18 juin au matin, laissant nos Epouses et Enfants à Golbey, Didier avait une Fille Jacqueline du même âge qu’Arlette, c’était vraiment la vraie pagaille, nous avons mis 2 jours pour effectuer 80 kms. Car à 18 kms avant Besançon à Rigney une douzaine de trains étaient bloqués, les ponts ayant sautés, comment décrire la douleur et l’affolement de tous ces gens. Nous avons vécu des scènes vraiment pénibles, j’étais en tenue de 1° Maître, et Didier m’a conseillé de changer de tenue, heureusement que j’avais une tenue civile dans ma valise. Avant de changer de tenue, je me suis rendu près du Commandant du train d’A.L.V.F (artillerie lourde sur voie ferrée) stoppé juste devant nous avec des canons de 240. pour me mettre à sa disposition, il m’a répondu que c’était inutile, que nous étions encerclés et qu’il attendait d’un instant à l’autre l’arrivée des Allemands. Il me conseillait d’essayer de rejoindre la Suisse, comme le faisait son personnel, nous étions à une trentaine de kms de la frontière.

Nous étions entrain de discuter de cette décision avec Didier, lorsqu’une dame, Madame Lubin, épouse du Directeur d’une banque d’Epinal qui était dans notre compartiment, accompagnée de sa fille Madeleine (15 ans) et de son fils René (10 ans) nous a proposé de l’accompagner dans un village voisin (Vandelans) où elle avait des amis. Nous nous sommes mis d’accord pour ce projet, et transportant ses bagages, nous nous sommes rendus chez ses amis. Le Mari était le Maire de Vandelans, il nous a installés dans une petite ferme à lui, où il remisait son matériel agricole, en bordure d’un bois et de la rivière Ognon. Il y avait, une vieille cuisine et pièce pouvant servir de chambre, où nous avons installé, Madame Lurin et ses Enfants. Nous couchions Didier et moi dans la cuisine, le Maire avait eu la gentillesse de nous fournir le nécessaire de literie, mais il fallait bien penser à la nourriture pour cinq personnes. Le lendemain de notre installation Didier a eu la riche idée d’aller faire une visite dans le train d’A.L.V.F. où nous avons découvert la réserve de vivres de la compagnie du train( l’Etat Major et le reste de la compagnie avaient été fait prisonniers). A l’aide d’une charrette à bras, nous avons fait plusieurs voyages pour transporter notre butin (boîtes de conserve, farine, légumes secs etc. et même un petit baril de tafia et des bouteilles de vin). Au cours de ces transferts de vivre, Didier me dit regarde sur le talus au-dessus de toi, c’était un beau lapin domestique entrain de brouter, je pris un caillou du ballast et lui lançait, un coup de chance, je l’avais frappé en pleine tête, en montant le ramasser, j’en trouvais un autre plus petit à 50 cm, en train de râler, ma pierre l’avait atteint par ricochet. Nous étions sauvés au point de vue nourriture, en plus des conserves, nous achetions quelques volailles et œufs à la ferme du Maire, il m’a même prêté une ligne, ce qui nous a permis de manger quelques bonnes fritures. Le maire nous tenait au courant de la situation, dont le crime Anglais à Mers-el-Kébir du 3 et 6 juillet 1940. Nous ne pouvions rester très longtemps dans cette situation, car un bataillon Allemand, venait de s’installer à Rigey, et les patrouilles commençaient dans la région. Cela devenait malsain, après entente avec Madame Lubin, nous avons pris la décision de remonter sur Epinal, c’est encore le Maire, qui nous a dépanné pour ce voyage, Madame Lubin avait de l’argent liquide, ce qui a permis de louer une grosse voiture (par l’intermédiaire du Maire) pour entreprendre ce voyage. Le 26 juillet, après avoir chargé nos bagages, nous prenions la route de retour. Au cours du voyage nous avons été contrôlés deux fois, la chance était toujours pour moi ; Madeleine parlant couramment l’Allemand me faisait passer pour son frère ainé, malade de la poitrine, brave gosse, elle en avait les larmes lorsque nous repartions, nous sommes arrivés à Epinal le soir où Madame Lubin retrouvait son Mari et sa maison intacte. Didier et moi étions heureux de la joie de cette Famille réunie. Nous repartions aussitôt pour rejoindre Golbey, où personne ne nous attendait, étant sans nouvelles de nous depuis notre départ du 18 juin.
C’était la joie dans la maison, surtout de la part des Enfants, car il y avait un peu de tirage
dans mon ménage, pour Didier pas de problèmes, il parlait Allemand et en temps que civil, il pouvait attendre les événements, continuant à toucher sa paye de la maison Alsthom de Belfort, pour moi, il n'en était pas de même, il fallait que je rejoigne Toulon, car tous les autres ports étaient occupés. Mais comment rejoindre Châteauneuf qui était en zone libre à 8 kms de la frontière et où j’avais tout mon trousseau Marine. L’occasion est venue rapidement, à la suite d’une dispute avec mon Epouse, la vie devenait intenable, en plus des nombreuses scènes de jalousie, j’étais à la merci d’une dénonciation du voisinage, car les Allemands commençaient à rechercher les évadés, le couvre feu était à 20 heures. A la suite d’une dispute, mon Epouse est descendue dans la rue à la recherche d’une patrouille Allemande pour me faire arrêter, elle est rentrée bredouille, heureusement pour moi, il était temps que je quitte Golbey. C’est encore Didier qui a trouvé la solution de mon départ. Dans notre immeuble, habitait une jeune femme qui était secrétaire à la Kommandatur d’Epinal, Didier a été la trouver et lui a fait faire un laisser passer pour Madame Pellé à destination de Châteauneuf sur cher. Ayant ce précieux papier, nous avons travaillé des heures dessus au corrector et fer à repasser pour mettre Monsieur à la place de Madame sur mon permis de conduire (comme pièce d’identité) mais sur cette photo en tenue, il y avait mes épaulettes de 1° Maître (on y voit encore les traces) ce permis est aux archives de la Préfecture de la Charente, ayant changé de permis par la suite.





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Message par ecofousec le Mar 5 Juin 2007 - 22:26

Le 1° Aout, je prenais le train pour Paris, avec ma tenue Militaire dans ma valise, auparavant, Didier m’avait fixé deux planchettes de bois au genou gauche ce qui m’obligeait à boiter, après un contrôle à la gare de l’Est à Paris, je prenais le train pour Bourges, le 2 au matin, arrivant à la boutique de mon Frère (il s’était remarié fin 38 et je ne connaissais ma Belle Sœur que par photo) et passant par la porte de la cuisine, je tombais sur deux soldats Allemand entrain de faire leurs saucissons, drôle de surprise. Mon frère avait réussi à s’échapper de St. Dié pour se retrouver avec sa compagnie à Marseille, avant de revenir pour essayer de rentrer à Bourges, il était aux Hurbelins dans la maison de son Epouse à côté de Dun sur Auron en zone libre à quelques kms de la frontière , qu’il a réussi à franchir quelques jours après mon passage à Bourges. Ma Belle Sœur ne m’attendait pas, elle a bien réagit, et après un sérieux casse croute, m’a remis un colis de victuailles et je repartais par le train en direction de Châteauneuf, le plus dur restait à faire : passer la frontière, celle-ci était à Lunery, gare après St. Florent à 8 kms de la maison. Le train s’arrêta entre deux miradors et des rangées de barbelés de chaque côté et la fouille du train par des soldats armés commençat, dans mon compartiment, il n’y avait qu’une Dame âgée allant à St. Amand, n’ayant pas tenu conversation avec elle (il fallait se méfier de tout le monde) à l’arrêt du train, je lui demandais un service ; si je suis pris, remettez ma valise au chef de gare de Châteauneuf, la prochaine gare en disant que c’est le fils à Pompon. Un sale moment à passer, le contrôle : m’étant levé péniblement, je tendais mon laisser passer au sergent qui après un rapide coup d’œil, le rejetait sur la banquette, Ouf !!! Tout n’était pas fini, car la fouille du train a durée près d’une heure, c’était vraiment pénible cette attente et si près du but, nous sommes repartis et de joie, j’embrassais la vieille dame et l’a remerciais ; enfin libre.

En arrivant dans ma rue, je rencontrais ma tante Audot qui sortait de la boulangerie avec son pain sous le bras. Elle est tombée dans les pommes, car pendant la débacle mon frère Maurice, qui était dans l’aviation, avait appris par un copain que j’étais mort à Epinal ayant vu ma tombe, après quelques jours de repos, je reprenais le train le 5 aout pour arriver le 7 au dépôt de Toulon.

Quelle foule dans ce dépôt, 5 à 6000 rapatriés d’Angleterre, n’ayant pas voulu être affectés
dans la Marine Anglaise, le souvenir de Mers-el-Kébir n’était pas effacé, beaucoup de réservistes de la zone occupée, aussi la Marine avait pris la décision de créer 6 centres d’accueil pour caser ce personnel, J’ai été convoqué par l’E-V-Gleize, mon ancien élève de l’école Navale, qui m’a demandé si j’étais volontaire pour aller avec lui, comme patron dans un de ces centres,. J’étais d’accord pour cette affectation, plutôt que de rester au dépôt, nous avons été désignés pour le camp de la Colombaise, sur la commune de Berlan à 3kms de St. Laurent du Pont, dans le massif de la grande Chartreuse, à 30 kms de Grenoble. Notre équipage était composé ainsi : Cdt.Lieutenant de Vaisseau Lorenzi de l’aéro-Navale (blessé à un bras, au sessus de Gibraltar, en représaille de Kébir), comme second l’E.V.Gleize pilote de l’aéro-Navale, moi-même comme patron, 1 Maître fourrier, 1 Maître électricien, 1 Maître pilote, 1 Maître mécanicien et une dizaine de jeunes S/Maîtres tous de l’Aéro Navale et 150 réservistes de toutes spécialités, ce qui nous a bien rendu service pour l’installation du camp.

L’organisation n’était pas si simple, pendant tout le mois de septembre il a fallu préparer le matériel et l’embarquer dans des wagons, le 28 septembre tout était prêt et nous partions par un train spécial (10 wagons, personnel et matériel) en direction de Grenoble, arrêt en gare de Voreppe, d’où nous avons transporté notre matériel, à notre camp par camions de l’Armée.

Le camp, c’était un grand mot, il n’y avait rien, en dehors de 2 fermes abandonnées et des dépendances, moi j’avais une équipe magnifique, en 10 jours 4 baraques Adrian étaient installées, et le personnel pouvait jouir d’un confort correct, mais il fallait accepter tout ce monde, les Eaux et Forêts nous ayant fait don d’un lot de forêts, il fallait l’exploiter, une équipe du camp est allée à Grenoble chez les Chasseurs Alpins pour récupérer le matériel nécessaire à l’exploitation plus 1 camion, 1 traction avant, 3 motos et surtout un cheval et 12 mules, nous devions faire vite pour l’abattage des arbres, car la neige était à craindre. Fin novembre, nous avions une bonne réserve de troncs à descendre de la montagne, fin décembre, nous avions de 50 à 80 cm de neige ce qui permettait de faire glisser les arbres de la coupe, vers le camp. Nous avions installé une scierie et débitions des planches, nous avions également installé 4 fours pour faire du charbon de bois, notre camion marchait au gazogène, nous revendions ces produits à St. Laurent et aux Echelles et l’argent était partagé entre les équipes qui travaillaient à la forêt.

La première lettre reçue à Berlan, était celle d’un ancien camarade de Dakar (le 1° Maître de manœuvre Raoul) m’annonçant l’arrestation de mon voleur, quelle surprise !!... c’était le 1° Maître fusilier Jo Legoff, Capitaine d’armes de Marine Dakar et admissible Officier des Equipages, il s’est fait prendre de la façon suivante : un soir de fête avec un de ses seconds, il avait tiré un coup de feu dans une porte de boîte de nuit rue Raffenel, mais un second Maître indigène l’avait vu prendre un revolver au râtelier des armes, il a donc du avouer, mais au cours de l’enquête par la Police locale, un autre indigène a signalé qu’il l’avait vu enterrer un coffret au pied d’un filad ; et qui a été découvert à l’endroit indiqué, Jo, ayant passé le Conseil de Guerre, a été condamné à 2 ans de prison et renvoyé de la Marine.

Entre temps, mon Epouse était de retour à Châteauneuf avec les Enfants, elle ne manquait pas d’argent, la Marine lui virant régulièrement et mensuellement ma délégation, il n’était pas question de la faire venir dans la neige et j’avais toujours sur le cœur l’affaire de Golbey.

Au mois d’avril, au cours d’une inspection générale, (Amiral Gensoul) je retrouvais un ancien camarade de Dakar, le 1° Maître secrétaire Félix César, affecté au bureau des désignations au Ministère de la Marine à Vichy, il m’a signalé qu’il y avait un poste de 1° Maître de manœuvre à Saigon, mais qu’il n’y avait pas de volontaires pour ce poste, je lui ai donné mon accord, 48 heures après, un télégramme de Vichy me désignait à ce poste. Je venais à Châteauneuf passer mes permissions avant mon départ en campagne, au cours du trajet en gare de St. Amand est monté dans mon compartiment un jeune couple, c’était ma Cousine Renée Jacquet, patronne de l’hôtel de la boule d’or à Dun et son fiancé, un jeune S/Lieutenant. Elle m’avait promis d’aller voir mon épouse et les enfants pour leurs apporter du ravitaillement, elle a tenu parole, ils étaient accompagnés d’un lieutenant de la Milice de Dun, nommé Quenet, mais qui est venu seul, à plusieurs reprises pour apporter des friandises aux Enfants ! Ce qui a valut des ennuis à mon Epouse, j’en reparlerai par la suite au moment de la libération. C’était ma dernière permission passée en Famille. Je partais le 10 juin 41 pour rejoindre Toulon et embarquer sur le paquebot Cap-Padaran le 15 juin 41 à Marseille.





