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Message par garrigues gilbert le Dim 16 Sep 2018 - 21:01

UN CIVIL CHEZ LES MILITAIRES.

UN G.I. NOMME LODUSKY MCCOWEN

L’histoire commence pendant la guerre à la libération en septembre 1944.
Nous habitions en Normandie à 20 Km de Rouen et une intendance de l’armée américaine vint s’établir dans une usine désaffectée près de chez nous.
Spoiler:
J’avais 13 ans à cette époque et j’admirais tous ces soldats jeunes, décontractés, qui conduisaient comme des fous à travers la ville.
J’étais très admiratif de leurs techniques, de leurs matériels et en particulier de leurs véhicules : les jeeps, les camions G.M.C et les semi-remorques, les trucks, les talkies-walkies.
Pendant les 4 ans d’occupation la France était restée complétement bloquée économiquement et techniquement : l’arrivée des armées alliées nous faisait découvrir le modernisme américain.
La transition était violente, nous qui étions restés à la voiture à gazogène et à la lampe à pétrole.

Les soldats américains étaient joueurs : ils avaient toujours à portée de la main dans leur camion une batte de baseball et quelques balles et ne dédaignaient pas initier tous les jeunes Français qui tournaient autour d’eux .
De plus leurs poches étaient toujours pleines de chewing-gums et de cigarettes qu’ils distribuaient généreusement .
- "Cigarettes pour Papa" leur demandaient les gamins...

C’est dans cette ambiance que mes parents firent connaissance du sergent chef Lodusky Mccowen , surnommé « Mac « .
Nous ne connaissions pas la hiérarchie dans les troupes U.S. , mais il s’avère que c’était une sorte de grand manitou dans l’organisation de cette intendance locale .
Il était responsable du stockage et de la manutention de tous les produits nécessaires à une armée en campagne = c’est dire que ces produits avaient une valeur inestimable pour des Français qui manquaient de tout après le pillage intégral de la France par les troupes allemandes pendant 4 ans.

Le matériel américain arrivait sur des Liberty ships à Rouen , était transbordé sur des péniches et était débarqué sur les quais a Elbeuf : c ‘était mon chemin pour me rendre au lycée et je me souviens d’avoir été interpellé par Mac :
- « Hey ! Gilbert come on ! » et je grimpais dans sa grue et me mettais aux commandes : la caisse se balançait dangereusement dans l’air à la grande joie des G.I. qui s’esclaffaient… et se sauvaient dans tous les sens…

Mac venait souvent nous rendre visite avec son ami le cuisinier « Eugène ».
Ils étaient souvent invités et appréciaient la cuisine française , plus particulièrement les vins et le fameux « calva » (un alcool de pommes très fort).
Pour pallier à la disette qui régnait pendant la guerre , on élevait deux moutons et deux cochons.
Nous avions un problème pour trouver de la nourriture pour nos cochons , aussi Mac nous vint en aide : son intendance avait un deuxième rôle , la garde d’un camp de prisonniers de guerre allemands.
Il y avait un grand nombre de bouches à nourrir et les restes de cuisine pouvaient constituer la solution à notre problème.
C’est ainsi que je fus chargé d’aller au camp américain 2 ou 3 fois par semaine pour charger a ras bord un réservoir que je transportais dans une petite charrette.
Il me fallait d’abord négocier avec la sentinelle qui gardait l’entrée du camp : je faisais mes premières leçons d’anglais pratique ;: « good morning Sir ! I want to meet the Sergeant Mac « c’était le sésame , la barrière se levait et j’allais aux cuisines ou un prisonnier allemand écoutait mes ordres sans broncher et chargeait ma charrette... cela me faisait tout drôle de voir ces Allemands devenus obséquieux alors que peu de mois auparavant ils nous dominaient de toute leur morgue...
Mes copains étaient morts de jalousie de me voir pénétrer dans le camp alors que c’était formellement interdit par les sentinelles : bizarrement autant les G.I. étaient habituellement décontractés autant les sentinelles ne faisaient pas de sentiment = si on s’approchait trop près des limites elles décrochaient leur carabine Remington de leur épaule et actionnaient la culasse en guise de dernier avertissement : elles avaient le coup de feu facile comme au pays des cow-boys et de Al Capone.
Une sentinelle était chargée de la garde du pont de bateaux qui avait été établi sur la Seine par le génie : craignant les saboteurs qui étaient susceptibles de laisser dériver des mines flottantes, elle avait pour mission de tirer sur tout objet qui dérivait dans le courant vers le pont : c’est ainsi qu’avec des copains, on ramassait un jerrican vide et on allait le jeter dans la Seine un peu en amont.
On revenait ensuite assister à une séance de tir, ce qui nous remplissait de joie !

Aout 1944 les troupes alliées traversent la Seine à Elbeuf sur un pont de bateaux Bailey, j’étais là ce jour là, du coté du panneau blanc.

[ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN T17e1_10

Notre ami Mac nous venait en aide également de diverses façons.
L’année 1944 fut la pire des années de restriction = on manquait de tout , aussi Mac nous dépannait en savon : leur poudre de savon était excellente pour faire nos lessives alors que nous étions réduits a faire bouillir le linge sale avec de la cendre de bois !
Il me donna une paire de « rangers* » , moi qui n’avait plus de chaussures depuis longtemps : mes parents n’avaient trouvé qu’une paire de chaussures de football auxquelles ils avaient ôté les crampons !
Mac avait complété mon habillement avec une chemise de l’armée et un pantalon de travail de GI : équipé de la sorte je ressemblais à un petit G.I.

