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La carrière du Grand Amiral Dönitz

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Jean-Louis THIEBAUT
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La carrière du Grand Amiral Dönitz

Message par Jean-Louis THIEBAUT le Jeu 27 Juil - 19:22

La carrière du Grand Amiral Dönitz
A travers l'histoire des U-Boote


Partie 1


Surnommé Le Lion par ses hommes, contrôlant toujours ses réactions, les lèvres serrées, le sourire rare mais malicieux, ses grands yeux fixant calmement son vis-à-vis, il était aimé de ses officiers et des hommes d'équipage.

Karl Dönitz est né en 1891, à Grünau, près de Berlin. Sa famille était originaire de Saxe ; aucun de ses ancêtres n'avait été dans la marine. Son père était ingénieur chez Carl Zeiss (manufacture d'optique), à Iéna.

Après ses études dans un collège privé, il entra comme cadet dans la marine de guerre impériale, à Kiel, le 1er avril 1910. Après avoir passé un an sur un croiseur-école, il fut admis, en avril 1912, comme élève officier à l'école navale impériale de Flensburg-Mürwik. Le 1er octobre 1912, il était affecté au croiseur Brëslau, comme aspirant faisant fonction d'officier de transmission.

En 1914, quand la guerre éclata, il était enseigne de vaisseau, les croiseurs Göben et Brëslau furent dirigés vers les Dardanelles, sous les ordres de l'amiral Souchon, afin d'encourager le gouvernement turc, déjà favorable à l'Allemagne et à l'Autriche-Hongrie, à entrer en guerre à leurs côtés.

Le 16 août 1914, les deux croiseurs passèrent au service des Turcs et le Brëslau fut rebaptisé Midilli, tandis que l'amiral Souchon devenait commandant en chef de la flotte turque . mais la Turquie restait encore neutre.

La guerre commença pour Dönitz le 27 octobre 1914 : attaque au canon de ports russes, escorte de convois en mer Noire. Pendant que le Brëslau / Midilli était en réparation, après avoir touché une mine, Dönitz, de juillet 1915 au 27 février 1916, fut affecté, sur un avion monomoteur Gotha faisant la chasse aux sous-marins anglais.

Le 1er octobre 1916, il fut rappelé en Allemagne pour être versé dans les sous-marins, et il fit son apprentissage comme officier de quart sur l'U-39. En février 1918, il reçut le commandement de l'UC-25, basé à Pola, port de guerre autrichien sur l'Adriatique ; ce sous-marin pouvait transporter 18 mines, il était équipé de 2 tubes lance-torpilles, avec 5 torpilles à bord ; l'équipage se composait de 3 officiers et 23 hommes ; la vitesse était de 11,5 nouds en surface et 6,9 en plongée.

Le 17 mars 1918, l'UC-25 coula un navire italien à l'intérieur du port de Porta Augusta, dans lequel il avait pu pénétrer en plongée par un étroit chenal non miné de 12 m de profondeur.

Pour ce fait d'armes, Dönitz fut cité au communiqué et Guillaume II le nomma Chevalier de l'Ordre de la Maison de Hohenzollern.

Dönitz commanda ensuite l'UB-68, sous-marin armé de 6 tubes lance-torpilles, avec 12 torpilles à bord, de vitesse élevée en surface (13,4 nouds, contre 7,8 en plongée), mais qui manquait de stabilité.

Les 3 et 4 octobre 1918, il était devant le cap Passero, au sud-est de la Sicile. Le 4, l'UB-68 coula un navire de convoi, mais eut ensuite des ennuis mécaniques dus à sa mauvaise stabilité. Après une plongée involontaire jusqu'à une profondeur de 92 m, qui aurait dû entraîner sa perte, il réussit à remonter en surface . pour se retrouver en plein milieu du convoi ennemi, sans possibilité de plonger à nouveau car il avait épuisé toutes ses réserves d'air comprimé pour refaire surface.

L'enseigne de vaisseau Dönitz fut obligé de donner l'ordre d'évacuation, sous le tir des navires d'escorte du convoi. Un coup au but coula l'UB-68, dont l'équipage fut recueilli par un destroyer anglais, à l'exception de l'ingénieur-mécanicien et de cinq hommes qui périrent dans le sous-marin.

Transféré à Malte, puis dans un camp de prisonniers en Angleterre, Dönitz ne fut libéré qu'en juillet 1919.