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Message par ecofousec le Mar 5 Juin 2007 - 22:32

L’INDOCHINE

Embarqué sur le paquebot Cap Padaran, nous quittions Marseille le 15 juin (dernier convoi quittant la France en direction de l’Indochine) après escale à Mars-el-Kébir, où nous avons embarqué du matériel (après avoir rendu une visite au cimetière où étaient enterrés des centaines de Marins).
Nous avons appareillé pour Casablanca en passant par le détroit de Gilbraltar sous le contrôle de la Marine Anglaise, traversée sans incident, escale de 24 heures à Casa où nous avons embarqué du matériel et du personnel Militaire (Légion, Marine et Armée de terre). Le Commandant d’armes du bâtiment était le Capitaine de Vaisseau Poher et comme adjoint le Lieutenant de Vaisseau Mangin-D’Ouince. A bord nous étions entre 2 à 300 Militaires et quelques civils dont 3 Femmes qui allaient rejoindre leurs maris à Saïgon, direction Dakar, pour une escale de 24 heures. Je me suis rendu à la Marine, avec l’espoir de revoir mon ami Jo Legoff en prison, mais cela était impossible, car il fallait une autorisation spéciale et n’ai pu l’obtenir, nous partions le lendemain matin pour Madagascar, 32 jours de traversée, en passant à 200 milles au sud du Cap de Bonne Espérance pour éviter l’Escadre Anglaise, mais les traditions de la Marine ne devaient pas se perdre et le Commandant a tenu à faire la fête du passage de la ligne.
La vie à bord était monotone, et je passais beaucoup de temps sur la passerelle dans la journée et le soir c’était des parties de cartes, un seul incident pendant ce voyage, la mort d’un de mes Marins (Q/Maître Indochinois) selon la tradition de la Marine, nous l’avons mouillé par des fonds de 4000 mètres entre le Cap et Tamatave, cérémonie toujours émouvante pour l’équipage.
Nous sommes restés 8 jours à Tamatave, que nous devions quitter pour cause de typhon et nous mettre à l’abri dans la baie de Diégo-Suarez. D’où nous sommes partis en convoi le 20 octobre, pour rallier Saïgon où nous sommes arrivés le 2 novembre, en passant par le détroit de la Sonde entre Java et Sumatra. Nous avons pris le pilote au Cap St.Jacques pour remonter la rivière, Mon poste à la passerelle m’a permis de prendre quelques notes qui m’ont servies par la suite.
J’étais affecté à la Direction du port de Saïgon, étant chef de quart j’ai été désigné à ce titre pour ramener le Lapérouse de Cam-Ranh à Saïgon le 22 novembre, nous avons appareillé le 23 au matin, pour arriver le 25 au soir à Saïgon. Au cours de cette traversée, j’ai cru ma dernière heure venue, ayant mangé des huitres la veille de notre départ, au restaurant Amposta de Cam-Ranh, j’étais vraiment malade, le toubib du bord m’a soigné par piqûres et du lait condensé, j’ai tenu mon quart normalement, mais j’étais vraiment mal en point à mon arrivée.
Le 28 décembre, j’étais désigné comme patron pour la flottille des grands lacs au Cambodge, et comme adjoint le S/Maître timonier Birocha. Nous sommes restés 8 jours à l’hôtel Royale à Phnom-Penh dans l’attente de notre futur Commandant l’E.V.Vilar (assassiné par les Viets à Haiphong en 46 devant son équipage) un de mes anciens élèves à l’Ecole Navale. Au cours de mon séjour à Phnom-Penh, j’avais acheté un fusil Martall à cinq coups et une centaine de cartouches, cela nous a bien rendu service au cours de notre stationnement au Viam, mon Q/M fusilier Lavenan était un excellent tireur, à chaque sortie, il nous ramenait en moyenne de 10 à 12 sarcelles et cols verts avec 5 cartouches.il n’y avait pas d’armes pour les pêcheurs.
Nous avons quitté P-Penh pour aller faire un stage à Krakor où l’Adjudant chef de gendarmerie Courtet, chef de la brigade des lacs, devait nous instruire sur notre futur travail (patrouilles en jonques à moteur, etc.) et nous attendions la montée des eaux pour remorquer notre maison flottante à son poste du Viam à 3 kms de Siem-Reap aux mortes eaux et à 5 aux basses eaux.
in janvier, ayant reçu mon personnel (8Q/M gabier, mécaniciens, fusilier) plus 1 matelot indigène servant de cuisinier et d’interprète, nous quittions Krakor, remorquant notre maison, 2 jonques à moteur et une vedette en fer (dite rapide !) pour venir nous amarrer dans le village lacustre de Viam. Nous étions à la frontière du Siam, qui après une petite guerre nous avait pris la province de Battambans et la moitié des grands lacs.
Viam, l’ancien port des Rois d’Angkor, à quelques kilomètres de la frontière, marquée sur le Tonlésap par 8 grandes balises, la Marine avait construit en 1942 un poste, véritable belvédère dominant les lacs du haut de ses 150 mètres sur le Pnom-Krom, une des trois collines sacrées où les Khmers Angkoriens construisirent leurs premiers temples.
La province de Battam Bang restitué au Cambodge en 1946 est la plus riche de ce pays (rizières, forêts, pêches). Le lac Tonlé Sap ravitaillé par le Mékong, immense plan d’eau de 125 kms de long sur 50 à 60 kms de large, entouré de tous côtés par la forêt inondée, dont la cime des arbres émerge à peine en période des hautes eaux, où la crue s’élève de 11 mètres en années normales et parfois à 13 mètres, la circulation dans cette forêt se fait naturellement en sampans et jonques.
La fête des eaux à Pnom-Penh (décrue du Mékong) tombe début novembre, la pêche est la plus grande richesse de cette région, l’exportation du poisson séché se fait dans tout le sud-est asiatique et même jusqu’en Chine et le Japon (c’est d’après les experts l’endroit le plus poissonneux du monde). La pêche : c’est très simple, pas de ligne, mais des claies en bambou de 2,50 mètres de haut pour faire les barrages, les pêcheurs cambodgien ne se fatiguent pas beaucoup, à la montée des eaux, ils s’occupent à couper des bambous et confectionnent des claies d’une dizaine de mètres, et le reste du temps c’est le hamac, et le déménagement, aux basses eaux. Le village est à 3 kms des pieds du Pnom-krom et à 5 kms
e Sem-Réap, à mesure que l’eau monte le village déménage, c’est ce que nous avons fait avec notre maison flottante, puisque nous arrivions à l’époque des basses eaux, mais dès que la décrue commence, la pêche commence avec l’installation du barrage, quant il ne reste que 50 cms d’eau, on ramasse le poisson, on le vide, et on l’installe sur des claies au soleil (travail des femmes). Et nous recommençons ce travail jusqu’au moment de la décrue totale, autrement dit le pêcheur travaille la moitié de l’année, nous étions en bonne relation avec le village et nous étions gâtés par les pêcheurs.





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Message par ecofousec le Mar 5 Juin 2007 - 22:40

Notre maison flottante 10 m sur 8 était bien installée, en bas la grande salle où nous mangions, avec mon bureau et la réserve des vivres et des armes et munitions, et en haut le dortoir avec nos hamacs et nos affaires personnelles.
Les vivres : nous avions le nécessaire pour 2 mois, en boites de conserves, légumes secs, café, sucre, thé, etc. Mais malheureusement pas de pain, ni de vin, comme boisson, le thé fait avec l’eau du Mekong, que nous laissions décanter dans deux bailles avant de la faire bouillir, mais notre interprète se débrouillait pour avoir de temps à autre une caisse de bière en provenance du Chinois de Siem-Réap.
Pour la deuxième fois, j’ai bien cru laisser ma peau dans ce pays, une crise de paludisme terrible, et pas de médicaments. Le Docteur de Siem-Réap (Dauban-des-Seychelles) était en tournée en brousse et ne devait rentrer que dans 8 jours, je commençais à délirer et mon Adjoint avait été dans l’obligation de m’amarrer dans mon hamac, cette crise a duré 4 jours et c’est mon boy qui m’a remis sur pied, en me faisant boire un demi-litre de glace pilée, qu’il avait été me chercher à Siem-Reap ; pendant une semaine, aucun son ne sortait de ma bouche, mais la fièvre était tombée. Nous attendions avec impatience la fin des travaux de notre future demeure, sur le Pnom-Krom, composée par un chalet en bois (demeure du Commandant) et de notre caserne, construite en bois par la compagnie forestière de Bien-Hao, travail effectué sous la direction d’un agent technique de l’Arsenal de Saigon (Monsieur Pilar, un lorientais) qui prenait pension à l’hôtel Vergoz de Siem-Réap.
Nous en avons pris possession le 1° avril 1942, l’E.V.Vilar notre Commandant est arrivé de Saïgon avec le personnel complémentaire (30 hommes) plus les vivres et une partie du matériel, le gros matériel étant à bord de la canonnière Tourane de la flottille du Mékong, mais il n’y avait pas de route pour transporter le matériel lourd. Nous avons eu recours à deux éléphants prêtés par le gouverneur de Siem-Réap, le problème de l’eau n’était pas résolu, nous avions bien une grande citerne, mais malheureusement aux premières pluies, elle s’est avérée non étanche.
Le Commandant a réussi à obtenir un camion citerne (de 5 tonnes) de l’Armée de Phnom-Penh, nous étions sauvés, car tous les jours nous faisions le voyage de Siem-Reap et notre Q/M commis en profitait pour faire son marché, mais nous n’avions toujours pas de route. Le chemin praticable s’arrêtait à la Pagode à 250 m de notre caserne, après entente avec le Gouverneur, nous avons reçu 30 bagnards Cambodgiens, surveillés par un sergent et six gardes et nous avons commencé notre route ; ce n’était pas les pierres qui manquaient sur cette colline, à commencer par celles des ruines. Ce qui m’a valu d’ailleurs un rappel à l’ordre au cours d’un contrôle du conservateur d’Angkor, il m’a demandait où était passé certaines pierres numérotées, je lui ai répondu qu’elles étaient sous ses pieds, il n’a pas très bien pris la plaisanterie, mais cela s’est bien arrangé par la suite, j’ai profité de la présence des prisonniers pour faire faire un terrain de basket-ball inauguré par l’Empereur Sihanouk, lors d’une visite au Pnom-Krom.
Notre rôle était la surveillance de la frontière sur le lac, aussi notre maison flottante devait quitter le Viam pour s’amarrer de l’autre côté du lac au village de Kbactol, mais ce n’était plus le même personnel, car l’installation émetteur- récepteur radio avait été installée, 1 second Maître plus 2 Q/M et 5 hommes d’équipage, que nous changions tous les 8 jours et nous avions la même installation au Pnom-Krom, étant en relation 3 fois par jours avec
Marine Saigon.


Mais il fallait occuper le personnel : au pied du Pnom, nous avons fait un beau jardin, où existait déjà beaucoup d’arbres fruitiers (bananiers, goyaviers, jacquiers, fruits allant jusqu’à 10 kgs, pommiers, cannelles, etc.). Et au flanc de la colline, une plantation d’ananas, ce qui ma valut l’honneur de recevoir la médaille du mérite Agricole d’Annam, lors d’une visite de sa Majesté Bao Day.
Mais la vie n’était pas drôle pour toute cette jeunesse, les distractions étaient rares, en dehors du sport et des cartes, aussi le dimanche, à l’aide de notre camion citerne, nous allions dans les ruines d’Angkor et prendre le bain dans le Barai, petit lac à 3 kms de Siem-Réap où il y avait encore des femmes qui cherchaient des paillettes d’or. Le soir au retour quelques-uns restaient à Siem-Réap pour d’abord faire un bon repas au restaurant Verçoz où chez le Chinois, puis faire un tour au théâtre Cambodgiens et terminer la soirée dans une boite où il y avait 3 ou 4 filles, malheureusement, il y a eu quelques suites, qui ne devaient être soignées qu’à Saigon. J’ai donc été dans l’obligation de renvoyer deux matelots de mon équipe, une semaine après dans le détachement de relève, il y avait un Q/M chef infirmier et une pharmacie assez importante pour les premiers soins de ce genre de maladie.
Nous étions en très bonnes relations avec la population du secteur, aussi j’ai été dans l’obligation de faire construire une dizaine de cagnas(paillottes sur pilotis) dans notre jardin, au pied du Pnom, pour les jeunes couples qui se formaient entre mes hommes, et les filles du village (achetées en moyenne entre 200 et 300 piastres). Ace sujet, une anecdote véritable : un de mes jeunes Q/Maîtres était tombé amoureux de la fille du chef du village, celui-ci était d’accord pour 1000 piastres et un papier officiel. Mea-culpa, j’ai fait ce faux pour le bonheur des amoureux : Je soussigné, PELLE, René 1er Maître de manœuvre, patron du Pnom-Krom, déclare uni par le mariage Cambodgien le Q/Maître Armurier Moreau et mademoiselle Tronç-Buc-Tan, au Pnom-Krom le 14 juillet 1942 et par le cachet de service à la mer, avec ma belle signature. Le chef était enchanté de ce papier officiel et l’avait fait encadrer, ce qui ma valu par la suite des ennuis avec l’Amiral au cours de l’inspection générale, il avait été reçu par le chef du village à la sala (maison commune du village) et son regard était tombé sur mon certificat de mariage, bien encadré et accroché au centre de la salle aux yeux de tous. L’Amiral Béranger n’a pas très bien pris ce faux, mais après explications de ma part sur la situation médicale de mon Equipage, tout est rentré dans l’ordre. C’était la fête Nationale et tout le village était en fête, et est venu défiler au Pnom, drapeau Français amarré sur des bambous, avec musique et chants, la cérémonie a eut lieu à la Pagode, mais sans le marié, mais par contre, ses chaussures et son béret. J’étais le seul admis à l’intérieur et pour ce fait, j’avais ma grande tenue et mon sabre, le chef des Bonzes était venu en France en 1917 comme travailleur Cambodgien, dans une usine d’armement, nous étions en très bonnes relations, tant au point de vue spirituel que matériel, aussi tous les mois à la fête de la pleine lune, j’avais droit à la visite d’une délégation du village, avec plateau d’offrandes, un beau poisson et les plus beaux fruits de la saison, cela me coûtait mon billet de 20 piastres. Mais c’était vraiment sympa et nous évitions les histoires avec les pêcheurs.
Les grands travaux étant terminés. Mes 30 bagnards ont rejoint Poulo-condor, je crois que pendant les 3 mois qu’ils ont vécu parmi nous, leur resteront de bons souvenirs, en dehors de la nourriture réglementaire qu’il leur revenait (riz, poissons secs) eau à volonté, nous leur donnions le reste des menus de l’Equipage et tous les dimanches, je leur payais 2 litres de chom (alcool de riz) Presque tous avaient les larmes aux yeux, le jour du départ.