Dans les premiers mois de 1945 les alliés étaient arrivés en Allemagne, Mac et son équipe furent envoyés en Belgique : Avant de partir Mac laissa son adresse aux USA, pour nous l’épisode était clos...

A suivre...



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Message par garrigues gilbert le Lun 17 Sep 2018 - 12:55

Quelques années plus tard, devenu adulte j’entrais à l’école d’hydrographie de Paris et devenait Officier Radioélectricien de la marine marchande :
Après deux ans de navigation au long cours le service militaire m’appela pour effectuer mes 18 mois : étant inscrit maritime, j’étais versé automatiquement dans la marine nationale.
Pendant mes deux premières années de navigation je n’avais pratiquement pas eu de congés, aussi l’intermède d’un service à terre m’arrangeait quelque peu.

Spoiler:
La Marine Nationale m’envoya dans le camp de formation de Pont Rean près de Rennes.
Les conditions de vie y étaient tout à fait primitives, des baraquements mal chauffés en hiver, des réfectoires où l’hygiène était plus que douteuse...
Ce soit disant camp de « formation » servait surtout à habiller, vacciner et établir les papiers militaires.
En réalité, on y apprenait rien du tout et il fallut 2 mois pour effectuer ces quelques formalités.
Heureusement, j’eus affaire ultérieurement à des gens compétents à bord des navires de guerre.
Je fus affecté a la station radio de l’aérodrome de Lanveoc-Poulmic près de Brest : notre boulot consistait à assurer les communications avec les avions d’une escadrille de l’aéronavale, (les Breguet SO95 de l’escadrille 50S).
A cette époque les communications se faisaient en morse exclusivement.
Je fis connaissance avec le code Z qui remplace le code Q chez les militaires.
Les avions décollaient pour un exercice, ils déroulaient 50 mètres de fil en guise d’antenne et ils nous appelaient pour établir la liaison.
C’était amusant et peinard : quand on avait quartier libre on prenait la vedette qui faisait la liaison avec Brest.
On nous débarquait en pleine ville sous le pont de Recouvrance, c’était presque des vacances pour qui venait de faire deux ans de long cours !
Le local radio de la base était situé en bord de mer à proximité des quais.
On dormait dans un blockhaus de la Luftwaffe contigu.
On préférait cela aux hamacs de la caserne située 1 km plus haut.
Nous n’avions rien pour chauffer notre café du matin, on utilisait le réseau 110 volts = une pince crocodile sur un bord de la casserole pour le neutre et une électrode plongée dans le café pour la phase ! cela donnait un petit gout au café, un gout d’électrolyse…
Les installations radioélectriques étaient en grande partie celles abandonnées par la Luftwaffe en 1944.
Notre indicatif était F.W.C.
C’était trop beau : après deux mois de cette vie, la marine demanda des « volontaires » pour aller prendre un dragueur de mine en construction au chantier naval de Seattle – Tacoma.
Bien entendu je refusais, me trouvant trop bien dans mon petit aérodrome.
Le résultat des affectations tomba quelques temps plus tard : le quartier maitre Radio Garrigues était « obligatoirement volontaire » !
Je ne comprendrais que plus tard pourquoi ils tenaient à moi plutôt que de prendre des Q/M Radio engagés qui ne demandaient que cela.

Adieu Brest, le sac sur l’épaule, les soixante hommes d’équipage du futur dragueur de mines « Garigliano » se présentèrent à Orly pour l’embarquement sur un quadrimoteur loué spécialement pour nous.
C’était un Super Constellation de Lockheed, un quadrimoteur à hélices surnommé le meilleur trimoteur du monde,ncar il finissait souvent ses voyages sur trois moteurs !.
En 1953 rares étaient les voyageurs en avion = pour la plupart d’entre nous, c’était le baptême de l’air et une découverte merveilleuse.
Cet avion plafonnait à 7.000 mètres et nous faisait profiter au maximum des turbulences.
A cette époque un vol transatlantique durait une douzaine d’heures !
Après une escale à Terre Neuve on débarqua à New-York où on nous hébergea pendant une semaine dans une caserne de Marines.
Bonjour New-York avec la visite des grattes-ciel de cette ville impressionnante.
Un autre vol nous fit traverser les États-Unis avec escales à Chicago et Denvers et débarquement à Seattle.
Le survol des chaines de montagnes américaines avec les avions à hélices était particulièrement pénible = on était secoué dans tous les sens = le survol des sommets était impossible, on empruntait les vallées…
Néanmoins on arriva sains et sauf à Seattle.

Notre équipage fut divisé en deux groupes : le 1er groupe constituait un équipage réduit qui devait se rendre immédiatement au chantier naval de Tacoma pour effectuer les inventaires du matériel, le 2e restait à Seattle en attente de la terminaison du navire.
Pour occuper ce groupe, la marine organisa des visites et excursions diverses… bien entendu je fus désigné pour le 1er groupe : je compris enfin pourquoi j’avais été « volontaire d’office » dans cette histoire ils avaient besoin de personnel pouvant parler anglais et faciliter les échanges avec les Américains.
Le personnel subalterne parlait souvent le Breton mais l’anglais, non.
Le problème pour moi furent les termes techniques (les screw-drivers, les nuts, les gaskets etc…).