Le traité de Versailles ayant interdit à l'Allemagne de posséder des sous-marins, Dönitz pense, un temps, entrer dans la vie civile. Il en est dissuadé par son beau-père, le général Weber.

En 1920, il reçoit le commandement d'un torpilleur. En mars 1923, il devient conseiller à l'inspection des torpilles, des mines et des renseignements, à Kiel, où il est spécialement chargé d'étudier la défense contre les sous-marins. Ensuite, pendant trois ans, du 1er octobre 1924 au 1er octobre 1927, il est affecté à la direction de la marine à Berlin.

Après ces années de travail dans les bureaux, Dönitz reprit du service actif, comme officier de route sur le croiseur Nymphe, navire amiral du commandant des Forces Navales de la Baltique, pendant un an, puis à partir du 1er octobre 1928, comme commandant de la 4éme Flottille de torpilleurs composée de 4 bâtiments neufs.

Le 1er octobre 1930, il fut nommé premier officier d'état-major de l'Amirauté et chef d'état-major de l'amiral commandant les Forces Navales en mer du Nord.

Bénéficiaire d'une bourse de voyage offerte chaque année à un officier, il visite de février à juin 1933 les Indes néerlandaises, Ceylan et l'Inde orientale.

Du 1er octobre 1934 au 28 septembre 1935, il commande le croiseur Emden.

Le 18 juin 1935, l'Angleterre et l'Allemagne signent un accord naval par lequel le gouvernement allemand s'engage à limiter le tonnage de sa flotte de guerre à 35% de celui de la flotte anglaise ; pour les sous-marins, cette proportion, fixée à 45% pourrait par la suite être portée à 100%. Ces 45% ne représentaient que 24 000 tonnes seulement, car les Anglais, croyant que les sous-marins étaient périmés depuis l'invention de l'asdic, en avaient peu construit.

L'état-major de la marine allemande avait prévu, dès 1922, la reprise de la construction des sous-marins, et avait mis des plans à l'étude, si bien que, dès le début de 1935, les premières unités étaient mises en chantier (pendant que se déroulaient encore les pourparlers anglo-allemand) : c'étaient des bâtiments de 250 tonnes, dont les six premiers (U-1 à U-6) furent affectés à l'entraînement des élèves de l'Ecole de navigation sous-marine.

Le 28 septembre 1935 fut constituée la première flottille « Flottille Weddingen » (du nom d'un commandant de sous-marin de la guerre 1914-1918), placée sous le commandement du capitaine de frégate Dönitz : elle comprenait trois petits sous-marins du même type (U-7 à U-9), auxquels vinrent plus tard se joindre neuf autres unités (U-10 à U-18 .

Dönitz faisait subir à ses équipages un entraînement intensif. Il leur fixait la distance de 600 m pour les lancers de torpilles, en plongée comme en surface. L'expérience de la guerre de 14-18 lui avait montré que les sous-marins, qui alors opéraient seuls, étaient inefficaces contre les convois fortement protégés. Dès la fin de l'année 1935, il mit au point sa tactique de groupe, dit encore « tactique de meute » (inspirée des meutes de loups chassant leur proie) : l'attaque des convois se fera de nuit, en surface, car l'asdic n'est efficace que contre les sous-marins en plongée et la vitesse de déplacement des U-Boote est plus grande en surface. Ils manoeuvreront ainsi avec plus de succès. Des avions de reconnaissance devront collaborer avec la marine pour dépister les convois.

Malheureusement pour Dönitz, le grand maître de la Luftwaffe était Hermann Göring, qui proclamait fièrement : « Tout ce qui vole m'appartient ». Dönitz s'entendait fort mal avec lui, et sa demande d'avions de reconnaissance à long rayon d'action fut accueillie par un refus catégorique. Lorsque la guerre éclata et que les U-Boote eurent un besoin de plus en plus pressant d'informations détaillées, l'intervention personnelle du Führer fut nécessaire pour dénouer ce conflit.

Comme l'exposait Dönitz lui-même : « Simultanément le chef de la flottille posait les bases de la tactique à développer [.]. La concentration sur un but déterminé faisait naître la nécessité d'une collaboration tactique entre les sous-marins affectés à un secteur ou à une zone d'opérations [.]. Il s'agissait de découvrir l'ennemi, de le signaler et de l'attaquer avec un nombre de bâtiments aussi élevé que possible ».