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Message par ecofousec le Mar 5 Juin 2007 - 22:43

Notre Commandant l’E.V. Vilar venait de se marier à P.Penh avec la fille du Directeur du
Lycée et était désigné à Saigon, à bord du croiseur Lamotte Piquet, il était remplacé par le Lieutenant de Vaisseau Aberer. Je ne devais jamais revoir l’E.V. Vilar , car comme L.V. Commandant le Bourdais au Tonkin a été assassiné au coupe-coupe par les Viets sur les quais d’Haiphong en 1945 , Le Commandant Vilar avait une mangouste dans son chalet, comme au début de notre installation au Pnom, nous étions entouré de broussailles et il y avait beaucoup de serpents, ce qui nous a permis d’assister à de nombreuses bagarres avec notre mangouste qui en sortait toujours vainqueur. A propos de serpent, au cours d’une de mes visites à Kbatol, où étant arrivé à la tombée de la nuit, je partageais le repas du soir avec le chef de poste le S/M. radio Fuster, ayant passé la nuit dans un lit picot avec une bonne moustiquaire, j’étais réveillé par un bruit insolite, près de mon lit, horreur à 1 mètre de mon lit, enroulé dans un panier, genre nase, deux jolis pythons, ayant demandé la raison de cette présence le S/M me répondit que c’était pour manger et que j’en avais mangé la veille avec mon riz, je dois reconnaître que c’était mangeable un peu comme du congre.
Le Commandant Aberer, avait la gentillesse de me faire préparer mon examen d’Officier des Equipages que je devais passer en fin d’année, au point de vue manœuvre, je n’avais pas de problèmes mais c’était surtout au point de vue navigation, il m’a appris à me servir du sextant, l’horizon étant formidable avec les grands lacs à nos pieds.

J’étais convoqué à Saigon début septembre, pour passer cet examen, nous étions 19 candidats, 2 seulement étaient reçus, mon ami Henri Boyrou et moi-même (31 ans), Henri était Maître principal mécanicien, à la direction du port, j’aurai l’occasion d’en reparler car c’est avec lui que j’ai quitté la Marine en 1946.

Ayant rejoint mon poste au Pnom, et le gros travail étant terminé, j’avais un peu plus de loisirs, avant le départ de mes forçats, j’avais réussi à faire installer un terrain de foot, dans la forêt au pied du Pnom, où les canonnières venaient mouiller au moment des hautes eaux. Sur mes 40 hommes d’équipage, j’ai réussi à monter une équipe de foot où d’ailleurs il y avait 5 ou 6 bons joueurs. Le jour du 11 novembre, nous venions disputer à Siem Reap la coupe du Maréchal Pétain offerte par les frères Vergoz, propriétaires du grand hôtel, nous avons eu la joie de remporter cette belle coupe en argent, battant en finale l’équipe de Siem Reap, il y avait 6 équipes dans ce tournoi.
Le 2 décembre, j’étais rappelé à Saïgon pour prendre le commandement de la Gabare Cam-Ranh, j’ai quitté le Cambodge (après 1 an) avec beaucoup de regrets. Cette région de Siem-Réap est vraiment magnifique et n’a rien à envier aux iles de Polynésie (en dehors de
ses plages) mais par contre le paysage est aussi beau, la route du Pnom à Siem-Réap (3 kms) bordée à gauche par des palmeraies, aréquiers, bananiers etc… et à droite par la rizière Siem-Réap descendant de la montagne du Dem Reck avec son eau si claire où les femmes en sampot, les enfants nus et les buffles domestiques prenaient leurs bains, cela valait le coup d’œil et la peine de s’arrêter pour admirer ce tableau. C’est de cette montagne, et descendu sur des radeaux en bambou, que les pierres qui ont servies à la construction des temples d’Angkor ont été extraites.
Le jour de mon départ, une délégation du village, avec le chef en tête et les Bonzes est venu m’offrir des présents : 2 belles peaux de pythons, une de 4 mètres et une de 3, avec les palabres traditionnelles, traduisant la peine qu’ils avaient de me voir partir, avec les laies à l’appui, pour Ong (seigneur) Pellé. Le 9 décembre 1942, je prenais le commandement de la gabare à Saigon.
Pendant mon séjour au Cambodge, je n’ai reçu que deux lettres de mon épouse, par l’intermédiaire de la Croix Rouge, nous étions isolés de la France pour le courrier, pour un cas grave il y avait encore la radio.
Ce bâtiment de 400 tonnes de 45 mètres de long sur 7 de large avait comme équipage, 1 Commandant, 6 Officiers Mariniers et 35 Hommes d’équipage, propulsé par une machine à vapeur avec chaufferie au charbon. Le bâtiment était en réparation pour 1 mois, remise en état de la chaudière, etc…. Le travail était effectué par une compagnie civile la F.A.C.I. l’Ingénieur Jean Frangin était un grand chasseur de fauves, possédant un bungalow au camp Lerolland aux trois frontières à environ 200 kms de Saïgon, il m’a invité à de nombreuses parties de chasse, nous partions au début d’après midi, par la route suivante : Bien-Hoa, Thu Daumot, Loch-Ninh, Budop , ensuite la piste 50 Kms par Gatille et le bungalow . Nous commencions la chasse de nuit à partir de Budop, nous ne sommes jamais revenus bredouille de ces parties de chasse (1 ou 2 cerfs, chevreuils, et lièvres ce qui agrémentait le menu de mon Equipage pour plusieurs jours).





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Message par ecofousec le Mar 5 Juin 2007 - 22:50

Les réparations étant terminées, et après essais, nous avons fait plusieurs voyages au Cap St. Jacques pour transporter 600 enfants aux colonies de vacances installées dans cette
région. Au mois de mai, sous les ordres de l’Oetant et l’Astrolabe nous avons fait une mission d’hydrographie de deux mois, de l’embouchure du Mékong (Bouée Norodom) par Mytho, Long-xuien et la fameuse barre du mille 117, où la passe changeait à chaque crue du Mékong. Puis de retour à Saigon pour les diverses corvées du port. Fin 43, appareillage pour la baie de Réam, où nous devions installer un mouillage solide pour l’amarrage des bâtiments de la Marine de passage dans cette région, au retour nous avons fait escale à l’ile à l’eau, devant Kiep, ayant fait notre ravitaillement à une source très limpide, nous avons fait une découverte étonnante sur cette ile déserte ; sous un énorme baniaso une tombe avec une inscription sur la dalle : Douanier R.B. Rousseau 1908. escale de 24 heures à l’ile de Phu-qoc, pour embarquer 200 jarres de nyoc-nam le meilleur de toute l’Indochine, mais ayant pris un coup de tabac entre Poulo-Condor et le Cap St. Jacques, il y a eu de la casse, et le bâtiment a été parfumé pendant au moins six mois, ce bâtiment n’était pas fait pour la haute mer "manque de quille" sauf deux petites quilles de roulis, et pourtant, il allait être mis à dure épreuve au début 1944.
Pendant un grand carénage au bassin de l’Arsenal, Jean m’a invité à une semaine de chasse à son bungalow aux trois frontières, nous avons passé une semaine formidable avec deux nuits au mirador pour la chasse aux tigres, Jean donnait un fusil et 2 cartouches au Sergent Moï du camp le Rolland qui devait nous installer l’appât près du mirador, ce fin tireur réussissait à chaque fois son tableau de 2 bêtes, une pour l’appât et l’autre pour sa tribu.
L’attente de nuit dans le mirador, était palpitante, mais nous avions un ennemi ( le moustique) aussi nous étions dans l’obligation de bien nous frictionner avec des feuilles de citronnelle, seul remède valable dans la région, la première nuit négative, mais la 2ème Jean a eut un beau tigre, nous avions tiré tous les deux, mais c’est sa balle qui était la bonne, c’était son 42 èmes tigres, il avait en autre 27 panthères, il ne comptait même plus ses cervidés et autres gibiers.

Pauvre Jean, après avoir été arrêté par les Japonais en mai 1945 et subit des tortures terribles, le supplice de l’eau : attaché sur le dos par un banc, l’entonnoir dans la bouche, et le versement d’un broc de 5 litres d’eau ; et le lendemain la bastonnade au bambou fendu, qu’à chaque coup enlevait un morceau de peau, quand nous l’avons récupéré au 11 ème R.I.C. il pesait 60 kgs. Rentré en France en 46 dans un piteux état, il est allé mourir en 58 au Gabon, comme Ingénieur dans une plantation.
Comme tous chasseurs de fauves, il adorait les bêtes, et dans sa villa de Khan-Hoi, à côté de l’usine de la F.A.C.I. il avait une petite ménagerie : oursons, gibbons et un jeune tigre « Julot » qui vivait dans la salle de séjour, je dois avouer qu’à ma première visite chez lui, j’ai été un peu surpris de me trouver face à face avec julot, mais Jean a été dans l’obligation de le vendre à un cirque à 18 mois, car il commençait à lui créer des ennuis, par contre lui a réussi à rentrer en France ses trois gibbons, 1 ourson, un jeune daim, le tout installé dans sa propriété à St. Cyr-sur-loirs, parmi les invités de notre semaine de chasse, il y avait le Commandant Bonnamour, natif de Cusset près de Vichy, interdit de séjour en France pour 20 ans, c’était certainement le dernier des grands aventuriers de la mer de Chine, il commandait un cargo de 5000 tonnes le Taï-po-sek et faisait le trafic de Saigon ç Hong-Kong et la côte Chinoise, c’est lui qui a eu le plus beau tableau de chasse : 2 gaurs d’un coup de chevrotines à 9 grains, 600 kgs de viande pour la tribu Moïs, étant en voiture sur la piste, il aperçut un troupeau couché dans l’herbe, pour le plaisir de les faire courir, il tirait un coup de fusil et stupéfaction 2 bêtes restaient mortes, une chevrotine dans une oreille et l’autre une chevrotine dans la colonne vertébrale, ce coup du sort a été largement arrosé le soir même. A mon retour à Saigon, je rapportais du gibier pour une semaine à
mon Equipage.

Le bâtiment était prêt à reprendre son service, et dans la même semaine, nous allions effectuer une drôle de corvée, un paquebot Japonais le Kanziu-Maru de 20000 tonnes venait d’être torpillé à 18 heures et abandonné par son Equipage devant la baie de Pharang, mais au lieu de couler immédiatement il a dérivé dans la nuit, et s’est échoué sur un banc de corail à 3 miles de la côte. Drôle de surprise pour l’Equipage qui s’était installé sur la plage, à la vue de leur bâtiment flottant au lever du jour, après avoir embarqué du matériel (ancres, chaînes …) nous avions la mission de l’amarrer solidement, pour l’empêcher de se déchirer sur le banc de corail, en raison de la mousson, aidé par une équipe de Japonais (scaphandriers et matériel) nous avons réussi à le maintenir à flot et en état de le remorquer à Saigon après trois semaines d’un travail épuisant pour mon Equipage.
Nous sommes rentrés à Saigon pour le ravitaillement (charbon, vivres, etc….) et attendions l’ordre de départ de ce sauvetage où nous devions être aidés dans cette manœuvre par le remorqueur Valeureux de 1000cv commandé par mon ami le Maître principal de manœuvre Louis Cariou de Lesconil (Finistère) l’ordre étant arrivé, nous devions appareiller le lendemain à 6 heures. Nous avons Louis et moi diner au restaurant Chinois de la rue Catinat, et ensuite nous avons été au cinéma, avant de rentrer à bord, nous avons pris un dernier verre à la pointe des blagueurs avec la propriétaire Madame Durand, nous étions installés sur la terrasse où de nombreuses tables étaient occupées lorsqu’un matelot Japonais, légèrement ivre est venu nous demander du feu ; Louis ne fumant pas, n’a pu lui en fournir, le Jap sortant un poignard de sa veste, a frappé Louis, qui heureusement s’était levé, car c’était son ventre qui était visé ; mais il a reçu le coup dans la cuisse, par bonheur à 2 cms de l’artère fémorale, le Jap s’était sauvé sur les quais, il fallait surtout penser à emmener Louis à l’hôpital Grall, heureusement que Madame Durand avait sa voiture, dix minutes après, il était dans les mains du docteur de garde, il était temps car il avait perdu beaucoup de sang.