Vint le moment ou le AM452 fut prêt pour accueillir son équipage.
Le 19 mai 1954 la bannière étoilée fut amenée et remplacée par le drapeau tricolore : le Dragueur océanique « Garigliano » F.A.S.L.
Fox Able Sugar Love (en alphabet phonétique) était né.
J’aimais bien cet indicatif : quand nous étions en exercice dans le Puget Sound, l’opérateur de la station m’appelait = « Sugar-love do you hear me ? » Sucre d’amour m’entendez vous ? (cela faisait ricaner les autres opérateurs).


Le SO.95.
[ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN So95_k10

Le Super Constellation.
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Balade en bateau avec le Q/M radariste Wattelier.
[ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN Img13410

A suivre...



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Message par J.Revert le Lun 17 Sep 2018 - 14:22

Merci Gilbert : un régal de te lire. [ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN 582735
Je suis avec la même attention les récits de d'Albert Sagnimorte sous le titre Les tribulations d'un civil au Cambodge dans le sujet "Discussions".
Pour ma part, j'ai passé plusieurs années dans différents pays d'Afrique, souvent en brousse et à une époque où il y avait encore des rencontres avec des "personnages" mais je n'ai pas l'art de la narration tel que je peux le constater dans ces deux récits et je le regrette.
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Message par † Serge BAVOUX le Lun 17 Sep 2018 - 17:23

très bon récit Gilbert ![ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN 582735



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Message par Noël Gauquelin le Lun 17 Sep 2018 - 18:18

Beau récit qui retrace bien l'ambiance "américaine" !
Il me rappelle celui que m'a fait ma mère :
Au mois d'août 1944, elle habitait avec ses parents un village de Normandie, Magny le Désert, qui avait été relativement épargné par les combats terrestres. Un matin au réveil quelle ne fut pas leur surprise de constater qu'un hôpital de campagne US avait été entièrement installé pendant la nuit dans un vaste champ juste devant chez eux. Personne n'avait rien remarqué. Mon futur père de passage chez sa fiancée s'était blessé à la main et sa plaie prenait une mauvaise tournure faute de médicaments. Il se présente à un médecin qui l'a soigné et changé son pansement ... jusqu'à ce que, une nuit, l'hôpital disparaisse avec tout son matériel et tout son personnel aussi vite et discrètement qu'il était arrivé.
C'est peu dire que l'abondance de matériel et l'amabilité et la compétence du personnel avaient fortement impressionné la population rurale du coin !



Être humain, c'est aimer les hommes. Être sage, c'est les connaître  (Lao Tseu).
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Message par Roger Tanguy le Lun 17 Sep 2018 - 20:16

Je partage l'avis de J. Revert. Il y a sur ce forum des récits que nous concoctent nos anciens qui sont vraiment passionnants. En voilà encore un. Je m'abonne ! merci Gilbert.



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Message par garrigues gilbert le Lun 17 Sep 2018 - 21:07

L’exercice le plus marquant fut le tir antiaérien avec le canon de 40 m/m du bord.
Un avion remorquant une cible apparut et nous survola : la remorque de la cible était longue car le pilote de l’avion remorqueur n’était pas tranquille vu l’adresse habituelle des tireurs.
Notre canon de 40 se mit a aboyer et suivait la trajectoire de la cible jusqu’au moment ou le canon atteignit la limite de son angle de tir en gisement.
Normalement une butée interdit le tir quand cet angle est atteint : la butée était mal réglée sans doute et le souffle du dernier obus arracha la casquette du Pacha qui se trouvait sur l’aileron bâbord ! le second maitre chef de pièce, hurlait : cessez le tir ! cessez le tir ! mais les canonniers absorbés par la visée ne s’arrêtèrent qu’a la fin du chargeur...

Spoiler:
Nous n’étions pas les seuls à venir prendre livraison de dragueurs de mines = il y avait des Hollandais, des Italiens, des Chinois (de Tchang kai chek bien entendu) et des Américains…
Un journal local fit un article sur le sujet : il lui fallait une photo pour accompagner l’article.
Un matin le Pacha* m’appela = quartier maitre, mettez la tenue n° 1 et allez au poste de garde de l’arsenal : un journaliste va vous photographier en compagnie d’autres marins !
Au premier abord je crus qu’il m’avait choisi pour ma prestance mais je me rendis compte que, comme d’habitude c’était pour répondre aux questions du journaliste…
Une magnifique photo parut le lendemain en première page : c’était trop beau : dans les jours qui suivirent une bataille rangée eut lieu en plein centre ville entre des équipages Français et Italiens : à cette époque il y avait encore des marins français qui avaient connus les brimades de la part des Italiens pendant la guerre : ils avaient donc des comptes à régler !
Le journal fit un autre article cette fois ci pour se demander s’il était judicieux de donner des navires à des pays qui allaient se déclarer la guerre... !
Les exercices s’enchainaient tous les jours et enfin les américains jugèrent que nous étions aptes à voler de nos propres ailes.
Notre Pacha, le Capitaine de corvette Desmazures donna le signal de départ à un convoi de plusieurs dragueurs en tant que Chef de ce convoi.
Ce convoi était composé de dragueurs côtiers et océaniques français, hollandais et italiens. Un remorqueur américain nous accompagnait = le Molala = pour nous assister et nous ravitailler en carburant.
Nous fîmes cap au Sud et notre première escale fut San Francisco : on passa sous le fameux Golden Gate et on s’amarra sur la petite ile de Treasure Island, juste en face de l’ile d’Alcatraz, célèbre prison.
Cette Ile au Trésor était au milieu du pont qui relie San Francisco à Oakland.
Après quelques jours d’escale qui nous permirent de faire de belles balades dans la ville, on continua à descendre vers le Sud, et notre flottille se présenta devant Long Beach le Port de Los Angeles = l’aspect de la cote vue du large est surprenant = une cote basse ou l’on ne voit que des pompes à pétrole !
De loin ces pompes ressemblent a de gros insectes qui balancent leurs têtes sans cesse comme pour sucer le sang de la terre…

On fit notre entrée dans la base navale très importante de Long Beach.