Ainsi naquit, à la fin de 1935, la « tactique des meutes » qui devait, par la suite, toucher à la perfection.

Il fallut couvrir plusieurs étapes. Tout à l'origine, il y eu la tactique employée par les torpilleurs pour leurs missions d'éclairage et de protection. On commença par établir des barrages de guet ou de reconnaissance. En apercevant l'ennemi, un sous-marin lançait un message de contact et les autres manoeuvraient pour attaquer. Cette façon de faire s'appliquait seulement en face d'un adversaire naviguant à une vitesse inférieure. On la compléta donc en postant un ou plusieurs groupes en arrière des barrages de guet, chargés de l'attaque proprement dite. Les diverses situations furent étudiées dans toutes leurs variantes, au cours d'innombrables exercices. On aboutit ainsi à la formation en cercle. Le premier sous-marin apercevant un adversaire tenait le contact alors que les autres constituaient aussitôt des groupes d'attaque. Des ordres généraux, constamment améliorés en fonction des expériences, condensèrent les leçons ainsi obtenues.


Cette nouvelle tactique fut pour la première fois expérimentée dans la mer Baltique, aux grandes manouvres de l'automne de 1937. Dönitz était alors, depuis l'automne 1936, commandant en chef des sous-marins.

D'autres exercices eurent lieu en mer du Nord puis, en mai 1939, dans l'Atlantique, à l'ouest de l'Espagne et du golfe de Gascogne.

Quelques officiers casse coup s'étaient rendus compte qu'il était très difficile à un veilleur de repérer la silhouette basse d'un sous-marin par nuit noire.
Il semblait donc possible de pénétrer à l'intérieur d'un convoi sans être vu, de lâcher ses torpilles et de s'échapper à grande vitesse pour éviter les collisions. Les sous-marins du Type VIIA atteignaient 16 nouds sur leurs diesels. (la vitesse moyenne d'un convoi était de 7 à 8 nouds)

En plus d'une véritable « bible » destinée aux officiers sous-mariniers, le futur amiral Dönitz publia, en 1939, un livre exposant cette tactique, « L'arme sous-marine ». Les Anglais connaissaient les deux ouvrages mais ils ne prirent aucune des mesures de précaution élémentaires pour contrarier les attaques en surface et en meute ! Ils furent complètement pris au dépourvu parce qu'ils accordaient trop de confiance à l'asdic, inefficace en surface. D'autre part, la marine anglaise était traditionnellement une marine de surface et n'accordait pas d'importance à l'action des sous-marins, malgré les leçons qu'elle aurait dû tirer de la guerre 14-18.

Du côté allemand, le Grand Amiral Raeder, partageant le point de vue anglais, pensait surtout à accroître le nombre de ses navires de surface et en était resté, en ce qui concerne les rôles des sous-marins, à 1917. Or, dès le 2 décembre 1937, le Conseil de Défense Britannique prévoyait l'adoption du système des convois en cas de guerre, contre lesquels les sous-marins isolés restaient impuissants.

A la fin de 1938, le chancelier Hitler informa Raeder que l'Angleterre devait être considérée comme un adversaire éventuel mais qu'une guerre n'était pas imminente. Le Grand Amiral présenta au Führer un programme de constructions navales, le plan Z. Dans son esprit, les convois devaient être attaqués par des groupes de combat formés de cuirassés et de croiseurs ; il ne se rendait pas compte que ces navires étaient vulnérables aux attaques aériennes en mer comme au mouillage.

Le plan Z prévoyait certes la construction de 233 sous-marins, mais ce chiffre ne devait être atteint qu'en 1948 ! Cependant Dönitz, dès l'hiver 1938-1939, réclamait 300 sous-marins, ce qui permettrait d'en avoir 100 en action, tandis que 100 seraient dans les ports pour réparations ou pour permettre aux équipages de se reposer ; les 100 derniers partiraient en opérations ou seraient sur le chemin du retour.