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Message par ecofousec le Mar 5 Juin 2007 - 22:55

Après avoir rendu compte, à l’Officier de garde à l’Etat Major, je regagnais mon bord à 2 heures en vue de notre départ à 6 heures, mais à bord du Valeureux, il y avait de la grogne, l’équipage refusant d’aller travailler pour les Japonais, après le drame de la nuit, dont avait été victime son Commandant. C’est l’O.E. de 1ère classe Fulchic qui prenait le commandement et nous partions avec 2 heures de retard, nous étions dans l’obligation d’appareiller toutes les dispositions de remorquage étaient prises, (le paquebot Bernardin de St. Pierre) devait le remorquer jusqu’à l’entrée de la rivière de Saigon au cap St. Jacques où nous l’avons remorqué, le Valeureux en flèche et la gabare en couple, amarré sur coffres, sur rive gauche à la sortie du port, le Kanziu-Maru devait être coulé lors de l’attaque des avions Américains le 17 février 1945. Pendant les opérations de sauvetage et du remorquage de ce bâtiment, j’avais à mon bord, un passager interprète un jeune Japonais d’une vingtaine d’années, d’une grande famille de Tokia où il faisait ses études au lycée français, il connaissait et chantait très bien les chansons de Tino Rossi, accompagné par sa guitare. Il est venu me rendre une visite, lors de mon internement dans le camp des prisonniers de la rue Pellerin, ce qui nous a valut pour notre chambrée certains égards de la part de nos gardiens.
A mon arrivée à Saigon, ma première visite à terre a été pour aller à l’hôpital Grall, pour voir mon ami Louis, il était hors de danger et très bien soigné par son infirmière, aussi à sa sortie de l’hôpital il avait invité au restaurant chinois de la rue Catinat, cette personne et moi-même, celle qui devait devenir ma seconde Epouse, Andrée-Paule Palis, veuve d’un médecin Lieutenant décédé à l’hôpital Grall, 2 mois après son arrivée à Saigon des suites de la typhoïde en 1941, comme les relations avec la France étaient coupées, Andrée était dans l’obligation de rester à Saigon et travaillait à l’hôpital, ayant son diplôme de la Croix Rouge. Elle habitait à Dakao, près du cimetière dans un petit appartement, le voisinage était entièrement Annamite, Andrée en temps qu’infirmière rendait de grands services
(piqûres et soins divers) ce qui lui a permis de ne pas avoir d’ennuis au cours des événements horrible de fin septembre 1945 (massacre et pillage de la cité Héraut) située à quelques centaines de mètres de son appartement, ce carnage est resté ancré dans la mémoire de tous les Français de Saigon, le patron Français de la grande scierie attaché entre deux planches et découpé à la scie devant son épouse, elle-même violée par la suite et comme des dizaines de famille Française, torturées, tuées, bambous plantés dans les yeux et jetées dans la rivière Avalanche où les corps flottaient au gré de la marée. C’était vraiment un spectacle effrayant. Ayant quitté le commandement de la gabare au mois de novembre, j’étais affecté comme Officier en second à la Police navigation sous les ordres du Capitaine de Frégate Thorette rue Charles de Cape à Nhan-Hoï.
Demeurant avec Andrée, je prenais mon repas de midi avec mes Officiers Mariniers et le soir rentrais à Dakao, c’était la vie de Fonctionnaire, mais cela ne pouvait durer, le 13 février l’Etat Major me demandait d’embarquer comme pilote à bord du Tai-Po-Sec commandé par l’ami Bouamour, pour transporter 305 bagnards à l’ile de Poulo Condor car il fallait éviter le Cap St. Jacques car deux jours avant, trois cargos Japonais avaient été coulés par l’aviation Américaine, aussi nous devions sortir par le Niabé et le Soirap pour rejoindre la mer, tout c’est bien passé, mais à l’arrivée au mouillage de Poulo Condor au moment du débarquement des prisonniers , cinq étaient morts dans la cale où ils étaient enchaînés , la cérémonie a été courte, une gueuse aux pieds, et jetés à la mer, nous sommes restés deux jours à Poulo-Condor et sommes rentrés le 19 à Saigon pour mouiller au point A.
Le lendemain 20 janvier à 7 heures 30, j’étais à mon bureau rue Charles de Cappe, lorsqu’à 8 heures au moment des couleurs, le bombardement a commencé, des dizaines d’avions Américains, ces avions venaient des porte-avions naviguant au large du Cap St. Jacques, en plus des bâtiments Japonais le croiseur Lamotte Picquet était attaqué à son mouillage dans le Donai face à la pyro de Tan-Tou-Ya, il y a eu de nombreux blessés à bord dans l’équipe de sécurité, le reste de l’équipage étant dans la plantation avoisinante, les avions venaient en rase motte lâcher leurs bombes et mitrailler tout ce qui flottait sur la rivière de Saigon, nous étions aux premières loges, mon bureau étant à 300 mètres des quais. L bilan de la journée, 18 bâtiments au fond dont un pétrolier coupé en deux, avec le feu se promenant au gré de la marée et brulant les jonques et sampans se trouvant dans la zone, même ce vieux TaÏ-Po-Sec que j’avais quitté la veille était mitraillé au point A ; heureusement que le Commandant Bonamour était en ville, sinon j’aurai perdu un ami. Le lendemain le Commandant Thorette était nommé au commandement de l’Arsenal de Saigon et j’étais nommé à sa place comme chef de la Police de Navigation.





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Message par ecofousec le Mar 5 Juin 2007 - 22:59

Fin février, c’était le bombardement aveugle de Saigon par des B26, en provenance de Calcutta : des milliers de morts à Cholon dans la population Chinoise, réfugiée dans des tranchées faites dans les marécages, ces tranchées s’étaient refermées sur ses occupants, plusieurs bombes sont tombées sur l’hôpital Grall où Andrée était de service, de nombreux morts et blessés surtout au pavillon de la maternité.

Les Japonais commençaient à s’énerver, et l’Etat Major prévoyait des difficultés dans les relations, aussi le 8 mars je recevais l’ordre de remettre mes armes et munitions à l’unité Marine ; sauf les armes des factionnaires des portes du port de commerce.

Dans la soirée du 9 mars, nous étions invités Andrée et moi à diner chez un pilote du port de Saigon, rue Pellerin, sa Femme Anglaise "ma petite chapeau" était une gentille fille, mais malheureusement, passait plus de temps sur le bat-flanc à fumer l’opium. Après le diner, nous commencions une partie de bridge lorsqu’à 21 heures nous entendions des détonations et rafales de mitrailleuses, les Japonais attaquaient nos postes et différentes casernes, ayant essayé de rejoindre notre maison à 500 mètres, sans résultat, le secteur était en pleine bagarre, nous avons été dans l’obligation de passer la nuit chez nos amis, au petit jour nous sommes rentrés chez nous, sans inconvénients.
La bataille étant terminée, Andrée a été à son travail à l’hôpital Grall sans être inquiétée, elle est rentrée le soir avec un laisser passer spécial des Japonais (pour le personnel sanitaire) avec tous les renseignements qu’elle avait pu obtenir au cours de la journée, les Japonais étaient maîtres de Saigon, il ne restait aucun centre de résistance, tous les bâtiments de la Marine Nationale s’étaient sabordés, afin de ne pas tomber dans les mains des Japs. Les Marins prisonniers étaient enfermés au camp Calmette (ancienne école) rue Pellerin et l’Armée de terre et aviation au camp du 11ème R.I.C. Boulevard Norodom. Le lendemain ,en civil, j’allais trouver le Lieutenant de Vaisseau Sicard, chef du 2ème bureau, qui habitait à quelques centaines de mètres de notre appartement Il me conseillait de rester chez moi, dans l’attente d’un débarquement Américain (qui hélas ne se réalisa jamais) mais les patrouilles Japonaise commençaient à fouiller les maisons, pour récupérer les Militaires et aidés dans cette tâche par des Annamites payés pour ce travail de délation. Un de mes voisins monsieur Thinh, dont Andrée avait souvent soigné ses enfants, vint m’avertir de la rafle dans le quartier, les Japs pillaient les maisons, où ils avaient découvert des Militaires, aussi en me rendant, j’évitais beaucoup d’ennuis à Andrée, aussi de mon propre gré et d’accord avec Andrée, avec ma petite valise de nécessaire de toilette, je me rendais au camp Calmette rejoindre mes camarades de la Marine (17 mars 1945). En tant qu’Officiers Mariniers nous étions installés dans une classe d’école et avions un matelas et une couverture, la nourriture était la même pour tous, nous étions gardés par la Marine Japonaise et n’avons subi aucunes sévices. Le dimanche après midi, nos compagnes étaient autorisées à nous apporter des colis, en dehors de quelques Françaises c’était surtout des Congaïes qui venaient apporter quelques friandises à nos Matelots.

Notre liaison avec Andrée, n’a jamais été le grand Amour, pour elle c’était surtout un lien d’attache de sécurité, avec un homme à la maison, pour moi, l’impression de famille, rentrant tous les soirs à la maison, ce qui m’évitait la vie de plusieurs camarades (la Congaïe) et le grand monde de Cholon, avec tous ses jeux et débauches, nous n’avions pas de soucis d’argent, Andrée avait la pension de son Mari, plus son salaire d’infirmière, de mon côté j’avais mes économies du Cambodge et il me restait assez d’argent sur mon mois, malgré la délégation faîte à ma famille en France, dont les nouvelles reçues par la Croix Rouge étaient toujours brèves et très rares.
Nous sommes restés enfermés trois mois au camp Calmette, mais devant les nombreux bombardements dans ce quartier, les autorités Japonaise ont rassemblé tous les prisonniers au camp du 11ème R.I.C. (14-06-1945). Nous étions sous la garde de l’Armée Japonaise, la vie allait changer, plus de visite, pas de matelas, une simple couverture et comme nourriture le bol de riz avec une soupe aux herbes aquatiques et l’eau à volonté par les robinets des lavabos, nous attendions toujours le débarquement des Américains mais en vain.





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Message par ecofousec le Mar 5 Juin 2007 - 23:03

Le moral était très bas, heureusement pour nous et malheureusement pour les victimes Japonaises, la bombe atomique sur Nagasaki (6 aout 1945) et celle d’Hiroshima ( 9 aout 1945) devait nous sauver, il était temps, car combien de nous seraient rentrés en France ? Si cette situation avait continué longtemps (sur 1250 Marins en Indochine, 700 seulement sont rentrés dans leur Patrie).

La paix était signée le 22 aout et nous quittions le camp du 11ème pour nous installer à l’école d’Adran à côté de l’Arsenal et en face du jardin botanique, mais nous n’avions pas le droit de sortir en ville, par contre les familles pouvaient nous rendre visite. Les bandes Vietminh, encadrées par des Japs déserteurs semaient la panique et le pillage dans Saigon, nous attendions des renforts de France pour reprendre la situation en mains, nous avons reçu la visite de la mission Française (parachutée) commandée par le Capitaine de Frégate De Riancourt (assassiné à Bien-Hoa, 1 mois après son arrivée, par son Boy, par une rafale de mitraillette alors qu’il était sous sa douche).
Ma première sortie le 6 septembre, le jour anniversaire de mes 34 ans. Andrée avait réussi par l’intermédiaire du Commandant Bonnamour à acheter 1 kg d’or en pièces de dollars (Hong-Kong) devant les événements, nous avons partagé par moitié afin de courir moins de risques, ayant une ceinture Chinoise en toile, à même la peau, j’avais caché ces pièces dans l’intérieur.
Le 20 septembre 45 nous avons reçu du renfort, une compagnie de C.L.I. venant de Calcutta et commandée par le Lieutenant Colonel Rivier.

Dans la nuit du 23 au 24 septembre, nous reprenions la ville de Saigon, les points principaux d’attaque étaient surtout les commissariats de Police où étaient déposés de nombreuses armes et munitions, la Marine était chargée du secteur fluvial et port de commerce.
Nous avons repris le commissariat du port ainsi que celui du 6ème arrondissement après deux jours de lutte, la Marine avait fourni, deux compagnies, ma fonction était chef de section de la compagnie de Commandement sous les ordres de l’E.V.Faravel, un de mes anciens élèves de l’Ecole Navale. Le bataillon était commandé par le C.C.Moreau (que je devais retrouver à Arzew en 1959, comme frégaton et second du C.I.O.A.). Après avoir reçu du renfort (le Général Gracey, avec son bataillon de Gour kas) nous étions désignés pour nettoyer les alentours de Saigon, pour chasser les bandes Viets-Minh, encadrées par des déserteurs Japonais. Notre première opération a été de dégager une compagnie de Gour kas, encerclée sur la tour de l’inspection, après une journée de combat et plusieurs tués, dont 2 Marins et de nombreux blessés, le secteur a été dégagé.
La nuit suivante, nous devions attaquer le parc à mazout de Tan-My-Anh, en amont sur la rivière de Saigon, à 3 heures du matin, profitant de la marée montante, nous étions
embarqués sur différentes embarcations de débarquement et prenions possession de notre secteur.

A 5 heures à l’aube, nous attaquions le village où était installé un P.C. Viet et d’après le service de renseignements étaient prisonniers 1 Second Maître et un Q/M fusilier enlevés quelques jours auparavant.

Malheureusement nous n’avons pu les libérer, les Viets les avaient déplacés la veille, nous n’avons retrouvé que quelques effets leur appartenant. Après de nombreux accrochages, le village était entièrement entre nos mains à 12 heures, j’avais trois blessés dans ma section sur mes 30 hommes.