Long Beach ! ce nom eveilla des souvenirs en moi : apres contrôle sur mon calepin d’adresses , je retrouvai vite que c’était l’adresse laissée par notre ami « Mac « neuf années plus tot . Mais le temps s’était écoulé depuis et cette adresse était probablement obsolete . Je décidais quand meme d’envoyer une lettre à cette adresse , sait on jamais ?

Je ne fus pas décu car le lendemain meme on m’apporta un telegramme de Mac qui me donnait rendez vous à la porte de l’arsenal pour le soir meme le 6 Aout 1954.

Notre rencontre se fit sans probleme bien que mon image de petit garcon dans la mémoire de Mac devait etre fort différente de celle d’une personne devenue adulte et de surcroit vétue d’un uniforme militaire ! Par contre ma mémoire ne me fit pas défaut et je reconnus immédiatement Mac , un immense gaillard qui avait évidemment quitté sa tenue de GI pour une tenue civile . Il m’embarqua dans sa Chevrolet et m’emmena chez lui pour me presenter à sa famille : bien entendu mon arrivée surprenante et brutale avait fait l’objet de nombreux commentaires parmi ses proches . Imaginez vous la situation = Mac avait du raconter sa guerre en Europe et maintenant , pour couronner le tout ,voila un petit Français qui était la preuve vivante de ce qu’il avait raconté à ses proches ! Pour lui je representais comme une sorte de trophée de guerre !
Ainsi donc , ses freres , ses nieces et ses amis m’accueillirent devant la maison familiale et m’applaudirent comme si j’étais un héros ! Néanmoins un héros doit s’exprimer et comme personne ne parlait Français , toute conversation dorenavant se deroula en anglais . Depuis mon arrivée aux USA , j’avais fait des progres en conversation courante heureusement ! Mon vocabulaire était assez limité et ma diction hésitante mais j’arrivais à répondre aux multiples questions qu’on me posait : dans l’excitation générale , j’étais souvent obligé de couper mes interlocuteurs d’un « please speak slowly ! ».
Les questions de toutes sortes pleuvaient : que venais je faire aux USA , quel était ma profession dans le civil , comment était la situation politique en France , sur ma famille etc… j’avais l’impression que tous buvaient mes paroles et que mes reponses les étonnaient beaucoup . En 1954 , la société américaine était à son apogée , les revenus élévés ,et quand je leur indiquais le montant de mon salaire , ils pensaient que j’oubliais un zero au chiffre indiqué !
Par contre les questions changeaient de nature quand je me retrouvais seul avec Mac = il s’interessait beaucoup aux bistrots qu’il fréquentait et aux jeunes filles qui servaient dans tel bar à Elbeuf en 1945 ….. je ne savais pas lui répondre sur Janine ou Claudine , ses connaissances de l’époque … il fut décu de savoir que les deux maisons de tolérance de la ville d’Elbeuf étaient fermées , Marthe Richard* était passée par la ….
Pendant une semaine Mac venait me chercher à la base navale chaque soir : il y avait toujours une réunion familiale avec des invités , sans doute pour exhiber le phénomene que j’étais invontairement devenu. Les USA , c’était un pays de cocagne comparé à la France de 1954 ou les destructions de la guerre étaient encore visibles et l’économie encore précaire . On sentait l’opulence de la population au nombre de voitures magnifiques qui circulaient dans les rues , comme les Cadillac. Certaines étaient équipées d’un dispositif fixé sur la vitre avant droite, une espece de tuyau de poele qui était censé rafraichir l’air interieur : je n’ai jamais su comment cela fonctionnait

a suivre......[ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN Img09410
[ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN Img04010
de gauche a droite:un Chinois - un Americain - un Francais (moi)_un Hollandais- et un Italien[ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN Img08010
Le télégramme de Mac qui permit la rencontre

a suivre



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Message par garrigues gilbert le Lun 17 Sep 2018 - 21:15

Bonsoir a tous ,

Je vous remercie pour vos compliments et votre assiduité à me lire . Encore un dernier effort pour lire la suite n°3 (et fin)

A bientot



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Message par † corre claude le Lun 17 Sep 2018 - 22:20

Je n'ai pas vu la suite N° 2 [ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN 595882
CC [ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN 327396
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Message par PAUGAM herve le Lun 17 Sep 2018 - 22:25

Que dire de plus, Gilbert
... Merci [ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN 582735
Mais il ne faut pas rouvrir un nouveau sujet , tu mets tes aventures à suivre dans celui-ci [ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN 580511



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Message par Max Péron le Lun 17 Sep 2018 - 22:41

Gilbert,
étant inscrit maritime, tu n'as servi dans la Marine nationale que pour effectuer ton service militaire mais que d' "aventures" et de savoureuses anecdotes en si peu de temps ! Merci de nous en faire profiter.
Photo des cinq marins de cinq nationalités différentes : je note que seuls le Chinois et l' Italien portent le bachi bien droit. Le plus décontracté - on s'y attendait - c'est l' Américain.