La ligne de conduite des opérations sous-marines allemandes pendant tout le cours de la Seconde Guerre mondiale ne fut jamais ignorée du Haut Commandement allié : elle découlait du principe fondamental que l'amiral Dönitz avait clairement exposé et inculqué à ses commandants de U-Boote.
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Jean-Louis THIEBAUT
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Re: La carrière du Grand Amiral Dönitz

Message par Jean-Louis THIEBAUT le Ven 28 Juil - 17:42

Partie 2

La tactique d'attaque impliquait d'assurer la direction de l'ensemble des actions contre les convois, à partir de son état-major terrestre. Elle exigeait donc de pouvoir informer les bâtiments en opération de la situation telle qu'il en avait connaissance et donner les instructions les plus adaptées à l'instant !

Cela constitua, au début, un énorme avantage. Lorsque l'amiral Dönitz estimait les informations insuffisante sur les conditions locales, il lui arrivait de questionner lui-même par radio les commandants des U-Boote en poste dans l'atlantique. Il eut souvent, dans la demi-heure suivant l'appel, des réponses lui permettant de prendre des décisions efficaces.

Les transmissions radios eurent une action prépondérante sur la vie et la mort « des loups dans l'Atlantique ».

Le premier jour de la guerre, l'U-30, en patrouille dans les Western Approaches sous le commandement du capitaine-lieutenant Julius Lemp, tomba sur le paquebot britannique Athenia . Le paquebot portait encore ses couleurs du temps de paix, mais filait à grande vitesse par mesure de sécurité.
En dépit des couleurs, Lemp décida qu'il s'agissait là d'un transporteur de troupes.
L' Athenia coula très vite.
De retour à Wilhelmshafen, face à un Dönitz en colère, Lemp avoua qu'il s'était rendu compte trop tard de la véritable identité de sa victime. Dönitz accepta de croire en sa bonne foi.

Nota : Le docteur Goebbels, ministre de la Propagande, s'était mêlé de l'affaire. Afin de réduire à néant les accusations britanniques, il avait inventé une invraisemblable histoire, laissant entendre que les Anglais avaient torpillé leur propre navire dans le dessein de discréditer les Allemands. Dönitz reçut l'ordre de faire disparaître toute trace de l'incident du livre de bord de l'U-30.

Avec les navires de guerre, les problème n'étaient pas les mêmes. Le 17 septembre, l'U-29 accomplit un exploit spectaculaire en coulant le porte-avions Courageous. Détail piquant, celui-ci était précisément en train de procéder à des manouvres anti-sous-marines . Son homologue, l'Ark Royal, avait, quelques jours auparavant, échappé de peu à une gerbe de torpilles de l'U-39, et l'Amirauté britannique avait pris conscience de la vulnérabilité de ses grosses unités.

Décidé de porter la guerre chez les Anglais, Dönitz prépara un plan d'une incroyable audace : pénétrer à l'intérieur de Scapa Flow, l'invulnérable base anglaise de la Première Guerre mondiale.

Le sous-marin choisi pour cette opération fut l'U-47 de Günter Prien, à qui Dönitz donna personnellement ses instructions tout en lui laissant le choix d'accepter ou de refuser cette mission. Scapa Flow avait plusieurs entrées, toutes obstruées par des filets, des champs de mines ou des bâtiments coulés. Quand aux courants, leur vitesse était généralement supérieure à celle d'un sous-marin en plongée. Une reconnaissance aérienne ayant révélé une petite brèche dans le Kirk Sound. Dönitz décida qu'un sous-marin pourrait, par mer étale, se faufiler entre les énormes blocs des carcasses de bateaux. L'étroit passage n'avait pourtant que 25 m de large et 60 m de profondeur. Prien accepta sans hésiter.

[Dans la nuit du 12 au 13 octobre, l'U-47 se trouve en vue des Orcades, tranquillement posé sur le fond après avoir rechargé ses batteries. L'après midi suivant, Prien commence à préparer son attaque.
Dans le poste central exigu, sa casquette blanche tachée de cambouis et de graisse, Prien ordonne :

- Immersion périscopique

Les moteurs tournent lentement afin de ne provoquer aucun remous à l'approche de la surface. A 14 m d'immersion l'ingénieur-mécanicien annonce :
- Immersion périscopique, commandant

L'instant est crucial. Il suffit qu'en surface des destroyers patrouillent, le sillage du péricope provoque des bulles, que les asdics émettent leur « ping-ping » lancinant, pour que les loups gris soit repéré et aussitôt canonné, éperonné, anéanti .