Au cours des fouilles dans les paillottes nous avons découvert une vingtaine de fusil (Japs) et de nombreuses munitions, les Viets étaient mieux armés que nous, avec notre armement de récupération au cours de la reprise de Saigon, dans ma section, il n’y avait qu’une seule mitraillette, remise par le C.L.I à mon adjoint le Maître armurier Chalopin, moi-même j’étais armé d’un revolver M 92 à barillet avec six cartouches, il en était de même pour le Commandant de Compagnie l’E.V.Faravel.
Notre P.C. était installé au pont tournant, sur la route de Tuduc, le pont était ouvert, et de l’autre côté il restait une dizaine de Japs qui étaient chargés de faire fonctionner ce pont. Au cours des fouilles dans le village, nous avons trouvé les vêtements de nos marins, et le propriétaire a été emmené à notre P.C., c’était l’épicier du village. Ne voulant rien dire à notre interprète, l’E.V. Faravel a voulu faire un exemple devant la population rassemblée sur la route, l’ayant fait mettre au bout du pont sur la partie dominant la rivière, il sortit son revolver et l’appuyant sur le front, tira sa première cartouche sans résultat, de même pour la seconde, le Viet commençait à sourire, mais la troisième était la bonne, et le Viet bascula dans la rivière, nous commencions à douter de nos munitions de raccroc. J’ai pu m’en rendre compte au cours de l’après-midi. Une patrouille nous ramenait un prisonnier, trouvé caché sous un bas flanc dans une villa, occupée par des Vietnamiens, dont je connaissais le Père (musicien dans une boite de Dakao). Au cours de la fouille, nous avons trouvé une photo de la jeune fille de la maison, avec comme compagnon, notre prisonnier qui n’était autre qu’un Lieutenant d’Aviation Jap qui était déserteur et sans aucun doute le chef de la bande Viets que nous combattions depuis le matin. Notre interprète n’a pu en tirer un seul mot aussi l’E.V. Faravel me donnait l’ordre avec deux volontaires (Maître armurier Chalopin et le Q/M Rouget) de le supprimer en exemple devant la population du village. L’ayant fait marcher sur la diguette en direction de la rivière et arrivé à quelques mètres de celle-ci, je donnais l’ordre à Chalopin de tirer une rafale de mitraillette dans le dos, comme avait été tiré tous nos blessés. Le Jap est tombé sur le dos, et m’a fait signe du coup de grâce, j’ai essayé de le faire, mais aucune de mes six cartouches n’a fonctionnées, aussi c’est Chalopin qui a tiré une balle en plein front, Rouget et lui l’on pris et jeté à la rivière, rejoindre les nombreux cadavres qui dérivaient depuis plusieurs jours dans la rivière.

Ayant convoqué le musicien et le menaçant de lui faire subir le même sort que le Jap, s’il ne nous signalait pas les dépôts d’armes et les refuges des Viets, ce qu’il fit sans difficulté, ce qui a été fort apprécié car depuis le matin le Commandant Ponchardier et son commando étaient accrochés dans la rizière, nos renseignements ont permis une opération de dégagement en prenant les Viets par derrière, ce qui m’a valu les Félicitations du Commandant Ponchardier.





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Message par ecofousec le Mar 5 Juin 2007 - 23:06

A la suite du nettoyage autour du village, le calme était revenu, et quelques jours après la population qui avait pris la brousse étaient de retour, sous notre protection.
L’ E.V. Faravel ayant promis une prime de 20 piastres par arme récupérée, les Gnos (enfants) en ont ramenés une trentaine qui avaient été enfouies dans la vase des rizières, au moment du repli des Viets, notre mission était de nettoyer entièrement l’ile jusqu’au porte de Tuduc, ce que nous avons fait sans accrochages sérieux.
A la fin octobre, nous étions remplacés par une compagnie de l’infanterie Coloniale arrivée de France par le Richelieu, et avons rejoint la caserne d’Adran où était l’unité Marine.
Pendant notre séjour dans cette région, notre nourriture consistait en conserves et riz, mais dans les derniers jours nous avons pris du bétail abandonné (vaches, cochons et volailles) et comme dans ma section j’avais un commis charcutier de Saint Florent sur Cher de la charcuterie Margaritat, il n’y avait plus de problèmes pour l’abattage et le dépeçage du bétail, notre menu était largement amélioré.
Par l’intermédiaire de mon ami Kerdranvat (chef du ravitaillement de l’unité Marine) Andrée me faisait parvenir des colis et quelques bouteilles de rhum de Hiep-Hoa, à notre retour à la caserne, il y a eu l’inspection générale de l’Amiral Graziani, au cours de laquelle il y a eu la remise de décorations, dont j’étais récipiendaire de la croix de Guerre à l’ordre du Régiment, la tenue de la Compagnie n’était pas brillante, les Japs ayant pillé nos Marins au moment du coup de force du 9 mars, j’avais la chance d’avoir une casquette et une tenue kaki, mais mon Commandant l’E.V. Faravel n’avait comme coiffure qu’un béret Basque avec ses deux galons cousus dessus. Une anecdote à ce sujet : l’Amiral lui a demandé, s’il voulait qu’il lui prête sa casquette, Faravel lui a répondu, merci Amiral, mais nous n’avons pas la même pointure, ce qui a jeté un froid au cours de cette cérémonie . Nous sommes restés au repos à Cadran, après ce séjour d’un mois dans la rizière. Tous les soirs, je me rendais chez Andrée qui avait été dans l’obligation vu les événements à Dakao, de prendre un gardien Indou qui couchait sur un lit Picot devant sa porte.
Le 2 novembre, nous embarquions sur l’escorteur Somali pour aller prendre des M.F.V. à Singapour, nous étions 6 premier Maître chef de quart (manœuvrier et timonier) plus 50 hommes d’équipage sous les ordres du Lieutenant de Vaisseau Pistre et de l’E.V. De Mouxy (neveu de l’Amiral Decoux, ancien Gouverneur de l’Indochine). Nous sommes restés 8 jours à Singapour, pour mise en état et l’armement de nos bateaux ( 1 canon de 37m/m, 1 de 20m/m et 4 mitrailleuses) au cours de notre séjour dans ce beau pays, nous avons été reçus par les Anglais comme des chiens dans un jeu de quilles (interdiction de quitter le bord, et droit à une bière par jour et par homme) heureusement pour nous, nous prenions nos repas à bord du Somali.
Le 11 novembre, nous prenions la mer, escorté par le Somali, j’étais Commandant du M.F.V. 1137, le voyage vers Saigon c’est très bien effectué en 48 heures. Les renforts arrivaient de France, et la ville était plus calme, notre rôle était le transport des compagnies de débarquement, pour les coups de mains dans la zone fluviale, pour la reprise du delta et villes en bordure des rivières : Cap St. Jacques, Baria, Benluc, Hiep-hoa, Bien-Hoa, etc…Reprise de Bien-Hoa avec le Triomphant commandé par le C.V. Jubelin, où nous avons eu 2 blessés à bord, au cours de la reprise de Hiep-Hoa, nous avons eu de la chance, en remontant le Vaico occidentale, les Viets avait fait un barrage avec un fil d’acier tendu d’une rive à l’autre, nous avons eu la chance d’être précédé par un L.C.I. Anglais qui avec son tirant d’eau d’un mètre avait réussi à passer au milieu de la rivière et de mitrailler les postes Viets et faire sauter le barrage, car avec mes 3 mètres de tirant d’eau, j’aurais certainement été pris dans ce piège , nous avons eu 3 blessés dans la compagnie de débarquement et une dizaine d’impact de balles dans ma passerelle légèrement blindée, malgré ces accrochages l’opération de dégagement de la distillerie de Hiep-Hoa a été un
succès. Mais les Viets commençaient à employer une autre tactique, ils faisaient sauter les convois fluviaux de ravitaillement du paddy et les réserves des rizières de Cholon commençaient à s’épuiser, cela devenait inquiétant pour la population. Au mois de mai 46, l’ingénieur des T.P. Robert demandait à l’Amirauté de me détacher dans ses services pour le renflouement de deux chaloupes Chinoise coulées dans le Soirap, ayant donné mon accord, j’étais détaché de la Marine pour cette corvée qui n’était pas sans risques, ce travail ne fut pas réalisé, car la compagnie de protection qui devait me couvrir à terre, était souvent accrochée, et le personnel que je devais diriger n’était plus volontaire pour cette corvée.





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Message par ecofousec le Mar 5 Juin 2007 - 23:10