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Message par Roger Tanguy le Mar 18 Sep 2018 - 1:21

ben oui, moi aussi j'avais raté la suite n°2. Je l'ai trouvé et elle est du même "métal" que le reste. un Admi pourrait peut-être nous la remettre ici, à sa place.



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Message par L.P.(Pedro)Rodriguez le Mar 18 Sep 2018 - 2:27

C'est bon Gilbert, j'ai pris mon abonnement. [ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN 582735



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Message par alain EGUERRE le Mar 18 Sep 2018 - 7:06

Passionnant, Gilbert [ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN 582735




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Message par garrigues gilbert le Mar 18 Sep 2018 - 21:03

LODUSKY MCCOWEN SUITE N°3
Je decouvrais avec étonnement les « drive in « pour les fast food ou les cinémas ! On fit la ballade traditionnelle à Hollywood et on alla voir les dernieres empreintes de mains des célebrités dans le ciment du trottoir . Une partie de plage à Santa Barbara me fit constater la presence du courant froid du Pacifique : l’eau était glaciale . Les gros ormeaux pullulaient : les gens les pechaient , jetaient la chair et gardaient la coquille ! !.....quel gachis alors que c’est si bon !
Spoiler:
Un soir il m’emmena dans son bar habituel sans doute pour me présenter a ses amis : l’accueil fut normal au début et on but quelques bieres . L’arrivée d’un groupe un peu plus tard changea l’ambiance : Mac fut interpellé méchamment pour avoir eu l’audace de faire entrer un blanc dans un lieu réservé aux noirs . A cette époque la ségrégation avait cours aux USA , des évenements graves de racisme étaient fréquents . Aussi Mac avait beau expliquer que je n’étais pas Américain et qu’il était garant de ma personne , rien y fit : je voyais dans la discussion ,la haine pointer dans les yeux et je commencais a craindre que cela ne dégenere. Je ne tenais pas à finir enduit de goudron avec des plumes comme au far west , aussi je demandais à Mac de partir immédiatement pour couper court à toute polémique , ce qu’il accepta à contre cœur car je sentais qu’il avait un peu honte de cette situation ;
Mac était bibliothecaire , employé de la ville de Long Beach. Je découvris que c’était un grand sportif , un champion de l’équipe de basquet de Los Angeles quand il était plus jeune
Comme nous étions pres de quitter les USA , le Pacha organisa un pot a bord avec une espece d’opération portes ouvertes . Ce fut encore moi qui fut mis à contribution pour aller acheter des fleurs en ville pour décorer les tables ! Bien entendu j’invitais Mac et sa famille visiter notre « mines sweeper « , je pense qu’ils étaient ravis car ils n’avaient jamais eu l’occasion de mettre un pied sur un navire de guerre.

Le depart pour San Diego fut annoncé et je fis mes adieux a la famille de Mac .Mais ce n’était qu’un au revoir car Mac projetait déjà de me faire une visite à San Diego..

La base navale de San Diego est tres importante : il semble que la ville ne vit que par les marins US qui la fréquentent. Les rues sont une suite de bars et de boites de nuit dédiés aux marins.Les comptoirs des bars deversaient des tonnes de biere qui constituaient l’unique consommation .Les « juke-box » nous saoulaient avec la chanson à la mode = « Three coins in a fountain … » (la fontaine de Trevi sans doute … ) une autre chanson faisait fureur : « Hernando’s hideway « un tango qui venait de sortir . Je me souviens encore des paroles du refrain = « I know a dark secluded place , a place where no one knows your face….. Olé”
Les marins francais étaient bien vus des clients : quand nous étions au comptoir on voyait souvent une chope de biere glisser jusqu'à nous , offerte de bon cœur par un consommateur qui désirait nous entendre chanter en francais une autre rengaine de l’époque = « la vie en rose « d’Edith Piaf. La biere americaine était assez forte en alcool et ceux qui en abusaient devaient rendre des comptes au Bidel* qui les attendait à bord avec sa « peau de bouc « ( registre des punitions) .
Dans le port des files impressionnantes de navires étaient conservées sous cocons = des porte-avions , des liberty ships , des destroyers etc attendaient sans doute la prochaine guerre . Les surplus de la 2e guerre mondiale avaient du etre réunis dans cette base !
Dans les rues de la ville les pompons rouges avaient du succes : on était souvent interpellé gentiment par les passants. Un jour avec deux copains on mit a l’envers nos bandes de bachi (le bonnet des marins) , le mot marine nationale apparaissait vaguement comme des caracteres cyrilliques : les passants, en voyant nos bonnets , nous arretaient pour nous demander « where do you come from ? « en gardant notre serieux on annoncait « Russian Navy ! » . Les gens étaient abasourdis et ouvraient des grands yeux « what ! sovietic ships in the harbour ? you joke » ! A cette époque de guerre froide , une ambiance anticommuniste extreme régnait aux USA . C’était l’époque de Maccarthy et de la chasse aux sorcieres…

Cette derniere escale US touchait à sa fin : Mac vint par la route avec sa Cheevee me faire ses adieux ; Good luck Mac ! Bon voyage Gilbert ! See you again !