Prien jette un coup d'oil à ses hommes. Il sait ce qu'ils éprouvent. Il ne perd pas de temps. Le matelot de garde au poste a déjà appuyé sur la manette : le périscope glisse dans son étui d'acier. Une lampe verte s'allume. L'oil de l'U-47 a crevé la mer.

Prien effectue un tour d'horizon rapide puis fait basculer le miroir à 70° en l'air : le ciel est vide.

Alors Prien sourit, volontairement, pour que tout l'équipage le remarque. Et les hommes laissent échapper un soupir de soulagement.

- Les Anglais dorment, annonce Prien dans le haut parleur

L'équipage ose se regarder et sourire.

- Surface ordonne le commandant

Les quatre hommes qui seront de quart se préparent près de l'échelle. Ils ont leurs lunettes rouges sur les yeux. Prien, à son tour, met ses lunettes.

A bord, la peur s'est estompée. Chacun a son rôle à jouer. Chacun sait que la moindre distraction ou erreur de sa part représente la perte du navire, donc la sienne.

- Panneau du kiosque hors de l'eau, annonce l'ingénieur-mécanicien.

Le temps de la décompression se passe. Prien ouvre l'écoutille. L'officier de quart le suit et bondit derrière lui dans la baignoire. Immédiatement les deux hommes parcourent une fois de plus l'horizon avec leurs jumelles.
Ils doivent se rendre à l'évidence : le plus important port de guerre de l'Ecosse du Nord est sans surveillance et semble endormi.

- C'est incroyable, murmure Prien qui aussitôt commande : Chassez partout. Lancer les moteurs

Les moteurs électriques sont stoppés. Les diesels entament alors leur bruit infernal, heureusement couvert par les hurlements du vent et le grondement des vagues.

- Il fait une lumière écoeurante, grogne Prien. Si on n'est pas repéré ce sera un miracle.

Pendant un instant le commandant songe à remettre l'attaque mais c'est impossible ; le lendemain soir les courants seront plus fort.

- Les deux moteurs en avant demi

L'U-47 s'élance vers Scapa Flow. Dans le passage du Holm Sound il n'y a toujours pas de surveillance. Mais si l'aurore boréale inonde de clarté la baie, aux alentours la visibilité est mauvaise.

Soudain Prien sent son cour s'arrêter. A un mille environ, une silhouette menaçante a surgi de la nuit : un destroyer.

La chance est avec l'U-47. Avant que le commandant donne l'ordre de plongée le destroyer a disparu.

Tout à coup, l'U-47 ballotté, secoué par les lames, est aspiré avec une violence terrifiante par le courant des Orcades. Prien ordonne à l'officier de quart de descendre.
Le sous-marin est constamment mis en travers. Tour à tour, le commandant ordonne « La barre à droite, la barre à gauche ». Tel un skieur il slalome entre les navires échoués par les Britanniques. En évitant un barrage, l'U-47 a heurté la chaîne d'ancre d'une épave. Le Loup gris emporté par le courant, a bondi hors de l'eau. Prien a cru que son bateau allait se casser en deux ou chavirer.
D'un seul coup, c'est l'accalmie, presque le silence. L'U-47 court sur son erre, abandonné par le courant.

Prien soupire de soulagement et annonce à l'équipage :

- Nous sommes dans Scapa Flow

Il est 23 heures 15.

- En avant toute

Depuis son entrée dans Scapa Flow, Prien se demande comment les Anglais n'ont pas été alertés, réveillés par les « clang-clang-clang » des diesels.
Furtivement, le Loups gris se rapproche de ses proies. Les deux gros navires aux tourelles énormes se découpent parfaitement sur le ciel clair.
Prien les reconnaît. Ce sont des cuirassés. L'un est le Royal Oak, et l'autre le Repulse. Un inconvénient de taille : ils sont en quinconce. Le Royal Oak cache en partie le Repulse.

Prien se décide rapidement : A petite vitesse, l'U-47 glisse vers le Repulse.

- Paré aux tubes, ordonne Prien
- Tubes parés, commandant !
- Tubes 1 à 4. Gerbe

C'est le second qui pointe au périscope. Le Repulse lui apparaît sur son fil de visée. Il renverse la manette de lancement.

- Feuer !

L' U-47 est secoué par les lancements.
Seul dans la baignoire, Prien suit la course des « anguilles » et il compte les secondes.