Mon plan était assez simple, une jonque de 200 t. de chaque bord de la chaloupe, reliées entre elles par de forts madriers et à l’aide de forts palans, soulever la chaloupe à chaque marée pour arriver à l’échouer à la berge.
Ce dégagement de la Marine vis-à-vis des T.P. m’a permis de me faire de nombreuses relations parmi les civils de Saigon, surtout dans les compagnies fluviales. Par l’intermédiaire d’Andrée (qui l’avait soigné à plusieurs reprises à l’hôpital Grall) je fis la connaissance d’un Rochelais Monsieur Pierre Gaillard, directeur de la flottille du Mékong, il me demandait de quitter la Marine et me proposait la place de Capitaine d’armement dans sa compagnie à une solde mensuelle de 2000 piastres (34.000 francs) alors que je gagnais dans la Marine 6000 francs par mois, cette proposition était vraiment tentante, mais je ne pouvais y répondre sur-le-champ, car j’attendais ma nomination au grade d’Officier des Equipages (étant au tableau depuis 1943….). La décision de la nouvelle Marine a tout changée, mon camarade Henri Boyrou et moi-même devions repasser les examens, nous étions considérés comme des Pétainistes, il fallait repartir à zéro, d’accord entre nous deux nous avons refusé et avons demandé notre dégagement des cadres, ce qui a été accordé par Paris dans les 48 heures (message). Le 1° juillet 1946, je quittais donc cette chère Marine que j’aimais tant, le 2 juillet 1946, Henri et moi-même étions nommé Officier des Equipages de 2ème classe dans la réserve et restions donc ainsi aux ordres de l’Amirauté, le temps de notre séjour en Indochine. Henri était embauché comme chef mécanicien dans la compagnie et prenais la direction de Kratié pour le haut Mékong, et moi je restais à Saigon comme Capitaine d’armement de la flottille, le rôle de notre compagnie était le transport de Saigon à Pnom-Penh par le Mékong, le vrai patron était un Chinois Tan-Pa le plus riche Chinois du Cambodge et d’après les dires le 2ème Roi de ce pays.
Mais le manque de riz commençait à se faire sentir dans le pays, il fallait aller chercher le paddy dans les régions de rizières, le Transbassac et la région de Camau, notre compagnie n’était pas capable de faire ce travail, notre matériel n’était pas en état d’effectuer cette entreprise. Ma situation allait changer rapidement, au bureau de notre compagnie, nous avions comme chef comptable Louis Guibert, un ancien de la compagnie Denis frères de la rue Catinat, c’était un homme d’affaires, par ses relations avec la Banque Franco-chinoise, il me proposait de m’associer avec lui et un Chinois Paul-Luons (compradore de la banque) pour monter la compagnie Flottille du Sud, j’ai donné mon accord immédiatement, nous n’avions pas de bateaux, mais la Marine, nous a fait concession des épaves Japonaises coulées dans la rivière et même jusqu’au Cap St. Jacques où il y avait un chantier naval Japonais pour leurs jonques de mer, en état et d’en disposer à notre gré.
Ce fut un travail de titan, heureusement pour moi, je n’ai eu aucun mal pour trouver du personnel capable de ce travail, la Marine n’ayant pas repris le personnel Annamite après les évènements de 45, je n’ai eu que le choix, pour monter mes équipages, comme second, j’avais l’ex 1er Maître de la D.P. Ho, un solide et connaissant bien tout le personnel sous ses ordres, et comme chef mécanicien, un ancien chef sur le MFV 1137, jeune S/M de Maistrance et très capable, marié à une jeune métisse à Saigon et qui comme moi avait demandé son dégagement des cadres.
Le courrier avec la France redevenait normal, grâce à l’arrivée des bâtiments apportant les renforts, la première lettre de mon Epouse, m’avait beaucoup touché, surtout qu’elle contenait la photo de ma chère Fille Arlette en tenue de communiante avec sa cousine Jacqueline, je lui répondais longuement en expliquant bien ma nouvelle situation, et lui demandant d’attendre 2 ans avec l’espoir de rentrer en France avec beaucoup d’argent, sa réponse était d’accord pour cette attente, vu mon nouveau travail, nous ne pouvions plus habiter Dakao, trop loin des quais, il fallait donc trouver un logement à proximité, c’est Paul Luong qui nous a trouvé l’appartement : 90 boulevard Charner au 1er étage, juste au-dessus du marché aux fleurs et à 30 mètres de la rue Catinat ( plein centre de la ville et à 400 mètres des quais où étaient amarrés nos bâtiments.
Nous avons formé la société comme suit : Louis Guibert P.D.G, 51% et solde mensuelle 5000 piastres, Paul Luong (argentier) 29% et 3000 piastres et moi-même 20% et 3000 piastres par mois (avec voiture et chauffeur pour mes déplacements)L ; Nos bureaux étaient 28-30 rue Lefèvre derrière la Banque d’Indochine, j’avais fait embaucher comme secrétaires, mon ancien voisin de Dakao, Thinh et son frère Cac, des fils d’un ancien Mandarin adorant la France.
Nous avons commencé notre récupération des bateaux par l’arroyo Chinois et la rivière de Saigon, fin septembre nous en avions 6, mais il fallait remettre les moteurs en état, car les Japs avant de les couler avaient saboté pas mal de pièces (sable dans les cylindres…) 3 petits remorqueurs de port (Jean – Michel Guibert vivait avec une jolie Métisse Susie Gerbaud, veuve d’un docteur du Tonkin et Jean-Michel était le fruit de cette liaison, la famille de Guibert habitait Chaville, Paul et René) de 60 cv à diesel, qui nous ont été très utile par la suite pour la formation des convois et le remorquage des jonques de paddy vers les rizeries de Cholon .Nous avons rapidement mis en état les 3 jonques de mes Japs, la Susie ( 150t. et 120cv) qui nous a permis d’être les 1er sur la ligne Saigon-Cap St. Jacques pour le transport des passagers et des marchandises ( 2 voyages par semaine), le Jean-Louis (200t. et 150cv) et l’Andrée Paule (200t. et 150cv) la route terrestre Saigon – Cap St. Jacques était coupée dans les plantations de Baria, solidement tenues par les Viets, il fallait donc transiter par la rivière, et pour la sécurité de nos passagers, l’armée fournissait une escorte armée et poste de radio et en compensation, le voyage était gratuit pour les militaires et le ravitaillement de l’Armée du Cap St. Jacques, mais notre ambition était de nous lancer sur le Mékong pour les convois de paddy, car la situation devenait critique. Les chaloupes Chinoises de Cholon, refusant après plusieurs pertes de reprendre le trafic, il fallait trouver une solution rapide ; Au cours du dégagement de la zone Baria – Cap St. Jacques, l’Armée avait découvert un grand chantier Jap, où il y avait une dizaine de bateaux coulés, à l’entrée de la rivière de Baria, l’Amirauté nous les a donnés à condition de les renflouer et de les remettre en état, Paul ayant récupéré une trentaine de Chinois (mécaniciens et Taikongs) nous nous sommes rendu sur les lieux à bord de la Susie, la zone était toujours dangereuse pour la sécurité de notre personnel, aussi l’Armée a installé un poste de garde d’une section aux abords du chantier, nous sommes restés avec Paul (qui servait d’interprète) deux semaines au Cap, la manœuvre consistait à chaque marée de haler le bâtiment coulé le plus près possible de la terre et de le vider avec les pompes de la Susie, nous avons ainsi récupéré les 4 meilleurs bateaux, le reste était dans un triste état, Henri et Arlette deux chalutiers en bois de 120t. et 150cv. Monique et Jeannine deux chalutiers en fer de 200t. et de 200cv.et nous les avons remorqués avec la Susie jusqu’à notre appontement de Saigon pour la remise en état des moteurs. La veille de notre départ, le Capitaine Gauthier Commandant d’armes du Cap St. Jacques nous demandait de l’accompagner avec sa 203 pour une mission de récupération d’une jonque de l’Armée à 10 kms à l’est de Baria (Ayant quitté l’Armée, Gauthier s’était lancé dans le commerce, à l’aide d’une vedette il venait acheter le poisson au Cap pour le revendre en gros à Saigon, à son 3ème voyage il a été enlevé par les Viets et personne ne l’a jamais revu) Paul devait servir d’interprète, à notre retour, nous avons été arrêtés à Baria par une patrouille, le chef de poste (un jeune Lieutenant) nous a demandait d’où nous venions, lui ayant expliqué notre voyage, il nous demandait si nous étions fous d’avoir été dans cette région, et nous a montré dans deux sacs en jute ce qu’il avait reçu le matin même de cet endroit, onze têtes fraîchement coupées dont celle du chef de poste le sergent Bernard (un jeune métis), je dois avouer que nous l’avions échappé belle et ce pauvre Paul malgré sa peau jaune en était devenu vert, je crois qu’il n’oubliera jamais ce tableau horrible, je dois avouer que personnellement j’ai eu des cauchemars assez longtemps.
Notre flottille commençait à se former et au mois de novembre nous nous lancions sur la ligne de Cantho avec la Monique et la Jeannine remorquant chacune 10 jonques de 200t. (vides) il fallait attendre le chargement et retour à Saigon( délai du voyage 20 à 25 jours) le 1er voyage a été un succès (bien arrosé comme il se doit). Mais notre désir était d’aller plus loin : Baclieu, Soctrans et la pointe de Camau, mais pour cela il me fallait des Chefs de convois connaissant bien la région. C’est mon second, Ho qui les a trouvés : 3 anciens pilotes des canonnières de Cochinchine que la Marine n’avait pas repris après 1945. Le Maître Cac, les S/M Nçoc et Duc, nous les avons embauchés à 1000 piastres par mois (car ils avaient la responsabilité du convoi, avec des voyages d’un mois et dans des zones dangereuses) L’argent commençait à rentrer dans la société, 10111 piastres pour l’aller et retour d’une jonque de 200t. Les Chinois de Cholon, devant notre réussite, ayant repris confiance, commencèrent à se joindre à nous, c’était un peu la pagaille sur le fleuve, aussi l’Armée et la Marine décidèrent de me nommer régulateur des convois. A moi de former ces convois ( en moyenne 1 par semaines) qui étaient convoyés par une vedette de la Marine, et une escorte Militaire avec poste de radio, en échange de ceci, nous transportions gratuitement le ravitaillement de l’Armée dans les différents postes installés sur notre route. J’étais en relations directes avec pour la Marine le chef du 3ème bureau, le Capitaine de Frégate Deroo( futur Amiral d’Escadre et à la retraite, P.D.G. des chantiers de la Ciotat) et du L.V. Lacroix de la Valette et pour l’Armée le chef de Bataillon Vatinelle ( futur Général à 4 étoiles) qui nous avait affecté une jonque de mes semblables à la Susie et que nous avons baptisé Roony ( son prénom en Anglais) nous avions donc 11 bateaux, mais ce n’était pas suffisant pour l’ampleur du trafic, aussi fin 47 notre Directeur Guibert venait en France pour acheter d’autres bâtiments capable de remorquage sur la rivière.
Le courrier était à peu près normal avec la France, et mon Epouse s’impatientait de mon retour, mais je ne pouvais rentrer vu ma situation et lui demandais d’attendre encore 1 an. Dans l’intervalle, j’ai reçu une lettre de Bourges, de mon ancien camarade de l’Ecole des Mousses J.Lapoire ayant eu mon adresse par mon frère Edmond, il me demandait de le faire venir à Saigon et de l’embaucher dans notre compagnie, mais dans cette lettre, il m’apprenait une drôle d’histoire, étant chef du maquis de la région de Châteauneuf en 44, un de ses groupes avait arrêté mon épouse, à la plage dans l’ile où j’avais mon jardin, elle était accompagnée d’Arlette et de Henri et de sa sœur Adèle et sa fille Jacqueline, nous lui reprochions d’avoir souvent la visite du lieutenant de la milice de Dun (Quenet) ayant déclaré que j’étais dans la Marine à Saigon et suite à ses renseignements, je me suis rappelé que nous étions ensemble à Brest disait l’ami Lapoire et je l’ai faite relâcher. Je lui ai répondu pour le remercier et lui ai demandé d’attendre le retour de mon Directeur pour essayer de le faire venir à Saigon, après deux mois d’absence, Guibert est rentré après avoir acheté 6 bateaux ( 4 TIDS à Londres) et deux en France dont le Balarue, joli remorqueur de 200cv et presque neuf, mais avait été dans l’obligation d’affréter un cargo spécial pour embarquer les engins, le TID pesait 80t. Il fallait donc des mats de charge capables de l’embarquement de ces engins. Nous avons reçu ce matériel début 48, après un mois de traversé, mais pour les TIDS nous avions un problème, marchant au charbon nous devions
es modifier au mazout. Guibert a acheté un terrain à la pointe des Flâneurs, près du pont du Niabé en bordure de l’arroyo Chinois, et nous avons monté un hangar, pour notre matériel de rechange et de réparations ainsi qu’un petit parc à mazout, en plus de nos mécaniciens nous avons embauché un ingénieur mécanicien Guoiran, qui était marié avec une métisse à Saigon.





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Message par ecofousec le Mar 5 Juin 2007 - 23:13

Fin 48 nous avions donc 17 remorqueurs à la compagnie Flosud, malgré quelques accrochages avec les Viets de nos convois, l’affaire était florissante.
Ce n’était pas mon cas dans mon ménage, mon épouse par l’intermédiaire de Maître Cousin avoué d’Epinal, demandait le divorce, j’étais convoqué au Palais de Justice de Saigon, vu la demande de mon épouse, je donnais mon accord pour le divorce (qui d’ailleurs n’a duré que deux mois) prenant les tords à ma charge, j’étais condamné à verser une pension alimentaire pour mes enfants de 5000 francs par mois que j’expédiais tous les mois à ma Belle sœur Adèle, 9 route des Forges à Golbey qui les remettait à sa Sœur, ne connaissant pas l’adresse de mon ex-épouse (que j’ai appris après son remariage). Je tiens à remercier mon remplaçant Jean Leroy, coiffeur 21 rue Notre Dame de Lorette à Epinal pour avoir eu le courage et la bonté, de très bien avoir élevé mes Enfants dans le droit chemin. En mars 1949, je rentrais en France avec Andrée pour un congé de un mois, en principe elle devait rester, nous avons fait le voyage par Air-France, notre avion étant tombé en panne de moteurs à Karachi, nous y sommes restés 8 jours dans un hôtel minable à 15 kms de la ville, après ce contre temps, nous sommes arrivés sans histoire à Paris et sommes rentrés à Rouillac (Charente) où j’ai fait la connaissance de la famille. Après une semaine de repos, j’ai pris le train pour Epinal pour aller voir mes Enfants, inutile de décrire ma joie de revoir ma grande fille et mon fils que j’avais quittés 8 ans plus tôt, l’entrevue s’est très bien passée, nous avons passé une très bonne journée. A ce sujet, je dois avouer que je n’ai jamais été un mari parfait, est ce la faute à mon métier de Marin, ou à mon mauvais caractère ? Quant à l’amour paternel, c’est un autre problème, j’ai si peu vu mes enfants dans leurs jeunesses, Arlette de 33 à 38 (5 ans) et deux mois en 40, et 15 jours en 41 avant mon départ pour l’Indochine. Henri né le 10-12-1937, deux mois avant mon départ à Dakar et le même laps de temps que sa sœur en 40 et 41, aussi je dois avouer que j’ai été vraiment heureux de retrouver mes grands enfants. Le Marin de métier ne devrait se marier qu’au moment de sa retraite (cela éviterait beaucoup de divorces). Le congé a été vite passé et je rejoignais par avion Saigon début mai, Andrée restant en France pour régler ses affaires et faire agrandir sa maison (garage etc…) elle est revenue à Saigon mi-mai, où nous nous sommes mariés le 4 juin 1949. La flosud était en plein boum, Paul Luong ne venait plus beaucoup au bureau, ayant pris la direction du Grand Monde à Cholon ( où nous avions notre table réservé et à l’œil) c’était le plus grand tripot d’Indochine (salles de jeux, dancing, etc…). Pendant mon absence Guibert avait embauché Bill Bailey un ancien Capitaine Anglais parachuté au Laos pendant les événements, de père Anglais et de mère Française, ses parents habitant Saigon ; C’était un chic garçon et nous sommes devenu très ami par la suite, nous étions ses témoins à son mariage à Phom-Penh avec Mademoiselle Chabert, fille d’un grand planteur à Kiep, tué par les Japs, nous avons continués notre voyage jusqu’à Siem-Réap pour visiter les ruines d’Angkor qu’Andrée ne connaissait pas, cela m’a permis de retourner faire un tour à mon ancien poste du Pnom et de revoir les habitants pêcheurs du Viam, nous avons été très bien reçus , avec les laïs traditionnels et réception à la Sala (maison commune du village). De retour à Saigon, le travail recommençait, mais la sécurité n’existait plus (couvre feu), je devais être armé, lors de mes déplacements, toujours accompagné par mon chauffeur et mon fidèle Ho. Le chantier de la S.A.R.I. où nous mettions nos bâtiments en cale sèche était à la pointe de l’ile de Choquau, près du pont en Y sur l’arroyo Chinois et pour m’y rendre je devais traverser en sampan, conduit par un vieil Annamite lépreux, ayant des moignons, à la place des mains. Comme le n’étais pas chiche avec lui pour la traversée du canal, à
plusieurs reprises, il me déconseillait de ne pas prendre passage, quant il y avait des Viets dans l’ile.
En dehors du danger, nous menions la grande vie, Andrée ne travaillait plus à l’hôpital Grall, nous recevions beaucoup, ayant un excellent cuisinier un vieux Bep de 65 ans, nous faisions partie du cercle sportif de Saigon, siège de l’élite Saïgonnaise (club de cageux, terme employé par les Militaires, vis-à-vis des civils) et devions assister à de nombreuses réceptions ( tant civils que Militaires) Amirauté etc. aussi j’avais droit au smoking et au spencer, presque tous les soirs, nous nous retrouvions entre amis au bar du Cintra rue Catinat à 50 mètres de notre appartement, parmi eux le patron Maurice (qui est venu finir ses jours à Anglet) son neveu Lucien, un de nos garçons d’honneur à notre noce, le Commandant Bonnamour, lors de ses escales à Saigon et Maurice Laporte ancien propriétaire du grand hôtel Métropole d’Haiphong, des gens bien, tous repris de justice et interdits de séjour en France, ainsi qu’un ancien adjudant de la division Leclerc, Bonneau, représentant de la maison Byrrh à Saigon qui était notre deuxième témoin à notre mariage. La belle vie s’écoulait normalement, mais je commençais à avoir des histoires avec notre Directeur l’ami Guibert au sujet des dividendes, il avait l’ambition de continuer à grossir l’affaire et n’était pas d’accord pour le partage des bénéfices en fin d’année, aussi après 9 ans de présence en Indochine, je décidais de rentrer en France et de vendre mes parts de la société. Guibert était d’accord pour acheter mes parts 20/100 pour la somme de 1.000.000 de piastres (17 millions à l’époque) mais le transfert n’était pas facile, car il y avait l’office des changes, qui était très stricte sur les virements en France.
Pendant son séjour en France, Guibert avait acheté une imprimerie 9 rue Laborde, entre la Pépinière et la gare St. Lazare, il me cédait 10/100 des parts pour la somme de 1 million cinq cent mille, cela n’était pas une mauvaise opération à l’époque, surtout qu’il avait comme Directeur un de ses cousins qui était du métier, l’affaire était rentable, mais ayant eu les mêmes difficultés aux points de vue dividendes je revendais mes parts 3 ans après.