…..
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Avec Mac devant sa maison
[ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN Img10710

Un repas chez Mac avec Yves Rouellec

[ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN Img13510


Les adieux avec Mac

C’est ici que prend fin mon histoire avec Lodusky.
Notre voyage était loin d’etre fini et j’en ai fait de longs commentaires mais c’est une autre histoire…si cela vous amuse je peux poster la suite du retour du Garigliano a Brest

G.Garrigues




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Message par PAUGAM herve le Mar 18 Sep 2018 - 21:45

Continue, Gilbert, c'est passionnant !
Du point de vue chanson, je me souviens avoir mis une pièce dans le juke box en 1960 à Norfolk , pour entendre "Big Bad John" par Jimmy Dean
Je ne connaissais que trois mots d'anglais, mais cette chanson m'avait marqué à vie (la voie de basse)



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Message par Bureaumachine busset le Mar 18 Sep 2018 - 21:53

Gilbert [ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN 588638 je viens de découvrir super ton passage dans la Marine et récit d’avant
Comment une amitié peut naître
Félicitations pour tes récits un plaisir de te lire

On attends biensur la suite [ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN 582735

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Message par L.P.(Pedro)Rodriguez le Mar 18 Sep 2018 - 22:23

Bien la narration Gilbert. [ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN 582735
Cela n'a pas été écrit spécialement pour ce forum?
Parce qu'ici tous les lecteurs savent ce qu'est un bachi, une peau de bouc et autres. [ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN 580511



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Message par alain EGUERRE le Mer 19 Sep 2018 - 6:06

La suite du retour vers Brest s'il te plait, Gilbert [ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN 582735



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Message par GUILLO le Mer 19 Sep 2018 - 7:59

Bravo Gilbert pour ce passionnant récit qui je lis le matin en prenant mon petit déjeuner,
On attend la suite
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Message par J.Revert le Mer 19 Sep 2018 - 14:05

Merci Gilbert de nous faire partager ce récit . La vue de tes photos nous permet de constater la relation et la sympathie des échanges avec Mac [ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN 582735
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Message par garrigues gilbert le Mer 19 Sep 2018 - 21:07

LODUSKY suite N°4
L'histoire de Lodusky est terminée mais voici la fin du voyage de retour du Garigliano.
Notre descente vers le sud se poursuivit vers Panama et son célèbre canal.
Pour les transmissions nous entrions dans une zone contrôlée normalement par la station radio de la marine nationale FUM, située à Tahiti : je crois bien ne l’avoir jamais entendue… un mystère de l’organisation de la marine nationale… je pris sur moi de contacter notre brave station civile de St Lys radio/FFL, toujours fidèle au poste : j’établis un contact sur 16Mcs à la satisfaction du Pacha qui n’appréciait pas d’être obligé de passer par les stations américaines pour ses communications.

Spoiler:
Curieusement sur ce bateau de guerre il y avait un « officier trans « et un second maitre radio mais c’est le quartier maitre qui s’inquiétait de rester en contact avec la France… bizarre… je faisais mon boulot comme dans la marine marchande et je rendais compte directement au Pacha en ignorant superbement mes supérieurs hiérarchiques qui appréciaient apparemment cette situation… je trouvais cela bizarre…
Mon chef direct, un Second Maitre radio, n’apparaissait que rarement dans le local radio, ne me donnait jamais d’instructions sur le travail à exécuter, les fréquences à écouter...
Une seule chose le préoccupait : la propreté du local !
Pourtant j’étais complétement ignorant des procédures de communication dans la marine militaire.
Je faisais de mon mieux et m’adaptais aux circonstances.
L‘Officier Trans, un Enseigne de vaisseau, restait invisible et je crois qu’il ne m’a jamais adressé la parole pendant mes 6 mois de présence à bord.
60 ans après, je ne comprends toujours pas pourquoi on laissait un civil incompétent agir à sa guise dans une fonction qui avait quand même une certaine importance.
Le remorqueur américain d’accompagnement, le Molala, avait des problèmes avec son émetteur principal.
En phonie il me passait ses messages que je devais retransmettre à l’US Navy par la station d’Honolulu NMO.
Cette station des US coast guards était mi-civile mi-militaire : les opérateurs utilisaient indifféremment les procédures aussi bien civiles que militaires.
Heureusement pour moi qui était plus à l’aise avec le code Q plutôt qu’avec le code Z.
(En France les stations de la marine nationale sont spécifiques).

C’est pendant cette traversée que notre hélice à pas variable rendit l’âme : notre remorqueur US d’accompagnement (le MOLALA) nous prit en remorque, et c’est dans ces conditions triomphales que nous fîmes notre entrée dans le port de Panama.
Il fut décidé que la réparation s’effectuerait dans l’arsenal de Balboa.