Soudain, une énorme explosion suivie d'une fantastique colonne d'eau : l'avant du Repulse se soulève comme un gros fauve blessé à mort. Le cuirassé anglais est touché. Il s'enfonce rapidement.

Ni le commandant, ni son second ne savourent cette victoire. Au contraire : les trois autres torpilles qui devaient anéantir le Royal Oak n'ont pas accompli leur mission.

Le tir a-t-il été mal réglé ? Les torpilles ont-elles été, une fois de plus, défectueuses ?

Une rage démente s'empare de Prien.

L'explosion qui a atteint le cuirassé a eu lieu à 0 heures 58. Depuis, quatre minutes se sont écoulées et les Anglais n'ont toujours pas réagi.

- Profitons-en, murmure Prien.

Malgré les risques, Prien ordonne :

- Rechargez les tubes 1 à 4

Et cela dure environ 1 heure.
Maintenant les torpilles ont glissé dans les culasses ouvertes des tubes.

- Tubes 1 à 4 parés, commandant, annonce l'officier torpilleur

Prien ne veut courir aucun risque. Il s'approche à 450 m du Royal Oak

- Feuer !

Cette fois-ci deux colonnes d'eau gigantesques, deux explosions infernales secouent Scapa Flow.
Le port de guerre se réveille enfin.
Des lumières s'allument sur les navires, des klaxons et des sirènes donnent l'alerte.
Et Prien décide de fuir .







NOTA : Ce n'était pas le « Repulse » mais le vieux porte-avions « Pegasus »
Karl Dönitz fut promu contre-amiral
Tous les officiers ont été décorés de la Croix de Fer 1er classe et l'équipage de la
2 éme classe.







« Le Lion », comme se plaisaient à l'appeler ses sous-mariniers, fut durement touché par la mort au combat de ses deux fils.
L'aîné, Klaus, né le 4 mars 1920, enseigne de vaisseau de 1er classe sur la vedette lance-torpilles S-141, périt au combat en mer du Nord le 14 mai 1944.
Le second, Peter, né le 20 mars 1922, enseigne de vaisseau, disparut avec l'U-954 coulé par un Libérator dans l'Atlantique, le 19 mai 1943.
Sa fille, Ursula, épousa le capitaine de frégate Günter Hessler qui commanda l'U-107 jusqu'en novembre 1941.

Karl Dönitz, amiral commandant des forces sous-marines de 1936 à 1942, devint Grand Amiral commandant suprême de la flotte de 1943 à 1945. Il succéda à Hitler cinq jours avant la capitulation de l'Allemagne, en mai 1945. Condamné à Nuremberg en 1946, à 10 ans d'emprisonnement, il fut libéré par les Alliés en 1956.



NOTA : Récits et photographies venant des ouvrages suivants :
1. Les Loups de l'Amiral de Jean Noli
2. U-BOOTE (l'histoire des sous-marins allemands) d'Antony Preston
3. La bataille de l'Atlantique de Léonce Peillard
4. Un Loups gris dans l'Atlantique ( L'U-68 au combat) de Jacques Alaluquetas





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Jean-Louis THIEBAUT
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Re: La carrière du Grand Amiral Dönitz

Message par Jean-Louis THIEBAUT le Ven 28 Juil - 18:12

Quelques photos pour compléter ce document



De droite à gauche l'U-1 à U-4



Le Grand Amiral DÖNITZ



Prien (encadré) Prien recevant les félicitaions de l'Amiral





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Re: La carrière du Grand Amiral Dönitz

Message par Jean-Louis THIEBAUT le Dim 30 Juil - 12:57

Prien et ses officiers sur l'U-47






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Une belle histoire

Message par flibustier28 le Dim 10 Déc - 16:08

Bravo pour ses écrits et une connaissance parfaite du sujet
en tant que sous-marinier nous avions une admiration certaine pour le personnage faisant abstraction de son appartenance au régime Nazi.
Il est décédé si ma mémoire est bonne en 1979 ou 1980 et nous étions en patrouille à bord du Redoutable, la Marine avait demandée expressement que sa mémoire ne fût pas honorer, mais nous avons portés un toast en l'honneur d'un grand Sous-Marinier.

Histoire vrai

Flibustier 28 :pirat:




Le Rhum et le chant des hommes font briller les étoiles
sur une gigue, on fait les mômes, on remet les voiles.

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