Les bateaux qui naviguent depuis quelques années dans le Pacifique y sont bien connus.
Aussi, c’est sans hésitation aucune qu’ils montent à bord en montrant malgré tout de la méfiance une fois sur le pont.
Le père Laval, nous les décrits, nus, tatoués, les cheveux fournis, longs et non démêlés et portant pour seul ornement, une sorte de ligature au prépuce.
En tant que prêtre, Laval ne connaît guère les choses ayant trait au sexe, ce n’est pas sa partie ; s’il avait regardé d’un peu plus près, il aurait remarqué qu’ils étaient circoncis.
Mais on n’en est pas mieux renseigné ; à cette époque lointaine, les hommes d’Océanie portaient un étui pénien, comme on peut le remarquer sur quelques rares dessins d’époque, dans lesquels le kokoro était rangé et bien protégé, et cet étui était tenu par une sorte de ceinture textile.
Le prêtre nous parle un peu des tatouages et l’un d’eux évoque une « une espèce de croix assez bien représentée ».
Les missionnaires se sont documentés dans la correspondance des autres pères, sur ce qu’il allaient rencontrer ici, sur les us et coutumes du pays ; aussi se sont les arrivants qui proposent la pratique du hongi, c’est-à-dire du salut Polynésien qui consiste à se toucher le nez.
Ensuite, ils se mettent à prier.
Le père Caret, le chef de la mission est un homme de prière, il prie sans arrêt, et bien sûr, ici, en supplément, on n’oublie pas la prière pour les infidèles que sont ces hommes qu’il viennent de côtoyer.
Laval nous dit : « le bon homme n’en finissait pas, et pourtant ce sera comme cela, jour et nuit, jusqu’à sa mort, arrivée dix ans plus tard ?
Le capitaine offre une étoffe à chacun des visiteurs qu’il leur plaça lui même autour des reins, « telle fut notre entrevue avec les Mangéréviens que nous venions évangéliser.
Ils n’avaient pas été pas trop farouches et nous trouvâmes qu’ils étaient de beaux hommes », ajoute-t-il.
Mais on est en droit de penser : soit qu’il y a de la peur du navire où bien de la réticence ordonnée par les chefs de tribus, mais aucun autre radeau ni embarcation n’est venu, n’a quitté les autres îles pour venir ici en curieux.
Nulle ne doute que toute la population, depuis la terre, doit regarder ce qui se passe ici.
Probablement que l’information a circulé, signalant que ces arrivants sont des non-violents, « car le lendemain matin arrive d’Akamaru (uniquement) un grand nombre d’insulaires qui montèrent à bord, et nous dûmes encore leur accorder le coup de nez ».
Mais les missionnaires ne connaissent pas la langue et ne peuvent répondre aux questions qui leur sont posées.
Ils se trouvent dans notre situation quand nous arrivâmes en Polynésie ne connaissant que le mot : maitai.
Et ils le disent à tour de bras.
Cela a prêté au quiproquo, en effet, le père Caret, à qui l’un des visiteurs demandait : « e tagi ana ra koe ei tokurau ; désires-tu une compagne ? » ayant répondu maitai, il vit une femme se présenter à lui.
(archives de Picpus, père Vincent Janeau
Il y a donc plusieurs européens dans ces îles.
Le capitaine Swetlin désire aller voir un Anglais qu’il sait être là avec sa femme et ses enfants.
A Valparaiso, le capitaine Mauruc avait dit aux missionnaires qu’il n’y avait pas de protestants à Mangareva, il y en a un autre et qui plus est, est missionnaire.
Il s’appelle George Nobbs, c’est un aventurier qui fut entre autre second d’un navire et qui s’est établi dans cet état, ici même, à Mangareva, il réside à Taku.
Il y a aussi un matelot protestant, Buffer est son nom, déserteur, établi avec Nobbs et dans le même état missionnaire.
Ces deux personnes étaient probablement en relation avec les protestants établis à Tahiti.
Plus tard il rencontreront un Français, charpentier de marine, nommé Guilloux.
Dans la journée du 8, le capitaine Swetlin désire se rendre chez Notts ; Caret et le frère Colomban Murphy désirent s’y rendre avec lui.
Le père Laval, resté à bord pour garder les bagages se demande bien ce qu’il va faire chez un protestant.
Il désirait trouver un logement.
Mais il n’en trouva point et revinrent en fin d’après-midi à bord avec Nobbs.
Il n’a sans doute pas été rapporté à Laval ce que les deux autres missionnaires ont vu à terre dans la baie de Taku, il n’en parle pas.
Laval qui voit tout, note pendant le souper que Nobbs « lève bien le coude ».
Et comme c’est la première fois qu’il voyait un protestant, il remarquait tout dans son comportement.
Le lendemain 9 août, le capitaine manifesta le désir de reprendre la mer pour se rendre à Tahiti ; et il leur dit ainsi : « il y a ici la goélette d’un Français (encore un blanc présent aux Gambier), vous pourrez vous installer à bord en attendant de vous loger par ailleurs. »
Et la Peruviana prit la route de Tahiti, pendant que les missionnaires catholiques se rendaient vers ce navire accompagnés par Nobbs.
Laval écrit, (en tant que représentant d’une race qui se croit supérieure), qu’à ce moment, les missionnaires n’ont pas le moral, abandonnés sur cette terre étrangère, au milieu de gens qui touchent au dernier échelon de la race humaine.