La réparation de notre hélice à pas variable nécessitait le remplacement d’une pièce mécanique et au lieu de la faire venir des US, l’arsenal décida de réaliser cette pièce artisanalement : un seul ajusteur était capable de faire ce travail et il lui fallut 2 ou 3 semaines pour mener à bien cette réalisation ! nous eûmes largement le temps de visiter Balboa où il n’y avait pas grand-chose à voir.
Du coup, tous les autres dragueurs du convoi, les Français et les étrangers, nous abandonnèrent et poursuivirent leurs routes sans nous.
On nous laissa à notre triste sort et nous rentrâmes tout seuls comme des grands, quand la réparation fut terminée.
Après la traversée du canal de Panama, on engagea la traversée du golfe du Mexique car notre destination était Fort-de-France ; le Garigliano n’était pas un navire rapide ce qui nous permettait de mettre une ou deux lignes à l’eau pour tenter de pécher un thon : notre attente ne fut pas déçue, on tira de l’eau un gros poisson et le cuistot s’empressa de le mettre au menu dès le lendemain.
C’est toujours appréciable quand on est en mer de manger quelque chose de frais, aussi tout le monde fit honneur au repas : las ! le lendemain la totalité de l’équipage était intoxiqué et malade = soit la chair du poisson n’était pas comestible, soit le traitement en cuisine n’avait pas été correct…
On dit souvent qu’un malheur n’arrive jamais seul = un matin je sentis une piqure sur ma poitrine : horreur ! je vis dans mes poils une bestiole blanchâtre : un pou de corps ! j’en avisai aussitôt le quartier maitre infirmier qui décida de faire un contrôle sur tout l’équipage ; bien lui en prit car la totalité du personnel était contaminé.
On nous distribua de la poudre DDT, on s’enduisit la peau de la tête aux pieds et on poudra généreusement les bannettes* !
A cette époque on ne connaissait pas la nocivité du DDT, toujours est-il que les poux disparurent ; bien entendu personne ne revendiqua l’origine de cette infestation probablement due à un corps à corps dans cette bonne ville de Balboa…

La météo annonça le passage d’un cyclone dans la région : le Pacha changea de route pour l’éviter et descendit vers le sud, vers les cotes du Venezuela... mais ce cyclone était puissant et bien que nous fussions à une distance importante de l’œil, la mer devint vite impraticable avec des creux énormes : le malheureux Garigliano avec ses 600 tonnes et son faible tirant d’eau dansait la sarabande sur la crête des vagues ! résultat : un mal de mer épouvantable pour la quasi-totalité de l’équipage.
Un mélange de roulis et de tangage qui obligea le Pacha à réduire la vitesse pour essayer de ne rien casser = pourvu que la pièce de l’ajusteur de Balboa tienne le coup et que notre hélice ne nous lâche pas au milieu des éléments déchainés !
La mer se calma après deux jours de cette « branlée » et on reprit le cap de Fort-de-France.
Enfin une escale ou on put aller dans un petit restaurant manger un steak frites : cela nous semblait délicieux après plusieurs mois de régime américain.
Après une courte escale à la Martinique on reprit la mer plein sud pour rallier la Guyane.
Depuis notre départ de Seattle on s’arrêtait dans de multiples escales dont je n’ai jamais connu la raison…
A cette époque Cayenne était un tout petit port et faute de place, sans doute, on nous envoya s’amarrer dans une rivière sur un ponton en bois.
La rivière était vaseuse et il n y avait pas beaucoup de fond ; bien que le tirant d’eau très faible du Garigliano le permette, les crépines d’aspiration d’eau de mer trainaient sur le fond et aspiraient plus de vase que d’eau ! quand on tirait la chasse d’eau des wc il en sortait une boue très épaisse…
Un autre navire de guerre était là : le « Commandant Delage » ; on m’expliqua que ce bâtiment était un « semi-submersible », quelque chose entre le sous-marin et le bâtiment de surface.
Sa proue très effilée lui permettait de traverser les grosses vagues au lieu de le faire monter dessus.
C’était quelques jours avant le 14 juillet 1954 et le maire de Cayenne demanda un défilé militaire pour égayer la fête ! on nous distribua des pétoires qui dataient de la guerre de 1914 et on se mit à l’entrainement pour marcher au pas sur le ponton formé de grosses planches à claire voie.
Le Capitaine d’armes avait du mal à transformer des marins en fantassins en si peu de temps : le maniement d’arme était très loin de la perfection.
Au commandement : « Reposez arme ! », le Bidel criait = je veux entendre les crosses claquer en même temps sur les planches ! on recommence ! : plein de bonne volonté on faisait claquer sa crosse sur le plancher, jusqu’au moment ou l’un d’entre nous vit son arme disparaître dans l’intervalle des planches ; heureusement le levier de culasse se bloqua dans les planches et évita que le fusil ne disparaisse dans la boue du fleuve… on poursuivit l’entrainement dans un chemin de la foret équatoriale !
Le jour du 14 juillet notre escouade défila devant l’estrade des autorités : ce n’était pas fameux mais la petite foule nous applaudit quand même : l’essentiel n’était pas la démonstration mais plutôt notre bonne volonté !
Ce fut notre dernière escale sur le continent américain, on entreprit la traversée de l’Atlantique en mettant le cap sur Dakar.
Le temps de remplir les soutes de carburant et nous repartîmes aussitôt vers le nord : le Garigliano sentait son écurie et traçait sa route sans problème.
Voila cinq mois que nous avions quitté la France et chacun ressentait le besoin de retrouver son village et ses proches.
L’arrivée à Brest déclencha une activité fébrile dont nous n’avions plus l’habitude après la longue période de mer et la routine des quarts : en effet le parrain du « Garigliano » n’était autre que le Maréchal Juin qui avait été le chef de l’armée française en Italie en 1944.
Son armée avait enfoncé le front allemand (la ligne Gustav) sur la rivière Garigliano et ouvert la porte pour la prise de Rome.
Cette action décisive fut la raison pour laquelle le gouvernement provisoire lui attribua le bâton de maréchal.
Le Maréchal vint visiter le navire, fit un petit discours, serra la main de chacun et clôtura ainsi cet épisode de ma vie.
En effet pendant notre séjour aux USA, le corps expéditionnaire français en Indochine fut écrasé à Diên Biên Phu ; les militaires évacuèrent l’Indochine et la marine se retrouva avec des effectifs en surnombre.
Les premiers à en bénéficier furent les appelés : ainsi donc après douze mois de bons et loyaux services, la « Royale » me fit un certificat de bonne conduite et m’invita à aller me faire pendre ailleurs.
La marine militaire, toujours pleine d’humour, me congédia de la manière suivante = « le Quartier Maitre Radio de 1ere classe Garrigues sera renvoyé dans ses foyers le 19 janvier 1955 et placé en congé sans solde « ! ! non seulement les appelés ne touchaient pratiquement pas de solde, mais les fourriers chargés de me démobiliser me réclamèrent le paiement de mon habillement militaire ! (dans la marine, le marin est propriétaire de son uniforme) ; étant incapable de payer je dus rétrocéder ma tenue blanche et on m’enleva même mon caban en plein hiver ! le sac allégé sur l’épaule je partis tout joyeux mais je déchantais vite en voulant franchir la dernière porte de sortie de l’arsenal sous le pont de Recouvrance : les fusiliers marins chargés du contrôle des papiers ne voulaient pas me laisser sortir au motif que ma tenue n’était pas réglementaire ! j’avais beau expliquer que la marine m’avait repris mon caban, rien n’y fit !
On fit appel au Chef de poste, un premier Maitre « shako » qui comprit mon problème : je lui expliquais que j’avais loué une chambre à 200 mètres de là, près de la rue de Siam avec une tenue civile et que je ne resterai pas plus longtemps dans une tenue militaire incomplète.
Il me donna le feu vert en me recommandant de me mettre en civil immédiatement…
Ouf ! j’étais libre !… mais que la Royale était ingrate avec un citoyen qui avait donné un an de son temps gratuitement et l’avait servie loyalement.