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Message par ecofousec le Mar 5 Juin 2007 - 23:16

D’autre part, la sécurité était précaire et j’ai reçu pas mal de menaces, quelques-unes unes venant de nos concurrents, heureusement pour moi, j’étais bien protégé d’abord par mon chauffeur et mon fidèle Ho, qui dans les moments délicats, s’habillait en tenues Chinoise, ce qui voulait me signaler qu’il y avait danger et que je ne devais pas descendre de mon appartement, vu cette situation, il était temps de quitter Saigon. Aussi, en mai 50 ayant réglé toutes mes affaires, nous embarquions sur le Liberty-ship Abbeville, cargo de 8000 tonnes à destination de la France, avec mon équipe de charpentier, nous avons réussi à l’aide de caisses de sauver nos meubles, nos ivoires de grandes valeurs mis dans une caisse soudée et remplie de riz ainsi que notre meuble Chinois entouré de couvertures dans une grande caisse, la traversée par le canal de Suez, après 3 escales, c’est très bien effectuée, étant seuls passagers, nous étions à la table du Commandant et avions une très belle cabine, pas de problèmes à l’arrivée à Marseille, nous avions nos papiers de la Douane en règle de Saigon, et n'avons eu aucuns ennuis au débarquement et prenions la direction de Rouillac (Charente) pour y jouir de la retraite. J’allais oublier un fait très important qui m’a décidé de rentrer rapidement en France, car je ne voulais pas être mêlé à une affaire plus ou moins régulière vis-à-vis des autorités, mon ami Paul-Luong Directeur du grand Monde, vu les nombreux attentats commis dans cette enceinte, avait pris comme gardes des Binhs-Xuyen commandés par le Colonel Xuan, ce groupe de pirates formé à 90/100 d’anciens bagnards de Poulo-Condore, relâchés par les Japonais lors du coup de force du 9 mars 1945, tenait la région de la rive droite de l’arroyo Chinois de la pointe des flâneurs aux rizières de Cholon et toute la plaine des joncs, pour Paul c’était un véritable Racket, mais était mis dans l’obligation de ce fait, pour la sécurité de cet énorme établissement. Guibert avait fait venir de Belgique, Monsieur Dansette, un Lillois, Directeur d’un chantier naval à Namur, en vue d’installer un chantier de réparations, genre S.A.R.I (société ateliers réparations
Indochinoises) par laquelle nous étions obligés de passer pour la réparation de nos bâtiments, et qui nous prenait de plus en plus cher, L’endroit de ce projet était sous le contrôle des Binhs-Xuyen, il fallait leur consentement, l’entrevue avec le Colonel à eu lieue par l’intermédiaire de Paul Luong, nous nous sommes rendus au rendez-vous Paul, Dansette et moi-même au P.C ; du Colonel, situé dans une ancienne rizerie, l’entretien a duré 1 heure, ce qui m’a paru très long, étant sous la menace des armes des gardes du Colonel (mitraillettes derniers modèles, que je n’avais pas eu la chance d’avoir dans ma section, au moment de la libération de Saigon) L’affaire ne s’est pas réalisée car la bagarre a repris dans ce secteur quelques temps avant mon départ pour la France.





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Message par ecofousec le Mer 6 Juin 2007 - 7:18

LA FRANCE

Mon ami Paul Luong, a suivi mon exemple, un an après moi, il est rentré en France, après avoir cédé ses parts à Guibert, qui ainsi devenu le seul propriétaire de la Flotsud. Ce brave Paul n’a pas eu de chance, rentré en France avec son Epouse Chinoise le 20 décembre, il devait passer le nouvel an avec nous à Rouillac, mais le soir de Noël à la sortie d’une soirée à l’Opéra, son Epouse à subi une grave hémorragie et devait succomber au cours de son transfert à l’hôpital. Paul est reparti à Saigon avec le corps de son Epouse et après l’enterrement, est revenu à Paris avec ses trois enfants, pour s’installer définitivement en France, en vrai Chinois et excellent homme d’affaires, il a installé, un restaurant Chinois le New-Asia, place de la Sorbonne à deux pas du boulevard St. Michel, en 59 il revendait ce restaurant pour en installer un autre le Tong-Yen, 1 bis rue Jean Mermoz dans le 8ème à 100 mètres du rond-point des Champs Elysées. A chacun de mes voyages à Paris, nous dinions ensemble, notre dernière rencontre à été en 71, lors du départ de mon gendre et de ma fille ainsi que leurs deux enfants pour l’Australie, où mon gendre Lieutenant Colonel était nommé comme attaché Militaire à Canberra. Notre repas d’adieu, s’est passé chez Paul, qui nous a reçus et gâté ( cigares et champagne) et nous a présenté sa fille qui devait prendre la suite de Paul, celui-ci se retirant des affaires, cette petite fille que j’avais connue à Saigon, était devenue une jolie femme, mariée à un ingénieur Français.et filleule de J.Chirac, qui dinait très souvent chez Paul.
Mais revenons à notre retour en France et notre installation à Rouillac, en 1951, nous avons fait beaucoup de frais (garage, chambre de bonne, agrandissement de la cuisine, etc.) nous vivions sur un assez grand pied, avec souvent des invités, entre autres, l’oncle Paul et la tante d’Angoulême qui venaient passer tous les Week-end, le carnet de chèques était souvent de service, et comme Guibert ne m’avait pas réglé une seule fois, il fallait penser à faire quelque chose qui permettait de vivre à l’aise.ma pension de la Marine n’était pas suffisante, pour entretenir la maison et Andrée du fait de son remariage avait perdu la pension de son mari.
Andrée était décidée pour un hôtel restaurant, nous en avons visité des dizaines dans différentes régions, mais il y avait toujours quelque chose qui n’était pas à son goût. Depuis 50, mes enfants venaient passer un mois de vacances à Rouillac, cela n’allait pas toujours très bien, surtout Arlette avec la grand-mère, Henri était plus malin et savait l’amadouer en faisant tous les soirs la partie de petits chevaux avec elle. Ma belle-mère était une femme charmante, et Andrée n’ayant jamais eu d’enfants était correcte avec eux, nous faisions de belles excursions dans la région (Royan, La Rochelle, etc.) et surtout de bonnes parties de pêches sur la Charente. En rentrant en France, j’avais acheté d’occasion une Citroën 11cv, la traction avant qui m’a toujours donné entière satisfaction. En 54 Guibert rentrait définitivement en France, après avoir vendu la Flotsud au gouvernement Vietnamien, pour 5 millions de piastres, m’ayant réglé mes parts, de la Flotsud et celles de l’imprimerie de la rue de Laborde, il est venu me relancer à Rouillac pour que nous montions une affaire similaire de remorquage au Gabon, mais j’ai refusé cette nouvelle aventure, et nos relations se sont rompues à partir de ce moment.
Comme Officier de réserve, je suis allée une période de 15 jours à la direction du port de Toulon en 51, du 15-11-51 au 30-11-51 et une deuxième du 17-05-54 au 31-05-54 ce qui me permit d’être promu O.E.de 1ère classe le 1er novembre 1955, comme Commandant (mon poste de mobilisation en cas de guerre) du remorqueur de haute mer le Mammouth à Cherbourg (2000cv) du 13-11-56 au 28-11-56 et du 14-10-57 au 29-10-57.
En 51, je suis rentré à la FAMMAC de Jarnac où j’ai été élu vice-Président, le Président étant le Docteur Fougerat, Maire de Jarnac, comme secrétaire nous avions Jacques Roi, marié
avec Colette Davias-Gay, propriétaire d’une grosse distillerie de Jarnac, Andrée était la marraine de leur Fils, nous avons placé dans cette affaire la somme de 5 millions à 10% n’ayant toujours pas trouvé l’affaire que nous désirions ; J’étais également élu Président du football club de Rouillac ce qui me permettait d’être occupé tous les dimanches d’hiver soit à domicile soit en déplacement, ce qui me permettait de sortir de l’ambiance familiale, qui n’était pas toujours très drôle.





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Message par ecofousec le Mer 6 Juin 2007 - 7:23

Ma belle-mère Madame Verdal avait divorcé de Monsieur Haudonnet, Ingénieur des travaux public Père d’Andrée et remariée avec le Capitaine Verdal, décédé à Oran en 1930 en service d’une crise cardiaque. Elle avait une jolie pension, ce qui lui avait permis de faire des études sérieuses à Andrée à Bordeaux, Andrée avait son diplôme d’infirmière de la croix rouge, et continuait ses études lorsqu’elle a connu son futur mari René Palis étudiant en médecine, qui devait venir mourir à Saigon en 1940 comme Lieutenant médecin au bout de 2 mois de séjour, ma belle-mère était faible de constitution et souffrait de rhumatismes, aussi tous les ans nous l’emmenions en cure de 15 jours, en 51 et 52 à Prechac près de Dax et en 53 et 54 à Bourbon-Lancy, toujours accompagnée de la grand-mère, ce n’était pas une cure pour mon carnet de chèques. En 1953 mon fils Henri s’engageait (avec mon accord) dans la Marine, à l’Ecole des mécaniciens de St. Mandrier à Toulon (2 ans d’école plus 5 ans d’embarquement)
Début 55, commençant à avoir des ennuis avec la 11 cv, nous avons commandé une D.S.mais à cette époque il fallait attendre de 18 mois à 2 ans pour la livraison, en dehors des voyages de cure, nous allions assez souvent en voyage avec l’oncle Paul et la tante d’Angoulême, c’est au cours d’un de ces voyages qu’a eut lieu le terrible accident qui a coûté la vie à Andrée, nous revenions de visiter l’Alsace et les champs de bataille de Verdun, nous nous étions arrêtés à Châteauroux pour acheter des victuailles, car nous rentions directement sur Rouillac, c’était le 15 septembre 1955, à 10 kms de Châteauroux, près du village de Lauthier et en pleine ligne droite, nous avons vu devant nous, une voiture dérapée sur la route et se renversant dans le fossé, nous nous sommes arrêtés 100 mètres plus loin, pour venir porter secours aux occupants, plusieurs voitures ont fait de même ainsi qu’un camion d’une entreprise de Châteauroux, au moment où nous relevions la voiture et sortions les occupants, une grosse voiture Ford roulant à 100 à l’heure a dérapée au même endroit et est venue faucher le groupe des sauveteurs, Andrée a été projetée sur l’avant du camion et devait décéder pendant son transfert à l’hôpital dans l’ambulance des pompiers, il y avait deux autres morts, dont Monsieur Jésus, directeur du garage Panhard de Périgueux et un brave paysan qui était en train de labourer son champs et qui était venu aider, également de nombreux blessés, dont l’oncle Paul qui est resté près d’un mois à l’hôpital de Châteauroux avec une épaule fracturée, la tante avait des blessures légères aux jambes et j’étais un des rares rescapés, la voiture m’ayant juste frôlé.
De l’hôpital je téléphonais au curé de Rouillac, pour lui apprendre la triste nouvelle, en lui demandant de prévenir la famille, ce qui fut fait, l’enterrement eut lieu à Rouillac 2 jours après, le curé de Rouillac ayant refusé la cérémonie à l’Eglise (vu mon divorce), c’est l’aumônier de la Marine de Rochefort qui à fait cette cérémonie.
Etant plus ou moins désœuvré, je me suis mis à chasser en plus de mes parties de pêche et le jardinage, en 1956 j’ai loué pour le mois d’aout une villa à Ronce-les-Bains et emmené toute la famille plus la bonne pour changer les idées. c’est au cours de ce séjour que j’ai reçu ma D.S.19.
En 57 et 58, même opération mais à Royan, à la villa « La Clairière » près du parc. C’est pendant ces séjours que j’ai fait la connaissance d’un véritable ami, Claude Carion propriétaire de la brasserie des sports, sur le front de mer.
Au cours de mes voyages à Paris, ma fille Arlette venait me rejoindre pour quelques jours à l’hôtel du Printemps rue d’Isly et nous passions de bons moments ensemble, Arlette devait se marier en 58 avec un jeune Lieutenant pilote de chasse d’Epinal : Daniel Pepos, un très gentil garçon, n’ayant pas assisté à leur mariage, je les ai invités à venir passer leur voyage de noce de 8 jours à Royan à l’hôtel des flots bleus.
Ma vie s’écoulait normalement, lorsque au début 59, ma belle-mère décédait, je pris la décision de me porter volontaire pour l’Algérie, j’envoyais ma demande au Ministère de la
Marine, qui acceptait aussitôt ma demande, j’étais convoqué à Paris début mai 59 à la caserne de la Pépinière, pour visite, piqures et habillement.
Mon départ en gare d’Angoulême, a été assez bruyant, un car entier de joueurs et de supporters de F.C.R. m’avaient accompagnés au train, ainsi que de nombreux amis de Rouillac, comme d’habitude j’étais descendu à l’hôtel du Printemps où j’avais mes habitudes, et surtout un bon restaurant, un soir, n’ayant plus de place dans la salle, le maître d’hôtel (un ancien Marin) qui me connaissait bien m’a proposé d’accepter à ma table deux Américaines parlant bien le Français (l’une l’était) c’était Anne, ma future épouse. Après le repas, je les ai invitées pour passer la soirée ensemble, la deuxième Judith connaissait très bien Paris, ayant vécu 10 ans, faisant ses études à la Sorbonne et ayant habitée rue de Rome, nous avons passé une soirée formidable, Judith était professeur de Français et de Latin à l’université de Richmond en Virginie, Anne était sa locataire, ayant divorcée (mariée en 46 en France avec un Capitaine U.S.A.) elle travaillait comme vendeuse dans un grand magasin de Richmond, mais ces dames repartaient le lendemain, ayant donné mon adresse à Arzew, nous nous sommes promis de nous écrire, c’était le coup de foudre de ma part. Le lendemain, je prenais l’avion pour rejoindre mon affectation le C.I.O.A. à Arzew en Algérie.