Aussi bizarre que cela puisse paraître, l’histoire du G.I. Lodusky Mccowen s’arrêta net. Aucun contact, aucune lettre ne suivit ma rencontre avec lui !
Il ne m’envoya ultérieurement aucun signe de vie.
De mon coté, je ne fis rien non plus, car mon esprit fut particulièrement occupé dans cette période de fin de service militaire et reprise de mon activité au sein de la marine marchande : il fallait se battre à cette époque pour se faire une place et se réinsérer dans la vie civile…
Je retrouvais vite un embarquement sur le M/S Capitaine Rio, un vracquier de la compagnie U.I.M. heureusement pour moi car la Royale me réservait encore une surprise.
Entre temps des événements politiques importants se déroulaient : L’Algérie entrait en rébellion entrainant la nécessité d’envoyer des troupes pour le maintien de l’ordre.
La Royale se souvint alors que je lui devais quelques mois et envoya les gendarmes à la maison pour me récupérer.
Mes proches leurs expliquèrent que j’étais quelque part en mer et qu’ils ignoraient la date de mon retour...
Les gendarmes repartirent bredouilles et je n’en entendis plus parler…

Fin de l’histoire de ma vie militaire.
Une autre histoire commençait, celle de ma navigation au long cours dans l’Océan Indien et dans le golfe Persique.
J’ai entrepris d’écrire ces souvenirs dans le but d’expliquer à mes petits enfants comment cela se passait dans les années 50 quand la France avait un empire colonial.

Un Quartier Maitre bien entouré.

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L'émetteur du Garigliano un TBL de 200watts ondes moyennes et ondes courtes en A1 A2 A3.

[ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN Tbl13110

Le remorqueur américain MOLALA ravitaille en gasoil un dragueur du convoi.

[ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN Scanne10

Le remorqueur américain « MOLALA » N° de coque ATF 106 indicatif d’appel NWZG (November – whisky – zoulou – golf).

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Message par PAUGAM herve le Mer 19 Sep 2018 - 22:05

J'ai lu tout d'un seul coup, Gilbert
Je pense que si tu n'as que très peu vu le second-maître radio, et pas du tout l'officier trans, c'est parce que tu faisais l'affaire (la bonne affaire pour eux [ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN 238947 )
Il n'empêche que ces souvenirs sont restés gravés dans ta mémoire , et transcrits sur papier !!!
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Message par L.P.(Pedro)Rodriguez le Mer 19 Sep 2018 - 22:50

Gilbert, tu dois faire parti des quelques bons conteurs de ce forum, s'il te prenait l'envie de nous narrer quelques anecdotes de la Mar mar, je pense que personne n'y trouverait à redire.
Il existe un sujet dans la zone DETENTE : [ DISCUSSIONS ] ET APRÈS LA MARINE, VOUS AVEZ FAIT QUOI ?
Merci à toi. [ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN 582735



Un bon souvenir, c'est comme une bonne bouteille, il ne faut pas le boire seul.
-Jean-Louis FOURNIER-
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Message par PAUGAM herve le Mer 19 Sep 2018 - 22:53

D'accord avec Pedro !!!
Mais tu nous préviens, pour qu'on ne rate rien [ Histoires et histoire ] LODUSKY MCCOWEN 642994



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