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Message par ecofousec le Mer 6 Juin 2007 - 7:27


L’ALGERIE

Ce centre d’intervention opérationnel des Armées était commandé par le Capitaine de Vaisseau Vauterin, Officier très dur mais juste, l’Officier en second le Capitaine de Frégate Moreau, avait été mon chef à Saigon, comme Commandant du Bataillon de marche, nous avions fait nos coups durs ensemble, et je me retrouvais sous ses ordres.
Je fus affecté comme Directeur du stage Amphibie, en remplacement de l’O.E.P.Yven, un ancien camarade instructeur à l’Ecole Navale, ce stage durait six mois, j’avais une douzaine d’élèves, S/M et Q/M, j’ai appris beaucoup de choses pendant ce stage : plongée sous-marine, manœuvre des L.C.M, marche des diesels, pose de mines et emploi du plastic. A la fin du stage, j’ai été désigné comme Commandant des S.P.L (sections patrouilles littoral). Mon bureau était à Arzew, mes sections étaient installées dans tous les ports de la côte Algérienne : Nemours (frontière Marocaine) Béni-Saf, Cherchell, Delly, Bougie, Djidjelli, Philippeville, Bône, La Calle (frontière Tunisienne).Ces sections formées en matériel par des lamparos et L.C.M. et en personnel commandé par un enseigne de Vaisseau assisté par 2 S/M et une dizaine de Q/M et matelots, leurs rôles étaient d’empêcher le trafic des armes sur la côte, les patrouilles se faisaient surtout la nuit. Tous les trois mois, je faisais une tournée d’inspection, j’étais accompagné par un jeune ingénieur mécanicien (pour l’état du matériel) nos déplacements se faisaient soit par bateau, soit par le train, et duraient une quinzaine de jours, pas toujours dans de bonnes conditions, un jour nous étions à La Calle, où nous avions débarqué d’une vedette côtière, qui devait nous reprendre 24 heures après, mais l’état de la mer ne lui permettant pas de rentrer au port nous avons été dans l’obligation de prendre un car Algérien pour rejoindre Bône où un aviso nous attendait pour nous emmener à Philippeville, en arrivant à Bône, j’ai eu droit à une réprimande de la part du Capitaine de Vaisseau Favreau, Commandant de la Marine à Bône, car la veille de notre voyage, sur cette route un car avait été attaqué par les Félouzes du F.L.N. (six morts et 20 blessés) et l’interdiction avait été aux militaires de prendre ce moyen de transport.. Une autre fois, en inspection avec le Commandant du C.I.O.A , dans un avion de Lartigue, nous devions nous poser à Djidjelli mais au moment de l’atterrissage, le pilote s’est rendu compte que la piste était trop courte, nous avons tourné en rond pour aller nous poser au terrain de Taher (pays natal de Ferrat Abdas un des chefs du F.L.N.) ici de nouveaux ennuis, il a fallu attendre qu’un char de l’Armée vienne dégager la piste, occupée par un troupeau de vaches.
En 1960, mon fils Henri me téléphonait d’Oran, où il faisait escale pour quelques jours, étant à bord du Pétrolier « La Saône » avec une voiture de service, j’allais le prendre à bord, pour passer la journée avec moi à Arzew. Au cours de cette visite, il m’annonçait sa décision de se marier, avec une jeune Brestoise, d’accord avec lui, cela m’ouvrant les yeux, je lui annonçais que j’allais faire de même, et le lendemain j’écrivais à Anne en lui demandant de venir me rejoindre en Algérie.
Anne est arrivée à Arzew en février 1961, nous avions un petit appartement, chez un Directeur d’école, c’était le parfait bonheur, nous attendions les papiers de divorce d’Anne pour régler notre situation (il fallait que ses papiers Américains soient traduits en Français) Mais le 1er avril, un télégramme de Marine Paris me désignait comme Commandant adjoint à Marine Bône.
Nous avons quitté Arzew par le train le 12 avril pour rejoindre Bône le 15, car le train ne roulait que de jour, par rapport aux attentats. Le 13 nous étions à Alger à l’hôtel Aletti, le 14 à Constantine où Anne, ayant un œil complètement fermé par un orgelet, et qui souffrait beaucoup a eu la chance de trouver une pharmacie car c’était un dimanche, En arrivant à Bône, nous sommes descendus à l’hôtel Bertagna sur le cours Bertagna, mais quelques jours
après, nous nous sommes installés dans un petit appartement rue Bouscarin à 50 mètres du cours. Le Commandant de la Marine à Bône était le Capitaine de Frégate Rivaille, et le Commandant en second le Capitaine de Corvette Boschet, en plus de mon rôle d’adjoint, j’assurais celui de commissaire (comptabilité, vivres, et soldes du personnel) le travail me plaisait et je travaillais dans une bonne ambiance. Mon gendre, alors Capitaine était affecté à Tebessa à la frontière tunisienne, comme chef d’escadrille, ma fille ayant la chance de venir passer 1 mois avec son Mari, nous avons eu la joie de les recevoir dans notre petit appartement de la rue Bouscarin (ils logeaient à l’hôtel Bertagna) nous avons passé 48 heures formidables ensemble, Arlette devait prendre l’avion aux Salines pour son retour en France.
Nous ne pouvions continuer à vivre, rue Bouscarin, car toutes les nuits, malgré le couvre-feu, nous avions droit aux plasticages dans tout le secteur. Aussi, ayant eu un appartement (F4) réservé à la marine à la Ménadia, à 200 mètres de la plage, nous nous installions en juillet 1961.





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Message par ecofousec le Mer 6 Juin 2007 - 7:31

Anne ayant reçu ses papiers, nous nous sommes mariés le 9 novembre 1961, à la Mairie de Bône, située sur le cours Bertagna, avec comme témoin le Capitaine de Corvette Boschet, et le Lieutenant de Vaisseau Nomblot. La situation commençait à s’aggraver dans la région, en 62 au moment de l’indépendance des Algériens, nous étions consignés pendant 10 jours à la Marine, Anne se débrouillait seule à la Ménadia, heureusement qu’il y avait une épicerie Algérienne à 10 mètres de notre entrée, et que les commerçants (Algériens) étaient très gentils avec Anne, elle n’a donc manqué de rien pendant ces évènements tragiques.
L’O.A.S. commençait à faire des siennes : une de nos voisines, la femme d’un S/Maitre a été blessée d’un coup de revolver dans le dos, au moment ou elle prenait son courrier dans les boites aux lettres, situées dans le hall de notre entrée, cette jeune femme était infirmière à l’hôpital et l’O.A.S. lui reprochait de soigner des Algériens. Anne, avec d’autres voisins, avait exprimé son courroux d’un tel acte, devant plusieurs personnes, aussi le lendemain en ouvrant sa porte pour aller faire ses courses, a lu sur sa porte : « PELLE on t’aura » avec le sigle O.A.S. et dire que le chef de l’O.A.S. de la région, était le Colonel Château-Joubert (dit Conan) mon ancien ami de Saigon.
Etant déconsigné, je rentrais tous les soirs à la maison accompagné de mon chauffeur, et d’un matelot armé d’une mitraillette, j’avais moi-même mon revolver dans la poche, pour monter à l’appartement au 1er étage, Anne faisait le guet sur le balcon, dès qu’elle entendait notre coup de klaxon, au bout de quelques jours, j’ai connu l’auteur de cet acte : c’était un jeune maître d’école, fils d’un adjudant (secrétaire du Général) et qui habitait au 4ème étage, aussi un soir nous sommes (avec Anne) montés chez les parents où nous avons eu, une explication, tout est rentré dans l’ordre par la suite. Néanmoins, je cherchais un appartement plus près de la Marine et j’ai eu la chance de le trouver à 300 mètres de la Marine au 1er étage d’une jolie villa. Nous étions bien installés et beaucoup plus tranquille ( devant nous, l’intendance Militaire bien gardée et derrière nous la villa du Général, je me rendais à pied à mon travail, et d’autre part, au cours d’un repas dans un restaurant de la pointe, nous avions récupéré un chien loup (dick) véritable fauve, très attaché à Anne, j’étais donc tranquille dans la journée. L’O.A.S., commençait à faire des siennes dans notre secteur, sans toutefois s’attaquer directement à la Marine, mais à la Marine Marchande en plastiquant les paquebots dans le port, aussi nous avons reçu du renfort d’Alger pour éviter ce travail, 1 Enseigne de Vaisseau Gavary avec une douzaine de plongeurs démineurs. Ce renfort nous a été très utile, en plus de la surveillance et du contrôle des paquebots avant leurs appareillages vers la France ; Tous les samedis, ils devaient faire une grande plongée (30 à 40 mètres) au large de Bône sous le contrôle de notre Docteur, au retour nous avions droit pour le carré, aux cigales (sorte de langouste sans antennes) et de jolis mérous, ce qui améliorait bien notre menu. D’autre part, au cours d’une réception, j’avais fait la
connaissance d’un Lieutenant (Désert-Laquay) Commandant l’ALAT de la région, c’était un ancien camarade de mon gendre à la Flèche. Presque toutes les semaines, il me faisait parvenir soit un cerf ou un sanglier, en échange de bouteilles de whisky, que je recevais de Bizerte par les bâtiments de passage à Bône.
La vie s’écoulait normalement, je continuais à envoyer tous les mois la somme de 50000 francs à Rouillac pour la grand-mère et la bonne.
Le 1er aout 1962, j’étais nommé Officier Principal des Equipages, je venais d’être décoré de la médaille de la valeur Militaire avec citation par l’Amiral Querville, le Capitaine de Corvette Boschet prenait le Commandement de Marine Bône en remplacement du capitaine de Frégate Rivaille, admis à la retraite. Avec Anne nous n’avions pas beaucoup de distractions, en dehors des quelques réceptions au carré des Officiers, heureusement nous avions la pêche, en groupe sur le lamparo Grondin, mais surtout l’été, où nous partions tous les deux sur la vedette, conduite par un matelot gabier, fin pêcheur breton, nous partions à 5 heures du matin pour pêcher à la traine (maquereaux, chinchards et autres poissons) jusqu’à 7 heures, car tous les matins, j’étais à mon bureau à 8 heures. Au mois de novembre, nous commencions à préparer l’évacuation de Marine Bône.
Le 8 novembre nous étions appelés par S.O.S. au secours d’un cargo Turc, le Seyhan de 8000 tonnes qui était en feu au large de Bône, ce bâtiment était chargé de balles de coton, après l’avoir remorqué au port, nous avons décidé à l’échouer sur une plage au Nord de Bône à l’extérieur du port ; Après 3 jours et 3 nuits d’efforts, le feu éteint, nous l’avons ramené au port pour débarquer la cargaison. La valeur du bâtiment et de la cargaison était estimée par les experts à 1 milliard d’anciens francs, nous pensions avoir droit à la part d’une prime de sauvetage, mais le constat d’assistance ayant été mal établi par le Commandant de Marine Bône, seuls les frais des remorqueurs ont été remboursés.





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Message par ecofousec le Mer 6 Juin 2007 - 7:37

Le 15 novembre un télégramme de l’Etat Major de Paris me désignait comme Officier liquidateur de la Marine à Bône, nous devions quitter Bône le 30 novembre 1963.
Le Commandant Boschet avec les Officiers et les ¾ de l’Equipage devait rejoindre Toulon à bord du B.D.C. Argens. Moi-même avec le reste de l’Equipage et le matériel devions rejoindre Alger par le B.D.C. Bidassoa où je devais remettre la comptabilité et le matériel de Bône. Ayant mis, nos meubles et divers dans un cadre, expédié vers Rouillac, Anne a embarqué sur un cargo qui devait se rendre à Alger le 22-11, au cours de son voyage elle apprenait par radio le 23 la mort du président Kennedy. Dans l’attente de mon arrivée, Anne était installée au carré des Officiers supérieurs de Marine Alger, avec sa chambre personnelle et prenant ses repas au carré. L’évacuation du port de Bône a eu lieu le 30 novembre 1963 au matin, l’Argens, cap sur Toulon et nous sur Alger où nous sommes arrivés le 2 décembre 1963, après avoir remis le matériel et la comptabilité de Bône au Commissaire de Marine Alger, nous attendions le feu vert pour rentrer en France. Nous avons été invités Anne et moi, ainsi que mon Adjoint un enseigne de Vaisseau, à l’Amirauté par le Capitaine de Vaisseau Combe et son Epouse, nous avons passé une soirée très agréable, après un succulent repas.
Le 23 décembre, nous prenions l’avion pour Bordeaux et le soir nous étions à Rouillac.





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